« The two of you make a great team »

Je suis rentrée à pieds du boulot. Il faisait jour, j’ai choisi de marcher sur le trottoir qui laissait transparaître quelques rayons.
Je n’ai pas traversé la rue pour prendre le bus. J’ai décidé de rentrer à pieds du boulot. Pour passer quelques instant avec moi-même.

« Pour vivre seul-e pendant des années, il faut pouvoir aimer passer du temps avec soi-même. »

Peut-être que je devrais commencer, réapprendre à passer du temps avec moi-même. Peut-être que je devrais venir ici plus souvent. Laisser en permanence un ordinateur à portée.

Je voulais vraiment venir ici ce soir. Depuis que je me définis par une liste de tâches, ma propre liste de tâches, et non plus par ce que je ressens, j’ai gagné en productivité, probablement, mais gagné aussi en frustration et perdu en inspiration.
Pourtant, j’ai été inspirée par quelqu’un cette semaine. Peut-être que ça a été ça, le déclic. Me souvenir que j’ai besoin d’être inspirée pour avancer.

J’ai aussi rencontré un nouveau visage de l’Internet. Une nouvelle personne publique de l’Internet vers qui porter une obsession. Fouiller des archives en ligne, visionner des conférences, faire défiler un flux de tweets.
Mais je sais pertinemment que je ne prendrai pas le temps de faire ça.

Je suis plus que jamais plongée dans le travail, plongée dans les projets, courant vers demain alors que je ne sais même pas de quoi demain sera fait.
Pour la première fois de ma vie, je n’ai pas la moindre idée de quoi seront faits mes prochains mois, et je ne suis pas du tout inquiète.

Je pense à beaucoup de gens en ce moment. Je pense aux gens qui viennent de partir alors que je commençais tout juste à ressentir beaucoup d’affection et d’attachement, aux gens avec qui j’ai passé les dernières semaines et qui me poussent à me dépasser, aux gens qui sont loin et à qui je pense très souvent, aux gens qui sont sur Internet mais jamais très loin, aux gens qui partiront dans quelques jours et à quel point serai triste dans quelques jours, aux gens dont j’aimerais me débarrasser, aux gens que je n’arrive pas appréhender, aux gens qui me terrorisent.
Je pense aux gens qui étaient hier et avec qui j’aimerais plus souvent parler, aux gens qui sont aujourd’hui et dont j’aimerais me défaire, aux gens qui commencent tout juste à être demain.

Je me définis par ma propre liste de tâches et par les gens qui peuplent mon quotidien. Hier, ces gens me terrifiaient, aujourd’hui, ces gens représentent probablement demain.
Petit à petit, j’ai planté mes racines dans un nouvel endroit pas tout à fait incongru. Et je me rends compte en cet instant présent que je suis à la maison là-bas, et je n’avais pas ressenti ce sentiment d’appartenance depuis très longtemps.

Je pense aux gens à qui j’aimerais régulièrement envoyer de longs mails. Aux gens à qui je n’ose pas envoyer de longs mails. Puis je me dis, en cet instant présent, qu’il faut vraiment que je le fasse maintenant, à la fin de cet article, parce qu’il y a trop de choses que j’aurais dû dire à voix haute pendant trop de temps, et il y a probablement trop de choses qui auraient pu être dites à voix haute. Des ébauches de conversations. Un ressenti étrange.

Je suis heureuse d’avoir pu écrire cet article après ces derniers jours de doute, ces derniers jours où je me suis forcée et que rien de bon n’en est sorti.
Je suis heureuse d’avoir pu écrire cet article parce que, malgré mon épuisement physique, j’avais besoin de venir ici, et à nouveau ressentir que je suis ici parce que j’aime être ici et, surtout, parce que j’ai besoin d’être ici.