Raw bits from adulthood

Avec vos dix ans de plus que les miens, lorsque vous me donnerez des conseils sur la manière de me comporter en entreprise, je vous écouterai attentivement, mais vos propos n’entreront pas dans ma tête comme étant la vérité absolue. Lorsque vous tiendrez des propos paternalistes à mon égard, tous bienveillants soient-ils, je ne vous écouterai plus vraiment d’une oreille attentive. Je me contenterai de hocher la tête et de jouer la comédie.
Lorsque vous me demanderez quels sont mes loisirs en ce moment et que je vous répondrai « Je m’enroule dans une couette pour bouquiner », je ne chercherai pas à avoir votre approbation. Et si je n’ai pas votre approbation, je ferai de mon mieux pour vous démontrer que ce n’est pas à vous de choisir, que ce n’est pas à vous de décider pour moi.
Lorsque vous m’annoncerez que je vous ai déçu, en fonction du degré de notre relation, il est possible que ça me passe au dessus de la tête. Si vous avez des attentes envers moi et que je ne remplis pas ces attentes, en fonction de l’intensité de mon affection à votre égard, il est possible que ça me passe au dessus de la tête.
Si je vous annonce un jour avec un grand sourire que j’ai décidé qu’il est temps que je m’affirme d’avantage et que votre réponse est : « Attention à ne pas devenir égoïste non plus », en fonction du degré de soumission que j’ai pu faire preuve à votre égard par le passé, il est possible que je ne vous écoute plus vraiment d’une oreille attentive et que je me contente de jouer la comédie.
Mais je ne me justifierai pas. Et peut-être que s’il le faut, je vous rappellerai que ce n’est pas à vous de décider pour moi.

Ce n’est pas du tout comme ça que je voulais entamer cet article mais il y a tellement de choses qui m’ont traversé l’esprit dernièrement, tellement de choses que j’ai eu envie d’écrire, que j’ai envie d’écrire, que je ne sais plus par quel bout commencer.

Bien entendu, j’aurais du prendre le temps de documenter le rouleau compresseur qui m’est passé dessus ces sept derniers mois, mais je n’ai pas pris le temps de le faire et je m’en mords les doigts parce que je suis très attachée à ce concept de documentation de soi-même.
Je n’ai pas non plus pris le temps de poser quelques mots, quelques constats qui auraient pu me permettre de suivre l’évolution post traumatique de mon regard aux autres, mon regard au monde et, par dessus tout, mon regard sur moi-même.
Je sens que je trébuche sur ce que j’écris, et c’est toujours pénible de devoir arriver dans mon éditeur alors que toutes les phrases étaient déjà bien écrites dans ma tête.

Il y a quelques mois, quelqu’un m’a dit : « Tu es forte ». Je ne l’ai pas cru et j’ai tout de suite voulu lui prouver le contraire. Puis on m’a dit : « Tu es courageuse ». J’en ai tiré une satisfaction immense parce que cette personne qui m’a dit ça était une sorte de modèle à mes yeux. Quelqu’un que j’aurais voulu être. Quelqu’un qui était forte et qui ne se laissait pas marcher sur les pieds. Puis, il y a quelques semaines, mon ELIZA organique m’a demandé de citer cinq de mes qualités. Il m’a fallu un temps fou pour en trouver deux. Mon ELIZA organique a alors dit : « Vous êtes une battante ». Et je suis restée estomaquée. Une battante. Je n’ai pas voulu remettre en cause ses propos. Mais je me suis sentie fière. Je me suis sentie fière et je n’ai pas voulu lui expliquer que c’était faux. Alors j’ai écouté, et ces mots sont restés dans un coin de ma tête, dans mon coeur, pendant les jours et les semaines qui ont suivi. « Vous êtes une battante ».
Lorsqu’on m’a dit que j’étais forte, il y a quelques mois, il fallait absolument que je sache pourquoi. Parce que c’était faux, et qu’il me fallait les arguments pour les contrer immédiatement.

J’ai continué à réfléchir sur ces quatre mots « Vous êtes une battante » tout en lisant en parallèle de précieux ouvrages recommandées par la médecine du travail. Et Christel Petitcollin est entrée dans ma vie, tranquillement, bouleversant mon environnement intérieur à jamais.

Imaginez-vous adulte, dériver à travers les années à la rencontre de l’enfant que vous étiez, de cette partie de vous qui redoute tellement la désapprobation des adules. Vous pourrez peut-être voir l’enfant ou simplement sentir sa présence. C’est un enfant très jeune. Observez ce qui se passe dans sa vie, cherchez à comprendre ce qu’il vit, ce qu’il croit. Vous retrouverez sûrement des souvenirs oubliés ou mal compris à l’époque. Ensuite, vous allez vous présenter, tendre vos bras à l’enfant et lui dire que vous venez pour l’adopter. Dites-lui que vous l’aimez de façon inconditionnelle, qu’avec vous, il aura le droit d’être lui-même, parfait dans son imperfection et dans toutes ses émotions, et qu’il n’aura plus jamais à avoir peur de manquer d’amour ou de déplaire à quiconque parce que vous le défendrez toujours. Il ne se sentira plus seul, ne manquera plus d’amour ni de protection. Maintenant, vous veillez sur lui. Il est à l’abri.
À chaque fois que vous aurez besoin d’entrer en confrontation avec quelqu’un, si vous sentez monter l’inquiétude, bercez votre enfant intérieur, rassurez-le et envoyez-le faire de la balançoire ou jouer au ballon dans votre paysage intérieur en lui disant : « Va jouer et ne t’en fais pas. Tu n’es pas concerné par cette histoire. C’est moi l’adulte, qui m’occupe de tout cela. Je reviens te chercher dès que j’ai fini. »

Je ne sais plus quel jour c’était. Je ne me souviens pas de la date. Je ne suis plus si c’était un jour de semaine ou le week-end, s’il faisait beau dehors ou s’il y avait de la bruine. Je ne sais plus si j’étais au lit ou dans le canapé, si je me fumais une cigarette en même temps ou pas.
Mais c’est précisément ce jour là, à la lecture de ces mots, que j’ai décidé de devenir adulte. C’est précisément ce jour là que j’ai cessé d’être un enfant. Ce jour là, j’ai renoncé à me définir comme une jeune fille et enfin accepter que j’étais une jeune femme. Ce jour là, j’ai décidé que je ne laisserai plus les autres choisir pour moi, malgré les meilleurs intentions du monde. Ce jour là, j’ai pensé très fort à John Locke et son fameux « Don’t tell me what I can’t do ».

J’avais 25 ans le jour où j’ai décidé de devenir adulte et que j’ai enfin compris ce que ça voulait dire, du moins que j’ai enfin eu la définition que je cherchais depuis longtemps. Et alors que mes 26 ans approchent à grand pas, je découvre avec stupéfaction à quel point j’ai progressé depuis que je suis passée sous un rouleau compresseur.
Je ne suis plus à la recherche d’une figure maternelle ou paternelle. Enfin. En revanche, le concept de sororité me séduit de plus en plus , peut-être parce que je suis en plein dedans ces derniers jours.
J’avais 25 ans le jour où j’ai cessé de vouloir que quelqu’un d’autre me sauve. Parce que j’ai enfin compris que j’étais responsable de moi-même et que c’était mon boulot de prendre soin de moi et de m’occuper de moi au lieu de placer mon sort dans les mains d’autres personnes.
J’avais 25 ans le jour où j’ai décidé que plus jamais je ne me maltraiterai, que plus jamais je ne me négligerai, et que plus jamais je ne courberai l’échine devant quelqu’un d’autre. Plus jamais je ne laisserai les autres décider pour moi. Plus jamais je ne placerai l’avis des autres en haute estime si mon propre avis est divergent.

Il me reste un peu plus d’un mois avant d’avoir 26 ans, et je me demande si j’aurai trouvé la définition d’un autre mot que j’ai prononcé devant mon ELIZA organique : la sagesse.

Il y a encore tellement de choses que j’aimerais dire mais, dans ma grande sagesse et mon style de vie bien sage, c’est l’heure pour moi de m’enfiler mon dernier petit anxiolytique de la journée et d’aller me coucher.
(Okay, cette conclusion est super awkward, je m’en rends bien compte)

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