Pourquoi je ne relaie pas sur Twitter ce que je publie ici

Un ami pas vraiment imaginaire m’a dit récemment lire mon blog. Un autre ami pointe de temps à autre New Berlin sur Twitter. Et Vigdis me dit « mais sérieux ils sont cools tes articles tu devrais les tweeter ;) ». À quoi je réponds : « Merci mais… Grand Dieu non, sinon les gens vont les lire :D Faudra que je parle de ça d’ailleurs dans un prochain article, tiens. »
Ce prochain article, c’est maintenant. C’est un article sur le verbe cacher, mot qui revient fréquemment ici (10 occurences, j’ai cherché), mais quand même pas autant que ce que je pensais. C’est un article que j’ai peur d’écrire. Parce qu’à l’évidence, je suis en train de faire l’inverse de me cacher.
Mais quand j’arrête de me cacher, il se passe des trucs chouettes. Il s’est passé un truc chouette suite à un mail où je n’ai rien caché. J’étais terrorisée. Mais j’ai appuyé sur le bouton Envoyer. Et en voyant ce qui en est ressorti, j’ai retenté l’expérience quelques semaines plus tard, toujours aussi terrorisée. Je n’ai pas reçu de réponse le premier jour. Le deuxième jour, j’en ai tiré la conclusion que j’avais été trop loin, que j’aurais dû rester déguisée dans mon rôle de licorne. Puis le troisième jour est arrivé. Une partie de la réponse est arrivée. Et j’en ai tiré la conclusion que je dois continuer à me démasquer petit à petit. Que je dois continuer à m’exprimer, dire les choses ouvertement.
Autrefois, à cause de ça, j’avais peur de l’abandon. Puis j’ai eu peur du bullying, parfois à juste titre, dévoilant des choses que j’aurais du garder pour moi et faire preuve de fourberie, à la place. J’aurais pu faire marche arrière et me dire : « Voilà ce qui arrive quand tu parles. Continue à te taire, baisse les yeux et encaisse en silence ».
J’aurais pu. Et c’est probablement ce qui serait arrivé si, en parallèle, je n’avais pas eu à parler en public, ni rencontré quelques personnes.

 

Parler en public est mon plus grand cauchemar. Premièrement parce que je suis complètement exposée, deuxièmement parce que je suis persuadée que les gens vont non seulement m’observer, mais en plus me juger, et encore plus se moquer de moi.
Mais rien de tout ceci n’arrive, et rien de tout ceci n’est arrivé. Jamais.
Une fois, alors que je devais parler devant un petit groupe, j’ai tenté la technique de « Faites une blague pour détendre l’atmosphère, ça va aussi vous détendre ». Alors j’ai fait une blague. Personne n’a ri. Personne. N’a. Ri. À la fin, j’ai tenté une autre technique : « Dites que vous êtes mal à l’aise, ça va crever l’abcès ». Alors je l’ai dit. J’ai dit que je paniquais. J’ai baissé mon micro. Mon micro a miaulé. Les gens ont ri. J’étais en direct sur Youtube.
Puis j’ai du répéter l’exercice. Quel que soit le contexte, lorsque j’arrive devant un groupe de personnes, lorsque je monte sur une estrade, lorsque je vois tous ces yeux braqués sur moi, je me mets à paniquer. Je n’entends pas ce que je dis parce que le grondement intérieur me rend complètement sourde. Que mon public se compose de quatre personnes, dix personnes ou bien plusieurs centaines comme c’est arrivé dernièrement, la nervosité est la même.
Mais j’ai du répéter l’exercice. J’ai continué à parler en public. Et en parallèle, je me suis mise à parler en privé.

Et je me suis rendue compte d’un truc. J’ai rencontré un mot que j’entends partout autour de moi. Mais je l’ai rencontré, vraiment, parce que je l’ai ressenti, parce que je l’ai expérimenté : la bienveillance. Ouais, la bienveillance, ce mot que tu entends partout lorsque tu traînes dans des sphères hippie ou des shpères cyber, qui sont souvent des sphères de cyber-hippies.
Mais c’est foutrement vrai ! Et c’est ça que j’aurais du me dire lorsque j’ai fait une blague puis que mon micro a miaulé. Parce que les gens n’étaient pas là pour me juger ni me pointer du doigts comme j’en suis persuadée en permanence. Les gens étaient là parce qu’ils étaient curieux. Parce qu’ils avaient envie de savoir. Et les gens sont venus. Les gens ont écouté. Et les gens étaient sympas. Il y en a même qui, quelque mois plus tard, se sont retrouvé à boire du vin à la maison.
Et lorsque je me suis récemment retrouvée à parler devant plusieurs centaines de personnes, je me suis rappelée que les gens n’étaient pas là pour me pointer du doigt ni me jeter des tomates. Parce que ça n’arrive pas. Ça n’arrive jamais. C’est juste moi qui suis persuadée que les gens ont des intentions néfastes à mon égard.

Et le plus drôle dans tout ça, c’est qu’on me rapporte souvent que je passe bien lorsque je parle en public, et que je n’ai pas du tout l’air mal à l’aise. Ce qui est complètement faux, bien évidemment. Mais serais-je alors passée maîtresse dans l’art de cacher des choses ?

 

Twitter, donc. Au fur et à mesure, l’audience a grandi, et les gens ont fini par se rendre ici. Je n’ai aucune idée de tout ça parce que j’ai arrêté d’utiliser Google Analytics depuis un moment, et parce que je ne suis pas assez courageuse pour me pencher sur Piwik (j’ai lu les mots installation puis serveur pas très loin, alors je suis partie en courant).
Mais j’ai eu des commentaires d’anonymes. Puis de moins anonymes. J’ai eu des indésirables et ma terreur a failli se réinstaller. J’ai failli fermer boutique. Mais je me suis dit que ça aurait été trop facile. Au lieu de ça, j’ai décidé de réinvestir le fort. De publier plus de choses que j’ai envie de cacher.
Et pourtant, à chaque fois que quelqu’un tweete un article, même si ça n’arrive pas souvent ; même si il y a les mots ton et blog dans la même phrase, je suis toujours prise d’un certain sentiment vertigineux de terreur. Mince. Quelqu’un lit ce que j’écris. Ce qui est totalement paradoxal. Pourquoi écrire en public des choses et avoir peur que le public lise ces choses ? Je n’en ai, jusqu’à présent, pas la moindre idée. J’ai beau y réfléchir souvent, retourner la question dans tous les sens, je n’en ai pas la moindre idée. Bien sûr, le fait de devoir l’écrire sur Internet me force à l’écrire tout court. Un journal privé, malgré de nombreuses tentatives, n’a jamais marché.
Peut-être qu’inconsciemment, je me force à m’extérioriser parce que je sais que c’est difficile, mais que NO PAIN, NO GAIN (ceci sera traité sur une publication faite de papiers *teasing*).

 

Aussi, lorsque j’apprends que quelqu’un lit mon blog, je reprends ce réflexe de : « Oh, il/elle a sûrement du trouver que ce que j’écris est débile et nul ». Mais à aucun moment je ne me dis « Oh, si ça se trouve, il/elle a trouvé ça bien et il/elle reviendra ». Parce que je continue à me persuader que les gens ont des intentions néfastes à mon égard.
Bien sûr, c’est arrivé. L’adage le prouve : Haters gonna hate. Potatoes gonna potate.
Sauf que mon entourage proche n’est pas composé de haters, mais de gens bienveillants et de cyber-hippies.

Et je n’ai jamais été autant encouragée que depuis que je me suis mise à faire des choses qui me sont difficiles, et je ne me suis jamais autant appuyé sur mes copains/copines que depuis que je me dévoile autant.

La morale de l’histoire voudrait que mon premier réflexe soit de tweeter cet article, mais je ne m’en sens pas encore prête. Il me reste encore quelques skills à acquérir pour pouvoir le faire. Mais ça viendra, sans l’ombre d’un doute.
Et je n’exclue pas la possibilité de reparler de ça à un moment, parce que ça ne me semble pas complet.

 

Aux cyber-hippies de mon Internet et IRL-hippies de ma vraie vie : Merci beaucoup. <3