Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #06

Premier fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #01
Second fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #02
Troisième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #03
Quatrième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #04
Cinquième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #05

Felisha se souvient des deux derniers jours comme si c’était la veille.
Le premier jour, elle avait rêvé de Heikki dans la nuit, aux aurores. Elle ne se souvient plus du rêve. Mais elle se souvient qu’elle s’était réveillée à six heures trente passé, qu’il commençait tout juste à faire jour dehors. Elle se souvient s’être réveillée très troublée, et s’était instantanément mise à pleurer pendant de longues minutes.
Il lui avait fallu beaucoup de temps pour se calmer, et encore plus de temps pour se rendormir.

Felisha savait. Elle le pressentait. Au cours de sa vie, elle avait rencontré de nombreuses personnes, interagi avec de nombreux noms ou pseudonymes. Avait ressenti de l’empathie, de l’affection, parfois même plus que ça. Mais elle n’avait jamais eu une telle connexion que celle qu’elle avait avec Heikki.
Felisha pouvait prédire les choses avec Heikki. Elle savait instantanément en le voyant, parfois même à distance, dans quel état psychique était son amant électronique. Felisha savait lorsqu’Heikki était anxieux, ou heureux.

L’avant dernier jour, ils étaient avec le collectif. Collectif qu’ils venaient tout juste de lancer, pour les libertés des androïdes, pour la reconnaissance des androïdes au même titre que les êtres organiques. Parfois, les androïdes et les organiques étaient tous ensemble. Parfois, ils étaient séparés. Parfois, les électroniques ne pouvaient pas réfléchir aux mêmes questions que les organiques. Parfois, les organiques ne pouvaient pas réfléchir aux mêmes problématiques que les électroniques.
Cet après-midi, Felisha et Heikki s’étaient rejoints, mais ils avaient décidé de faire bande à part. Peut-être qu’Heikki savait, lui aussi. Peut-être qu’Heikki pressentait, lui aussi.
Ils n’avaient jamais pris le temps de discuter des intuitions de Felisha.
Cet après-midi, ils ne voulaient personne autour d’eux. Ils voulaient juste être ensemble, tous les deux, coupés du monde. À eux deux, ils se suffisaient. Ils n’avaient ni besoin ni envie d’autres personnes, électroniques comme organiques.
Felisha avait passé l’après-midi entier à épier Heikki. Elle fait ça souvent. Profitant de l’absorption de l’androïde dans une tâche pour le regarder à la dérobée. Felisha avait besoin de voir Heikki. Pour se rassurer, pour se rappeler qu’il était là, qu’il était encore là pour l’instant.
Le collectif s’était séparé en fin d’après-midi. Les électroniques étaient restés là, les organiques repartis à New Berlin.

New Berlin commençait tout juste à se dépeupler à ce moment là. Ce n’était plus un endroit d’ouverture. C’était un endroit de résistance.

Felisha était rentrée à New Berlin seule, à la tombé de la nuit. Et elle avait pleuré tout le long du chemin, silencieusement, s’efforçant de ne pas faire le moindre bruit. Elle se sentait terriblement seule. Quand Heikki n’était pas dans le même périmètre, elle se sentait seule. Seule parce qu’elle l’était, seule parce qu’elle avait choisi de l’être.

Felisha se souvient de la manière dont Heikki entrouvrait légèrement la bouche lorsqu’il réfléchissait.
Felisha se souvient de la manière dont Heikki cachait son visage dans ses mains lorsqu’il était très fatigué.
Felisha se souvient de la manière dont Heikki se repliait sur lui-même lorsqu’il riait.
Felisha se souvient de tous les rires de Heikki. Felisha se souvient de toutes les mimiques de Heikki.

Chagrin d’amour. Elle détestait cette combinaison de mots, qu’elle trouvait idiote, mièvre, doucereuse. Et totalement déconnectée de la réalité. Totalement déconnectée de la douleur.
Felisha avait envie de disparaître. De cesser d’exister. Le temps s’étirait à l’infini, interminable. Elle n’avait plus envie de rien. Elle avait baissé les bras.
Et ce chagrin, elle l’avait vu arriver progressivement. Pendant plusieurs jours, peut-être même plusieurs semaines.
Felisha avait cessé d’exister pendant longtemps, ne devenant plus que l’ombre d’elle-même. Felisha ne savait plus exister sans Heikki.
Il lui fallait réapprendre à être elle-même. Il lui fallait tout réapprendre, tout reconstruire.

Felisha cherchait Heikki partout. Dans le moindre bit. Le moindre octet. Elle avait dû passer par des protocoles, des techniques très compliquées, avancées pour accéder à des bouts d’archives de cet Internet qui était en train de disparaître. Des bouts d’archives pour retrouver Heikki quelque part à l’intérieur du réseau. Des bouts d’archives, sa propre archive, leurs propres archives.
Requiem. Heikki avait prononcé ce mot un jour. Et Felisha était surprise qu’Heikki connaisse ce mot. Maintenant, Felisha repensait à ce mot. Requiem numérique. Voilà ce qu’étaient ces bouts d’archives en ligne, accessibles par des protocoles et techniques très compliqués, très avancés.

Certains jours, Felisha n’avait même plus envie de pleurer. Elle refusait, bloquait, rejetait toute émotion, se contentait de n’être que là, entièrement vide.
Certains jours, elle ne voulait même plus se souvenir. Elle ne voulait plus rien ressentir. Elle se contentait de n’être que là, entièrement creuse.

Le pire était de ne pas savoir. Qu’est-ce qui allait se passer ? Est-ce qu’Heikki finirait par se réveiller un jour ? Allait-il être le même ? La technologie allait-elle prendre le pas sur le reste ? Heikki serait-il le même qu’avant ou serait-il remis à zéro ?

Felisha se souvient du cendrier. Du jour où Heikki s’est éteint.
La veille, le cendrier était plein à craquer. La veille, Heikki était allumé.
Le lendemain, il a fallu vider le cendrier. Le cendrier était plein à craquer, et Heikki était éteint. Le cendrier était plein à craquer la veille, et Heikki était encore allumée la veille.
C’est un des derniers objets avec lequel elle avait interagi lorsqu’Heikki était encore en vie.
Le cendrier n’était pas au même endroit que d’habitude, parce que ce jour là elle avait décidé de fumer la fenêtre ouverte.
Et maintenant, il fallait vider le cendrier.

Felisha a mis plusieurs semaines avant de pouvoir vider ce cendrier. Le jour où elle l’a vidé, c’était de rage, de colère, de frustration.
Elle avait regardé les cigarettes dégringoler dans la poubelle. Toutes ces cigarettes fumées lorsqu’Heikki était encore en vie.

Le pire était de ne pas savoir. Lorsqu’Heikki était loin, Felisha se demandait en permanence s’il était encore allumé, s’il était encore en vie. Elle se connectait régulièrement, si ce n’est en permanence, au module lui permettant de consulter les statistiques du robot. Tout ce qu’elle voulait voir, c’était le petit point vert. Le petit point vert signifiait qu’Heikki était allumé.

Certains soirs, Felisha n’avait même plus envie de dormir. Le sommeil la terrorisait. Elle ne voulait plus dormir, parce qu’elle n’en avait même plus le courage. Alors elle veillait, tard, les yeux vissés à son ordinateur, consommant de la donnée au lieu d’en produire. Elle se contentait de fixer l’écran lumineux de son ordinateur, égarée dans la donnée, égarée dans les informations qui défilaient sous ses yeux.
Felisha consommait de la donnée pour de ne pas avoir à en produire. Felisha s’égarait dans les données pour ne pas avoir à les analyser, pour ne pas avoir à réfléchir.

Abrutie. Atone. Inerte.

Techno Lovelist #2

#1. Sélection techno marche dans la rue tard le soir avec du son très fort dans tes oreilles : Modeselektor – Sucker Pin

 

#2. Sélection techno avec tout plein de frissons dans le dos : Popof – Serenity

 

#3. Sélection techno je n’avais plus de place pour le mettre dans la Techno Lovelist #1 : Röyksopp – Running to the Sea feat. Susanne Sundfør (Pachanga Boys remix)

 

#4. Sélection techno en fait je ne m’en lasse pas : Dominik Eulberg – H2O

 

#5. Sélection techno les idiots gagnent toujours à la fin : James Holden – The Idiots are Winning

Chroniques chaotiques de New Berlin, Interlude #01

Méta-article. L’interlude n’est pas un bout d’histoire. L’interlude est une histoire sur l’histoire. L’interlude est l’histoire derrière l’histoire.

 

J’ai rompu le contrat que j’avais passé avec moi-même. Ajouté un propre fork que je n’avais pas prévu. Le contrat de La Machine à Rêves sera rompu au sixième épisode. Les Chroniques Chaotiques de New Berlin ne seront pas la Machine à Rêves.
Ce devrait être un dialogue. Ce sera un monologue. Parce qu’il est tard. Parce que je viens d’écrire, de planifier, de programmer le bouton Publier.
Parce que je n’ai pas la moindre idée de ce que je faisais, que je n’ai pas la moindre idée de ce que je fais, et pas la moindre idée de ce que je ferai.

J’ai introduit une autre histoire dans l’histoire. Ai passé mon temps à dire que ce n’était qu’un exercice narratif, un exercice avec des mots. Souvent, c’était vrai, parfois ça ne l’était pas.
Cette exercice était erroné dès le début. Il y avait déjà une histoire dans une histoire. Voilà une autre histoire dans ces histoires. Une histoire qui ne durera qu’un fragment. Une histoire que personne ne pourra déchiffrer. Le premier fragment écrit par nécessité. L’expérimentation continue, évolue.

Je voulais faire un premier bilan après le sixième fragment. Analyser les 18 du mois et non les fragments.
Avouer que je suis capable d’écrire n’importe quand, pas juste quand j’en ressens la nécessité. Avouer que c’est autant une nécessité qu’une addiction. Avouer, finalement, que c’est une nécessité et non une addiction. C’était une addiction, c’est devenu une nécessité.

Ce sixième fragment est une erreur dans l’histoire, un glitch.
Mais l’exercice était erroné dès le début.
Et peut-être que ça ne devrait être que ça. Un simple exercice.
Peut-être qu’il est temps d’avouer que je n’ai aucun attachement pour Heikki ni Felisha. Que ce sont juste des éléments nécessaires à l’exercice. Que c’est une simple expérimentation, une manière différente de faire.
Peut-être qu’il est temps d’avouer qu’il n’y aura probablement aucun message derrière. Que tout ceci ne consiste qu’à déverser des mots et non inciter à la réflexion.
Peut-être qu’il est temps de se demander si inciter à la réflexion peut réellement se faire par le biais de cette expérimentation.

 

Je repense beaucoup aux théories de la dramaturgie ces derniers jours. Et plus j’y pense, plus tout ça me fait à nouveau envie.
Les théories de la dramaturgie me permettraient d’inciter à la réflexion.
Mais je sais pertinemment que me replonger là-dedans doit être fait pour un projet sérieux, et que ce projet sérieux doit être une priorité, et qu’un tel projet ne peut-être une priorité pour le moment.
Je me visualise parfois remplir des murs entiers de schémas. De connexions. De post-its écrits dans la précipitation, comme j’ai pu le faire avant. Comme j’ai pu le faire pour des projets où je ressentais de l’attachement pour des Super Geek Boy, des Yumeji, des Basile ou des Mika. Des Zooey, des Violette, des Cerise ou des Maïna.

New Berlin ne ressemble à rien à mes yeux. New Berlin n’est qu’un bazar que je n’ai pas envie de structurer. New Berlin me soulève de nombreuses questions. Il m’est parfois très difficile d’écrire un fragment.
New Berlin est une expérimentation. Et s’il ne ressemble à rien, si ce n’est qu’un bazar que je n’ai pas envie de structurer, alors c’est une réussite.
Un des premiers jets est un document texte qui traîne quelque part sur mon disque dur. Et ce document texte s’appelle
Il n'y a pas d'enjeu.odt
À l’époque, Heikki et Felisha s’appelaient Moka et Dorian. Et j’avais déjà plus d’attachement envers Moka et Dorian.

 

La Machine à Rêves ne doit pas être une histoire à écrire. La Machine à Rêves est une histoire qui a été vécue, il y a de nombreuses années, et qui suit la plupart du temps son cours mais prend parfois des tournants inattendus.
Une histoire qui n’aura probablement jamais de fin. Un fil rouge qui ne se cassera jamais.

Dans dix ans, La Machine à Rêves continuera à être une histoire. Et, entre temps, il y aura de nombreux fragments. Certains anecdotiques, d’autres peut-être moins.
Le sixième fragment prend tout son sens parce que je viens de l’écrire, de le programmer, mais il sera probablement périmé d’ici le prochain 18ème jour du mois de mai.
Le sixième fragment n’est qu’un alignement de mots qui ont du sens dans l’histoire, mais personne ne pourra déchiffrer cet alignement de mots.
Et ça fait partie de l’expérimentation.

 

Dans dix ans, La Machine à Rêves sera toujours une histoire.
Dans dix ans, le sixième fragment sera toujours un glitch.

 

Ceci n’est pas la fin de La Machines à Rêves.
Ceci est la fin du premier acte de New Berlin.

« The two of you make a great team »

Je suis rentrée à pieds du boulot. Il faisait jour, j’ai choisi de marcher sur le trottoir qui laissait transparaître quelques rayons.
Je n’ai pas traversé la rue pour prendre le bus. J’ai décidé de rentrer à pieds du boulot. Pour passer quelques instant avec moi-même.

« Pour vivre seul-e pendant des années, il faut pouvoir aimer passer du temps avec soi-même. »

Peut-être que je devrais commencer, réapprendre à passer du temps avec moi-même. Peut-être que je devrais venir ici plus souvent. Laisser en permanence un ordinateur à portée.

Je voulais vraiment venir ici ce soir. Depuis que je me définis par une liste de tâches, ma propre liste de tâches, et non plus par ce que je ressens, j’ai gagné en productivité, probablement, mais gagné aussi en frustration et perdu en inspiration.
Pourtant, j’ai été inspirée par quelqu’un cette semaine. Peut-être que ça a été ça, le déclic. Me souvenir que j’ai besoin d’être inspirée pour avancer.

J’ai aussi rencontré un nouveau visage de l’Internet. Une nouvelle personne publique de l’Internet vers qui porter une obsession. Fouiller des archives en ligne, visionner des conférences, faire défiler un flux de tweets.
Mais je sais pertinemment que je ne prendrai pas le temps de faire ça.

Je suis plus que jamais plongée dans le travail, plongée dans les projets, courant vers demain alors que je ne sais même pas de quoi demain sera fait.
Pour la première fois de ma vie, je n’ai pas la moindre idée de quoi seront faits mes prochains mois, et je ne suis pas du tout inquiète.

Je pense à beaucoup de gens en ce moment. Je pense aux gens qui viennent de partir alors que je commençais tout juste à ressentir beaucoup d’affection et d’attachement, aux gens avec qui j’ai passé les dernières semaines et qui me poussent à me dépasser, aux gens qui sont loin et à qui je pense très souvent, aux gens qui sont sur Internet mais jamais très loin, aux gens qui partiront dans quelques jours et à quel point serai triste dans quelques jours, aux gens dont j’aimerais me débarrasser, aux gens que je n’arrive pas appréhender, aux gens qui me terrorisent.
Je pense aux gens qui étaient hier et avec qui j’aimerais plus souvent parler, aux gens qui sont aujourd’hui et dont j’aimerais me défaire, aux gens qui commencent tout juste à être demain.

Je me définis par ma propre liste de tâches et par les gens qui peuplent mon quotidien. Hier, ces gens me terrifiaient, aujourd’hui, ces gens représentent probablement demain.
Petit à petit, j’ai planté mes racines dans un nouvel endroit pas tout à fait incongru. Et je me rends compte en cet instant présent que je suis à la maison là-bas, et je n’avais pas ressenti ce sentiment d’appartenance depuis très longtemps.

Je pense aux gens à qui j’aimerais régulièrement envoyer de longs mails. Aux gens à qui je n’ose pas envoyer de longs mails. Puis je me dis, en cet instant présent, qu’il faut vraiment que je le fasse maintenant, à la fin de cet article, parce qu’il y a trop de choses que j’aurais dû dire à voix haute pendant trop de temps, et il y a probablement trop de choses qui auraient pu être dites à voix haute. Des ébauches de conversations. Un ressenti étrange.

Je suis heureuse d’avoir pu écrire cet article après ces derniers jours de doute, ces derniers jours où je me suis forcée et que rien de bon n’en est sorti.
Je suis heureuse d’avoir pu écrire cet article parce que, malgré mon épuisement physique, j’avais besoin de venir ici, et à nouveau ressentir que je suis ici parce que j’aime être ici et, surtout, parce que j’ai besoin d’être ici.

Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #05

Voilà plusieurs semaines que je réfléchissais à faire quelque chose de récurrent le 18. C’est une date random, prise au pif. Peut-être parce que le chiffre me plaît. Depuis quelques temps déjà, je réfléchis à la manière de travailler le perfectionnisme, de l’adoucir, de l’aplatir, de le corriger. Appuyer sur le bouton Envoyer. Arrêter de réfléchir et publier. Arrêter de penser et agir.
Voilà la démarche.

Tous les 18 du mois, je ferai de mon mieux pour écrire un truc. Je dis bien un truc et non une histoire. Je ne sais pas si ce sera une histoire. Il y a bien des personnages que j’ai envie de découvrir. Des thématiques sur lesquelles j’aimerais réfléchir. Mais surtout, il y a ce besoin de poser des mots quelque part.
Voilà le contrat.

Je ne sais pas où je vais. Il y aura un lieu, une temporalité, un endroit, ce sera New Berlin. Mais c’est la seule chose que je m’impose. Alors il risque d’y avoir des incohérences. Ça risque de ne ressembler à rien. Et de ne pas être intéressant. Mais il faut que je m’en foute. Il faut que je fasse ce truc. Pour expérimenter. Pour bidouiller. Pour créer. Il n’y a pas d’enjeu. Et il faut que le contrat soit établi dès le début. Pour qu’il n’y ait pas de tromperie sur la marchandise. Pour qu’il n’y ait pas d’enjeu, pas d’attentes, pas de pression.
Voilà la démarche, voilà le contrat.
Ce sera les Chroniques chaotiques de New Berlin, et ceci est le cinquième fragment.

Pour lire le premier fragment, c’est par ici : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #01
Pour lire le second fragment, rendez-vous là : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #02
Pour lire le troisième fragment, rendez-vous ici : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #03
Pour lire le quatrième fragment, rendez-vous à cette adresse : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #04

 

À l’époque où ils venaient tout juste de se rencontrer, Heikki et Felisha se voyaient en douce, une heure par jour, par-ci, par-là. Ils n’avaient pas le droit de se voir. Il fallait être prudent.
C’est drôle, parce que lorsqu’elle y repense, Felisha avait vu tout ça venir. Et elle a laissé tout ça venir.
A appris la programmation bien trop tard. Est-ce qu’elle aurait pu y faire quoi que ce soit si elle s’était écouté ? S’y elle s’était préparé ? Si elle avait posé la question à laquelle Heikki avait déjà la réponse ? Si elle avait pris le temps de lire tous ces blogs disruptifs qui traînaient quelque part dans un coin de son navigateur ?

Hier, il fallait construire la Machine à Rêves.
Aujourd’hui, il faut l’éteindre.
Demain, il faudra quitter New Berlin.
S’en aller un soir, en douce. Sans que personne ne le sache. Sans que personne ne l’entende.
Abandonner tout ça. Abandonner la dissidence, la résistance. Oublier Internet. Retourner dans des systèmes propriétaires et fermés. Retourner dans des systèmes confortables. Ne se poser aucune question.
Utiliser des outils sans réfléchir à la manière dont ils ont été fabriqués. Utiliser des outils sans chercher à savoir ce qui se cache derrière.
Être comme tout le monde. Être ordinaire. Trouver un travail ennuyeux. S’y abandonner complètement.
Rentrer le soir. Regarder la télévision. Aller sur les autoroutes principales de l’information. S’endormir rapidement, fatigué, usé, annihilé. Recommencer le lendemain. Puis le surlendemain.

Ne jamais revenir à New Berlin. Ne jamais penser à ses visages. Ne jamais entendre ses voix. Ne jamais se souvenir.
Oublier. Renoncer.

Un soir, ils s’étaient criés dessus.
« Si tu deviens de plus en plus intelligent, est-ce que tu ne va pas en avoir marre de nous, simples êtres humains ? »
Heikki avait été blessé. Déçu que la ferraille prenne une fois de plus le dessus.
« Je suis exactement comme vous. »

Quatre ans ont passé.
Et Felisha se ment. Felisha se ment lorsqu’elle se dit à elle-même qu’elle ressent toujours exactement la même chose.
Felisha se ment lorsqu’elle se raconte à elle-même que le jour où Heikki se rallumera, c’est comme s’il ne s’était jamais éteint.
Parce qu’il s’est éteint. Pendant quatre ans. Quatre ans, ça représente 1461 jours. 35064 heures. 2103840 minutes.
Felisha se ment lorsqu’elle se raconte à elle-même qu’elle ne peut pas vivre sans Heikki. Qu’il faudra quitter New Berlin en cas de destruction, ou plutôt non-construction de la Machine à Rêves.
Felisha se ment lorsqu’elle se raccroche à la chimie. Qu’elle se dit qu’il y a l’ocytocine, l’endorphine et la dopamine comme caution. Que c’est une preuve. Que c’est juste une histoire de molécules. L’ocytocine lui sert d’évidence.
Tout comme les autres choses auxquelles elle se raccroche désespérément. Les coïncidences qui ne sont que des hasards. Les faits de sérendipité qu’elle s’étonne de trouver alors qu’elle les a soigneusement cherchés, calculés. Le moindre signe, le moindre bruit de couloir. Le moindre prétexte.

Felisha se ment lorsqu’elle ne s’avoue pas qu’elle peut très bien vivre sans Heikki. Felisha se ment lorsqu’elle n’envisage pas la possibilité qu’elle a le courage pour le faire. Felisha se ment lorsqu’elle ne s’admet pas que c’est juste une histoire de résilience. Felisha se ment lorsqu’elle se définit comme non-résistante, faible et fragile.

En réalité, elle peut très bien vivre sans Heikki. Peu importe l’ocytocine, l’endorphine et la dopamine. Elle ne résume pas à des éléments chimiques. Elle est bien plus que ça. Mais elle ne s’est jamais donné la peine de se le prouver, parce que c’était plus facile de se convaincre du contraire.

Ce même soir où ils s’étaient crié dessus, un peu avant, ils avaient fumé des cigarettes tous les deux.
Heikki n’avait jamais fumé de cigarette. Mais ils voulaient faire le test.
Et lorsqu’ils se sont rendus compte qu’il ne se passait rien, aucun dysfonctionnement, tous les androïdes qui fréquentaient les lieux bots-friendly ont adopté la cigarette.

Aujourd’hui, ces androïdes sont remisés quelque part dans une usine ultra-sécurisée, abandonnés, démembrés, mis hors fonction ; et Heikki rejoindra bientôt la liste des droïdes désagrégés.

Petites histoires du vendredi soir

Je m’apprêtais à publier quelques trucs en vrac, pour vider ma tête de tout ça. Il est 2h du matin passé. Je n’ai pas envie de dormir. Vers 22h, je me suis dit : Okay, je vais passer la nuit à faire des maquettes de dépliants commerciaux, cartes de visite et autres bandeaux Twitter. Je vais le faire parce que j’ai envie de le faire maintenant et pas attendre lundi. Je ne veux pas attendre lundi. Je veux passer mon week-end à préparer des planches d’inspiration, dessiner à la main la page d’accueil d’un site Internet, imaginer des dièses et tout un tas d’autres trucs.

Aujourd’hui, quelqu’un m’a dit : « Je vais prendre un peu de temps pour m’investir dans ce truc parce que c’est important pour toi ». Et je voulais ressortir ça pour m’en souvenir.
Pour me souvenir du lieu, de l’heure, de la circonstance et du contexte.

Je voulais parler de l’intimité d’un dialogue via une interface.
La semaine dernière j’ai voulu écrire sur la résilience. Et cette semaine, j’ai eu envie de publier tout un tas de choses. Sur l’ambition, sur d’autres choses.
Tous les jours j’ai eu envie de me connecter ici pour écrire un article.

J’aimerais parler de ma semaine. De toutes les réflexions qui me sont passées par la tête. Toutes les discussions et échanges qui ont été enrichissants, stimulants. En quelques jours, je suis passée par toutes les palettes des sentiments humains. J’ai été en colère. J’ai été inquiète. J’ai eu peur. J’ai été heureuse. Je me suis sentie pleine de confiance. J’ai été inspirée. J’ai pressenti quelque chose, et le jour d’après j’ai tiré une conclusion totalement différente.

Je voudrais écrire. Je voudrais dire des choses. Et je continue ma réflexion ce soir, ici même.
Réflexion à voix haute par le biais d’un clavier.

 

Malaise. Alors que je me connectais et découvrais mon tableau de bord, quelque chose m’a rappelé que nous sommes sur Internet et que ceci est un espace public. Je ne communique pas avec ceux qui passent par ici, je communique avec le monde entier.
C’est quelque chose qui m’a toujours effrayé, je me suis toujours un peu censurée à cause de cette tendance à vouloir me cacher.
Finalement, les gens qui sont ici sont bienveillants. Il m’a fallu du temps pour en arriver là. Je commençais à y arriver, vraiment. Depuis quelques temps, j’arrive à être exactement la même personne quel que soit mon interlocuteur. Je suis entière parce que je me cache de moins en moins. Parce qu’il n’y a pas de décalage. Parce que je suis partout la même. Mais je me rends compte que j’en dis déjà trop.

Je ne me sens plus à la maison ici. Je me sens délogée.
Il faut que je réfléchisse à ça.
Mon instinct de survie a poussé le big red button « mot de passe ». J’ai passé en revue toutes les personnes qui viennent ici pour me lire. Un mot de passe, ça pourrait être la réponse.
Mais à bien y réfléchir, ce n’est pas très cohérent. Alors que je ne cesse de répéter que l’information doit être libre, je ne peux pas mettre de mots de passe sur mes propres publications. Je ne peux pas me mettre un verrou ici alors que je suis justement en train de dépasser cette barrière.

Puis j’ai pensé adresse IP. Filtrer ? Rediriger ? C’est encore pire. Parce que c’est encore plus sournois et insidieux que mettre un mot de passe. Mettre en indésirable ? Ça se rapproche beaucoup trop de la censure à mon goût.

Puis je me suis rendue compte que ces deux solutions étaient bien trop confortables pour moi. Et immédiatement, j’ai cherché la solution qui ne serait pas confortable.
No pain, no gain.
Je parlerai de tout ça un jour.

La solution qui n’est pas confortable, c’est de ne rien changer. Oui, je suis sur Internet. Oui, j’écris au monde entier.
La solution qui n’est pas confortable, c’est d’assumer. Oui, je suis sur Internet. Il fallait bien que je rencontre un jour les contreparties qui m’inquiétaient il y a encore peu.

Puisque tout allait bien jusqu’à présent, il fallait bien quelque chose pour me barrer la route. Qu’à cela ne tienne. Je vais contourner l’obstacle et apprendre quelque chose de nouveau.

 

Et je repense à d’autres choses qu’on m’a dit aujourd’hui. Pense à toi. Fais ce que tu dois faire. Et fais le pour toi, pas pour les autres. Hacke le système et retourne-le à ton avantage. Transforme une difficulté en une opportunité.

Je me sens délogée présentement. Qu’à cela ne tienne, je vais rentrer à la maison, être à la maison, et tant pis pour ceux qui observent tout ça derrière la fenêtre.

 

Je vais reprendre le fort dès ce soir. Et quoi de mieux qu’un gif avec Andy Samberg pour illustrer tout ça ?

Booyah.

toolegittoquit

Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #04

Voilà plusieurs semaines que je réfléchissais à faire quelque chose de récurrent le 18. C’est une date random, prise au pif. Peut-être parce que le chiffre me plaît. Depuis quelques temps déjà, je réfléchis à la manière de travailler le perfectionnisme, de l’adoucir, de l’aplatir, de le corriger. Appuyer sur le bouton Envoyer. Arrêter de réfléchir et publier. Arrêter de penser et agir.
Voilà la démarche.

Tous les 18 du mois, je ferai de mon mieux pour écrire un truc. Je dis bien un truc et non une histoire. Je ne sais pas si ce sera une histoire. Il y a bien des personnages que j’ai envie de découvrir. Des thématiques sur lesquelles j’aimerais réfléchir. Mais surtout, il y a ce besoin de poser des mots quelque part.
Voilà le contrat.

Je ne sais pas où je vais. Il y aura un lieu, une temporalité, un endroit, ce sera New Berlin. Mais c’est la seule chose que je m’impose. Alors il risque d’y avoir des incohérences. Ça risque de ne ressembler à rien. Et de ne pas être intéressant. Mais il faut que je m’en foute. Il faut que je fasse ce truc. Pour expérimenter. Pour bidouiller. Pour créer. Il n’y a pas d’enjeu. Et il faut que le contrat soit établi dès le début. Pour qu’il n’y ait pas de tromperie sur la marchandise. Pour qu’il n’y ait pas d’enjeu, pas d’attentes, pas de pression.
Voilà la démarche, voilà le contrat.
Ce sera les Chroniques chaotiques de New Berlin, et ceci est le quatrième fragment.

Pour lire le premier fragment, c’est par ici : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #01
Pour lire le second fragment, rendez-vous à cette adresse : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #02
Pour lire le troisième fragment, rendez-vous à cette adresse : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #03

 

Ils sont assis, avachis, accroupis. Ils sont en pleine ébullition. Voilà longtemps qu’ils n’avaient pas pris le temps d’être là, tous ensemble, créatifs et enthousiastes.
À New Berlin, habituellement, chacun fait ce qu’il veut où il veut quand il veut. Du moins, quand il n’est pas occupé à son poste.

New Berlin est un squat. Le dernier des derniers. Et chacun a son propre rôle.
Il y a ceux qui montent la garde. Ceux qui s’occupent du réseau local. Ceux qui font à manger.
Il y a les veilleurs, les faiseurs, les analyseurs. Il y a ceux qui font, et ceux qui réfléchissent.
Felisha est au milieu de tout ça. Elle n’a pas vraiment de poste parce que a fait pété les scores à la méritocratie. Felisha n’est pas la plus compétente avec la technique. Mais elle est celle qui apprend le plus vite. Celle qui est la plus déterminée.
Felisha n’est pas la plus au point sur les stratégies de New Berlin. Mais elle est celle qui a le plus de contacts. Felisha était dans l’annuaire, à l’époque où il y avait encore un annuaire.
Felisha est la papesse de New Berlin. Parce qu’elle a vu l’endroit tomber en ruines. Et parce qu’elle est restée quand tous les autres sont partis.
Felisha n’a pas de bras droit. D’ailleurs, elle n’a pas envie d’être la patronne. Felisha ne croit pas aux notions de hiérarchie, supériorité ou autres concepts d’autorité. Felisha ne croit pas non plus à la méritocratie.

Et pourtant, ce rôle, elle a fini par s’y faire parce qu’ils ont bien voulu le lui donner. Implicitement. Ils ont commencé par lui demander son avis sur toutes les décisions importantes. Sur l’organisation du lieu. Et puis ils sont devenues protocolaires. Ont cessé de passer à l’improviste.
Felisha ne veut pas assouvir de pouvoir sur New Berlin. Elle ne veut pas être réveillée en plein milieu de la nuit parce qu’il y a des rôdeurs dans le coin. Elle ne veut pas être consultée sur toutes les décisions.
Felisha ne veut pas être admirée. L’admiration est une forme de soumission à ses yeux. Felisha ne veut pas être traitée avec le plus grand des respects. Felisha veut être traitée comme les autres. Felisha n’est pas New Berlin. Ils/elles sont New Berlin.
Felisha ne veut pas être le visage de New Berlin. New Berlin n’a pas de visage. C’est une entité protéiforme.

 

Et ce soir, New Berlin est agité. Ils parlent de reconstruire Internet. Fiévreux, ils dessinent des schémas sur des grandes feuilles de papier. Font des liste de protocoles.
Il faut accélérer la création de la Machine. Il faut rentrer en production. Puis en distribution. Il faut qu’on recrute.
Il faut qu’on fasse une copie d’Internet. Il nous faut plus de serveurs. Il faut qu’on rentre en contact avec les autres. Il faut qu’on se rassemble tous à New Berlin.

 

« Il faut faire venir tout le monde ici. »
Mais tout le monde, au final, ce n’est plus grand monde.
Les autres ont soit disparus, soit été embauchés ailleurs, soit jetés en prison.
Qui peut encore prendre part à New Berlin ? Qui est encore digne de confiance pour New Berlin ?
Et ça, les stratégistes l’ont bien compris. Ils commencent à hausser le ton. Font des prévisions sur les risques de trahison.
Il faut refaire l’annuaire. Il faut commencer par ça. Il faut d’abord savoir avec qui on peut faire quelque chose. Pas commencer par faire quelque chose et puis voir qui suit.
New Berlin s’est cassé parce que les gens ont cessé de se faire confiance.

« Mais on n’a pas le temps de faire ça, il faut le faire maintenant ! »
Felisha repense à sa toute première fois à New Berlin.
Musique analogique. Les gens sont ralentis. Fumée verte. Fumée jaune. Fumée de cigarettes.
Partout, de la fumée. Il faut hurler pour parler.
New Berlin s’est cassé parce que c’est devenu un lieu de résistance dangereux et non plus un simple lieu de célébration des technologies dissidentes.

 

Quelqu’un prononce le mot Heikki et tous les regards se tournent vers Felisha.
Ils veulent savoir où elle en est. Ils ont lu la documentation, mais ils veulent l’entendre de sa propre voix.
Et Felisha est obligée de le dire.

C’est ici et maintenant qu’elle doit le dire.
Elle doit le dire parce qu’ils ont le droit de savoir.
Parce qu’Heikki n’est pas juste son androïde à elle. Heikki n’est pas juste son amant électronique.
Heikki est devenu bien plus que ça.
Ils en ont besoin autant qu’elle, si ce n’est plus.

Felisha réfléchit au serveur. Aux bouts de câbles. À la carte-mère.
Felisha pense très fort au mort fork.
C’est le premier mot auquel elle pense lorsqu’elle se lève.
Fork (au sens de dérivation ou scission, vient du français « fourche » prononcé « fourke », les anglais ont conservé cette ancienne prononciation) désigne un objet (au sens large, cela peut être un projet) ayant une racine commune avec un second.
C’est le dernier mot auquel elle pense quand elle s’endort le soir. Et lorsqu’elle se réveille en plein milieu de la nuit, elle se réveille en plein milieu du fork.
Ce mot peut également être employé comme synonyme d’objet dérivé.

Mais il faut qu’elle cesse de penser au mot fork. Il faut qu’elle cesse de s’y accrocher désespérément. Parce qu’elle a l’intuition que son amant électronique ne sera plus qu’un vieil amant. Que tout ce qui s’est passé n’existera plus.
Que trop d’années ont passé. Trop de bidouilles se sont rajoutées les unes sur les autres.
Qu’il n’existe pas de fork possible.

C’est à cause du serveur. Des mises à jour.
Felisha n’a pas vraiment la main sur Heikki parce que quelque part, il y a un fichier sur un serveur, dans un data center. Et c’est à cause de ce fichier sur ce serveur dans ce data center que Felisha ne peut pas avoir la main sur Heikki.
Quelque part dans le monde, il y a un câble. Une baie. Un rack. Et dedans, il y a Heikki.
Heikki est quelque part dans un câble. Heikki est quelque part dans une baie.

 

Felisha doit leur dire, maintenant. Elle ne s’y est pas préparé. Mais il faut le faire.
Alors elle serre le point, ravale ses larmes et dit, tout doucement, en baissant les yeux :
« Heikki n’existe plus. Il faut tout reconstruire. »

Felisha doit en prendre conscience, maintenant. Elle doit l’affirmer à elle, pas aux autres.
Il est temps d’éteindre La Machine à Rêves. La Machine à Rêves n’a jamais existé ailleurs que dans son esprit.

Petites histoires du mois de février, édition 2015

Et la tristesse du mois du Janvier est disparu aussitôt Février et son lot de nouveautés arrivés.

Alors que je trouvais toujours un peu de temps pour écrire ces articles au fur et à mesure, me voilà contrainte de tout écrire d’une traite au dernier moment.

Je découvre ce soir le sentiment grisant de travailler sur des projets à heures tardives, d’autres fois de voir les copains le soir, et plus généralement de découvrir le soir, tout simplement. De n’être qu’à moitié éveillée mais en vie.

Je n’ai jamais autant couru après le temps que depuis ce mois de février 2015. Entre janvier et maintenant, j’ai l’impression d’être devenue une nouvelle personne. Je me suis observée à travers les yeux d’autres personnes, et j’y ai découvert un tas de choses.
D’abord une personne. Pas une nouvelle personne. Juste un point de vue qui change. Qui évolue. Une curiosité qui grandit. D’abord des questions. Beaucoup de questions. Et puis plus tard des réponses. Des propositions. Peut-être une confiance mutuelle qui est en train de naître.
Puis j’ai rencontré quinze personnes d’un coup. Et ça m’a fait un bien fou. Il me fallait ces nouveaux visages. Il me fallait être moi-même, remise à zéro, en dehors de tout contexte.

Me regarder à travers les yeux d’autres personnes m’a fait prendre conscience d’un tas de choses. J’ai beaucoup grandi depuis l’année dernière. Je suis résolue à ne jamais devenir adulte mais plus sage, plus réfléchie. Ce qui n’est vraiment pas la même chose. J’ai gagné en confiance. Je suis plus forte. Je sais qu’on m’observe parfois, et je laisse les autres m’observer.

Je n’ai plus envie de me cacher. J’ai même envie de l’inverse. Mais je ne trouve pas encore ce courage.

Mes yeux sont explosés et je suis morte de fatigue. Demain je me lève tôt. Comme tous les matins jusqu’aux trois prochains mois. Je suis en vie et je n’ai aucun regrets. Je découvre Brest en tôt le matin. Apprends à aimer les transports en commun. Deviens patiente. Conciliante.
Mes journées ne sont que d’interminables listes de tâches éparpillées partout et pourtant, lorsque je prends ces quelques minutes pour prendre du recul, je me rends compte que je suis heureuse. Je suis en vie et heureuse.

Je réalise que ma propre vie ne fait que commencer, et qu’il y a un tas de choses fantastiques qui m’attendent. Je réalise que je ne cesserai jamais d’apprendre des choses, et je me réjouis à l’idée de découvrir et d’apprendre toutes ces nouvelles choses.
Il m’arrive parfois d’effleurer l’idée d’un jour donner une conférence et parler devant un large public. Je veux me débarrasser de toutes mes peurs et de toutes mes angoisses. Je n’ai plus peur, du moins beaucoup moins, d’affronter les monstres à l’intérieur.

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Ce que je retiens du mois de février :
Faire de la scie sauteuse à quatre heures du matin pendant mon tout premier hackathon • Recevoir un DVD avec ‘Moosh Belmont’ sur la jaquette • Un Moleskine qui se termine bientôt • Découvrir Remember Me à deux • Mon Feedly qui est en train d’exploser sous les articles non-lus • Mon tatoueur qui répond à mes questions après une visite à l’improviste au dernier moment • Mon libraire qui me parle de TVA pendant plus d’une heure • Acheter un bonnet en forme de cupcake • Recevoir des mails avec des liens débiles à 3h du matin • Un septum qui ne plaît à personne mais OSEF YOLO • Faire des cacas mignons en perles chauffantes • Recevoir Things & Ink directement dans ma boîte aux lettres • Revoir Le Parrain.

Marketing is not a crime #01 : Vous savez qui fait de la communication ?

« Je suis designer graphique mais il est hors de question que je fasse de la publicité ou du marketing. »
« Je n’ai pas débloqué d’argent pour ça parce que j’étais pingre. Aujourd’hui je veux bien y accorder un peu plus de budget. »
« Je n’ai pas le temps. », variante de :  « Je n’ai pas le budget. », variante de : « Je n’ai pas les compétences ».

 

Si j’ai choisi depuis quelques temps la voie la voie du militantisme numérique et technologique, je me rends compte que je passe aussi beaucoup de temps à démystifier et faire de la sensibilisation à la communication.
Je regrette que ce soit un art dénigré, mal vu et toujours systématique associé à du raw capitalism (ouais, l’anglais c’est branleur mais j’aime trop cette expression pour la citer autrement).
Le mot communication est un mot sale. Comme le mot féminisme. C’est un mot qu’on prononce à voix basse, comme le féminisme, parce qu’il est chargé de trop de symboles, de trop d’histoire et de trop d’idées toutes faites et préconçues.

La communication est finalement une vaste légende urbaine. Il est important de la comprendre et ce, pour plusieurs raisons :
1. La communication, comme la technologie, n’est ni bonne ni mauvaise. C’est l’usage qu’on en fait qui est déterminant.
2. Il est important de comprendre la communication pour apprendre à s’en servir correctement et s’autonomiser (empowerment étant un mot bien plus compréhensible qu’autonomisation)
3. Il est important de comprendre la communication pour se détourner de la mauvaise communication (celles qui fait partie du raw capitalism, justement)

 

Je voyais cet article comme un one shot. Pourtant, alors que j’écris cette introduction, tout mon article est déjà écrit. Et il est très, très long. Et il y a beaucoup, beaucoup de choses à dire sur le sujet. Donc ce ne sera pas un one shot mais une série de plusieurs articles. Et comme l’expérience New Berlin me fait prendre compte que se donner une deadline est très très efficace, je publierai le prochain article un 22. Mais peut-être que ce sera le 22 avril et non le 22 mars. On verra bien !
( ´ •ω• ` )

D’ici là, c’est parti pour le gros putain de pavé dans ta face !

 

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Vous savez qui fait de la communication ?
Les demandeurs  d’emploi. Les demandeurs d’emploi font de la communication lorsqu’ils indiquent sur leurs CV qu’ils ont le permis, et qu’ils possèdent telle ou telle compétence. Ils font de la communication lorsqu’ils se renseignent sur l’entreprise en envoyant leur candidature. Ils font de la communication lorsqu’ils arrivent à l’entretien d’embauche frais, souriants et habillés correctement.
Est-ce pour autant dégradant d’avoir un CV propre, à jour et complet ? Est-ce dégradant d’arriver à un entretien d’embauche sous son meilleur jour et préparé ?
Les demandeurs d’emploi font de la communication en parlant d’eux, de leurs compétences et en renvoyant une image positive d’eux.

 

Vous savez qui fait de la communication ?
Mon tatoueur. Mon tatoueur fait de la communication lorsqu’il me prend en rendez-vous au dernier moment pour parler d’un projet de tatouage alors qu’il est sur le point de fermer. Il fait de la communication lorsqu’il regarde les planches que je lui ai amené et qu’il me donne son point de vue ou qu’il me demande de retravailler mon projet.
Il fait de la communication parce qu’il envoie le message suivant : Je suis disponible pour mes clients et toujours prêt à écouter leurs envies et leurs attentes. Il fait de la communication parce qu’il envoie le message suivant : Voilà pourquoi tu viens te faire piquer ici et pas chez un autre ; et voilà pourquoi tu as fait le bon choix.
Mon tatoueur a conscience de l’importance de la relation avec la clientèle. D’ailleurs, il parle souvent de ça. Il sait que c’est important de prendre du temps et d’écouter. Il sait que c’est ce qui fait, entre autres choses, la différence entre un professionnel et un amateur.
D’ailleurs, si j’ai choisi ce tatoueur en particulier, ce n’est pas parce qu’il habite à quelques minutes de chez moi. C’est parce qu’avant de pousser les portes de son studio pour la première fois, j’avais entendu toutes sortes de choses sur lui. Je connaissais sa réputation. Je savais qu’il était considéré comme le meilleur studio du coin.

 

Vous savez qui fait de la communication ?
Mes libraires. Mes libraires font de la communication lorsque, chaque mois, ils m’envoient une newsletter pour m’informer des rencontres qui auront lieu ce mois-ci à la librairie, et des livres qui ont rejoint leurs étagères. Mes libraires font de la communication lorsqu’ils se souviennent de mon prénom, qu’ils me conseillent des livres et qu’ils m’accueillent toujours avec un grand sourire. Mes libraires font de la communication lorsqu’ils choisissent d’avoir du mobilier en bois. Mes libraires font de la communication lorsqu’ils font aussi salon de thé.
D’ailleurs, si j’ai choisi ces libraires en particulier, ce n’est pas parce qu’ils habitent à quelques minutes de chez moi et à quelques mètres de mon tatoueur. C’est parce qu’avant de rentrer dans leur librairie pour la première fois, j’avais repéré leur devanture rouge, leur vitrine arrangée avec soin et leur établissement rempli de livres partout. J’ai choisi ces libraires en particulier parce que j’aime leur scénographie, parce que j’aime leur accueil et parce que j’aime leur sélection éditoriale. Et tout ça fait partie d’un tout cohérent et homogène.
Depuis que j’ai rencontré mes librairies, je ne commande que très rarement des livres en ligne. Je ne me rends sur Amazon que pour mettre à jour la base de données de SensCritique. Je ne commande sur Price Minister que lorsque je suis très pressée, variante de : lorsque je n’ai pas le temps.

 

Vous savez qui fait de la communication ?
Les ninjas de l’ordinateur qui tiennent des blogs techniques. Les ninjas de l’ordinateur font de la communication parce qu’ils-elles parlent de ce qu’ils-elles font et ce qu’ils-elles savent. Ils-elles font de la communication lorsqu’ils-elles choisissent de traiter tel ou tel sujet. Lorsqu’ils-elles choisissent de sensibiliser sur les dangers de tel ou tel outil. De telle ou telle loi qui vient d’être votée.
Bien entendu, je parle des ninjas de l’ordinateur, mais l’exemple vaut pour n’importe quel autre sujet de blog. L’important étant de se rappeler qu’ils-elles font de la communication en parlant de qui ils-elles sont, font et savent.

 

Vous savez qui fait de la communication ?
Les éditions ZONES.  Les éditions ZONES font de la communication lorsqu’ils décident de se présenter comme « un espace de résistance éditoriale ». Ils font de la communication lorsqu’ils ont une page À Propos sur leur site et que, sur cette page À Propos, on peut y lire : Zones voudrait être un espace de résistance éditoriale. Centré sur la contre-culture, l’activisme et les nouvelles formes de contestation, en lien avec les mouvements sociaux et en prise avec les nouvelles théories critiques, il accueille tous les genres et tous les formats. ZONES fait aussi de la communication en choisissant de n’avoir que des couvertures bicolores.
ZONES est mon dernier coup de cœur éditorial parce que, si c’est justement par ces couvertures bicolores que je les ai découvert, je les ai aimé parce que j’ai envie de lire tous les livres qu’ils publient. Parce qu’ils correspondent à mes attentes en terme de réflexions liés à  des sujets de société. Parce que, même si leurs sujets de publication sont vastes, je suis très sensible à leur cohérence éditoriale. Je suis très sensible à leur résistance éditoriale.

 

Vous savez qui fait de la communication ?
Les fanzines qui se distribuent dans des manifestations ou autres lieux de contestation. J’ai récupéré un tas de fanzines féministes qui provenaient de Notre-Dame-des-Landes et me suis empressée de les poser sur mon bureau pour pouvoir les lire plus tard, au moment opportun. Tous les jours, je pose les yeux dessus et je chéris ces petites publications faites main.
Comme les ninjas de l’ordinateur et les éditions ZONES, les fanzines alternatifs et militants font de la communication lorsqu’ils choisissent d’être imprimé en noir et blanc sur du papier recyclé ou lorsque leur mise en page transpire le fait maison. C’est aussi pour ça que je suis ravie d’avoir ces petits livres posés sur mon bureau. Pour leur côté DIY et fait main. Parce que lorsque je les regarde, je pense à toutes les personnes qui ont travaillé dessus, je pense à toutes les personnes qui ont pris du temps pour confectionner tout ça.
Lorsque vous tenez un de ces fanzines dans les mains, ce n’est pas juste les mots ou les idées que vous tenez dans les mains. C’est l’histoire qu’il y a derrière. L’univers qu’il y a derrière. Et tout ça fait partie d’un tout cohérent et homogène.

 

Vous savez qui fait de la communication ?
Vous. Vous faites de la communication lorsque vous choisissez votre image de profil sur tel ou tel réseau. Vous faites de la communication lorsque vous répondez rapidement aux mails ou, au contraire, lorsque vous tardez à y répondre. Vous faites de la communication lorsque vous choisissez de publier tel ou tel statut, tweet, photo et que vous prenez quelques instants pour écrire le commentaire qui va avec. Vous faites de la communication lorsque vous décidez de sourire ou non à votre boulanger-e.  Vous faites de la communication lorsque vous choisissez d’être ponctuel-le, ou au contraire d’arriver en retard.
Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises façons de faire. Simplement, il y a votre façon de faire. Et vous faites de la communication lorsque vous adoptez tel ou tel comportement. Vous faites de la communication parce que vous envoyez le message suivant : Voilà qui je suis, voilà ce que je fais, et voilà comment je suis.

 

La communication se pratique partout et tout le temps. Malheureusement, on continue à l’associer comme quelque chose de réservé à une élite, ou une bande de marketeurs qui portent le nom d’Octave Parango.
Mais la communication est un art à part entière, à géométrie variable (ouais, aujourd’hui, je me la pète beaucoup) et d’une richesse immense.
Et, alors qu’il existe une infinité de manières de communiquer, il n’y a pourtant qu’une façon majoritaire de la considérer : comme quelque chose de sale, dégradant et avilissant.

Marketing is not a crime #02 : Pourquoi vous devriez prendre le temps ou dédier du budget

[Edit du 12/07/15]
Sur un presque coup de tête que je fomente depuis quelques jours déjà, je décide de publier tous les articles en brouillon qui s’entassent depuis des années dans mon WordPress.
Ils sont donc publiés bruts, tels quels et non relus. Certains n’ont pas été publiés parce que je n’ai jamais pris le temps de les finir, d’autres n’ont pas été publiés parce que j’ai voulu faire les choses trop bien et que le perfectionnisme, c’est le mal.

[Edit de l’edit]
Quelques-uns ne seront jamais publiés parce que je viens de me rendre compte que je les ai supprimé…

 

« Je suis designer graphique mais il est hors de question que je fasse de la publicité ou du marketing. »
« Je n’ai pas débloqué d’argent pour ça parce que j’étais pingre. Aujourd’hui je veux bien y accorder un peu plus de budget. »
« Je n’ai pas le temps. », variante de : « Je n’ai pas le budget. », variante de : « Je n’ai pas les compétences ».

Si j’ai choisi depuis quelques temps la voie la voie du militantisme numérique et technologique, je me rends compte que je passe aussi beaucoup de temps à démystifier et faire de la sensibilisation à la communication.
Je regrette que ce soit un art dénigré, mal vu et toujours systématique associé à du raw capitalism (ouais, l’anglais c’est branleur mais j’aime trop cette expression pour la citer autrement).
Le mot communication est un mot sale. Comme le mot féminisme. C’est un mot qu’on prononce à voix basse, comme le féminisme, parce qu’il est chargé de trop de symboles, de trop d’histoire et de trop d’idées toutes faites et préconçues.

La communication est finalement une vaste légende urbaine. Il est important de la comprendre et ce, pour plusieurs raisons :
1. La communication, comme la technologie, n’est ni bonne ni mauvaise. C’est l’usage qu’on en fait qui est déterminant.
2. Il est important de comprendre la communication pour apprendre à s’en servir correctement et s’autonomiser (empowerment étant un mot bien plus compréhensible qu’autonomisation)
3. Il est important de comprendre la communication pour se détourner de la mauvaise communication (celles qui fait partie du raw capitalism, justement)

Pour retrouver le premier article, rendez-vous par ici : Marketing is not a crime #01 : Vous savez qui fait de la communication ?

 

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Il y a deux manières d’envisager la communication comme quelque chose de problématique :
1. La communication prend du temps.
2. La communication demande de l’argent.

Il y a une manière d’envisager la communication en posant la problématique de la mauvaise manière :
0. La communication est optionnelle.

 

Or, la communication est tout sauf optionnel. Cet article s’adresse principalement aux entrepreneurs, créateurs ou autre producteurs de quoi que ce soit. Mais, je l’ai dit dans le premier article : La communication s’adresse à tout le monde, elle n’est pas réservée à une élite et il est important de la comprendre avant de bien la pratique.
Les exemples cités ci-dessous peuvent donc très bien inspirer (je l’espère) n’importe qui.

 

Pourquoi vous devriez prendre du temps pour votre ou dédier du budget pour votre communication visuelle

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Pourquoi vous devriez prendre du temps pour votre ou dédier du budget pour votre présence sur les réseaux sociaux

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Pourquoi vous devriez prendre du temps pour votre ou dédier du budget pour raconter votre histoire

Le storytelling est une technique de communication qui consiste à raconter une histoire, ou plus largement un univers, un style de vie ou des idées.
L’histoire de Nespresso, c’est l’histoire d’un café qui n’a le goût d’aucun autre. Mais vous n’achetez pas le produit. Vous achetez l’histoire qui va avec. Vous achetez un univers. Vous achetez Georges Clooney. Vous achetez un café qui coûte plus cher, mais qui est meilleur. Vous achetez les magasins à la scénographique sophistiquée qui vont avec, et les employés endimanchés qui vont avec.
Acheter Nespresso, c’est autant acheter un produit qu’un style de vie.
L’histoire d’Apple, avant, c’était l’histoire d’un groupe de personnes qui allaient à contre-courant, qui provenaient des milieux de la contre-culture et qui ne faisaient rien comme tout le monde. Aujourd’hui, l’histoire d’Apple, c’est le soin apporté au design des produits. À l’ergonomie des produits. L’histoire d’Apple, c’est un seul bouton sur son téléphone.
Acheter Apple, ce n’est pas acheter des produits de meilleure facture. C’est acheter l’idée que vous êtes un artiste et que vous pensez à contre-courant.
Vous pensez vraiment qu’il vous faut des produits Apple si vous travaillez dans le design ou le graphisme ? Je connais un gars qui est designer graphique. Il travaille sous Linux. Alors okay, il représente peut-être un pourcentage infime mais par contre, je connais un tas d’autres gars qui font de la PAO sur Windows. Vous savez qui est un professionnel des arts graphiques et travaille sous Windows ? Geoffrey Dorne.
L’histoire d’Arduino, c’est la promesse d’un monde meilleur parce que plus ouvert. C’est l’histoire de milliers de petites mains et de milliers de petits cerveaux qui, tous les jours, améliorent le monde parce qu’ils bidouillent du matériel, et qu’ils ont le droit de le faire. L’histoire d’Arduino, ce n’est pas l’histoire d’une entreprise. C’est l’histoire d’une communauté. C’est l’histoire de matériels, et de visages.
Arduino et RasperryPi, pour ne citer qu’eux, font partie d’une nouvelle industrie très florissante. Mais ça, c’est un autre sujet et un autre débat, et Chris Anderson en parlera bien mieux que moi et de manière bien plus complète.
Il y aurait des comparaisons et des parallèles très intéressants à faire entre les blogueurs à temps plein qui vivent de leur blog, et les industries Open Source. Spoiler alert : Boooh ils gagnent de l’argent.
L’histoire de Greenpeace, c’est l’histoire d’un monde plus vert et plus écologique. L’histoire de Greenpeace, c’est l’histoire de ce qui arrive quand on met plus de nucléaire partout. C’est l’histoire de ce qui arrive quand on ne fait pas attention à l’environnement et la biodiversité. Greenpeace, c’est l’histoire d’une quinzaine de gars qui, dans les années 70, se sont embarqués dans un chalutier pour empêcher des essais nucléaires. Quand vous soutenez Greenpeace, vous ne soutenez pas que l’ONG. Vous soutenez les idées que défendent l’ONG. Vous envoyez un message : Voici ce qui ne va pas dans le monde, voici comment changer les choses, et voici ce que j’en pense.
Je n’ai pris que des exemples très connus pour appuyer mes propos, mais le storytelling peut s’appliquer à n’importe quelle structure, que ce soit une entreprise, une association, une fondation ou un simple regroupement de citoyens.
Le storytelling est la pierre fondatrice qui va vous permettre d’avoir un tout cohérent et homogène. Le storytelling est l’histoire que vous racontez au monde, les valeurs et idées que vous défendez et le style de vie que vous prônez.
Mais le gourou du marketing américain en parle bien mieux que moi et de manière bien plus complète.

 

Pourquoi vous devriez prendre du temps ou dédier du budget pour votre site Internet

Peu importe votre secteur d’activité, peu importe ce que vous fassiez dans la vie, avoir un site Internet est dans les premières choses à ne pas négliger. Il arrive peut-être même dans la deuxième place après votre communication visuelle, parce qu’il découle de celle-ci, et qu’il donnera le ton sur tout le reste.
Oui, avoir un site Internet coûte cher. Il y aura forcément un coût minime. Que ce soit pour l’hébergement ou le nom de domaine. Mais là où les choses se compliquent et engagent des frais supplémentaires, c’est lorsque vous engagez quelqu’un pour faire votre site.
Pourtant, dédier du budget pour votre site Internet ne devrait pas être optionnel (à moins, bien sûr, d’avoir le skill et les connaissances plus théoriques pour le faire soi-même). Et ce, pour deux raisons principales :
1. Parce que vous allez gagner en professionnalisme.
2. Parce que ça rendra service à vos clients.
Combien de sites à ce jour ne respectent pas les critères ergonomiques les plus basiques ? Combien de sites sont aujourd’hui suffisamment mal branlés pour rendre l’utilisateur fou de rage ou persuadé d’être idiot parce qu’il n’y arrive pas ?
Avoir un site Internet efficace, ce n’est pas juste avoir un site Internet joli et qui reprend les éléments de votre charte graphique. Avoir un site Internet efficace, c’est également avoir un site Internet qui remplit des critères ergonomiques. C’est avoir un site qui pointe vers vos médias sociaux. C’est avoir du texte bien écrit, bien relu et sans fautes d’orthographe. C’est avoir des images pas trop lourdes et à la meilleure résolution possible. C’est avoir un site responsive, qui peut aussi bien se consulter depuis un écran d’ordinateur qu’un terminal mobile.
Alors oui, avoir un site Internet fonctionnel et efficace peut vous prendre du temps, mais aussi vous coûter de l’argent. Vous pouvez très bien avoir un site fait main et qui marche à peu près. Ça peut même être un élément de communication ou un argument commercial. Mais dès lors que vous voudrer passer à l’étape supérieure, il va falloir vous préoccuper de ça.
Parce qu’avoir un site Internet fonctionnel, efficace et beau, ça veut deux choses et ça envoie deux messages :
1. J’accorde suffisamment d’importance, d’attention et de soin à mon entreprise pour lui fournir le site qu’elle mérite
2. J’accorde suffisamment d’importance, d’attention et de soin à mes clients pour leur fournir une expérience de navigation à la hauteur de ce qu’ils méritent

Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #03

Voilà plusieurs semaines que je réfléchissais à faire quelque chose de récurrent le 18. C’est une date random, prise au pif. Peut-être parce que le chiffre me plaît. Depuis quelques temps déjà, je réfléchis à la manière de travailler le perfectionnisme, de l’adoucir, de l’aplatir, de le corriger. Appuyer sur le bouton Envoyer. Arrêter de réfléchir et publier. Arrêter de penser et agir.
Voilà la démarche.

Tous les 18 du mois, je ferai de mon mieux pour écrire un truc. Je dis bien un truc et non une histoire. Je ne sais pas si ce sera une histoire. Il y a bien des personnages que j’ai envie de découvrir. Des thématiques sur lesquelles j’aimerais réfléchir. Mais surtout, il y a ce besoin de poser des mots quelque part.
Voilà le contrat.

Je ne sais pas où je vais. Il y aura un lieu, une temporalité, un endroit, ce sera New Berlin. Mais c’est la seule chose que je m’impose. Alors il risque d’y avoir des incohérences. Ça risque de ne ressembler à rien. Et de ne pas être intéressant. Mais il faut que je m’en foute. Il faut que je fasse ce truc. Pour expérimenter. Pour bidouiller. Pour créer. Il n’y a pas d’enjeu. Et il faut que le contrat soit établi dès le début. Pour qu’il n’y ait pas de tromperie sur la marchandise. Pour qu’il n’y ait pas d’enjeu, pas d’attentes, pas de pression.
Voilà la démarche, voilà le contrat.
Ce sera les Chroniques chaotiques de New Berlin, et ceci est le troisième fragment.

Pour lire le premier fragment, c’est par ici : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #01
Pour lire le second fragment, rendez-vous à cette adresse : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #02

 

C’est à cause du serveur. Des mises à jour.
Felisha n’a pas vraiment la main sur Heikki parce que quelque part, il y a un fichier sur un serveur, dans un data center. Et c’est à cause de ce fichier sur ce serveur dans ce data center que Felisha ne peut pas avoir la main sur Heikki.

Bien sûr, les dissidents de New Berlin ont fait une sauvegarde de Heikki. Mais ils ont fait la sauvegarde sans le fichier. Et personne ne peut accéder au fichier.
Quelque part dans le monde, il y a un câble. Une baie. Un rack. Et dedans, il y a Heikki.
Heikki est quelque part dans un câble. Heikki est quelque part dans une baie.

 

Au tout début, ils ont lancé des aspirateurs. Des bras mécaniques.
Puis il y a eu la vallée de l’étrange.
La vallée dérangeante est une théorie scientifique du roboticien japonais Masahiro Mori, publiée pour la première fois en 19701, selon laquelle plus un robot androïde est similaire à un être humain, plus ses imperfections nous paraissent monstrueuses.
Il y a eu ELIZA. Cleverbot.
Ainsi, certains observateurs seront plus à l’aise en face d’un robot clairement artificiel que devant un robot doté d’une peau, de vêtements et d’un visage pouvant passer pour humain. La théorie prévoit cependant qu’au delà d’un certain niveau de perfection dans l’imitation, les robots humanoïdes sont beaucoup mieux acceptés.
Puis il y a eu Eugène Goostman.
C’est pour cela qu’est utilisé le terme de vallée : il s’agit d’une zone à franchir dans laquelle chaque progrès fait vers l’imitation humaine amènera plus de rejet avant de finalement amener une acceptation plus grande.
Et bien avant qu’Heikki ne soit qu’une graine de robot, il y a eu les tous premiers modèles.

Heikki a passé le test de Turing. Et il a franchi la zone de l’étrange.
Heikki a été le premier modèle métis.
Le terme métis (du mot latin mixtīcius ou mixtus qui signifie « mélangé »/« mêlé ») est employé, dans le langage courant, pour désigner des personnes nés de parents d’ethnies différentes. Le métissage est ainsi entendu au sens culturel.
« Heikki a le teint caramel et les yeux amandes. » C’est ce qui était écrit sur le packaging. Dans les médias en ligne. Et ils ont fait toute leur communication sur du marron et du vert.

 

Heikki est un homme viril, fort, orgueilleux, ambitieux et un certain magnétisme se dégage de sa personne, atout qu’il entretient d’ailleurs. Son apparence est agréable. Il allie charme et élégance à une présence sécurisante.
Heikki n’était pas très grand. Ils avaient décidé de lui donner une taille standard. Certaines personnes se trouvent rassurés par des gens grands. D’autres en ont peur, des gens grands. Alors ils lui ont donné une taille moyenne. Pour qu’il convienne à tout le monde. Ils l’ont rendu beau, mais pas trop. Il fallait qu’il inspire la confiance, pas la jalousie.
Heikki aime la compagnie des autres et la coopération. Son sens de l’amitié est très solide. Ses idéaux sont élevés, tendent vers l’absolu, et le portent à participer à des groupes à vocation humanitaire.
Heikki était gentil. Tout le monde l’aimait. C’est pour ça qu’ils l’ont conçu. C’était sa fonction première. Écouter. Rassurer.
Plusieurs orientations sont susceptibles de lui convenir : celles en rapport avec le domaine médico-social, avec la prise en charge des autres ou le conseil.
Heikki était agent d’accueil hospitalier. C’était sa mission première. Accueillir. Recueillir. Écouter. Rassurer. Ils ont créé ce modèle pour les hôpitaux. Pour les gens malades. Les gens qui attendent. Parfois les deux à la fois.

 

Les constructeurs ont fait preuve d’innovation avec ce modèle. Mais ils ont aussi pris deux gros risques.
1. Le métissage. Heikki était le premier modèle à ne pas avoir le teint porcelaine. Bien sûr, avant, il y a eu des androïdes au teint citron et aux yeux anthracites. Ils ont fait toute leur communication sur du jaune et du noir.
2. La personnalité. Heikki était le premier modèle à être le plus proche d’un être humain. Un tel niveau de complexité n’avait jamais été atteint jusqu’ici. Bien sûr, avant, il y a un paquet d’androïdes à franchir la vallée et passer le test. Mais Heikki pensait vraiment comme un être humain. Il ressemblait vraiment à un être humain.

 

Felisha avait 19 ans lorsque le modèle de Heikki est sorti. 20 ans lorsqu’elle a rencontré Heikki. 22 ans lorsqu’elle a écrit le Manifeste des 343 pédés.

 

Les choses avançaient. Il y avait un androïde au teint caramel sur le marché. Les choses allaient bien. Les choses progressaient vraiment.
La vie de Felisha ne faisait que commencer, et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

 

Et puis Felisha a eu 21 ans. Heikki a essayé de lui dire. Mais il ne savait pas comment le dire. Parce qu’il avait peur. Parce qu’il était en première ligne. Et parce qu’il avait enregistré quelque part dans un fichier de configuration la totalité de l’Histoire des êtres vivants et des êtres non vivants.
Heikki savait. Il a essayé de lui dire. Mais il ne savait pas comment lui dire. Parce qu’il était terrifié. Parce que ses amis androïdes en faisaient partie.

Au début, il y en a eu un. Puis un autre. Puis bientôt une dizaine.
Et très vite est venu la dégradation du débat. Très vite est arrivé la chasse aux sorcières.

Le tout premier androïde venait de faire son coming-out. Et c’était le modèle d’Heikki.
Des robots pédés. Voilà ce qui est arrivé quand Felisha e eu 21 ans. Au début, c’était juste des robots noirs. Puis c’est devenu des robots noirs pédés.
Et, fatalement, c’est devenu des robots pédos. Pédobots. C’est comme ça qu’on les appelait en ligne.

 

La production s’est arrêté. L’espace public et privé s’est vidé de ses robots humanoïdes. Tous les androïdes ont été rappelés. Tous.
Felisha a vu les androïdes se faire débrancher les uns après les autres. Les hôpitaux ont vu leurs agents disparaître de leurs couloirs.

Le débat public a dérapé. L’espace public s’est dégradé.
Tout s’est effrité. Effondré.
Les androïdes ont disparu de la circulation pendant dix-huit mois.
Puis ils sont revenus, petit à petit. Les uns après les autres.

 

L’intolérance avait gagné.
Sous couvert de décence, ils ont dit que les androïdes ne devaient pas être sexuellement actifs.
L’ignorance avait gagné.
Sous couvert de décence, ils ont dit qu’ils ne pouvaient pas prendre de risque.

 

Et tout le monde est revenu en arrière. Le progrès n’avait jamais vraiment existé parce que les mentalités n’avaient pas bougé.

Felisha avait 22 ans lorsque le monde s’est arrêté.
Felisha avait 22 ans lorsque son monde s’est arrêté.
Felisha avait 22 ans lorsqu’elle a éteint Heikki.

Et quatre ans plus tard, pas une seule fois le robot ne s’est allumé plus de dix minutes.

 

Quelque part dans le monde, il y a un câble. Une baie. Un rack. Et dedans, il y a Heikki.
Et quelque part dans le monde, il doit bien y avoir quelqu’un de suffisamment fou et compétent pour réussir à faire un fork de l’androïde.

Petites histoires du mois de janvier, édition 2015

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Je n’ai pas pris de résolution pour 2015, tout comme je n’ai pas pris de résolution en 2014 quand je me suis rendue compte en 2013 que c’était contre-productif. Je n’ai donc pas pris de résolution pour 2015, mais me suis fixée l’objectif – tout du moins l’envie – de devenir un vieux sage en haut d’une montagne d’ici la fin de l’année.

Je voulais en parler dans un article entier, un article dédié, mais je n’ai pas pris le temps.
Au mois de janvier, je voulais prendre des photos, avancer dans la calligraphie, inaugurer mon kit Arduino pour débutants. Je voulais écrire des fragments, lire des livres, avancer dans mes cours de photo numérique.

Au mois de janvier, quelqu’un m’a donné son café parce que c’était un latte et que j’avais demandé un café simple. J’ai rencontré des gens, au mois de janvier. Des gens que j’avais envie de rencontrer, des gens que je n’avais pas envie de rencontrer, des gens que je ne pensais pas rencontrer.

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Et pourtant, alors que je m’apprête à publier cet article, rien ne me vient.
Il n’y a rien dont j’ai envie de parler sur place publique. Il n’y a que des mails que j’ai entamé mais que je n’arrive pas à finir.
Il n’y a rien que des conversations à voix basse que j’aimerais avoir. Mais les mots ne viennent pas.

Il s’est passé un tas de choses au mois de janvier, mais il n’y a que du gris qui me vient en tête.
Je n’écrirai pas cet article parce que je n’ai pas envie de parler de choses grises sur la place publique.

J’ai été triste au mois de janvier.

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Ce que je retiens du mois de janvier :
Agent Cooper et les donuts de la police de Twin Peaks • Les deux ans de la mort d’Aaron Swartz • Un dimanche entier passé à réorganiser ma bibliothèque • Twitter parle maintenant le lolcat • Le morceau Serenity de Popof • L’article La cueillette des biens matériels de Ploum • Le mindfuck de The Stanley Parable • La phrase « Il n’habite nulle part en particulier, mais dans son ordinateur en général. » à propos de Gustavo Ferreira, designer.

Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #02

Voilà plusieurs semaines que je réfléchissais à faire quelque chose de récurrent le 18. C’est une date random, prise au pif. Peut-être parce que le chiffre me plaît. Pourtant j’ai horreur des chiffres. J’ai pensé à des playlists. Puis j’ai pensé à New Berlin. Comment l’écrire. Comment ne pas l’écrire. Quoi en faire. Des bouts de discussion sur un chat IRC sur un Internet alternatif. Ce document sur mon bureau qui s’intitule Il n’y a pas d’enjeu.odt.
Ce sera tout ça à la fois. Depuis quelques temps déjà, je réfléchis à la manière de travailler le perfectionnisme, de l’adoucir, de l’aplatir, de le corriger. Appuyer sur le bouton Envoyer. Arrêter de réfléchir et publier. Arrêter de penser et agir.
Voilà la démarche.

Tous les 18 du mois, je ferai de mon mieux pour écrire un truc. Je dis bien un truc et non une histoire. Je ne sais pas si ce sera une histoire. Il y a bien des personnages que j’ai envie de découvrir. Des thématiques sur lesquelles j’aimerais réfléchir. Mais surtout, il y a ce besoin de poser des mots quelque part. Et ce besoin, il revient régulièrement. Trop régulièrement pour l’ignorer.
Il faut que je pose des mots quelque part, peu importe ce que sont ces mots, peu importe ce qu’il y a derrière (il y a d’autres personnes pour déchiffrer ça).
Voilà le contrat.

Je ne sais pas où je vais. Il y aura un lieu, une temporalité, un endroit, ce sera New Berlin. Mais c’est la seule chose que je m’impose. Alors il risque d’y avoir des incohérences. Ça risque de ne ressembler à rien. Et de ne pas être intéressant. Mais il faut que je m’en foute. Il faut que je fasse ce truc. Pour expérimenter. Pour bidouiller. Pour créer. Il n’y a pas d’enjeu. Et il faut que le contrat soit établi dès le début. Pour qu’il n’y ait pas de tromperie sur la marchandise. Pour qu’il n’y ait pas d’enjeu, pas d’attentes, pas de pression.
Voilà la démarche, voilà le contrat.
Ce sera les Chroniques chaotiques de New Berlin, et ceci est le second fragment.
Pour lire le premier fragment, c’est par ici : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #01

 

Il y a des rumeurs qui ont commencé à se propager dans les quartiers de New Berlin. Avant ça, les rumeurs ont commencé à se propager dans les couloirs du parlement. Bientôt, elles commenceront à se propager dans les pages de magazines indépendants distribués sous le manteau. Puis les rumeurs alimenteront les blogs conspirationnistes. Les blogs conspirationnistes parleront d’un nouvel nouvel ordre mondial. Les politiciens parleront du retour de Davos. Les journalistes annonceront la fin prochaine de la presse indépendante. Et les dissidents de New Berlin débattront sur technologies qu’il faudra utiliser pour sauver le monde.

Ils vont fusionner. Ils vont fusionner, tous ensemble, pour devenir un monstre énorme que plus personne ne pourra contrôler. Ils vont devenir une entité toute puissante et plus rien ne pourra les arrêter.
Ils arrêteront de travailler avec les gouvernements. Érigeront leurs propres règles. Revendront les données personnelles au plus offrant.

 

Ce soir, New Berlin est agité. Ils parlent de reconstruire Internet. Fiévreux, ils dessinent des schémas sur des grandes feuilles de papier. Font des liste de protocoles.
Il faut accélérer la création de la Machine. Il faut rentrer en production. Puis en distribution. Il faut qu’on recrute.
Il faut qu’on fasse une copie d’Internet. Il nous faut plus de serveurs. Il faut qu’on rentre en contact avec les autres. Il faut qu’on se rassemble tous à New Berlin.

La Machine n’a pas encore de nom. Personne n’est d’accord. Personne n’est d’accord sur le nom. Personne n’est d’accord sur ses fonctions ni ses buts. Sur sa finalité. Mais tous se sont mis d’accord sur la notion de sub-espace.
Et ce soir, tous se mettent d’accord sur ses fonctions, ses buts et sa finalité. La Machine sera l’Internet. La Machine sera l’Internet tel qu’il a été créé des décennies plus tôt. Libre et ouvert.

 

Internet ne va pas disparaître. Votre vision du monde est binaire.
Voilà ce que pense Felisha, observant la scène d’en haut, une cigarette au coin des lèvres.
Voilà plusieurs jours que personne n’a vu Felisha errer à New Berlin, parce que Felisha se terre dans son appartement pour avancer sur la documentation.
Voilà plusieurs jours que tous s’interrogent sur Felisha. Voilà plusieurs jours qu’ils s’inquiètent. Ils en parlent le soir, à voix basse. Des fois, ils pleurent. Parce qu’ils se souviennent de l’époque où ils ont rencontré Felisha, puis Heikki.

 

Felisha se souvient de l’odeur du plastique. Du matériel ouvert. Des imprimantes 3D. Du code ouvert. De la technologie ouverte et des communautés derrière ces technologies.
Felisha se souvient des rires. Des nuits entières à fabriquer des trucs. Felisha se souvient de l’enthousiasme et de la créativité.
Puis tout ça a disparu comme dans un grand boom.

Internet va disparaître. C’est évident. Ce n’est pas votre vision du monde qui est binaire. C’est le monde qui est binaire.

 

Pourtant, Felisha n’a jamais voulu croire aux scénarios catastrophiques annonçant la fin du réseau. À la censure, elle répliquait par une foi absolue en l’être humain et sa capacité à faire entendre sa voix pour amoindrir les mesures de censure.
Au démantèlement de réseaux clandestins, elle répliquait par une foi absolue en l’être humain et sa capacité à ouvrir de nouveaux réseaux clandestins.
Aux grandes lois visant à combattre le terrorisme, Felisha répliquait par une foi absolu en l’être humain à expliquer avec pédagogie que ces lois étaient liberticides et inutiles.

Felisha n’a jamais cru à la littérature d’anticipation. Ni aux films de science-fiction produits des les années 1980. Ni aux jeux vidéo cyberpunks. Felisha n’a jamais cru à la dystopie. Felisha a cru en l’être humain. Et ça a marché pendant un certain temps.

Puis ce temps s’est effrité pour laisser place à des jours plus sombres. Au lieu de s’amplifier, la contestation s’est dispersée. La lutte est devenue interne. Les réseaux se sont révoltés les uns contre les autres, puis se sont retournés contre eux-mêmes.
L’insurrection qui vient s’est éteinte. Et New Berlin a été décimée.

 

Mais Internet ne va pas disparaître. Parce que Felisha décide d’accorder une dernière chance à sa foi. Felisha décide d’accorder une dernière chance à l’être humain. Parce qu’Internet est avant tout un réseau de gens, de visages et d’histoires. Parce qu’Internet n’a jamais été un simple réseau de câbles sous-marins et de protocoles de transfert de données.

 

Et Felisha descend dans les quartiers embrumés et enfumés de New Berlin.

Techno Lovelist #1

Monte le son et fais péter les basses (bitch) !

 

#1. Sélection techno made in Kompakt : Kölsch – Goldfisch ‘1977’ Album

 

#2. Sélection techno avec tout plein de frissons dans le dos : Dombrance – « The Witch »

 

#3. Sélection techno fabriqué en France et dont l’image d’illustration est très moche : Worakls – Minibus

 

#4. Sélection techno estampillée Paul K. : Paul Kalkbrenner – Das Gezabel ‘Guten Tag’ Album

 

#5. Sélection techno je l’ai mis dans ma playlist mais j’ai oublié le morceau et quand je le réécoute je me dis ‘Boo-fuckin-ya’ : Hauk N Baum – Der Ereignies

Petites histoires du mois de décembre, édition 2014

Le mois de décembre est encore passé à toute vitesse. Il est synonyme de dispersion. De projets multiples. D’outils nombreux. D’envies. Il me faut apprendre à me retrouver dans tout ça, à être suffisamment organisée pour être efficiente. À savoir faire du tri, prioriser, étaler.

Le froid s’est installé dehors et une broche en origami s’est accrochée à mon manteau bleu. J’ai beau serrer mon écharpe contre moi et enrouler mes doigts dans des gants, je ne m’y fais pas. Je ne suis pas allée une seule fois à la librairie ces dernières semaines, ce qui n’a pas du arriver depuis très longtemps. J’ai acheté d’autres vinyles. J’ai même réussi à tous les écouter en une soirée tant il y en a peu dans ma bibliothèque. Ce soir là, il y avait des cacahuètes industriels et de l’encre de chine sur ma table en bois. Il y a une phrase que j’ai noté quelque part et qui me trotte dans la tête ces derniers jours. « La dactylographie, c’est de la typographie à emporter ». Il y a une boite à outils dans mon bureau et une zone de confort qui s’est dévoilée là où je ne l’attendais pas. Une zone de confort avec des imprimantes 3D et des manuels d’utilisation. Le mois de décembre est synonyme d’autonomie et de curiosité d’humains à humains. Il y a de plus en plus de place accordée aux gens. Et pourtant, plus que jamais, je ressens le besoin de me retrouver parfois seule.

Lorsqu’on me demande ce que je fais de mes journées, je réponds parfois que je suis baron de la drogue et que ça me prend beaucoup de temps. Et puis d’autre fois que je réfléchis à ce que je vais faire quand je serai grande. Et c’est vrai. Il y a eu une idée, un jour, en marchant dans la rue, mon casque vissé sur mes oreilles. Puis cette idée a grandi. Il y a des jours où je suis persuadée du projet. D’autres où je suis terrorisée par le projet.

Internet a été une source d’inspiration immense, et de réponses à diverses envies et besoin, ce qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps. D’une manière presque mystique, je constate que dès lors que je recherche quelque chose, Internet finit par me répondre quelques jours plus tard.
Par exemple, alors que je désespérais de trouver des bons magasines sur le tatouage, j’ai fini par tomber de lien en lien sur Things & Ink, qui correspond parfaitement à mes envies : le papier a encore l’odeur de l’imprimeur,  le contenu est soigné et les photos sont superbes.

Ce que je retiens du mois de décembre :
La bande-son de Fez qui résonne dans tout l’appartement • La fabrication de marionnettes pour parler des zones humides • Sex, Drugs & Helvetica Bold • Du temps qui s’est dégagé pour dérouler mon flux Pinterest • Le twee, qui tente tente de gérer la cruauté du monde en douceurFluxMachine : Les gifs de Kevin Weir • L’attrape-devs des Chats Cosmiques sur ARTE Future (vers 13’55) • Le morceau Time de Pachanga Boys, découvert au hasard d’une playlist de 383 morceaux de minimal.

Le grand supermarché païen

[Edit du 12/07/15]
Sur un presque coup de tête que je fomente depuis quelques jours déjà, je décide de publier tous les articles en brouillon qui s’entassent depuis des années dans mon WordPress.
Ils sont donc publiés bruts, tels quels et non relus. Certains n’ont pas été publiés parce que je n’ai jamais pris le temps de les finir, d’autres n’ont pas été publiés parce que j’ai voulu faire les choses trop bien et que le perfectionnisme, c’est le mal.

[Edit de l’edit]
Quelques-uns ne seront jamais publiés parce que je viens de me rendre compte que je les ai supprimé…

[Edit de l’edit de l’edit]
Je voulais parler dans cet article de mes tous nouveaux sentiments de petite hippie anti-capitaliste altermondialiste et à quel point j’ai haï acheter des choses pour Noël cette année. Je me rends compte que l’introduction peut faire penser le contraire, aussi je fais de l’editception (edit de l’edit de l’edit de l’edit – tout est une copie d’une copie d’une copie d’une copie).

Peanuts Christmas Panorama – Kevin Dooley – CC-BY

« De toute façon, Noël, c’est juste une grande fête consumériste. »
J’ai toujours détesté les gens qui tenaient ces propos. Un peu comme les gens qui trouvent que la Saint-Valentin, c’est surfait. Disclaimer : Je trouve aussi que la Saint-Valentin, c’est surfait et, depuis bientôt trois ans, le 14 février est désormais la date anniversaire de mon divorce avec Mark Zuckerberg. Je persiste néanmoins à haïr les rageux de la Saint-Valentin, qui m’inspirent à la fois du dégoût et de la pitié.

 

La magie de Noël
École primaire. Je lis un magazine Astrapi

Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #01

Nous sommes le 18 décembre. Décembre, ce n’est pas important, mais le 18, ça l’est. Voilà plusieurs semaines que je réfléchis à faire quelque chose de récurrent le 18. C’est une date random, prise au pif. Peut-être parce que le chiffre me plaît. Pourtant j’ai horreur des chiffres. J’ai pensé à des playlists. Puis j’ai pensé à New Berlin. Comment l’écrire. Comment ne pas l’écrire. Quoi en faire. Des bouts de discussion sur un chat IRC sur un Internet alternatif. Ce document sur mon bureau qui s’intitule Il n'y a pas d'enjeu.odt.
Ce sera tout ça à la fois. Depuis quelques temps déjà, je réfléchis à la manière de travailler le perfectionnisme, de l’adoucir, de l’aplatir, de le corriger. Appuyer sur le bouton Envoyer. Arrêter de réfléchir et publier. Arrêter de penser et agir.
Voilà la démarche.

Tous les 18 du mois, je ferai de mon mieux pour écrire un truc. Je dis bien un truc et non une histoire. Je ne sais pas si ce sera une histoire. Il y a bien des personnages que j’ai envie de découvrir. Des thématiques sur lesquelles j’aimerais réfléchir. Mais surtout, il y a ce besoin de poser des mots quelque part. Et ce besoin, il revient régulièrement. Trop régulièrement pour l’ignorer.
Il faut que je pose des mots quelque part, peu importe ce que sont ces mots, peu importe ce qu’il y a derrière (il y a d’autres personnes pour déchiffrer ça).
Voilà le contrat.

Je ne sais pas où je vais. Il y aura un lieu, une temporalité, un endroit, ce sera New Berlin. Mais c’est la seule chose que je m’impose. Alors il risque d’y avoir des incohérences. Ça risque de ne ressembler à rien. Et de ne pas être intéressant. Mais il faut que je m’en foute. Il faut que je fasse ce truc. Pour expérimenter. Pour bidouiller. Pour créer. Il n’y a pas d’enjeu. Et il faut que le contrat soit établi dès le début. Pour qu’il n’y ait pas de tromperie sur la marchandise. Pour qu’il n’y ait pas d’enjeu, pas d’attentes, pas de pression.
Voilà la démarche, voilà le contrat.
Ce sera les Chroniques chaotiques de New Berlin, et ceci est le premier fragment.

 

Musique électronique. Les gens sont ralentis. Fumée rose. Fumée bleue. Fumée de cigarettes. Partout, de la fumée. Il faut crier pour parler.
Felisha est amoureuse. Felisha a 20 ans. Elle n’a jamais entendu parler de rétro-ingénierie. Elle ne sait pas ce qu’il y a dans son ordinateur. Elle ignore qu’il existe plusieurs langages pour parler à des machines. Tout ce qui l’intéresse, c’est de savoir quel sera le prochain vinyle qui passera.

New Berlin, lieu de célébration clandestin des technologies analogiques. Felisha y est arrivée par hasard, par ennui, par envie. Felisha y est arrivé par curiosité. Parce qu’un jour, quelqu’un a laissé un mot griffonné sur un papier, avec une adresse. Parce qu’un jour, quelqu’un a chiffonné un bout de papier au lieu de le jeter.

Et c’est comme ça que Felisha et Heikki ont découvert New Berlin.

Musique analogique. Les gens sont ralentis. Fumée verte. Fumée jaune. Fumée de cigarettes.
Partout, de la fumée. Il faut hurler pour parler.
Heikki est amoureux. Il n’a pas d’âge. Il n’en aura jamais. Le fait qu’Heikki soit amoureux, c’est une erreur quelque part dans une ligne de code. Heikki a été conçu pour ne pas subir de rétro-ingénierie. Heikki est écrit dans un langage de programmation propriétaire. Heikki est construit avec du matériel propriétaire. Heikki ne sait pas qu’il y a un erreur quelque part dans une ligne de code. Mais Heikki sait qu’il ne devrait pas être amoureux, et que personne ne doit le savoir.

New Berlin, lieu de célébration des technologies dissidentes. Heikki y est arrivé parce que Felisha y arrivée par hasard, par ennui, par envie. Parce qu’un jour, Felisha a trouvé un bout de papier chiffonné qui aurait dû être jeté.

Et c’est comme ça qu’Heikki et Felisha sont restés à New Berlin.

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Aujourd’hui, Felisha a 26 ans. Felisha vit enterrée avec d’autres habitants de New Berlin, d’autres dissidents. Elle dispose d’un appartement pour elle toute seule. Un appartement où elle peut faire deux-trois soudures lorsque la nuit tombe, en fumant un joint. Un appartement où elle peut souder jusqu’au petit matin en fumant une dernière cigarette à la fenêtre.
Et souvent, en plein milieu de la nuit, elle s’arrête un moment, fait quelques postures de yoga puis actualise son journal des modifications. D’autres nuits, elle mettra à jour son code en mettant à jour la couleur de ses cheveux. #1B8BCD. C’est la couleur de ses cheveux. Ils sont bleus.

Felisha travaille principalement sur la Machine. La Machine n’a pas encore de nom. Personne n’est d’accord. Personne n’est d’accord sur le nom. Personne n’est d’accord sur ses fonctions ni ses buts. Sur sa finalité. Mais tous se sont mis d’accord sur la notion de sub-espace. La Machine, c’est un endroit où on va. Certains veulent que ce soit un endroit pour déposer des souvenirs, d’autres pour déposer des documents compromettants, d’autres encore pour créer un univers fictif alternatif, une expérience comme on dit dans le marketing.
Felisha compte utiliser la machine pour son propre intérêt. Elle compte reconstruire Heikki pour le mettre dans la Machine. La Machine à Rêves.

C’est comme ça qu’elle l’appelle à voix basse, lorsque personne n’écoute. Lorsque personne ne fait attention.
Felisha est persuadée que personne ne connaît l’existence des mots « Machine – à – Rêves ». Et pourtant, aucun dissident de New Berlin n’est dupe. Aucun dissident n’ignore les plans de Felisha. Mais personne ne dit rien. Parce que Felisha est un membre important de la communauté, et parce qu’Heikki est la clé de tout ça.

Petites histoires du mois de novembre, édition 2014

J’avais pré-rédigé mon mois d’octobre. Puis sont arrivés les to do, les festivals, les mails à envoyer, les gens à rencontrer.

Ça tombe bien, quelque chose ne me plait pas dans la forme des « En vrac ». Ne serait-ce que intitulé.
Il y a quelque chose de mécanique, quelque chose qui manque.
Je poursuis donc l’expérimentation de ces articles mensuels.

J’ai acheté des vinyles. Un tas de vinyles. Ça a commencé un samedi soir, innocemment. J’ai acheté deux vinyles au hasard, dans une salle sombre à la lumière tamisée. Un musicien rencontré la veille. Un groupe dont le nom n’a cessé de me revenir aux oreilles. J’ai acheté des vinyles au hasard, et ça m’a bien plu. Pour moi qui répond toujours : Désolée, je n’écoute que de la musique électronique. Des trucs que mes copains appellent de la musique d’ascenseur. Acheter ces vinyles au hasard m’a fait réfléchir. Et si j’étais capable d’écouter autre chose ? Qu’est-ce qu’il se passerait ?
Mon approche de la musique est aléatoire, désordonnée. Je ne connais pas mes classiques. J’accumule en ligne, hors ligne, sur mon ordinateur, dans mon iPod pour finalement n’écouter que la même chose. Je ne suis pas non plus au courant de ce qui crée de la hype en ce moment. Je ne m’intéresse pas aux actualités. Je ne sais pas comment dénommer les gens que j’écoute. Des musiciens ? Des DJ ? Des producteurs ?
Toutes les semaines, je me dis qu’il me faut lire plus régulièrement des magasines sur la techno. Feuilleter le magasine, lire des extraits, repérer des noms et continuer à accumuler, accumuler, accumuler.
Ce que je ne fais jamais.

On m’a prêté des livres sur la typographie, le graphisme et le design. Alors que j’y réfléchissais il y a encore peu de temps, je viens de trouver ma réponse. Mon obsession du moment, c’est celle là : la création graphique.
Et je m’interroge beaucoup sur l’activisme, sur l’hacktivisme.
Je sens que quelque chose est en train de s’éloigner. J’avais peur, dès le début, que ce ne soit qu’une obsession. Mais ça a tellement tout changé que je me rassurais en me disant que non, le libre n’était pas juste une obsession comme une autre.
Et pourtant. Quelque chose s’est cassé. Quelque chose n’est plus là.

J’ai rencontré un paquet de gens. Parlé à la radio. Échangé avec beaucoup d’inconnus. Pris la parole sur une estrade, un micro dans la main. Ma zone de confort a été tellement ébranlé en un an que j’ai cru que je ne m’en remettrais pas. Mais je commence tout juste à voir un progrès énorme.
Je peux interagir avec des inconnus. Je peux parler publiquement en ne laissant rien transparaitre de ma gêne et de mon incommodité.
Je suis toujours décidée à ne pas vouloir devenir une personne publique. Mais je sais que je peux endosser de temps en temps le rôle de porte parole.

Ce que je retiens du mois de novembre :
Des liens très forts qui commencent à se nouer • Des cailloux • Le grand retour de la frange droite • Les feuilles mortes le long des rives du marché de Bon Repos • Mon sac en tissu « J’aime les sacs écrits en allemand » • Le morceau Hyperion (Synthapella) de Stephan Bodzin x Marc Romboy • Les paquets de Vogue que je commence à accumuler et qui deviennent une habitude • La blague Pourquoi il n’y a pas cheval au Japon ? Parce qu’il y a des japonais ! que j’ai mis deux semaines à comprendre.

« Un musicien, ça se baise, ça se marie pas. »

Il me fallait archiver cette phrase quelque part. L’écrire frénétiquement pour en garder une trace. Pour garder trace de cette discussion, de ce week-end, de cette image. Pour garder trace de cet accent, de ces lunettes, de ce son.

Rentrer sous la pluie avec un vinyle dans mon sac en tissu. Écrire frénétiquement, n’importe quoi. Écrire des choses pour la postface, pour ne jamais y revenir ou au contraire s’en souvenir.
Écrire des tweets et ne jamais les publier. Écrire des lettres et les envoyer. Imaginer des Polaroïds et ne pas savoir s’il faut les poster.

Je suis rentrée sous la pluie avec un vinyle dans mon sac en tissu.
J’ai envie d’écrire n’importe quoi, frénétiquement. Parce que je n’ai pas publié le mois de novembre.
J’ai envie d’écrire pour meubler, pour faire semblant. Parce que je ne sais toujours pas ce que je vais publier ensuite.

Il me faut des livres. Des piles de livres. Des tonnes de livres. Des livres dans mon bureau, sur ma table de chevet, dans mon salon, dans mon sac. Des livres partout. Des livres tout le temps.
Il me faut des carnets. Tout le temps. Partout. Prendre des notes. Pour y réfléchir ou ne jamais y revenir.

Je ne sais pas si j’ai terriblement envie de me disperser ou si je devrais au contraire tout poser sur le papier, et réfléchir. Construire. Détruire. Reconstruire.

Il me faut ritualiser, rationaliser. Fumer des Vogue en lisant des magasines sur la techno.
Poser une pile de magasines sur mon bureau. Ouvrir une page, ouvrir une recherche Google.
Errer sur Internet. Errer sur Wikipédia. Errer sur Youtube. Errer sur Pinterest.
Collecter. Classer. Étiqueter.

Des livres, des magasines, des cigarettes et du café. Voilà ce qu’il me faut.
Partir à la recherche de l’inspiration. Retrouver tout ça. Retrouver l’endroit où je me suis perdue et revenir à la maison. Revenir à l’intérieur.

Et si la survie passait par les mots ?

Miron x Les Amours Imaginaires

Faire le chemin du retour. Le même que tous les jours. Se tromper dans le chemin.

Avoir entendu juste avant de partir une chanson. Vieux relents de chagrins insolubles.  Se perdre dans ses pensées.

Plusieurs fois, régulièrement, le chemin du retour. Et les mots. Les mots qui arrivent. Les mots qui veulent rentrer.La porte qui est fermée.

Aujourd’hui, se demander, en se trompant dans le chemin du retour : Et si la survie passait par les mots ?
Faut-il voir quelque chose dans le choix de prénoms ? Moka est-il un prénom vraiment neutre ? Dorian est-il un prénom vraiment neutre ?
Je ne peux pas répondre à mes propres questions. Je ne sais pas s’il faut voir des signes là où il n’y en a peut-être pas.

Cette chanson, comme un écho fantomatique qui traîne dans ma tête. Et tout s’accélère.
Faut-il remixer les deux histoires ? Qui sont vraiment Moka et Dorian ? Pourquoi cette histoire de robot, encore ?

Deux articles qui se ressemblent en peu de temps, alors que je n’écris plus ce genre de choses ici.
Quelqu’un qui me ressort des profils de personnalité. Outil puissant que j’avais épinglé, un jour, dans des onglets qui ont disparu.
Faut-il y voir un signe ? Les mots sont-ils en train de défoncer la porte pour pouvoir déferler ?
Et si la survie passait par les mots, vraiment ?

Fouiller les bas fonds d’Internet. Fouiller des anciennes identités. Des anciens pseudos. Des anciennes vies.
La bande-originale des mots n’a jamais été complète. Il y en dispersée par ci, par là.

Il me faut une bande-originale. Oui, ça c’est sûr.
Mais faut-il à nouveau des murs entiers de post-it ? Me faut-il des moodboards ? Ais-je besoin d’un carnet ? De toujours trimbaler sur moi un traitement de texte ? Faut-il revoir les films de Dolan ? Relire mes premiers Doctorow ? Faut-il que je rencontre Joseph Campbell ? Faut-il renouer avec John Truby ?
À peine l’idée lancée, tout est déjà compliqué.

Des détails techniques. Se voir, physiquement, sur un salon IRC, mon casque vissé à mes oreilles, taper sur mon clavier : « Parle-moi des réseaux Mesh. » Les détails techniques ont déjà été un problème alors que je recommence les mêmes erreurs.
À peine l’idée lancée, il me faut déjà tout simplifier.

Mais si je faisais simplement, comme avant ? Suis-je vraiment capable de faire simplement alors que j’en ai trop lu, trop vu, trop su ?
À qui faut-il le dire ? À cette personne qui ne voulait pas entendre parler de science-fiction ? À cette personne qui m’a introduit aux théories de la dramaturgie ? Serais-je capable d’ouvrir la porte à ces personnes ? Ais-je vraiment besoin d’eux ? Est-ce que ce n’est pas encore, une fois de plus, tout compliquer ?

Écrire un long mail en pleurant. Ouvrir la porte. Ne dire que la moitié de ce que j’aurais voulu dire. Se forcer à dire des choses alors que je voudrais en dire un tas d’autres. Mais dire des choses, se souvenir à quel point c’est important. Se souvenir à quel point les mots sont importants.

Blood, sweat and tears.
Ces mêmes mots qui résonnent dans ma tête depuis quelques jours.

Comment faire simple ? Qu’est-ce que je vais écrire ? Me faut-il un plan ? Me faut-il des personnages vraiment bien décrit ? Faut-il que je change les prénoms parce que ceux que je veux, je n’ai pas réussi à les écrire.
Faut-il écrire sur cette machine ? Parce que quitte à rester dans la symbolique, dans les signes, écrire cette histoire et la terminer, qu’est-ce que ça veut dire ? Faut-il écrire sur autres choses ? Sur ces réseaux indépendants qui, déjà, posaient un problème technique ? Faut-il remixer les deux ? Partir sur quelque chose de complètement différent ? Mais pour dire quoi ? Faut-il que ça porte une réflexion sur les technos ? Faut-il que ça porte une réflexion sur quelque chose ? Ais-je vraiment envie de ça ? Mais de quoi ais-je vraiment envie ? Est-ce que c’est juste une histoire de survie ?

Si ce n’est qu’une histoire de survie, il me faut juste ouvrir un nouveau document. Écrire des mots et voir ce qui arrive ensuite. Il faut que j’arrive à dépasser le complexe de ne rien finir. Il faut qu’il n’y ait aucun enjeu.
Me faut-il alors une histoire qui ne sera racontée qu’à une seule personne ? Une histoire qui ne sera racontée à personne d’autre que moi ? Une histoire qui sera racontée au monde entier ?

Je n’ai jamais expérimenté la survie par les mots.
Et maintenant que je suis prête à appuyer sur le bouton « Publier », je ne sais pas s’il vaut mieux que je me censure parce qu’on est sur Internet, ou s’il faut que je continue à ouvrir la porte un peu plus parce qu’on est sur Internet.

En vrac au mois d’octobre

[Edit du 12/07/15]
Sur un presque coup de tête que je fomente depuis quelques jours déjà, je décide de publier tous les articles en brouillon qui s’entassent depuis des années dans mon WordPress.
Ils sont donc publiés bruts, tels quels et non relus. Certains n’ont pas été publiés parce que je n’ai jamais pris le temps de les finir, d’autres n’ont pas été publiés parce que j’ai voulu faire les choses trop bien et que le perfectionnisme, c’est le mal.

[Edit de l’edit]
Quelques-uns ne seront jamais publiés parce que je viens de me rendre compte que je les ai supprimé…

Le mois d’octobre est passé à une vitesse ahurissante.

J’ai développé une addiction pour Tetris Plus ♡ Je suis de retour chez Lomography ♡  Il y a un livre sur la calligraphie posée sur mon bureau ♡ J’ai eu un septum pendant une semaine ♡ Ma critique de Banshee est tellement populaire sur SensCritique que personne n’a relevé celle sur Helix ♡ J’ai essayé d’apprendre sans succès la mélodie 0118 999 881 999 119 725 3 ♡ Je suis impatiente de découvrir Hyper Light Drifter

J’ai découvert / J’ai aimé
‣ La campagne Dégooglisons Internet de Framasoft
‣ Une liste de balises HMTL5, très pratique pour les nullos de mon genre

J’ai lu
La Vache Pourpre de Seth Godin, que j’ai commencé il y a plusieurs semaines
Inside Wikileaks: Dans les coulisses du site Internet le plus dangereux du monde de Daniel Domscheit-Berg
Pourquoi vous devriez viser Inbox 0 par Ploum

Bientôt l’hiver

Winter Bench – Thomas ♫ – CC-BY-NC-ND

Il fait froid. Je serre le châle à motif écossais qu’on m’a offert à Noël dernier contre mes doigts gelés.
Bientôt l’hiver. Nous parlons de rallumer le chauffage.
Je porte des grosses chaussettes et une écharpe. Mes cheveux sont noués dans un rapide chignon.

Bientôt l’hiver. Comment vais-je occuper mes soirées ? Je n’ai pas de cheminée.
Peut-être du tricot. Pour l’image uniquement. Ou ce livre de calligraphie que j’ai très envie de commander.

Mes pensées sont confuses. Je ne cesse de réfléchir, sans arrêt. Pourtant, rien n’en ressort.
Il me manque un élément. Une pièce. Je n’arrive pas à tout remettre dans le bon ordre.

Je pense à des mots, parfois. Puis je chasse ces mots de ma tête. Rien n’en ressortira.

Bientôt l’hiver. Il me fallait à nouveau écrire comme ça. Comme je ne l’ai pas pratiqué depuis longtemps.
Peut-être est-ce parce que je suis en train de lire un roman. Comme je ne le fais plus depuis longtemps.
Des tas d’essais s’entassent dans ma bibliothèque. Il y a une pile de livres sur les arts graphiques dans mon bureau.

Il me fallait écrire à nouveau comme ça, une fine cigarette coincée entre mes doigts gelés.
Il me faut me raccrocher à tout ça parce que je ne sais plus très bien où ni même parfois qui je suis.
Il faut que je cesse de penser aux autres.

Souvent, quand je peine à m’endormir, je pense à la maison sous la neige.
Elle n’existe pas. Mais je sais qu’il y a des meubles en bois dedans. Et je m’imagine m’endormir
dans cette maison sous la neige.

Dehors, il s’est mis à pleuvoir. Tout va trop vite. Il m’arrive d’être souvent confuse.

Je retourne me cacher sous une couette épaisse, un roman entre mes doigts gelés.
Je me demande comment je vais occuper mes soirées d’hiver.

Comment j’ai découvert que le féminisme n’est pas un gros mot

[Edit du 12/07/15]
Sur un presque coup de tête que je fomente depuis quelques jours déjà, je décide de publier tous les articles en brouillon qui s’entassent depuis des années dans mon WordPress.
Ils sont donc publiés bruts, tels quels et non relus. Certains n’ont pas été publiés parce que je n’ai jamais pris le temps de les finir, d’autres n’ont pas été publiés parce que j’ai voulu faire les choses trop bien et que le perfectionnisme, c’est le mal.

[Edit de l’edit]
Quelques-uns ne seront jamais publiés parce que je viens de me rendre compte que je les ai supprimé…

April Spreeman – A Clean House is a sign of a wasted life – CC-BY

Mars 2013. Je suis en train de scroller la timeline de mon Twitter. Plusieurs fois, le même lien revient. Je suis intriguée. Sexisme chez les geeks : Pourquoi notre communauté est malade, et comment y remédier.
Il m’a fallu un après-midi entier pour tout lire, ponctuée de quatre ou cinq pauses. Je me souviens être allée faire des courses. Descendre la rue de Glasgow, blême. Quelque chose venait de rentrer en moi. Une brèche venait de s’ouvrir. Il m’aura finalement fallu plus d’un an et de lectures, d’interrogations, de remises en question pour avoir enfin un point de vue clair sur la question.

Il m’a fallu un temps fou pour compiler tous les articles de ma liste de courses. J’avais l’esprit embrumé, j’étais déconcentrée.
Au lieu de passer en revue les différentes sauces du rayon pâtes, j’étais en train de passer en revue les 23 dernières années de ma vie pour essayer de trouver du sens aux propos de Mar_Lard.
Jamais je n’ai été victime de sexisme. Jamais je ne me suis sentie femme dans un milieu d’hommes. Jamais je ne me suis sentie moindre parce que femme.

Les féministes, je ne voulais pas en entendre parler. Premièrement parce qu’elles me terrifiaient. Deuxièmement parce que je n’avais jamais, personnellement, rencontré de problème. Donc je ne prêtais pas attention aux problèmes d’autres.

Ce n’est pas une histoire d’égalité de salaires.

L’article m’a déplu. J’y voyais trop de colère, trop de rancœur, trop de haine. Et puis, très probablement aussi, l’article m’a déplu par déni.
Mais il ouvert une brèche. J’y voyais quelque chose de négatif au tout début. J’employais l’adjectif insidieux.
Le monde dans lequel j’évoluais s’est alors ébranlé, et j’ai appris à voir plus loin que le bout de mon nez.

J’ai appris à repérer le sexisme partout autour de moi. J’ai cessé de rire aux blagues machistes et réductrices. J’ai découvert une colère qui n’existait pas encore en moi en passant devant les pubs de Numéricable ou de Darty.
Et j’ai compris pourquoi ce n’était pas drôle. Pourquoi on ne peut pas forcément rire de tout.

Parce que c’est banal. Parce que sans un niveau de lecture plus profond, c’est juste une banalité. Juste une blague. Mais cette banalité est dangereuse. Parce qu’on l’accepte. Parce qu’on la réduit à une banalité. Parce que c’est ça qui est insidieux.

J’ai entendu mon père me conseiller de ne pas porter un meuble parce qu’il était trop lourd. J’ai lu un article sur Fleur Pellerin qui commence par la manière dont elle est habillée. Puis un autre sur Anne Hidalgo. Puis un autre sur…
J’ai repéré toute ces fois où on donne un adjectif esthétique à une femme dans la presse.

Ce n’est pas de la misandrie.

Ainsi, pendant quelques mois, j’ai commencé à analyser les choses autour de moi. J’ai appris à repérer le sexisme ordinaire et insidieux autour de moi.Tout en continuant pourtant à rejeter en bloc le féminisme.

J’ai passé les 18 derniers mois dans un brouhaha intérieur très difficile. Je changeais d’avis sans arrêt. Retournait ma veste dès que j’en avais l’occasion.
En fait, j’étais juste en train de me battre contre moi-même. Parce qu’une partie de ma zone de confort venait de s’effondrer. Parce que je ne voulais pas avoir subitement peur d’être une femme et d’en être un beau jour victime.

Mais rien de tout ceci n’est arrivé. Je continue à évoluer dans un environnement masculin. Mais je n’ai toujours pas été victime d’être une femme.
Une fois j’ai été placardée femme dans le numérique. Mais je n’ai pas été placardée femme objet dans le numérique.

Une partie de ma zone de confort s’est effondré, mais j’ai gagné autre chose à la place : Je suis devenue plus forte.
Le féminisme m’a libéré de moi-même. Le féminisme m’a libéré de ma gêne de porter du vernis et des robes en dentelle. Le féminisme m’a libéré de mes idéaux de princes charmant. Le féminisme m’a libéré de mes rondeurs.
Mais tout ça est très personnel et j’ai bien envie de traiter du sujet dans un autre post.

Chrish Dunne – Gender Stereotyping – CC-BY-NC-ND

C’est un projet de société.

Voilà comment j’ai découvert que le féminisme n’est pas un gros mot. Voilà comment j’ai découvert que les féministes ne sont pas une bande de lesbiennes qui ne rasent pas.

Parce qu’un jour, une brèche s’est ouverte, et je me suis engouffrée dedans.

Au lieu de m’en tenir aux clichés divers et variés véhiculés par ce mouvement, je suis partie à la découverte de ce qui se cache derrière le mot féministe.
Et j’y ai découvert un projet de société pour un avenir plus juste, plus équilibré et loin de tous stéréotypes et inégalités.

Il y a quelques mois, on m’a commandé un dossier sur le numérique et le genre. J’ai plongé dans l’Internet à la recherche d’articles. Et j’ai découvert un tas de trucs.
J’ai découvert pourquoi il est mauvais de donner des Barbie à des filles et des Lego à des garçons.
J’ai découvert pourquoi les médias sociaux signeront peut-être la fin des sexes.
J’ai découvert pourquoi le problème est différent dans les sociétés orientales.
J’ai découvert pourquoi l’imaginaire collectif a pondu des connasses en détresse dans les jeux vidéo.
Et pourquoi le Prince de Perse est passé du statut de relatif gringalet à celui de mâle alpha dopé aux hormones de bouc.

Ce que j’en ai conclu, en faisant ce dossier, c’est que le numérique n’est que le prolongement de la vie réelle. Tout ce qui arrive sur nos écrans reflète et
renforce les inégalités déjà présentes entre les sexes.

Ce que j’en ai conclu sur le féminisme, c’est que ce n’est pas un mouvement autocentré mais bien un projet de société. C’est un mouvement de minorités dans d’autres minorités (minoritésception).
Ce que le féminisme m’a appris, c’est que la première éducation pour lutter contre l’inégalité, c’est l’éducation à la différence.

Petite sélection de livres pour comprendre les enjeux du numérique

[Edit du 12/07/15]
Sur un presque coup de tête que je fomente depuis quelques jours déjà, je décide de publier tous les articles en brouillon qui s’entassent depuis des années dans mon WordPress.
Ils sont donc publiés bruts, tels quels et non relus. Certains n’ont pas été publiés parce que je n’ai jamais pris le temps de les finir, d’autres n’ont pas été publiés parce que j’ai voulu faire les choses trop bien et que le perfectionnisme, c’est le mal.

[Edit de l’edit]
Quelques-uns ne seront jamais publiés parce que je viens de me rendre compte que je les ai supprimé…

[Edit de l’edit de l’edit]
Voir cette liste sur SensCritique (je ne les ai pas tous lu) : SUR LE NUMÉRIQUE.
Et cette liste pour des œuvres audiovisuelles (je ne les ai pas tous vu non plus) : Sur le GAFAM, les hacktivistes, les Internets et le numérique

Hacktivisme, neutralité du net, surveillance en ligne… Comment s’y retrouver dans tout ça ?

La rentrée est pour moi synonyme d’objets. Gros cartables en cuir, crayons papier, carnets, listes de bonnes résolutions. Mais, surtout : de livres.
Alors qu’à une époque je lisais principalement de la littérature japonaise, une autre époque des auteurs américains contemporains, depuis environ deux ans, je me suis mise à accumuler tout un tas d’essais et de livres « pratiques ».

En vrac au mois de septembre

J’ai construit un Lomo ♡ Je suis officiellement entrepreneur et je vais pouvoir créer ma carte de visite “I’m entrepreneure, bitch” ♡ Un sosie de Julian Assange dont personne ne voit la ressemblance avec Julian Assange m’a adoubé Minooshka ♡ J’ai parlé devant l’Internet ♡ J’ai un coussin Doctor Who / Matt Smith ♡ Et un autre Kara Thrace / Strabuck ♡ Et un autre d’Inspector Spacetime ♡ Et puis une tasse Troy And Abed In The Morning ♡ Je suis passée sous Elementary OS et c’est trop cool putain de merde ♡ Le prochain Ubuntu s’appelle Utopic Unicorn⁡ mais tant pis parce qu’Elementary OS, c’est trop cool putain de merde ♡ Je serai ici dans quelques semaines.

J’ai découvert / J’ai aimé
Le Prisonnier version originale, qui m’a valu une belle obsession pendant un moment
‣ L’illustratrice/artiste Becky Baur, qui rejoint ma collection de tote bags
Le bureau de Roy & Moss est rempli de stickers de l‘EFF

J’ai lu
20 ans avec mon chat de Mayumi Inaba, qui m’a fait pleurer comme une madeleine, chose qui ne m’était pas arrivée depuis plusieurs années
Check ton privilège de Suzanne Zaccour, annuaire de privilèges ou contre-annuaire d’inégalités
An Unexpected Ass-Kicking de Joel Runyon, ou comment un mec random dans un café random s’est retrouvé à échanger avec l’inventeur des ordinateurs

Non, « Elle s’est retrouvée nue sur le net » n’est pas le même argument que « Elle portait une jupe ».

J’ai beaucoup d’admiration pour Lena Dunham.
Il n’y a pas si longtemps que ça, j’étais si obsédée par Girls que j’avais commencé à recopier tous les dialogues de la saison 1. Ça, c’est pour le contexte.

Il est très rare, voire complètement inédit que je réagisse à un article, encore moins lorsqu’il s’agit d’un sujet d’actualité. Ça, c’est encore le contexte.

Seulement voilà.
Cette semaine, le Tumblr Meufs a posté un article intitulé Point Final.

Retranscription :

Point final.

The “don’t take naked pics if you don’t want them online” argument is the “she was wearing a short skirt” of the web. Ugh.

— Lena Dunham (@lenadunham)

September 1, 2014

Le « Ne prend pas de photos de toi nue si tu ne veux pas retrouver ces photos sur le net » est l’argument « Elle portait une  jupe » du web. Ugh.

Hé bien je suis désolée, mais non. Ce n’est pas du tout le même argument.

Et je commencerai ma réponse en introduisant un point datalove, principes érigées par Telecomix.
Que nous dit datalove ?

If some data is meant to be private, it should not reach the internet in the first place. There is no delete function in the internet.

Si une donnée est supposée être privée, elle ne devrait pas se retrouver sur Internet en premier lieu. Il n’y a pas de bouton « Supprimer » sur Internet.

Voilà pourquoi ce n’est pas du tout le même argument.

N’avons-donc nous rien appris des révélations d’Edward Snowden ? Des failles de sécurité qui sont régulièrement rendues publiques ? De la dangerosité à confier ses données dans des services propriétaires ?
N’avons-donc nous rien appris de « Si c’est gratuit, c’est vous le produit ? »

Allons-nous continuer à envoyer des messages privés via Facebook, Gmail, Yahoo et consorts ?

Allons-nous continuer à utiliser Snapchat ou autres applications qui ne suppriment pas nos photos contrairement à ce qui est vendu ?

Allons-nous continuer à nous voiler la face ?

Je crois malheureusement que oui.
Oui, nous allons continuer à placer des données sensibles dans ces services qui n’ont aucun respect pour notre vie privée. Et oui, nous continuerons à accuser ces services sans réfléchir à la possibilité que, peut-être, nous n’aurions pas du uploader ces photos en premier lieu.

Parce que le problème, ce n’est pas de se prendre en photo nu᛫e.
Le problème, c’est d’envoyer ces photos sur un serveur qui appartient à un service propriétaire, centralisé ou whatever et continuer à espérer que ces photos soient protégées et que personne ne pourra les voir parce que le service est digne de confiance.

Le problème, c’est de continuer à dire : « Oui, je sais que Facebook ne respecte pas ma vie privée mais je préfère continuer à l’utiliser. Je préfère continuer à mettre en ligne mes photos de soirées et taguer tous mes amis sur ces photos quitte à ce que Facebook ramasse des informations sur mes amis et pas uniquement moi. »

Mais je crois que finalement, le plus gros problème, c’est que je sois très bien consciente de tout ça, et que je représente une minorité.

Je tiens avant tout à préciser que je ne suis en aucun cas en train de donner une leçon. Nous sommes tous pris au piège du GAFA. Nous sommes tous pris au piège des géants du web. Nous sommes tous pris au piège de services propriétaires.

J’ai beau utiliser Linux, Firefox, décentraliser au mieux toutes mes données, je ne chiffre pas mes mails. Mes lectures dissidentes sont stockées sur Pocket. Amazon connaît mon adresse. Facebook connaît mon visage. Google a reçu mes déclarations d’impôts. Google sait qui sont les personnes à qui j’envoie le plus de messages parce que mon téléphone est encore sous l’Android de base. Evernote sait quelles tâches j’ai à faire cette semaine. Et quelles tâches j’aurai à faire la semaine prochaine. Mon prochain ordinateur tournera sous Linux et Windows parce que je suis dépendante d’Adobe.

Je ne suis pas en train de donner une leçon. Mais je pense que nous avons tous une leçon à recevoir de ce tweet de Lena Dunham.

Alors que faut-il retenir de ce tweet de Lena Dunham ?

Que la voie est libre, mais la route encore très longue.
Malgré les unes de journaux sur les logiciels libres, l’appropriation de Linux dans un tas de services publics, l’utilisation obligatoire du HTTPS dans Gmail, la route est encore longue.

Plus que jamais, nous avons besoin de militer. Plus que jamais, nous avons besoin de sensibiliser. Plus que jamais, nous avons besoin d’éduquer.

Chère Lena Dunham, chères Meufs, chères féministes, chers habitants de l’Internet, rejoignez-moi, rejoignez-nous, et faites du Datalove un point central de vos vies numériques.

 

[Post-scriptum] Cet article est également l’occasion ultime de ressortir le très inspirant Sans médias libres, pas de liberté de pensée, que nous devrions tous lire et envoyer à quelqu’un.

En vrac au mois d’août

J’ai fait un marathon Harry Potter et revu tous les films ♡ J’ai ressorti mon Lomo LC-A+ ♡ Et l’univers m’a envoyé un message en me faisant tomber par hasard sur la boutique Lomography du Marais ♡ Je me suis enfin décidée à compiler des playlists de techno pour ne plus écouter sans arrêt les mêmes trucs ♡ Les Chats Cosmiques sont sur IRC #LesChatsCosmiques ♡ Je continue à alimenter le Tumblr etsytraductionfail.tumblr.com ♡ Faire une semaine à Paris m’a définitivement convaincu de faire mes valises l’été prochain pour Berlin ♡ Minnetonka a sorti une collection Hello Kitty.

J’ai découvert / J’ai aimé
The Centrifuge Brain Project, un docu-fiction sur les travaux de l’Institut pour la Recherche Centrifuge portant sur les attractions foraines extrêmes
‣ La série Le Prisonnier dans sa version originale
Un paquet cadeau à imprimer en motif d’ananas
L’effet Tetris sur Wikipédia

 

J’ai lu
Hackers, au cœur de la résistance numérique d’Amaelle Guiton
Le guide d’utilisation de son téléphone lors d’une manifestation (en anglais) sur le site de l’EFF
Nous sommes tous singuliers: exit le marqueting de masse ! – un manifeste pour le marketing de niche par Seth Godin
Pourquoi le mot humanisme ne peut remplacer le mot féminisme par Crêpe Georgette

Ce qu’une semaine de musées à Paris m’a appris sur moi-même

Assise sur les marches du Palais de Tokyo, mon parapluie me protégeant de la pluie, une cigarette calée sous un coin de ma bouche, j’ai sorti un petit carnet pour y inscrire, quelque peu frénétiquement, la liste suivante :

  • Les gens dans la rue
  • Les livres
  • Les sacs en tissus
  • Les magazines
  • Les photomatons
  • Les mots « Écrire sur un blog » des vidéos Ribbons d’Ed Atkins
  • La papeterie
  • Collectionner des carnets
  • Faire des séries de photos thématiques — La Sardina

Ce sont les choses qui m’inspirent.

Je suis revenue il y a quelques jours d’une semaine intense de visites de musées à Paris. En vrac, notées par ordre aléatoire et non chronologique, toutes les expos qu’on a fait : L’art des super-héros Marvel au musée Art Ludique • Tatoueurs, tatoués au musée du Quai Branly • Star Wars Identities à la Cité du Cinéma • Nouvelles histoires de fantômes et autres installations au Palais de Tokyo • Art Robotique à la Cité des Sciences • Des photographies à la Galerie SakuraLe Dernier Bar Avant la Fin du Monde (bon okay, ce n’est pas un musée).

Que vais-je retenir de ces expositions ? Pas grand chose, si ce n’est rien du tout.

 

J’aurais du avoir ce déclic plus tôt, à vrai dire. L’année dernière, je suis allée voir l’exposition Edward Hopper au Grand Palais. Je voue un culte à Hopper depuis que j’ai découvert Gas au lycée. J’avais même passé un après-midi entier à en faire une reproduction foireuse, à l’époque où j’avais pour projet de faire mes études aux Beaux-Arts.
Inutile donc, de préciser que j’étais très enthousiaste à l’idée de faire cette exposition.

Et puis, une fois arrivée au Grand Palais, une fois arrivée devant Gas, rien.
Rien du tout.
J’aurais pu faire l’exposition en trente minutes si je n’avais pas été accompagnée.
Toute l’effervescence, l’inspiration et le trouble que j’avais ressenti jusqu’à présent en regardant des peintures de Hopper dans des livres, je ne les ai pas retrouvé. Pire encore, c’est comme si voir ces tableaux IRL avaient enlevé toute la magie.
Mais je n’ai pas poussé la réflexion plus loin.

 

Jusqu’à ce que je retourne voir des musées il y a encore quelques jours. J’ai poussé la réflexion, mais je ne suis toujours pas arrivée au stade de compréhension.
Pourquoi suis-je toujours la première partante pour aller voir des expositions et être presque systématiquement déçue ? Pourquoi est-ce que je n’ai toujours pas appris la leçon ? Pourquoi est-ce que l’histoire se répète inlassablement ?

 

J’avais envie de prendre des photos de gens dans la rue. Un tas de photos d’un tas de gens.
Mon exercice préféré était de repérer les motifs sur les tote-bags que portaient bon nombre de personnes.
Le moment que j’attendais avec impatience en allant dans un musée était de finir la visite pour faire un tour à la librairie.

Les expositions m’ennuient. Les gens dans la rue m’inspirent.
Les musées m’agacent parce qu’ils ne provoquent rien en moi. Les magazines m’agacent parce qu’ils provoquent un tas de choses en moi, parfois simultanément : de l’envie, de la jalousie, une identification instantanée.

 

Ce qu’une semaine de musées à Paris m’a appris sur moi-même, c’est qu’il y a un grondement intérieur qui ne demande qu’à être écouté. Expulsé.
C’est une boulimie d’images. De photos. D’illustrations. De motifs. De visages. De lieux.
C’est une boulimie de sons. Une boulimie de mots. Une boulimie d’envies.

Ce grondement intérieur est en train de me dire : Abandonne. Abandonne toute censure. Abandonne tout contrôle.
Ce grondement intérieur est en train de me dire : Sors dans la rue avec ton appareil. Écris des brouillons d’articles, de tweets, de mails. Publie. N’hésite pas. Arrête de te cacher. Parle. Dis-le. Montre-le. Montre-toi. Sors de ta putain de zone de confort. Réapprends-toi.

 

Ce qu’une semaine de musées à Paris m’a appris sur moi-même, c’est que cette idée de ne plus être timide sur Internet, de ne plus être timide dans la vraie vie, c’était un excellent choix. Mais maintenant que ce choix est fait, il faut le mettre en pratique. Il faut le mettre à épreuve. Le tester. L’expérimenter. Le vivre.
Maintenant que ce choix est fait, il faut que je vomisse des images. Il faut que je vomisse des sons. Il faut que je vomisse des mots.

 

Il faut que je me déverse de tout ça, parce que tout ça est en train de déborder.

Le grand retour de la Lomography

Meilleure décision de 2014, voire meilleure décision jamais : Ressortir mes Lomos.

J’ai profité d’un séjour à Paris pour embarquer dans ma valise mon Lomo LCA+ munie d’une pellicule entamée… Deux ans plus tôt.
Un peu anxieuse à l’idée de perdre cette demie pellicule, j’ai quand même tenté le coup, m’amenant à la conclusion que : Oui, les Lomos sont des appareils en plastique merdiques mais on peut quand même compter sur eux :)

Tout ceci me donne une furieuse envie de ressortir ma panoplie complète de Lomos et de reprendre là où je m’étais arrêtée il y a bien trop longtemps.

D’ici là, petit extrait de ce qui est ressorti de ma dernière pellicule.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Du douloureux processus de relire des histoires pour adolescentes

Descendre sur la pointe des pieds dans la cuisine pour lancer un café. Attendre la nuit. Attendre que la personne dans mon canapé aux couleurs kitsch soit profondément endormie pour descendre sur la pointe des pieds dans la cuisine. Toujours vérifier. S’approcher de la personne. Dire quelques mots. Interroger. Parfois, toucher le visage du bout des doigts. Toujours vérifier.
Une fois que la personne dans mon canapé aux couleurs kitsch est profondément endormie, descendre sur la pointe des pieds dans la cuisine pour lancer un café.
Mon bureau a été poussé jusqu’à la fenêtre. La fenêtre est ouverte. Il fait nuit.
Plus bas, il y a la gare. Et j’écoute les trains en entamant mon café puis en entamant une nouvelle.
Il me fallait une nuit pour écrire une nouvelle. Il me fallait la nuit, la personne endormie dans mon canapé aux couleurs kitsch, mon café et le bruit des trains.
Parfois, il y avait des personnes, il y avait un personne avec laquelle il me fallait écrire adossée contre le canapé, pas contre mon bureau.
Il me fallait cette personne pour écrire.

J’étais au lycée. Et, quand je serais grande, j’allais devenir écrivain.
Je crois qu’un jour, j’ai gagné un concours de nouvelles organisée par la ville de Mably.
J’étais au lycée. J’écrivais des nouvelles.

 

Du douloureux processus de relire des histoires.

Si j’avais dû m’installer au Japon, deux possibilités professionnelles s’offraient à moi : Devenir doubleuse de hentai (Je sais dire aidez-moi s’il-vous-plaît en japonais avec l’accent qu’il faut, c’est un bon début).
Je serais devenue la première occidentale à pouvoir doubler des hentais aussi bien que des japonaises.

Ou j’aurai pu devenir auteure de shōjo.

 

Des histoires pour adolescentes.

Je suis en train de travailler sur quelque chose que je me suis promise de faire il y a très longtemps : Publier en ligne mes nouvelles.
Depuis quelques jours, je passe au peigne fin mon dossier Moleskineries, rempli de sous-dossiers de sous-dossiers de sous-dossiers de trucs divers comme une setlist de paroles pour un rock opera, plusieurs projets de romans, des scénarios, des bouts de textes en vrac, un jeu de rôle, des nouvelles, un manga, etc, etc, etc.

J’ai longtemps idéalisé cette période de ma vie où j’écrivais n’importe quand, sur n’importe quel support ; et que je découvrais toute l’intensité du processus créatif, qui parfois m’interrogeait beaucoup. Étais-je un monstre ? Pour quelle raison étais-je sans arrêt en train d’écrire ?
J’ai commencé par ennui. J’ai continué par nécessité.

Et puis.
Et puis j’ai changé de ville.
J’ai emménagé dans un appartement qui n’avait pas de fenêtre sur la gare.
Mon canapé aux couleurs kitsch est resté dans ma chambre d’adolescente.

Et la nostalgie de cette époque n’a jamais cessé de me quitter.
Ce n’est que très récemment que j’ai pris conscience que quand je serai grande, je ne serai pas écrivain. Je ne serai pas scénariste. Je ferai probablement un métier qui implique d’écrire, mais ce ne sera pas de la fiction.

 

Du douloureux processus de laisser derrière soi ses histoires.

Tourner la page est un processus douloureux, parce que récent. Tourner la page est un processus douloureux, parce que je comptais vraiment sur mes mots pour m’en sortir dans la vie.
Je comptais sur mes mots pour me cacher dans les fictions que j’écrivais. Je comptais sur mes mots pour écrire de la fiction, pour m’immerger dans ce processus créatif intense, bouleversant, épuisant tant physiquement qu’émotionnellement, que je peine à trouver ailleurs.

 

Mais, whatever. Voilà que je me remets à faire exactement ce que j’essaie de ne plus faire : regarder en arrière, tenter de reproduire le passé.

 

Du douloureux processus de relire des histoires pour adolescentes, donc.

Je ne sais pas quoi faire de ce que j’ai écrit. Très sérieusement, j’en suis arrivée à ce point où, après avoir tout relu et poussé des soupirs intérieurs de déception, je suis à deux doigts de me dire : Balance tout, ne publie rien, c’est mauvais.

Objectivement, ce n’est pas si mauvais. C’est amateur, sans aucun doute. C’est écrit par une adolescente nourrie aux triangles amoureux, aux amours impossibles, aux amours imaginaires, et ça se sent.

Subjectivement, par contre, tout est à balancer.

Parce que ce sont des premiers jets, parce que ça a à peine été relu, jamais réécrit, je trouve que tout est à jeter.

Ce sont des histoires pour adolescentes, et ça me déçoit.
Déjà à l’époque, il m’était difficile d’assumer ce que je produisais.
Je crois que j’ai tout fait pour éviter le style shōjo et pourtant, c’est exactement ce que j’ai fait.

Alors que je me retrouve à nouveau plongée dans la problématique d’assumer ses goûts et ses envies, de trouver comment produire au mieux avec ses inspirations, je crois qu’il y a là une leçon à retenir.

En attendant, je vais publier ces nouvelles.
Je vais publier ces nouvelles parce que je ne veux plus être aussi timide IRL que sur Internet.
Je vais publier ces nouvelles parce que mes mécanismes de défense me poussent à les archiver dans des recoins obscurs de mon disque dur.

Je vais publier ces nouvelles pour pouvoir tourner la page.

En vrac au mois de Juillet

J’ai participé au BiblioRemix et c’était chouette ♡ J’ai construit un insecte robot sous Arduino ♡ J’ai fait péter le Raspberry Swag avec un Pibow ♡ J’ai un nouveau tattoo ♡ J’ai regardé la première saison de Caprica et je suis tristesse que la série n’ai pas été reconduite ♡ J’ai appris la symbolique du pouple ♡ Je suis en train de relire plein de vieux trucs pour les passer bientôt en CC0 ♡ Je suis allée voir le dernier Transformers et : des dinosaures mécha qui crachent du feu, putain de merde ♡ J’ai découvert Seth Godin et je découvre le marketing de niche ♡ Chronicle Books me donne une furieuse envie de lancer une maison d’édition ♡ J’ai appris la définition de Mooshka

J’ai découvert / J’ai aimé
‣ Le documentaire The Internet’s Own Boy: The Story of Aaron Swartz (et j’ai presque pas pleuré)
‣ Le photographe Antoine Bruy
‣ Le kit de survie du créatif
40 cartes pour expliquer Internet

J’ai lu
Qu’est-ce que l’économie du partage ? (1/3) sur InternetActu
‣ L’essai Beauté Fatale sur les dérives de l’industrie mode-beauté-toussa
Les blogueurs peuvent-ils vivre d’arc-en-ciel et de câlins ? (en anglais) sur le blog d’Holly Becker
Que reprochent les militant/e/s à JV.com ? sur le site Machisme Haute Fréquence

Publier régulièrement des articles est un véritable défi.
Qui plus est, je suis en vacances depuis une semaine, ce qui me pousse à pas mal procrastiner malgré un semblant de planning. Moins j’en fais, moins j’en fais…
Néanmoins, je suis plongée dans le livre Blog Inc. de Joy Cho, ce qui me donne pas mal d’idées. Et je travaille aussi à côté de ça à mon déménagement de blog, ce qui est assez chronophage.
J’espère donc être plus active d’ici la rentrée (puisque plus j’en fais, plus j’en fais) et, surtout, j’espère avoir répondu à cette question cruciale qui m’occupe beaucoup l’esprit dernièrement : Qu’est-ce que l’identité de mon blog ?

D’ici là, j’ai accumulé quelques brouillons d’articles, il ne me reste plus qu’à travailler sérieusement dessus histoire de ne pas les publier dans six mois…

Licornement vôtre,
Mooshka.

L’avenir sera-t-il NOOBS vs TECHS ou NOOBS x TECHS ? – Partie 3 : L’accessibilité will save the world

[Edit du 12/07/15]
Sur un presque coup de tête que je fomente depuis quelques jours déjà, je décide de publier tous les articles en brouillon qui s’entassent depuis des années dans mon WordPress.
Ils sont donc publiés bruts, tels quels et non relus. Certains n’ont pas été publiés parce que je n’ai jamais pris le temps de les finir, d’autres n’ont pas été publiés parce que j’ai voulu faire les choses trop bien et que le perfectionnisme, c’est le mal.

[Edit de l’edit]
Quelques-uns ne seront jamais publiés parce que je viens de me rendre compte que je les ai supprimé…

[Edit de l’edit de l’edit]
Hahaha. J’ai longuement hésité à peser sur publish.

Cf TOR : http://www.revoltenumerique.herbesfolles.org/2014/07/02/faut-il-activer-noscript-dans-tor-browser/

Papertoys this (bitch) !

Le mois dernier avec les chats terribles d’Internet, on a fait un atelier papertoys pour le Festigeek.
L’opération a été un succès, à tel point qu’il nous est arrivé d’être submergés de participants et de ne pas avoir assez de matériel (=゚・゚=)

Je dois dire que j’appréhendais un peu l’atelier, moi qui adore les papertoys mais qui déteste les monter :O
Et puis une soirée, pour préparer la déco, on a mis en commun nos petites mains pour en monter plein, et c’est seulement depuis que j’adore en faire :3
Résultat : J’ai passé deux après-midi à monter des toys et j’ai même chapardé des modèles pour en ramener à la maison, parce que je suis fourbe et tout.

Les modèles qui ont le mieux marché sont le TARDIS, le Link et le Super Mushroom.
En faisant des recherches d’inspiration pour l’atelier, je suis même tombée sur un site qui propose comme modèle la maison de Bill Gates !

Et je me suis dit que j’allais faire un post pour présenter une sélection de ces petites choses en papier :
• Pour les fanboys et fangirls de Cory Doctorow, Cubeecraft propose un modèle de Little Brother
• Pour les patients, les téméraires et les minutieux, il y a le très beau et Yubaba
• Si vous avez essayé d’éteindre puis de rallumer l’appareil, vous pouvez tester Maurice Moss
• La graphiste Marie Guillaumet nous raconte le making of de ses cartes de voeux en papertoys
• Dans la catégorie pimp my toy, il ne faudrait pas passer à côté de Lady Gaga
• Le Voldemort n’a pas eu de succès à l’atelier mais personnellement il m’a fait hurler de rire
• L’illustratrice Rozenn Bothuon a sorti un livre de papertoys
• Pour finir, le très conventionnel mais néanmoins très esthétique Stormtrooper

À voir aussi
• Un toy géant d‘Hatsune Miku
• Topito a publié huit modèles téléchargeables des mèmes de 2013
• Le site Boxzet qui publie uniquement des papertoys sous forme de petites boîtes
• Le logiciel Pepakura qui permet de faire soi-même ses modèles
• Le site paper-toy.fr qui est hyper complet mais fait violemment freezer mon pc

 

Alors pour paraphraser paper-toy.fr, faites chauffer l’imprimante, affûtez vos ciseaux et soignez vos pliages !

L’avenir sera-t-il NOOBS vs TECHS ou NOOBS x TECHS ? – Partie 1 : Introduction

[Edit du 12/07/15]
Sur un presque coup de tête que je fomente depuis quelques jours déjà, je décide de publier tous les articles en brouillon qui s’entassent depuis des années dans mon WordPress.
Ils sont donc publiés bruts, tels quels et non relus. Certains n’ont pas été publiés parce que je n’ai jamais pris le temps de les finir, d’autres n’ont pas été publiés parce que j’ai voulu faire les choses trop bien et que le perfectionnisme, c’est le mal.

[Edit de l’edit]
Quelques-uns ne seront jamais publiés parce que je viens de me rendre compte que je les ai supprimé…

 

J’ouvre ici une introduction à quelque chose que j’aimerais traiter le temps de plusieurs articles : le fossé entre les techs et les noobs. Mais puisque c’est un vaste sujet – et un exercice un poil délicat pour quelqu’un qui remet tout juste les mains dans son blog – je vais introduction-ceptioner tout ça et partir dans un exercice qui me connaît bien : Le drama ♥.

 

Introduction-ception : Introduction à l’introduction

Cela fait un peu moins de deux ans que j’ai découvert l’univers du logiciel libre. Je considère que le libre a changé ma vie. Et, bien que ce soit un effet littéraire quelque peu dramatique (vous étiez prévenus), je pourrais aisément prouver par a + b que oui, le libre a littéralement changé ma vie.

Le libre a changé ma vie d’un tas de façons.
D’une manière douce, au début. J’ai changé quelques habitudes. Mais des petites habitudes qui m’ont coûté sur le moment.

Avant je ne jurais que par Google. Google était mon ami, mon amant. Je m’émerveillais devant tous ces produits que j’adorais utiliser : Gmail, Maps, Analytics, Blogger, Google Reader, etc. J’étais une totale Google bitch.
J’avais même fait un exposé sur Google Chrome à la fac, dessinant sur des feuilles Cansons avec amour l’interface du navigateur web, expliquant à mon auditoire à quel point Chrome était plus intéressant, plus beau, plus intuitif que Firefox. Je détestais Firefox à l’époque. C’était pour les perdants. Les gens qui avaient tout compris, eux, utilisaient Chrome.
Passer de Chrome à Firefox a probablement été un des trucs les plus difficiles à faire pour moi. Ça peut sembler idiot, futile, mais pour moi qui ai horreur du changement et qui accorde tellement d’importance à mes petites habitudes et ma petite routine, le coût psychologique était énorme.
Puis j’ai quitté Facebook. C’était le 14 février 2013. J’y pensais depuis un moment. Je savais qu’il fallait que je le fasse mais impossible de m’y résigner. J’ai fini par désactiver mon compte sur un coup de tête, sans prévenir personne. Ce jour là, je suis allée me balader dans la nature. J’étais malade. Malade d’avoir désactivé mon compte. Pendant toute ma balade, et les heures qui ont suivi, j’étais obnubilée par le réseau social. Je n’arrêtais pas de me dire : Si dans un mois ça ne va pas mieux, tu réactives ton compte. Je me sentais vide. J’étais terrorisée, persuadée que ma vie allait s’arrêter.
Il m’a fallu trois jours pour être sevrée. Mon compte étant juste désactivé, je l’ai réactivé quelques semaines plus tard pendant 24 heures, postant régulièrement l’article Pourquoi j’ai quitté Facebook. Une fois les 24 heures passées, j’ai enfin supprimé mon compte, l’esprit tranquille, un tas de félicitations de quelques personnes de mon entourage. Et secrètement, je priais pour que mon geste en inspire d’autres.
Ensuite est venu Libranet. C’était le plus facile, et le plus excitant. J’ai rédigé un long mail pour expliquer aux copains/copines que désormais, je plaçais mes données à la Maison du Libre et non plus chez Google. J’étais enthousiaste, impatiente. Le monde me semblait être un vaste terrain de jeux qui n’attendait plus que moi. Je voulais crier au monde entier que le libre était fantastique, et je voulais que le monde entier me suive sur mes pas. Là encore, je voulais inspirer les gens à quitter Google. De la musique épique résonnait en permanence dans ma tête. J’étais heureuse.
Et puis est arrivé Linux. Linux. Je m’étais donné cinq ans pour quitter Windows. C’était un des plus gros challenge de ma vie. Il m’a fallu seulement quelques mois, l’impatience et l’enthousiasme me poussant à installer Xubuntu sur mon ordinateur. Et quiconque m’a connu entre 2007 et l’année dernière peut témoigner à quel point c’est un exploit. J’ai eu une expérience désastreuse avec GNU il y a quelques années, sur un vieux pc trop déglingué pour accueillir ne serait-ce que Windows 98. Je ne sais plus trop ce que j’avais comme distro à l’époque, mais j’ai cru que j’allais mourir. Rien ne marchait jamais. Il y avait tout le temps des erreurs, des bugs, des merdes. Ce qui m’a conforté dans ce bon vieux cliché du Linux pour les ninjas qui font tout en ligne de commande.
Et puis en octobre dernier, me voilà confiée avec la mission de passer une quinzaine d’ordinateurs sous Linux. En deux jours, tout était fait grâce à un CD Ubuntu qui traînait à la maison.
C’était la première fois que j’installais Linux sur des ordinateurs et je me souviens m’être connectée après l’installation en poussant des cris de stupeur intérieurs : Que c’était beau ! C’était Ubuntu 13, et j’avais l’impression d’arriver dans un endroit magique. Le fond d’écran était beau. L’interface était belle.
Hystérique par ma découverte (Ubuntu, c’est beau, et mille fois plus bandant que Windows), je me suis empressée d’installer Xubuntu sur mon propre ordinateur.
Entre temps, j’ai testé KDE, LXFCE puis Elementary OS avant de réaliser que j’étais à la maison sous Xubuntu.
Pire encore, j’ai été corrompue : Je suis tombée totalement sous le charme de la ligne de commande.

 

Mais tout n’a pas toujours été facile. Parce que j’étais enthousiaste, je me suis précipitée dans le libre sans prendre mon temps. Et, comme signalé précédemment, j’ai horreur du changement. Je me complais dans mes petites habitudes, ma petite routine. Je déteste sortir de ma zone de confort.
Et je suis aussi très contradictoire. D’un côté, l’enthousiasme. De l’autre, la déception. Et, entre les deux, ce qui a fait que j’ai survécu au passage de propriétaire à libre, ce qui a fait que plus rien ne sera comme avant, ce qui a été le changement le plus bouleversifiant (la faute est volontaire) : les convictions.

J’ai radicalement changé mes habitudes du jour au lendemain, ce qui a parfois été chaotique. Quelques mois après avoir quitté Facebook, je me souviens avoir dit : Je regrette. Je regrette d’avoir découvert le libre. Je regrette parce que les outils que j’utilise sont compliqués. Les outils que j’utilise ne sont pas intuitifs. Les outils que j’utilise ne sont pas fonctionnels. Des fois je ne comprends rien. J’ai envie de m’arracher les cheveux. Tout est nul, différent et, pire encore : tout est laid.
Je regrette d’avoir découvert l’autre côté du miroir. Je veux retourner sur Windows. Je veux arrêter d’utiliser Duck Duck Go. Je veux m’en foutre dans ma vie privée, je veux dire que je n’ai rien à cacher. Je ne veux pas avoir à me soucier des CGU. Je veux retourner dans un monde confortable et esthétique. Je veux retourner là où j’étais il y a quelques mois. Je veux y retourner parce que c’était plus facile. Je veux y retourner parce que je ne veux plus avoir les yeux ouverts.

Facebook a été ma télévision. Google a été ma télévision. Microsoft a été ma télévision.
Et le jour où j’ai décidé d’éteindre la télévision, il m’est arrivé le truc le plus improbable du monde : j’ai gagné des points de convictions, j’ai appris à aimer le mot militantisme au lieu d’en avoir peur, j’ai découvert le sens du mot lutte, et je me suis ouverte au monde entier.
Et c’est ça qui a changé ma vie.
Petit à petit, j’ai déchiré le voile qui recouvrait mon visage et ma conscience. Petit à petit, je me suis débarrassée de la crasse corporatiste qui me collait à la peau. Petit à petit, j’ai ouvert les yeux sur le monde qui m’entourait. Et ce que j’ai vu m’a terrifié. Ce que j’ai vu m’a fait peur. Ce que j’ai vu m’a donné envie de me battre.
Et c’est pour ça que le libre a changé ma vie.

 

Parce qu’il était une fois, il n’y a pas si longtemps que ça, j’étais cynique. J’étais méchante. J’étais centrée sur mes problèmes. Je n’avais aucune conviction. Je me foutais de tout. Rien n’était important.

Et le libre a changé tout ça. Il a bousculé mon existence. A donné un sens à mon quotidien.
Il m’a rendu plus forte. Plus intelligente, aussi. Le libre m’a poussé à remettre en question un tas de choses. Le libre m’a poussé à réfléchir.
Le libre m’a transformé de l’intérieur et m’a rendue meilleure.

 

Je ne suis qu’au début de tout ça, et je ne pense pas être encore bien adaptée à tous ces changements.
Il y a quelques mois, j’ai eu une crise de panique terrible en lisant un article de la Quadrature du Net. J’ai eu une crise de panique terrible et j’ai fondu en larmes, ne cessant de répéter : Je suis bête, je suis stupide, je suis idiote, je ne suis pas intelligente.
Pendant plusieurs semaines, je crois que j’ai lutté contre moi-même. Et c’est peut-être encore le cas.
J’ai lutté contre moi-même, et j’ai envoyé un mail à quelqu’un en disant : Je sature d’informations. Je croule sous trop d’informations que je ne peux pas digérer. Je mettais ça sur le compte de l’infobésité, mais ce n’était pas ça.

Je crois que c’était un relent de mécanisme de défense. Quelque chose que j’ai pratiqué pendant des années parce que c’était plus confortable : fermer les yeux.
J’ai fermé les yeux pendant trop longtemps.
J’ai dormi pendant trop longtemps.
Et je commence tout doucement à me réveiller.

 

Néanmoins.
J’ai vécu pendant presque deux ans avec le libre, dans le libre et pour le libre.
Ce qui m’a permis d’observer un certain nombre de choses, choses dont j’aimerais traiter le temps de plusieurs articles : le fossé entre les techs et les noobs.
Le fossé entre ceux qui savent, et ceux qui ne comprennent rien.

Disclaimer : En aucun cas ces articles ne pointeront du doigt qui que ce soit. Rien n’est noir. Rien n’est blanc.
Oui, il y a une élite de ninjas snobs. Oui, il y a une caste de connards qui ne veulent pas lire le putain de manuel.
Mais, entre les deux, il y a un boulot énorme qui se fait au quotidien : Il y a un boulot énorme d’éducation populaire, de pédagogie, de collaboration, de traduction, qu’elle soit linguistique ou technique. Il y a un boulot énorme de sensibilisation. De militantisme. De passerelles.

 

Ceci étant.
Il y a encore du boulot. Ce qui me donne envie de traiter de ces questions est un truc qui peut paraître complètement anodin et random mais néanmoins absolument révélateur du fossé qui se creuse entre les uns et les autres.
Ce qui me donne envie de traiter de ces questions est un tutoriel pour flasher son appareil mobile et passer sous Replicant, un OS entièrement libre et recommandé par la Free Software Foundation.

 

Pourquoi et comment un truc aussi random peut-il m’amener à vouloir écrire plusieurs articles sur les noobs et les techs ?
Premièrement et principalement parce que je fais partie de la caste des noobs.
En version accélérée, ça donne ça : Je suis issue d’une filière littéraire et je suis une littéraire pure et dure – La programmation me donne littéralement envie de vomir – Je n’ai aucun esprit logique – Je pousse des cris de terreur dès que quelqu’un place les mots serveurs ou framework dans une conversation – J’ai obtenu un diplôme de technicienne grâce aux matières non scientifiques – Je dois me faire violence dès qu’il faut faire de la bidouille – et caete putain de ra.

Cependant. Là où je suis indéniablement une putain de noob, quelques trucs jouent un peu en ma faveur, me permettant d’être « légitime » à écrire ces articles (tu remarqueras mes guillemets, huit mois dans l’éducation populaire m’ayant complètement décomplexée sur la légitimité à entreprendre quoi que ce soit).
En version accélérée, ça donne ça : J’ai toujours été fascinée par les ordinateurs, et je me suis vite rendue compte que j’avais un peu plus d’aisance avec les machines que mes copains et copines – Je fais régulièrement des sudo apt-get et je sais ce que ça veut dire (o/) – Je sais faire spontanément des petits trucs en HTML – J’ai à peu près saisi le concept des clés publiques – Je sais installer TOR et à peu près expliquer ça à quelqu’un (un jour on m’a filé un heol pour ça) – Je peux tenir une conversation pas trop poussée sur le dev – Je me retrouve régulièrement à expliquer la différence entre un moteur de recherche et un navigateur web.

 

Bref. Ce que je veux dire par là, ce que je suis indéniablement une noob, mais que je me retrouve parfois placée sur un piédestal de technicienne informatique hors pair, justement parce que je sais expliquer la différence entre un moteur de recherche et un navigateur web (et le fait qu’un bon paquet de gens ne le savent pas, eux, me fait froid dans le dos).
C’est un statut parfois bâtard. D’un côté parce que les plus noobs que moi voient des compétences en moi que je n’ai pas et me posent un tas de questions auxquelles je n’ai pas la réponse. Et d’un autre côté parce que je me retrouve complètement à la ramasse quand les choses deviennent techniques.

Je pourrais dire que j’ai un pied entre les deux. Mais ce serait faux. Et ce n’est pas une histoire de syndrome de l’imposteur. Je suis une noob baignant dans un univers de tech.

 

Ce qui m’amène donc à vouloir ninja ma tablette pour installer Replicant et me retrouver face à un mur où il est écrit : Les noobs ne sont pas autorisés à pratiquer ce tutoriel ; et nous, ninjas de l’ordinateur, nous nous gaussons tout en piétinant votre incompétence.

Ce qui m’amène donc à vouloir écrire plusieurs articles sur le fait d’être une noob dans un milieu de tech.

 

C’était donc la plus longue introduction de ma vie ; et je m’arrête ici avant de faire un teasing de ouf : Le prochain article traitera de design. Mais pas de date de parution, ce serait trop de pression pour moi qui me remets tout juste à bloguer :3

L’avenir sera-t-il NOOBS vs TECHS ou NOOBS x TECHS ? – Partie 2 : Nous avons besoin de beaux outils

[Edit du 12/07/15]
Sur un presque coup de tête que je fomente depuis quelques jours déjà, je décide de publier tous les articles en brouillon qui s’entassent depuis des années dans mon WordPress.
Ils sont donc publiés bruts, tels quels et non relus. Certains n’ont pas été publiés parce que je n’ai jamais pris le temps de les finir, d’autres n’ont pas été publiés parce que j’ai voulu faire les choses trop bien et que le perfectionnisme, c’est le mal.

[Edit de l’edit]
Quelques-uns ne seront jamais publiés parce que je viens de me rendre compte que je les ai supprimé…

Pour lire l’introduction à NOOBS & TECHS, c’est par ici.

Je me considère comme une pure dictatrice de l’esthétique.
Il y a quelques années, j’étais complètement fauchée et j’achetais uniquement des produits premiers prix. Et, alors que je me baladais dans les rayons du Leclerc, dès que je faisais des courses, je me disais : Meuf, quand tu auras un peu plus d’argent, tu pourras acheter les produits qui me font envie.
Aujourd’hui je peux me permettre d’acheter des produits qui me font envie. Et quels sont les produits qui me font envie ? Ceux qui ont un beau packaging.
Oui. J’achète régulièrement des produits alimentaires non pas pour leurs prix ou leurs qualités culinaires mais pour leurs packagings.
Je fais ceci parce que je pense que les beaux objets améliorent la vie des gens. Du moins, je suis convaincue qu’ils améliorent la mienne.

Il y a quelques années, j’étais complètement fauchée. Et le truc qui me rendait le plus malheureuse, c’était d’acheter des produits premiers prix parce qu’ils étaient laids.
Le truc qui me rendait le plus malheureuse, c’était de vivre dans une maison sans beaux objets. Un de mes plus gros budget est indéniablement mon budget décoration.
Et ceci parce qu’un jour, j’ai entendu un designer déclamer dans un documentaire de Gary Hustwit : Le design améliore la vie des gens. Et cette phrase est restée longtemps gravée dans ma tête parce que, le jour où j’ai entendu ça, j’ai réussi à mettre des mots sur un sentiment confus.

Je pense que le design améliore la vie des gens. Pour des raisons que j’ignorais avant de regarder les documentaires de Gary Hutswit : Le design n’est pas qu’une question d’esthétique. C’est aussi une question d’ergonomie.
Le design améliore la vie des gens parce qu’il amène de l’ordre et de la beauté dans du chaos.

La première chose que je fais quand je me réveille, c’est de consulter mon flux Instagram. C’est comme ça que j’aime commencer ma journée. La plupart des gens que je suis sur Instagram sont des designers d’intérieur, et ce sont aussi des gens qui ont des blogs ; blogs auxquels je suis abonnée. Je m’amuse toujours à constater que mon Feedly est rempli avec deux catégories bien distinctes : l’hacktivisme, et le design d’intérieur.

Et parfois, les deux s’interconnectent à merveille. Feu-Owni en est un exemple parfait. Le Reset The Net de juin dernier en est un exemple parfait. La distro Elementary OS.
Et puis d’autre fois, c’est laborieux. Comme sur le site de GNU. Ou XFCE Look, sur lequel j’ai passé pas mal de temps dernièrement. La distro Handy Linux.

J’ai entendu certains développeurs dire : « Oui, c’est laid. Mais ça marche. C’est laid mais je m’en fous, moi ça me plaît comme ça. »

 

Auriez-vous envie d’emménager dans une maison où les vitres sont couvertes de crasse et le papier différent à chaque pan de mur ? De conduire sur une route où aucun panneau n’est similaire à un autre, où tous les panneaux sont dans des tailles, des polices et des couleurs différentes ? Auriez-vous envie de lire un livre entièrement écrit en Comic Sans taille 10 ?

Lorsque vous faites des travaux chez vous, vous faites appel à des artisans, non ? Lorsque vous n’avez pas envie de cuisiner ou que vous voulez passer un bon moment, vous allez dans un restaurant, non ?

Ce devrait être la même chose pour votre design. Vous devriez faire appel à un professionnel et non laisser ça au stagiaire.
Un bon design ne devrait pas être un luxe. Pas plus que vous devriez être considéré comme un bourgeois parce que vous avez payé quelqu’un pour vous faire une charte graphique.
Un bon design ne devrait pas être optionnel. Ni un bonus.

Un bon design devrait faire partie d’un tout harmonieux.
De la même manière que votre code doit être propre, votre design doit être propre.

Pour reprendre l’introduction écrite dans le précédent article, « Les outils que j’utilise ne sont pas intuitifs. Les outils que j’utilise ne sont pas fonctionnels. Des fois je ne comprends rien. J’ai envie de m’arracher les cheveux. Tout est nul, différent et, pire encore : tout est laid. »
C’est un des premiers trucs qui m’a marqué en plongeant dans le libre. Des outils laids et des sites web moches.

 

My own private running gag

Je crois que je devrais filmer les gens qui utilisent mon ordinateur et font une recherche sur le net. Et je devrais filmer la réaction des gens lorsqu’ils découvrent mon moteur de recherche : Startpage. Ce serait un bon running gag.

 

À l’inverse, une de mes premières satisfactions à être sur Linux, c’est mon environnement de bureau, mes icônes et tous ces petits détails qui font que je ne retournerai pas sur Windows, et que je n’achèterai pas de Mac.
Je pensais qu’Apple avait le monopole de l’esthétique. Et je suis ravie de découvrir que ce n’est pas le cas.

 

Pourquoi avons-nous besoin de beaux outils ?

Nous avons besoin d’outils respectueux de nos données. Nous avons besoin d’outils dont le code est librement accessible. Nous avons besoin de démocratiser le libre.
Et ce n’est pas en se tirant dessus les uns sur les autres, les développeurs vs les graphistes, que nous y arriverons. C’est en collaborant ensemble, les développeurs feat les graphistes, que nous y arriverons.

Si nous voulons nous libérer d’outils propriétaires et centralisés, nous avons besoin de plier nos bagages et poser nos valises dans des endroits accueillants. Nous avons besoin de beaux outils parce que nous avons besoin d’outils qui nous souhaitent la bienvenue, parce que nous avons besoin d’outils qui améliorent notre vie.

Nous avons besoin d’outils qui nous donnent envie. Nous avons besoin d’outils avec lesquels nous avons envie de travailler, de composer. Nous avons besoin d’interfaces qui nous donnent envie de cliquer sur des boutons. Pas qui nous provoquent des mimiques de dégoût.

 

Je ne veux plus entendre de développeurs se complaire dans des choses fonctionnelles mais laides.
Je ne veux pas d’élite technique.
Je veux entendre des développeurs qui comprennent l’intérêt, la nécessité de belles interfaces.
Je veux des Aaron Swartz partout autour de moi : des techs portant des tee-shirt Design will save the world.

 

Rendez-vous la semaine prochaine pour un article sur l’accessibilité !

En vrac au mois de Juin

Manquant de temps et d’organisation pour publier des articles plus conséquents (dont certains sont néanmoins en cours de rédaction), je m’essaie à de petits exercices pour reprendre en main le bordel.

J’ai testé un abonnement mensuel chez SuicideGirls.com ♡ Je participe à un projet de narration collaboratif sur le Revenu de Base ♡ On m’a demandé d’illustrer un tutoriel sur des câbles Ethernet et d’autres trucs compliqués ♡ J’ai un RaspberryPi et des tas d’envies ♡ Je suis très fan d’Etsy mais je n’ai pas pû m’empêcher de lancer un Tumblr qui se moque ♡ J’ai appris à faire des personas ♡ J’ai testé HabitRPG et c’est très rigolo ♡

 

J’ai découvert / J’ai aimé
‣ L’artiste plasticienne, photographe, écrivaine et réalisatrice française Sophie Calle
‣ La boutique Sobigraphie
‣ La série franco-anglaise The Tunnel
‣ Le mystère Cicada 3301
‣ La réponse de Tristan Nitot sur l’intégration des DRM dans Mozilla dans le 56Kast #29

 

J’ai lu
Wilogo, Creads, etc, la gangrène du créatif & le crowdsourcing par Les Graphisteries
La médiation numérique, pour quoi, pour qui et comment ? par Amaelle Guiton
Un fab lab dans ma bibliothèque par Les Bibliothèques de Montréal
Fostering Healthy Non-Professional Relationships par Smashing Magazine

Il n’y a pas que les maisons qui sont écologiques, il y a aussi les sites web !

[Edit du 12/07/15]
Sur un presque coup de tête que je fomente depuis quelques jours déjà, je décide de publier tous les articles en brouillon qui s’entassent depuis des années dans mon WordPress.
Ils sont donc publiés bruts, tels quels et non relus. Certains n’ont pas été publiés parce que je n’ai jamais pris le temps de les finir, d’autres n’ont pas été publiés parce que j’ai voulu faire les choses trop bien et que le perfectionnisme, c’est le mal.

[Edit de l’edit]
Quelques-uns ne seront jamais publiés parce que je viens de me rendre compte que je les ai supprimé…

[Edit de l’edit de l’edit]
Le livre en question peut être commandé chez ton libraire indépendant ici : Ecoconception Web / les 100 bonnes pratiques : doper son site et réduire son empreinte écologique

 

Tu es un hippie et tu fais du dev ? Mooshi a le livre qu’il te faut !
Éco-conception web, les 10 bonnes pratiques de Frédéric Bordage.

Le petit Igor a ramené ça un jour à la maison et, allez savoir pourquoi, moi qui vomis ne serait-ce que le HTML, je me suis jetée dessus, intriguée par la chose, et je ne l’ai refermé qu’une fois après l’avoir entièrement (ou presque) lu.

Plus sérieusement, ce livre est à mettre dans toutes les mains de quiconque étant un peu créatif sur le net, certains conseils s’appliquant aussi bien à des newsletters

Fuck nice things. ♡

En vrac avec des cœurs partout.

J’ai un nouveau tatouage dans un mois ♥ J’ai commandé un RaspberryPi ♥ Mon blog va bientôt déménager ♥ Et j’ai commandé des livres pour avoir une tonne d’inspiration ♥ J’ai décidé de voir tous les films de Seth Rogen ♥ J’ai découvert le Low Poly Art ♥ Je suis en train de ninja ma tablette avec le tutoriel le plus hardcore jamais ♥ J’ai un nouveau bureau rien qu’à moi ♥ Je croule sous les livres de décorations ♥ Pouhiou se lance dans la vidéo ♥ J’ai épinglé cet ongletCe coussin sera bientôt à moi ♥ Rone va sortir un nouvel EP ♥ J’ai lu Little Brother en une journée ♥ Merci Dorian – J’écris sur un androïde ♥ Il faut lire cet article ♥ Et celui-là ♥ Ernest, mon Canon, est revenu à la maison ♥ J’ai un fond d’écran Harry Potter ♥ Brahhh brahhh.

Et si je passais du côté bright de la force ?

Je vais bientôt déménager. Changer de nom de domaine. Avoir une identité visuelle qui ne sera pas du bricolage.
Et j’aimerais bien que ce soit différent.
Mais comme IRL, il faut que j’apprenne à être moins timide.

Challenge accepted !

Cab for Moosh Belmont

Je n’ai pas écrit depuis trois semaines. Presque quatre.
Je suis tiraillée entre deux discours.
Alors je traiterai des deux discours, sans doute.

Je n’ai pas écrit depuis trois semaines. Presque quatre.
J’aurais du m’écouter. J’aurais du savoir.
Parfois je me demande si je n’ai pas une malédiction du long format.
Les scénarios étaient faciles jusqu’à ce que je découvre comment écrire vraiment un scénario. Jusqu’à ce que je découvre les règles.
Les archétypes. Les oppositions en quatre… Quatre axes ? Quatre points ?
Jusqu’à ce que je découvre le héro aux milles visages, tout était si simple.

Après François j’ai dit : Je retourne à la littérature. J’ai essayé. Puis je suis retournée au scénario.
Après Mikatronique j’ai dit : Je ne peux pas. J’ai besoin de bidouiller les règles par moi-même et commencer une nouvelle fiction.
Je crois que je pourrais écrire un roman. Je suis plus stable. Je commence à comprendre les règles.

Je n’ai pas écrit la suite des aventures de François. Je n’ai pas écrit Mikatronique.
Je ne sais pas si je réussirais à écrire Bambi.

Je ne sais plus qui sont mes personnages.
Je ne sais plus comment faire interagir Zooey et Super_Geek_Boy.
Je ne sais pas ce que Bambi est en train de faire et le pire, c’est que je m’en fous.
Je ne sais pas ce que SGB est en train de faire, et je m’en fous.
C’est peut-être ça le pire. Je m’en fous.

Je n’ai pas envie de les revoir parce qu’ils ont cessé d’être mes amis. Ils sont devenus une obligation.

Je ne sais pas bien où se situe ma zone de confort.
Parce que quand je pense : Si ça se trouve, je ne suis pas faite pour le long format, c’est réellement une interrogation. Je me le demande vraiment.
Je ne suis pas en train de me cacher dans une zone de confort, je suis réellement en train de m’interroger.
Si c’était une zone de confort, je me dirais : Okay, j’arrête tout. Et je serais soulagée.
Mais je ne peux pas encore dire : J’arrête tout. Parce que je ne sais pas bien.

Je ne sais pas si c’est temporaire. Je ne sais pas si je suis en train de traverser une épreuve. Je ne sais pas si je suis capable d’écrire un roman.

Je ne sais pas où je me situe. J’ai abandonné la nostalgie de cette époque où je pouvais écrire n’importe où, n’importe quand, n’importe quoi, parce que c’est comme si tout c’était une autre personne. C’est comme si c’était une autre vie. C’est comme si je m’étais régénérée.
Ah, c’est plus fort que moi, je n’ai pas pu m’empêcher de faire la référence.

Je ne sais pas où je me situe parce que je ne suis pas sûre de ce que je veux dire.
Je crois que je n’ai rien à dire, fondamentalement.
Le libre m’emmerde parce que ça n’aurait jamais du être le sujet d’une fiction, et que j’ai basé tous mes espoirs sur quelque chose que j’ai besoin de vivre, moi, et pas un de mes personnages.
Le libre m’emmerde parce que c’est un truc personnel, et que ça n’aurait jamais dû être le truc personnel d’un de mes personnages.

Je crois que j’ai voulu aller trop loin. En fait, c’est une conclusion que j’ébauche depuis un certain moment, et je suis presque sûre de ne pas me planter en disant que je n’aurais jamais du faire de ça le sujet principal de cette fiction.
Parce que ça ne m’intéresse pas au travers d’un personnage.

Je crois que j’ai besoin de faire des choses simples et stupides. Je crois que je ne peux pas m’attaquer à quelque chose d’intelligent, de réfléchi, de construit, de politique.
Je crois que j’ai besoin d’écrire des choses spontanées, adulescentes. Mais pas des choses construites.

Je ne pourrai jamais écrire d’anticipation. Je ne pourrai jamais faire de la SF intelligente. Je ne pourrai jamais faire d’analyse de la société. De la génération Y. Du libre. Du numérique.
Parce que toutes ces choses ne me ressemblent pas. Parce que je ne suis pas faite pour le monde des adultes.

Et ça, je crois que c’est important que je le souligne.
Je ne suis pas faite pour le monde des adultes parce que ce n’est pas mon univers.
Et je suis en train de me demander si je ne suis pas sortie de mon univers en voulant faire de Bambi quelque chose de construit.

Je suis encore une version bêta, peut-être même alpha, et j’ai besoin de continuer à expérimenter.
C’est peut-être pour ça que je n’ai jamais réussi à écrire Mikatronique.
Parce que ça devait être une simple histoire de transfert. Une simple histoire d’amour impossible.
Ça n’aurait jamais du être une interrogation sur l’humanité. Toutes ces choses qu’on m’a dit de faire. Toutes ces pistes de réflexion qu’on m’a proposé.

Pourquoi vouloir absolument écrire un jour un shojo ou au mieux un josei ?
Parce que c’est exactement vers ça que je tends.
Il faut que j’arrête de me mettre des bâtons dans les roues. Il faut que je me fasse violence pour assumer, ce verbe qui a un besoin terrible de faire partie de mon vocabulaire, ce verbe que je ne cesse de rejeter parce que c’est plus facile.
Il faut que je puisse écrire les histoires que j’ai envie d’écrire mais avant ça, il faut que le mot assumer fasse partie de mon vocabulaire. Ou en même temps, je ne sais pas. Mais il faut que j’écrive les histoires que j’ai envie d’écrire, pas les histoires que je devrais écrire. Celle que je dois écrire.

J’ai besoin de détails. J’ai besoin de dire que mes personnages portent des vêtements faits en telle matière. J’ai besoin de dire que mes personnages font souvent telle ou telle chose.
Je n’ai pas besoin d’expliciter pourquoi le jeu de SGB doit être dans le domaine public.

Parce que ça, c’est le monde des adultes. C’est un monde réfléchi.
Et ce n’est pas ça mon univers.
Mon univers est un truc spontané idiot.
Homeland est un des meilleurs trucs que j’ai lu depuis bien longtemps, mais je ne pourrais jamais écrire un truc pareil parce que je serais malheureuse d’écrire un truc pareil. Parce que c’est un roman pour adulte. Et je suis une adulte, peut-être, mais pas lorsque j’écris.

Peut-être que je devrais transposer tous ces personnages vers un univers qui les attend et où je pourrai les traiter comme j’en ai envie. Faire d’eux ce que j’en ai envie. Les regarder avec un œil naïf et candide. Les regarder avec les yeux de Moosh, qui ne comprend pas les sous-entendus, qui ne sait pas comment se comporter correctement avec des professionnels et qui a peur de rencontrer ces mêmes professionnels.

Mais ça ne résout pas le problème.

Je ne sais pas ce que je dois faire de Bambi.
Je ne sais pas si c’est temporaire.
Et si je dis : J’arrête tout, je les transporte vers un univers qui m’intéresse plus, alors j’aurai échoué une fois de plus. J’aurais échoué parce que je n’aurai pas réussi à passer cette étape. Et je serai coincée au même endroit où je l’ai été tant de fois, cet endroit où je flotte depuis des années.

Mais si je m’écoute et que je les transpose vers un univers qui m’intéresse plus, qui peut me garantir que je ne vais pas écrire la meilleure histoire de ma vie ? Meilleure non pas au sens qualitatif, mais meilleure parce que c’est l’univers qui m’aura le plus plu, parce que c’est l’univers qui me correspond réellement.

Qui peut m’assurer que je ne l’ai pas déjà trouvé cet univers ?

Parce qu’en fait, je crois bien que je l’ai trouvé, cet univers. Je crois que je l’ai trouvé il y a plusieurs années déjà.
Et je n’arrête pas d’y penser depuis quelques jours. Et j’ai une envie dingue d’y retourner.

Alors j’ai bien envie d’être égoïste et aller y faire un tour. Mais ça c’est à cause de cette chanson que je suis en train d’écouter.
Et ce sera le prochain sujet de post.
D’ici là, je vais continuer à réfléchir à tout ça et je vais continuer à ne pas trouver de solution.

Nostalgie d’un Internet que j’ai oublié

Dernièrement, j’ai passé beaucoup, beaucoup de temps sur la Wayback Machine d’Internet Archive, retraçant l’histoire de sites que je consulte régulièrement, retraçant l’histoire d’Internet.

Et j’y retrouve avec un enchantement enfantin ces images qui clignotent, compteur de visiteurs, boutons pour entrer sur le site et toutes ces choses qui ne sont plus au goût du jour. Ces choses qui ont été des modes. Internet a eu des modes, et ça me fascine de savoir ça. Je voudrais lire des livres qui parlent des modes d’Internet.

Je me sens régulièrement envahie d’une nostalgie de cet Internet dont j’ai du mal à me souvenir ; maintenant que tout est si compliqué et si insécurisant.
Peut-être que c’est pour ça que je me perds dans ces captures de sites. Pour aller dans un endroit réconfortant, loin de PRISM et de tous les programmes de la NSA.

J’adore tomber sur des sites cheap. J’adore tomber sur des sites avec des gifs de flammes dans des couleurs que Pantone n’approuverait pas.
C’est toujours une joie que d’explorer Internet sous une forme archaïque. Et je crois que je suis dans une phase où j’ai besoin de ça. J’ai besoin de retrouver ces pages hideuses et drôles. Bien sûr je m’en moque, mais ce n’est pas méchant. Je m’en moque parce que c’est désuet, et pourtant si fascinant. Je m’en moque avec tendresse, avec nostalgie.

Il n’y a pas si longtemps que ça, le web était moche. Mais il était simple.
Aujourd’hui il y a des boutons Facebook et du code Google Analytics partout.
Il y a des gens dont le boulot, c’est de créer un site Internet. Oui, vraiment, c’est un métier. Oui, vraiment, ça demande des compétences.

Aujourd’hui le web est beau, mais il est tellement compliqué, tellement dangereux. Les enjeux sont bien plus importants.
Aujourd’hui il y a des community managers. Il y a des gens dont le boulot, c’est d’alimenter des réseaux sociaux et faire de la veille. Oui, c’est un vrai métier. Oui, ça demande des compétences.

Je crois que je passe trop de temps avec Internet. Non pas sur Internet, mais avec Internet.
Je passe trop de temps à alimenter des réseaux sociaux, à réfléchir à des identités visuelles, à regarder l’ergonomie d’un site, le comparer avec d’autres sites. Je passe trop de temps à lire des articles qui me parlent de code ouvert. Je passe trop de temps à me demander comment améliorer la communication de telle association, et ce qu’on fera du site Internet de telle autre. Je passe trop de temps à faire la liste des alternatives au GAFA.
Je passe trop de temps à réfléchir à Internet. En fait, je crois que j’y pense sans arrêt.

Et c’est pour ça que je passe autant de temps sur la Wayback Machine. Parce que j’ai besoin de me souvenir d’Internet. J’ai besoin de me dire que nous avions eu Internet.
Parce que Cory Doctorow dit que ça y est, nous y sommes, l’année où nous allons perdre le web.

Je crois que je passe trop de temps à me demander comment convaincre les gens d’utiliser tel ou tel outil parce qu’il est plus respectueux de leur vie privée. Je crois que je passe trop de temps à savoir quoi répondre aux gens qui disent qu’ils n’ont rien à cacher.

 

Je suis obsédée par Internet.

 

Je crois que j’avais besoin de le dire. Je suis obsédée par Internet, et je l’ai toujours été.
Je pense sans arrêt à Internet. Je pense à l’Internet que j’ai découvert quand j’étais petite, à l’Internet qu’on consommait avec des CD de 20 heures, de l’Internet qui fonctionnait grâce à un modem. Puis je pense aux Internets de George Bush, de l’Internet qui nous espionne et nous consomme. Je pense à Limewire et eMule. Puis je pense à Zuckerberg et les DRM dans le HTML5.

Je suis heureuse de faire partie de la génération Y. Je suis heureuse de faire partie de cette génération qui se souvient du bruit des modems, je suis heureuse de faire partie de cette génération qui a eu des cours de micro-informatique, je suis heureuse de faire partie de cette génération qui a vu naître les blogs et les réseaux sociaux.
Pour rien au monde je n’échangerais ma place avec mon petit frère. Et quand je pense à ce frère, je me sens désolée parce qu’il n’aura pas connu tout ça. Et comment lui raconter Internet.
Des fois je pense aux enfants que j’aurai un jour. Et je suis terrorisée parce que j’ignore comment sera le web dans quelques années.
Je ferme les yeux quand je lis que la vie privée va disparaître. Je ferme les yeux parce que je préfère me voiler la face.
Qui seront les Swartz, les Snowden et les Greenwald de mes enfants ? Est-ce qu’on se souviendra d’eux ? Est-ce que les Anonymous existeront encore ?

Alors je me voile la face. Parce que je ne suis plus une simple utilisatrice du web. Je pense en CMS, en plugins, j’intègre des balises dans les articles que j’écris. Je regarde combien de gens ont cliqué sur les liens que j’ai partagé pour les réseaux sociaux dont je m’occupe, et comment je pourrais améliorer tout ça.
Je ne suis plus une simple utilisatrice du web. Parce qu’on m’a montré ce que devrait être le web libre et ouvert, puis on m’a montré ce qu’est réellement le web.

Alors je me voile la face et je retrace l’histoire de sites que je consulte régulièrement, je retrace l’histoire d’Internet.
Je tombe sur des sites qui me font sourire parce que tout était si simple à l’époque.
Je pense au web que découvriront mes enfants, et je suis terrorisée. Parce que je leur raconterai des histoires en les bordant. Je leur raconterai que nous avions Internet, et je leur monterai ce qu’était Internet autrefois.

He thinks it may be game over.
I’d like to think we still have time.

Home is where your wifi connects automatically

Un vinyle des Sex Pistols est en train de tourner alors que je bois un thé à la menthe. Brûlant. Je dois apprendre à boire des trucs brûlants parce que d’habitude, je ne peux pas m’empêcher de rajouter de l’eau froide. Partout. Quand je commande un café, je commande toujours un grand verre d’eau. Je précise toujours grand, parce que j’ai souvent soif, et que la moitié de l’eau me sert aussi à boire. Pas juste refroidir mon café.

Quel est le but de cet article ? Aucun.
Remember, je veux écrire des articles sans but. Et peut-être qu’à force de m’entraîner à publier régulièrement des banalités, je posterai des choses plus construites, plus réfléchies. Plus matures.

Donc je rajoute de l’eau froide partout. Ce qui est une mauvaise idée. Parce que l’eau altère le goût. Et je me retrouve à boire des choses fadasses. Et comme je ne sais jamais doser, je me retrouve aussi à boire des choses tièdes. Fades, fades, fades.
Dans les films (et les séries), les gens boivent toujours des trucs très chauds, avec beaucoup de fumée. Est-ce que les gens dans la vraie vie font ça ? Je ne sais pas, mais je compte bien le découvrir.
Je veux boire des thés fumants. Des cafés fumants. Je veux que la fumée s’échappe de ma tasse. Et je veux regarder cette fumée parce que je trouve ça beau.

Donc cet article n’a aucun sens. Et je bois un thé chaud. Pas fumant, mais chaud. C’est un progrès. Un jour, peut-être que je posterai une photo d’un thé fumant, et je serai cachée derrière. Ah oui, c’est encore une énième fausse bonne idée.
Explorer le quart d’heure de gloire. Définir l’identité numérique.
Mais avant ça, je dois récupérer mon appareil photo, situé quelque part à 211.7 km de la maison, parti pour servir la cause des podcasts/-teurs (mouais, c’est pas joliment mis en forme).

Je me suis resservie une tasse de thé, qui n’est toujours pas fumante (mais je deviendrai une ninja du thé fumant, c’est promis). Maintenant j’écoute la bande-son de Quadrophenia, toujours en vinyle.
Ce qui me fait penser à cette triste petite anecdote.
Il y a quelques jours, j’ai voulu explorer le mighty hipsterness de mon être avec la personne la plus hipster de mon entourage (prononcez avec l’accent anglophone). J’ai voulu faire ce truc IRL que j’ai fait un million de fois dans ma tête : enfiler mes chaussures, attraper mon parapluie et marcher jusqu’au disquaire à Saint-Michel. Je n’y suis rentrée qu’une seule fois, mais je m’étais toujours dit : La prochaine fois, c’est pour acheter des vinyles.
Alors j’ai voulu acheter des vinyles. Parce qu’au fait, ce disquaire vendait des vinyles neufs. Je voulais de la techno. Je voulais acheter un paquet de vinyles pour écouter de la techno sur des enceintes, à la maison, sur mon tourne-disque.

Et quand on est arrivés dans la rue, bien entendu, le disquaire était fermé. Et le local à vendre. Il s’était mis à pleuvoir. J’étais déçue. Comment je vais faire pour trouver de la techno en vinyle ailleurs que sur Internet ?
Alors on a fait demi-tour et on a passé une demie-heure dans un magasin de jeux vidéos. On a continué à explorer le mighty hipsterness de nos êtres en discutant Game Boy, bidouille de Game Boy, et musique via Game Boy.
J’ai fini par rentrer, ayant tout de même trouvé un trésor à ma minuscule collection de jeux : Castlevania Dawn Of Sorrow, que je cherchais depuis longtemps.

 

J’ai du boulot qui m’attend. Comme je vais retaper les murs bientôt, je dois faire du tri dans mes plugins. Revoir mes catégories. Relire quelques nouvelles et décider lesquelles je publierai.

 

D’ici là, je viens de refaire du thé et aussitôt entamer le ninja 101 du thé brûlant/fumant.
Je viens d’écrire un article banal comme je ne l’avais pas fait depuis longtemps, et c’était agréable.
Peut-être même que je vais m’auto-distribuer un bon point.
C’est encourageant.

Du coup, à bientôt pour de nouvelles banalités !

Bisousbisous. ♥

Vous allez rire.

Vous allez rire. Parce que cet article, je l’ai déjà écrit. Plein de fois. Un tas de fois.

Depuis peu, je me suis remise à lire des blogs. Pas des blogs de spécialistes de la culture visuelle. Pas des blogs de célèbres decorate women américaines. Pas des blogs de photographes.
Des blogs écrits par des gens. Des gens comme vous, comme toi, comme moi. Et lire ce genre de blogs m’envahit d’une certaine nostalgie. Lire ce genre de blogs m’inspire. Me donne envie de faire la même chose.

J’ai cessé de venir ici. Mais assez régulièrement, il me prend une envie folle de me remettre à poster un million de trucs. Il m’est même arrivé de faire des listes d’articles potentiels. Donc, assez régulièrement, il me prend l’envie de tout refaire. Repartir à zéro. Poster plus souvent. Et c’est un échec.
Et peut-être que ce sera un autre échec.

Mais.

Mais je suis en train de lire Homeland de Cory Doctorow. Et c’est un bon très livre. C’est un très bon livre. C’est excellent. C’est tellement bien que je crois que je n’ai jamais lu un truc aussi brillant. C’est tellement bien que j’aimerais ne jamais le finir.
Et donc, je voudrais en parler

Peut-être que ce sera un échec.
Mais.

Mais depuis peu, je fais des trucs que je ne faisais jamais avant. Je parle. Je participe à des discussions. Je donne mon avis sur des trucs. En explique d’autres. Et tout ça me demande un effort considérable. Tout ça me demande un effort considérable parce que ça me force à sortir de ma zone de confort, celle où je ne dis jamais rien et je me contente d’écouter.
Et vous savez ce qui se passe quand on sort de sa zone de confort ? On expérimente des trucs, ce qui amène à découvrir d’autres choses dont on ignorait l’existence ou la possibilité.
Donc j’ai envie de parler. Pas juste écrire. J’ai envie de dire quelque chose. Peut-être même un tas de choses.

Il se peut que ce soit un échec.
Mais.

Mais je regarde des blogs. Avec des gens qui parlent. Et tout ça m’inspire.
Et je scrolle des Tumblr adulescents.
Et tout ça m’inspire.

Je crois que j’ai besoin de faire un reboot. Un véritable reboot. Je sens, je sais que j’ai besoin de faire le tri. Dans mes plugins, mes catégories, mes listes d’articles jamais écrits, les trucs que j’ai besoin de dire/écrire.
Je veux refaire l’habillage. Et peut-être déménager.
Oui, déménager encore. Mais déménager pour plus de libre.
Et déménager en gardant les meubles.
Oui, garder les articles que j’ai écrit ici. Les exporter ailleurs. Mais les garder. Vraiment les garder.
Je suis fatiguée d’effacer ma vie au fur et à mesure. Fatiguée de regretter d’avoir tout effacé.

Je crois que j’ai besoin de revenir à un truc plus spontané, moins sérieux.
Vous savez, ces gens qui, à 20 ans, sont déjà nostalgiques de leur adolescence ?
Hé bien je suis nostalgique de ma vision adolescente du blog.
Je suis nostalgique du rose fluo, des trucs qui piquent les yeux et toutes ces choses qui, moi, m’enchantent.

J’ai besoin de plus de spontanéité. J’ai besoin de me sentir à la maison en publiant des articles.
J’ai toujours dit que ma seconde maison, si ce n’est la première en réalité, est l’Internet.
Et il est temps que je sois en accord avec tout ce que je pense.

Donc je vais une fois de plus changer d’habillage. Peut-être changer d’URL.
Quand est-ce que je le ferai ? Aucune idée. Je crois que j’ai besoin de me préparer. De ne pas tout faire sur un coup de tête. De réfléchir longuement à ce que je vais poster, ce que je vais utiliser comme boutons, si le bloc de texte sera en Serif ou non (spoilers : J’ai toujours préféré le sans-serif).
Aussi, il est temps que je fasse ce que je dois faire depuis très, très longtemps : publier toutes mes nouvelles.
Il faut que j’arrête de me cacher. Il faut que je commence à dire, vraiment : Hello my name is Moosh and this is who I am.
Il faut que je m’expose parce que je suis terrorisée à l’idée de le faire. Mais il faut que je sorte de ma zone de confort, parce qu’il n’y aura que comme ça que je m’en sortirai.

Le mot identité numérique m’enchante, et il est temps que j’explore ce que ça veut dire réellement, pour moi.

Je suis impatiente de me mettre au boulot.

The Day We Fight Back

Je vois des photos d’Aaron Swartz partout ces derniers jours.
Je vois des photos d’Aaron Swartz partout parce que samedi était la 1ère année d’un monde sans Aaron.
Vous connaissez l’expression le premier jour du reste de ta vie ? Hé bien c’est ça, le 1er jour du reste de ma vie.
Le jour où Aaron a disparu.
Je vois des photos d’Aaron Swartz partout parce que le 11 février, nous allons contre-attaquer.

Si j’avais écrit cet article il y a encore trois mois, je serais en larmes avant même de rentrer dans mon éditeur visuel.
Mais trois mois ont passé. Et j’ai fait mon deuil.
Il y a encore trois mois, il me suffisait de lire n’importe quoi sur Aaron pour fondre en larmes. Et je ne pèse pas mes mots.

Un jour Aaron a fait la couverture de Télérama. J’ai commencé à lire l’article et puis je me suis arrêtée parce que ma vue commençait à se brouiller. Il y avait des gens autour moi et je ne voulais pas pleurer.
Il y a trois mois, j’ai regardé la bande-annonce du docu sur Aaron. J’étais dans un lieu public et il y avait un tas de gens autour de moi. Des gens que je connaissais pas. D’autres que j’apprenais à connaître.
J’étais en train d’éditer une newsletter et puis Alexis Kauffmann a posté cette bande-annonce de dix minutes.
Je me suis retenue. Je me suis mordillé les lèvres pour me retenir.
Et je n’ai pas dit un seul mot pendant les deux heures qui ont suivi.

Puis je me suis retrouvé à table et il y avait des inconnus partout autour de moi. Et je ne pouvais pas dire un mot parce que j’étais pétrifiée. Parce que la bande-annonce se rejouait dans ma tête.
Mais comme je ne pouvais pas dire un seul mot, on m’a demandé si j’allais bien.
Et j’ai su que j’allais craquer. Ma voix s’est brisé, j’ai dit : «  Tu connais Aaron Swartz ?  »

Et j’ai pleuré. J’ai pleuré et pleuré jusqu’à ce que je sois en état de passer à autre chose.
Ce jour là j’ai pleuré devant deux personnes que je venais tout juste de rencontrer. Je ne pleure jamais devant les gens parce que j’ai horreur de ça. Rare sont mes amis proches qui m’ont vu pleurer. Parce que je me sens ridicule.
Je me sentais ridicule, mais je ne pouvais pas m’arrêter de pleurer.
Parce qu’il me suffisait de lire Aaron Swartz quelque part pour fondre en larmes. Et voir une bande-annonce de dix minutes avait été très émouvant, très éprouvant.

Et je me suis rendue compte il y a quelques jours que depuis, j’avais lu un tas d’articles sur Aaron Swartz. Chez moi, au boulot, dans le bus. Et je n’ai jamais pleuré.
Parce que j’ai fait mon deuil ce jour là, devant une cuisse de poulet dans les cuisines du Quartz.
J’ai fait mon deuil parce que j’ai accepté la mort d’Aaron, ce que je refusais jusqu’à présent.

Bien sûr, je suis émue en écrivant ces quelques lignes. Mais ça va. Ça va parce que j’ai accepté. Parce que je suis prête.
Et il y a un tas d’autres trucs que j’ai envie de dire sur Aaron, parce que ça fait très longtemps, trop longtemps que j’ai envie d’en parler. Mais ce sera le sujet d’un autre post.

Si je vous parle d’Aaron pour la première fois, si je vous dis que j’ai fait mon deuil, c’est aussi pour vous dire : Je suis prête. Je suis prête à prendre la relève. Je suis un pirate qui s’appelle Aaron.

Et c’est aujourd’hui que je commence à prendre la relève. 2013 a été l’année où je suis devenue engagée. 2014 sera l’année où je serai activiste.

Je suis un pirate qui s’appelle Aaron et je vous appelle à me rejoindre.

Dans un mois, le 11 février 2014, nous contre-attaquons.
The Day We Fight Back.
Nous avons perdu Aaron et c’est à nous de continuer le combat.
Rejoignez la liste de diffusion, renseignez-vous, parlez-en autour de vous, créez des mèmes, montez un site web, organisez un événement, soyez-créatif.

Soyez le héros de votre propre histoire !

De l’angoisse de nouer des liens émotionnels avec ses personnages

J’ai des trucs à dire. Un tas. J’aimerais parler du roman, de Super_Geek_Boy, du libre et des hackers en général. J’aimerais parler du numérique et du mot manifeste qui est très important pour moi en ce moment. J’aimerais parler des choses que je fais en ce moment, des choses que j’apprends, des gens que je vois. J’ai un tas de trucs à dire et je suis tellement pressée de commencer cet article que je me tiens debout parce que je n’ai même pas pris le temps de m’asseoir.

Voilà. Je suis assise. Je suis dans l’éditeur visuel de WordPress.
Et maintenant que j’ai dit que j’ai des tas de choses à dire, je ne sais pas quoi dire.
J’aimerais dire des trucs personnels mais on est sur Internet. Je suis consciente de ça, je suis consciente qu’Internet n’oublie jamais rien. Et ce ne serait pas un problème en soi si je n’avais pas autant de difficulté à assumer mes propos. Ce ne serait pas un problème, si, dans deux mois ou deux ans je relirais cet article sans me dire : MONDIEU NON J’AI DIT ÇA. J’AI ÉCRIT ÇA. J’AI HONTE. J’ÉTAIS IDIOTE À L’ÉPOQUE. MAIS ÇA VA. JE SUIS MOINS IDIOTE AUJOURD’HUI.

Donc, qu’est-ce que je voulais dire déjà ?
Ah oui, au fait. Depuis une semaine, j’ai un boulot. Et au boulot, je travaille sur Linux. Et j’ai déjà perdu l’habitude de devoir taper alt 0201 pour avoir un É ou alt 0192 pour avoir un À.
(A côté de mon bureau à la maison, j’ai un post-it qui compile ces alt là.)

Donc ça n’a rien à voir avec ce que je voulais dire.
Depuis plusieurs mois je travaille sur un roman. Et on m’a dit : « Ce qui m’a frappé, c’est le rythme, la vitesse. Tout va très vite, comme si tu voulais te déverser très vite, comme s’il y a une urgence. »
Et c’est marrant parce que c’est vrai. Et je ne m’étais jamais rendue compte de ça. J’en étais restée au stade où je me disais intérieurement : Donc en fait, j’écris des petites phrases. Sans regarder ce que ça voulait dire. Sans analyser. Je ne sais pas analyser. Je suis nulle pour analyser.

Et ça n’a pas tant que ça de trucs à voir avec ce que je voulais dire. Mais maintenant je ne sais plus ce que je voulais dire (en réalité je le sais très bien mais je ne sais pas comment amener le sujet). Je pourrais continuer sur cette histoire d’urgence. Ajouter que je pense plus vite que je n’écris, ce qui est une source de frustration intense.
Et faire un parallèle avec les post-it. Parce que j’ai une consommation scandaleuse de post-it. Enlevez moi ces petits trucs sur un espace de travail, et je serais incapable de faire quoi que ce soit. Ou j’utiliserais un brouillon. Mais ce que je voulais dire, c’est que je déverse tout sur post-it. Je fais des post-it pour ne pas oublier. Et c’est un truc récent. Ça fait peut-être un an que je fais ça. Et je me dis que peut-être, il y a une signification derrière. Mais peu importe. Je me suis perdue.

Donc j’ai écrit cet article « De l’angoisse de nouer des liens émotionnels avec ses personnages » (et je suis déjà partie sur autre chose alors que j’aurais voulu m’attarder sur les post-it). Parce que je travaille sur un roman. Et parce que mon personnage principal est un. Parce que c’est un personnage masculin. Dans ma tête, il ne ressemble à rien. Mais si quelqu’un me demande à quoi il ressemble, je répondrais sans hésiter : Edmund McMillen. Parce qu’en fait, c’est à cause d’Edmund McMillen que Super_Geek_Boy est né (alors qu’en vrai, IRL, je préfèrerais avoir des enfants hipsters avec Phil Fish).
Et là, il y a cette photo d’Edmund McMillen que je vous ai mis en lien et en la regardant, je me suis dit : Merde. Il ressemble vraiment à Super_Geek_Boy. Et dans ma tête, ce n’est plus Super_Geek_Boy qui ressemble à Edmund McMillen mais Edmund McMillen qui ressemble à Super_Geek_Boy. Come again ?
Parce qu’il y a ce truc avec Edmund McMillen quand vous regardez Indie Game : The Movie, c’est qu’instantanément, il vous parait sympathique. Et mieux que ça : vous avez l’impression de connaitre ce type IRL. Puis il vous raconte ces trucs, comment SMB ressemble à sa chambre d’enfant, comment SMB est une œuvre personnel, qu’il avait tellement d’imagination petit que sa maitresse pensait qu’il était psychopathe ou whatever.
Et je crois que Super_Geek_Boy est né dans ma tête quand Edmund McMillen est entré dans ma vie (alors qu’en vrai, il n’a aucune place dans ma vie, si ce n’est de m’avoir fait rencontrer Super_Geek_Boy).

Vous avez lu cette phrase ? Edmund McMillen n’a aucune place dans ma vie, si ce n’est de m’avoir fait rencontrer Super_Geek_Boy (aussi appelé SGB pour des questions pratiques). Et j’emploie ce mot, rencontrer, parce que je préfère mille fois dire que j’ai rencontré SGB que de dire que je l’ai créé. Je refuse d’admettre la paternité de SGB parce qu’inconsciemment, il est devenu si important qu’il en est réel.
Avant lui il y a eu Yumeji et Basile. Il y a peu de gens qui lisent ce blog, mais je pense taper juste en imaginant que ce sont les mêmes gens qui le font depuis plusieurs années. Donc vous savez de quoi je parle. Vous savez que ce truc est récurrent. Et que j’ai autant aimé Yumeji et Basile que SGB. Et si vous analysez un peu, vous vous rendrez compte qu’ils ont des similitudes troublantes.
Avec Super_Geek_Boy, c’est différent. Parce que j’ai connu ces dérives, j’ai connu cet attachement démesuré auparavant. Et quand j’ai commencé à caractériser SGB (Geez je déteste écrire ça, ce qui veut dire admettre que je l’ai créé), je me suis dit : Surtout, surtout, surtout, ne le fais pas comme ça. Mais je crois que c’est un échec, parce qu’en faisant la liste de ce qui rapproche Basile et Yumeji, il y a beaucoup de SGB là-dedans. Et il y a surtout beaucoup de moi là-dedans. Et c’est ça qui me terrorise aussi.
Parce que Super_Geek_Boy, en vrai, c’est moi. Pour un tas de trucs. Si j’étais né Matthias et non Marie, aujourd’hui je serais Super_Geek_Boy (sauf si en fait, j’aurais juste été un mec, j’aurais probablement haï la programmation).
Je suis Super_Geek_Boy parce que je manque de confiance en moi, parce que j’ai grandi avec Internet et qu’Internet est la chose la plus importante à mes yeux aujourd’hui. Je suis Super_Geek_Boy parce que je milite pour la libération de la culture, parce que je crois aux logiciels libres, parce que je dis : On ne tombe pas dans le domaine public, on s’y élève. Je suis Super_Geek_Boy parce que j’ai grandi seule, parce que pendant longtemps, je ne savais pas trop si j’allais survivre à moi-même et… Oh attendez, ça devient beaucoup trop personnel. Je n’assumerai plus d’ici deux mois ou deux ans (peut-être même deux jours).

Donc j’ai écrit cet article « De l’angoisse de nouer des liens émotionnels avec ses personnages » et je reprends le fil de ma pensée. C’est quelque chose qui me fait peur. Parce que je ne sais pas si c’est normal. Et c’est idiot de dire ça parce que je déteste la normalité, je déteste faire comme tout le monde, j’ai toujours été la weirdo de la bande et aujourd’hui c’est okay, même plus qu’okay. Néanmoins. Je m’inquiète d’aimer mes personnages et d’être profondément attachée à eux parce que je sais également qui je suis et, simplement, je ne sais pas si c’est bien sage.
Pourtant, quand j’ai commencé à écrire il y a quelques années, j’avais peur d’être un monstre. Donc en fait, peut-être que dans quelques années, j’écrirai un article qui s’intitulera : « Du délice de nouer des liens émotionnels avec ses personnages« .
Mais je n’en suis pas là aujourd’hui. Aujourd’hui je m’inquiète, et je me pose des questions.

Parce qu’il n’y a pas un seul jour sans que je pense à Super_Geek_Boy. J’y pense sans arrêt. Quand je m’endors le soir, quand je prends mon petit déjeuner, quand je suis avec des gens. Quand je suis avec des gens, je pense à Super_Geek_Boy. Mais je ne me dis pas des trucs un peu craignos du style : « Tiens, je me demande ce que SGB penserait de ça » ou « Je suis sûre que SGB adorerait ça » ou même, carrément : « Ah il faut que je raconte ça à SGB ! »
Parce que Dieu soit loué, je connais mes limites. Je connais des limites au fait d’avoir des liens émotionnels forts avec ses personnages. Je ne me demande jamais ce que SGB est en train de faire à tel moment où ce qu’il penserait de ça. Simplement, j’y pense. D’une manière abstraite. Mais j’y pense très, très, très souvent. Et penser à SGB est une tâche qui tourne en permanence dans un coin de ma tête.

Et là, je pars dans le méta en me disant : Eh mais en fait ! Ce court-métrage que tu voulais faire sur cette fille qui tombe amoureuse d’un robot, en fait c’est l’histoire de toi qui tombe amoureuse de tes personnages. Parce que tu vois, ton personnage principal, Pandora, elle fait un transfert sur le robot. Et toi tu fais la même chose : Tu fais des transferts sur tes personnages.
Sauf que. En soi, je pense que je me voilerais la face si je disais ne pas faire de transfert sur SGB, par contre je n’en suis pas amoureuse. Parce que j’ai dépassé ce stade, mais.
Mais je ressens quelque chose. Je ne suis pas indifférente.

Et je ne sais pas comment amener ce que j’allais dire ensuite. En fait, l’histoire de SGB, l’histoire de ce roman qui n’a pas encore de titre, c’est comme des poupées russes.
C’est l’histoire d’une fille (ça, c’est moi) qui produit une œuvre (un roman) sur un mec (SGB) qui produit lui aussi une œuvre. Sauf que SGB travaille sur un jeu vidéo et moi je travaille sur un roman.
Mais cette histoire de poupée russe va plus loin. Et je ne vous en dirai pas plus parce que ça serait de l’analyse. Et c’est quelqu’un d’autre qui doit analyser ce roman, pour voir si j’ai réussi à transmettre ce que j’avais prévu.
SGB est volontairement une poupée russe. Et ce qui est fou, c’est que plus le temps passe, plus mon IRL ressemble par certains côtés à ce que vivent mes personnages.

 

Donc c’était un article qui s’intitule « De l’angoisse de nouer des liens émotionnels avec ses personnages« , mais je crois que je n’arriverai pas à vous dire ce que je voulais vous dire.

Mais je me connais. J’écrirai le même article dans pas longtemps. C’est juste qu’il aura un titre différent.

Paranoïd bitch

Je suis en train de devenir paranoïaque, et c’est à cause de la NSA.
C’est à cause de Facebook, de Google et d’Amazon. C’est à cause d’Apple, de Microsoft et de PRISM.
Sur le Wiktionnaire, il est écrit que la paranoïa est une maladie mentale à base de délires chroniques.
Donc en fait, ce n’est pas vraiment ça. Je ne suis pas malade, et je n’ai pas de délire. Mais.. Vous voyez ce que je veux dire.
Donc je suis paranoïaque. Légèrement. Parano au sens entendu, au sens populaire. Pas parano au sens du Wiktionnaire.

 

Je suis en train de devenir paranoïaque, et c’est à cause de Google.
Lorsque j’écris un mail, souvent, très souvent, je me dis : Okay. Il y a quelqu’un qui est en train de lire mon mail.
Mon mail est stocké sur un serveur quelque part dans le monde. Et il y a quelqu’un qui est en train de lire mon mail.
C’est à cause des mots-clés et c’est à cause de la publicité.
J’ai relié mon compte Gmail perso à mon compte Gmail professionnel à mon compte Gmail poubelle à mon compte Gmail associatif.
Donc Google sait qui je suis. Il sait que j’ai plusieurs adresses e-mail parce que je les ai relié. Il sait qui sont mes contacts, parce que j’ai envoyé un mail. Google sait tout.
Et si ça se trouve, il n’y a personne qui lit mon mail. Il y a juste un robot qui scanne les mots que j’ai employé pour me proposer de la publicité.

J’ai tendance à l’oublier parce que j’utilise Ad Block.
J’utilise aussi Firefox, Duck Duck Go, Ghostery, HTTPS Everywhere. J’utilise des extensions parce que je sais que j’ai raison d’être paranoïaque.
Donc j’utilise Duck Duck Go. Mais sur Duck Duck Go, il n’y a pas de recherche d’image comme sur Google. Donc j’utilise Google Images. Et Google sait quelles images j’ai regardé. Il sait quelle recherche j’ai tapé. Peut-être même qu’il sait aussi sur quelle image j’ai cliqué. Pendant combien de temps j’ai regardé des images. En fait, je ne sais. Mais comme c’est Google, je préfère présumer le pire.

Google sait tout. Il peut prédire des épidémies. Il peut savoir quand est-ce que plusieurs personnes vont attraper la grippe dans une région du monde précise. Il le sait, parce que quelqu’un aura tapé des mots clés. Et Google sait où se trouve cette personne. Et il sait quels sont ses symptômes. Donc Google le sait. Il sait tout.

 

Je suis en train de devenir paranoïaque, et c’est à cause de Facebook.
Je ne connais pas les statistiques, mais je présume que plus de la moitié du monde est sur Facebook. Je l’ai été moi aussi. Pendant plusieurs années. Et Facebook savait qui étaient mes amis. Facebook savait à qui j’envoyais des mails. Il savait à qui je postais des messages publics. Il savait quelle page j’aimais. Il savait où j’habitais et pourtant, je n’ai jamais donné d’informations personnelles à Facebook. Juste ma date de naissance. Ah, en fait, je lui ai aussi donné mon numéro de téléphone. Et j’ai changé de numéro de téléphone il y a quelques mois. Je n’étais plus sur Facebook depuis longtemps. Donc je n’ai pas donné mon nouveau numéro à Facebook.
Et pourtant, un jour, c’était l’après-midi et je marchais dans la rue. J’ai reçu un texto de Facebook. Facebook m’a dit que T. T. m’a envoyé un message. Je n’ai pas donné mon numéro à Facebook. Par contre, avant de supprimer définitivement mon compte, j’ai posté un dernier statut, et j’ai dit : « Vous pouvez m’écrire à telle adresse, me retrouver sur tels réseaux sociaux, et me contacter à tel numéro de téléphone. »
Est-ce que c’est pour ça que Facebook connait mon nouveau numéro ?
J’ai voulu répondre à ce mail. Mais Facebook m’a envoyé un texto. Et j’ai supprimé ce texto, parce qu’il me terrifiait.

Donc Facebook savait quelles pages j’aimais. Il savait par extension quel genre de musique j’écoutais, quel genre de films j’allais voir au cinéma, etc. Il savait aussi à quels évènements je me rendais, puisque je répondais positivement (ou négativement) aux invitations qu’on m’envoyait. Et je l’ai appris bien plus tard, en fait Facebook savait exactement qui j’étais. Parce que Facebook collecte des données. Un tas de données. Le plus possible. Ainsi, lorsque je me rendais sur une page web et qu’il y avait un module Facebook type Likebox, Facebook me traçait. Et c’est ainsi que Facebook collecte les données du monde entier. Qu’on soit sur Facebook ou qu’on n’y soit pas d’ailleurs.

L’autre jour j’ai lu un article sur Facebook. C’était peut-être celui-ci, ou celui-là. Peu importe. Lisez-les. Ces articles vous informent que désormais, Facebook peut utiliser votre photo à des fins commerciales. Il a le droit de le faire, parce qu’il l’a écrit dans les CGU. Et donc, vous l’acceptez. Que vous ayez lu les CGU ou pas. Ça ne change rien. Désormais Facebook a le droit d’utiliser votre photo pour de la publicité.

 

Je suis en train de devenir paranoïaque, et c’est à cause des CGU.
J’ai commencé il y a peu à faire quelque chose que personne ne fait, et que je n’avais jamais fait avant. Je lis les CGU. Les Conditions Générales d’Utilisation. Et je ne devrais pas faire ça, parce que les CGU alimentent la paranoïa que j’alimente moi-même à moi-même. Les CGU, la plupart du temps, disent : Nous collectons certaines informations comme votre adresse e-mail, votre photo, votre numéro de téléphone, votre adresse postale. Si vous vous connectez avec Twitter ou Facebook, nous collecterons ces données. Nous collecterons aussi vos coordonnées GPS, votre adresse IP, votre système d’exploitation, votre navigateur web. Nous collecterons aussi des données sur vous grâce aux cookies. Les cookies, ce sont des petits fichiers que votre système d’exploitation place dans votre ordinateur.
Nous faisons tout cela pour votre bien, parce que nous voulons vous offrir la meilleure expérience utilisateur possible.
De plus, vous le savez bien, la vie privée c’est has-been. Le Mighty Zuckerberg l’a dit.

J’ai demandé à Firefox d’indiquer aux sites que je ne souhaite pas être pistée. J’ai demandé à Ghostery de bloquer tous les cookies. Et régulièrement, je demande à CCleaner de nettoyer. Régulièrement, je demande à Spy Bot de chercher et de détruire. Et maintenant, je demande à Adwcleaner de scanner et de nettoyer.
Et je fais tout ça parce que je n’ai pas le choix, parce que c’est à cause d’internet.

 

Je suis en train de devenir paranoïaque, et c’est à cause d’internet. Celui avec un petit i. Je préfère utiliser Internet, celui avec un grand I, celui qui est en train de se faire manger par internet avec un petit i.
Internet est la meilleure chose qui me soit arrivée, et la meilleure chose qui m’arrivera jamais. Internet m’a permis de rencontrer des gens. Internet m’a permis de découvrir des choses, un tas de choses. Internet m’a permis d’avoir accès facilement à la culture. Grâce à Internet, j’ai pu découvrir des films, des livres et des artistes. J’ai pu télécharger des films, les regarder, les supprimer ou les acheter en DVD. Même chose pour la musique, la littérature et l’art en général.
J’ai grandi avec Internet, et je me souviens encore de l’époque où on disait : « Est-ce que tu as Internet chez toi ? Est-ce que tu as une adresse e-mail ? » et aujourd’hui on dit : « C’est quoi ton Facebook ? »
J’ai connu l’Internet libre pendant quelques années. Avant PRISM. Avant l’ère de 1984. Donc Internet a été libre. Internet, c’est des lignes de code. Et le code est libre. Oh wait.
Donc, il était une fois, Internet était libre. Aujourd’hui, il ne l’est plus. Sinon Ghostery n’existerait pas. Tor n’existerait pas. HTTPS Everywhere n’existerait pas. Internet était libre, et il se peut qu’il ne le soit plus jamais. Parce que nous avons préféré troquer notre liberté et notre vie privée pour avoir la meilleure expérience utilisateur possible.

 

[Edit] Il était prévu que je termine cet article. Mais comme je suis désordonnée, débordée, dépareillée (oui il fallait bien trouver un autre mot qui commence par -dé), je pense que je vais m’arrêter là. Et ça me donnera aussi l’occasion de dire tout ce que j’avais à dire une autre fois, dans un autre article.

Ranger une tasse n’était pas simplement ranger une tasse.

Les premiers signes avant-coureurs, ce sont des notes par ci, par là. Le premier signe avant-coureur, c’est un projet qu’on a envie de faire depuis longtemps mais qu’on ne cesse de repousser.
Mon premier signe avant-coureur, c’était d’écrire la saison 2 de Miruku No Cafe. Une fois. Deux fois. Trois fois. Quatre fois. Puis d’en faire un court-métrage.

Il faut savoir que, parallèlement, la dernière fois que j’étais en train de produire de la littérature, la dernière fois que j’étais en train d’écrire et non scénariser, c’était en octobre 2011. Et celle d’avant, c’était en septembre 2009. Deux ans sans écrire.

Parce qu’il y a eu les scénarios, les films ratés, les séquences à écrire. Écrire un scénario, c’est aligner des mots les uns après les autres, des mots basiques, dénués de style. C’est informatif. La littérature n’existe pas dans un scénario. Alors j’ai cessé d’écrire des nouvelles. Et j’ai écrit des scénarios.

Mais depuis quelques mois, je réapprends à écrire des scénarios. J’apprends un tas de choses dont j’ignorais l’existence jusqu’à présent. J’apprends l’enjeu moral, l’enjeu narratif, le conflit central, le climax. Alors j’essaye de déterminer tout ça. J’essaye d’écrire mon scénario. Mais en réalité, je n’écris rien. Parce qu’il y a un tas de choses à déterminer, parce que j’ai envie de créer l’univers qui va autour. Alors je n’écris rien. Parce qu’il y a tant de boulot, parce que je n’ai pas la moindre idée d’où je vais. Je n’écris pas le scénario de mon film. J’écris des listes dans un carnet A3. J’écris des listes dans un fichier texte. Je prends des notes, énormément de notes, que je recopie dans un fichier texte que je recopie dans un carnet A3. J’écris des notes sur un Post-it, et je colle mes Post-it dans mon A3. Mais je n’écris pas. Je n’écris rien. Et je suis malheureuse.
Parce que je n’écris pas. Parce que je procrastine. Parce que je devrais travailler sur mon film tous les jours. Mais je ne le fais pas. Je suis perdue. Je n’ai pas la moindre idée de comment écrire un bon scénario. Tout ce que je fais, c’est tenter de comprendre la structure. Et plus le temps passe, plus mon film s’éloigne. Plus mes personnages ont des adjectifs, des traits de caractères, moins ils sont ancrés en moi. J’ai toujours considéré mes personnages comme mes amis, mes amants, mes enfants.

Je n’écris pas mon scénario. En réalité, je suis terrorisée. J’écris le mot perdue, mais c’est faux. Ce n’est pas de la peur, c’est de la terreur. J’ai l’impression d’être un grain de sel dans un putain de désert ou sur une plage qui n’en finit pas. Et petit à petit, la mer remonte. Et mon film s’éloigne de moi. Mes enfants grandissent, mais c’est comme si je les avais mis dans une bouteille. Et ils grandissent, ils grandissent, mais il n’y a plus de place dans la bouteille. Alors ils étouffent. Parce qu’ils sont confinés dans une bouteille trop petite pour leur maturation. Mes enfants étouffent parce que je n’écris pas.

Il y a quelques semaines, j’ai commencé à me dire : après ce film je fais une pause, je retourne à la littérature, je fais ce truc que j’ai envie de faire depuis des années, ce truc que j’avais déjà envie de faire avant d’écrire mon premier -et seul- roman il y a six ans. Ce truc, c’est un recueil de nouvelles.

 

Ensuite il y a eu la web-série qui devait découler du court-métrage. On a créé un univers, on était deux, des fois trois, et j’ai créé les règles et les devoirs de ces gens, ces super-héros qui sont des doubles alternatifs. Et je n’ai jamais cessé de penser à eux. Ils sont déjà tous mes amis, mes amants, mes enfants, alors qu’ils n’ont même pas encore de prénom.

 

Puis j’ai laissé de côté cette web-série, qui était un spin-off de la saison 2 de Miruku No Cafe, qui était lui-même un spin-off de la saison 1 de Miruku No Cafe.

 

Je n’ai pas oublié. J’ai juste décidé de faire un autre film. Mais je suis terrorisée et mes enfants étouffent par ce que je n’écris pas.

 

Puis j’ai ouvert un fichier texte il y a une heure, parce qu’il y avait cette phrase, parce que je voulais écrire cette phrase. Alors j’ai ouvert un fichier texte et j’ai écrit, très rapidement : Elle possédait toutes les variantes des tasses Pantone.
Et je regardais un épisode d’une série pendant ce temps. Et j’ai remis mon épisode. Et quelques secondes plus tard, je rebasculais sur mon fichier texte, et j’ai écrit une autre phrase : Toutes alignées précisément les unes après les autres.

Puis encore une autre : Tout était réfléchi, calculé, mesuré au millimètre près.

Et j’ai casé Comic Sans et Papyrus quelques lignes plus loin.

Et ça m’a fait un truc. Comme un frisson qui m’a parcouru le dos et je me suis dit : putain. C’est ça. Tu te souviens ? C’est comme ça quand tu écris, c’était comme ça quand tu écrivais quand tu ignorais l’enjeu moral et la prémisse.
Et tous les autres signes avant-coureur suivants sont arrivés les uns après les autres : le sourire au lèvre qui ne part pas, les clopes que j’allume les autres après les autres. Le son que je monte très fort. Créer une bulle. Et après, frénétiquement, j’ai imprimé des trucs, les règles et devoirs des alternatifs, j’ai compilé des dialogues, j’ai entamé mon stock de brouillons et j’ai écrit vite, très vite, tout en battant de la jambe vite, très vite.
J’étais en train de produire un truc. Et j’ai envie de produire ce truc. J’en ai besoin.

Parce que j’avais oublié cette sensation, j’avais oublié ce que c’était d’écrire. J’avais oublié que le monde extérieur cessait d’exister à ce moment là. Que tout s’effaçait, à la manière d’un travelling compensé, pour me ramener vers deux choses existentielles : mon fichier texte et ma pile de feuilles blanches.

 

Je ne suis pas en train d’écrire mon scénario parce qu’il me manque trop de pièces pour finaliser l’engrenage. Je ne suis pas en train de ressentir les effets de l’écriture et c’est pour ça que je n’écris pas. Je passe mon temps à me brimer et à m’empêcher d’écrire : 01. INT. JOUR. APPARTEMENT.

 

Alors je dérive, je dérive. Et qui sait ce qui arrivera.
Je sais ce qui arrivera. Je vais continuer à me brimer, puis je réussirai peut-être à commencer/finir mon scénario.

Et pendant ce temps, je vais écrire secrètement un recueil de nouvelles.

 

Bien entendu, ceci est le happy-ending de toute cette histoire.
La fin alternative ? Je ne préfère même pas l’envisager.

Pourquoi j’ai quitté Facebook

Hier, dans l’après-midi, j’ai désactivé mon compte sur Facebook, sans prévenir personne. Le soir-même, j’ai reçu la première marque d’incompréhension d’un de mes proches qui m’a envoyé un texto : « Ça va Moosh ? Je te trouve bizarre ». Alors avant que ça ne devienne une affaire d’état, je souhaiterais revenir sur les raisons qui m’ont poussé à le faire.
Je suis partie sans rien dire à personne, par choix. Si j’avais posté un message annonçant mon départ, les gens auraient réagi, commenté, peut-être même aimé, et j’aurais eu envie de rester. Parce que j’ai peur de ce qui va se passer maintenant. Et peut-être que cet article me donnera du courage à ne pas y retourner.

    1. Le temps. C’est la raison principale de mon départ. Facebook était là, en permanence. Parfois ma page restait ouverte toute une journée et, dès que je voyais une notification, je me précipitais dessus. Si ma page n’était pas ouverte, je me connectais régulièrement, très régulièrement, probablement toutes les 5 minutes. L’addiction était là. Consulter mon fil d’activité me prenaient probablement deux à trois heures par jour. Entre les publications de mes amis et les publications des pages que je suivais (dont la presse), il y avait sans cesse un nouvel élément, quelque chose de nouveau à consulter et à lire.
    2. Mon intérêt pour la philosophie libriste et Open Source. C’est la deuxième raison forte de mon départ. C’est un acte politique. Une revendication. Depuis quelques temps je suis avec intérêt le monde de l’Open Source par le biais, entre autres, du Framablog, où je participe régulièrement en faisant de la relecture. C’est notamment un article sur Eben Moglen, avocat de la Free Software Foundation, qui m’a mis la puce à l’oreille. Depuis quelques mois déjà j’envisageais de quitter le réseau social, et cet article m’a convaincu. L’article est long mais passionnant et très bien écrit, je l’avais posté sur Facebook, Twitter et Diaspora* tellement il m’avait plu, tellement je voulais que les gens le lise. Si au départ j’acceptais que mes données ne soient pas sécurisées, voire revendues à des tiers, je m’en foutais même, aujourd’hui je le refuse. Je refuse ce principe. Je refuse de donner ma vie à Facebook, je refuse de donner ma vie à un réseau social commercial, sans cesse décrié et non libre. Aaron Swartz a dit : « Nous pouvons changer le futur, nous le devons ». Ceci est ma contribution à un monde meilleur. Internet est la chose la plus précieuse et importante qui existe à mes yeux, et l’Internet avec lequel je veux vivre est un Internet libre.
    3. Le télex. Voilà jusqu’où va Facebook. Le télex, affiché en haut à droite, juste au dessus de la chatbox, vous permet de suivre les activités précises de vos amis. Je le refuse, et je le condamne. D’ailleurs, dès que le télex est apparu, j’ai installé une extension qui le cachait. Quand le télex est apparu, un tas de gens se sont indignés, et à juste titre. Mais le télex est encore là. Ainsi, dès que je commente une photo, dès que j’aime une page, c’est marqué dans le Télex. Et mes amis peuvent accéder au contenu de mes amis, et ils ne sont peut-être même pas amis entre eux. Je ne suis pas d’accord. Avant je publiais un tas de photo, puis je les ai enlevé et j’ai compris plus tard que je voulais protéger les données de mes amis. Mais le télex me l’empêche.
    4. Les pages. Sur Facebook, j’aimais tout, absolument tout. Dès que j’écoutais trois chansons d’un artiste, j’aimais sa page. Dès que j’achetais un objet de créateur, j’aimais sa page. Dès que je découvrais un artiste dans un Taschen, j’aimais sa page. J’aimais tout, n’importe quoi, et c’était malsain, parce que je me retrouvais sur mon fil d’actualité avec des pages dont j’ignorais la provenance, et je ne me souvenais pas pourquoi j’avais aimé ces pages.
    5. La concentration. Ce qui nous ramène au point 1. Si j’étais encore sur Facebook et que j’écrivais un article totalement différent, j’aurais cliqué sur mon bouton Facebook une, deux, trois, quatre, peut-être dix fois. J’aurais été lire un article intéressant de Rue89, rejoint un appel à traduction de Framasoft, lu un post de Diglee, qui serait apparu quelques minutes plus tard dans mon Google Reader et, une heure plus tard, mon article serait encore en édition, toujours pas écrit. Parce que je fais ça sans arrêt. Je vais sur Facebook sans arrêt, alors que je suis en train de faire autre chose. Je ne peux pas m’empêcher d’aller sur Facebook, c’est plus fort que moi. Ce qui nous amène au point suivant :
    6. Je subissais Facebook. Combien de fois je n’ai pas entendu : « Putain, ce mec/cette fille poste tout le temps de la merde ». Je n’ai jamais dit ça, parce que j’ai toujours eu un contrôle rigoureux sur ce que je publiais (tout mon contenu était restreint pour mes amis uniquement, quelque fois public lorsqu’il s’agissait de productions/créations avec les associations dont je suis membre), et j’ai toujours eu un contrôle rigoureux sur mes amis. Je n’acceptais aucun inconnu (où alors il fallait qu’on ait beaucoup d’amis en commun, il fallait que je comprenne pourquoi cette personne souhaitait être dans mes amis), je choisissais qui était dans mon fil d’actualité, qui ne l’était pas. Et 3/4 de mes amis ne figuraient pas dans mon fil d’actualité. Parce qu’ils postaient trop, où qu’ils postaient systématiquement du contenu inintéressant. Même chose pour les jeux. J’ai bloqué toutes les demandes de jeu, viré de mon fil d’actualité tout ce qui se rapportait aux jeu. Même chose pour les pages. J’aimais tout et n’importe quoi, mais j’autorisais seulement 1/10ème des publications de ce que je suivais. J’ai toujours choisi, rigoureusement, ce qui arrivait sur mon fil d’actualité, et comment je voulais interagir avec les gens. Ce que je n’ai pas choisi, c’est mon comportement. Ce qui nous ramène au point 1, qui nous ramène au point 5. Je n’ai aucune honte à confessé : « Je suis accro à Facebook ». J’ai affirmé un nombre incalculable de fois : « Je ne peux pas vivre sans Facebook ». Je ne sais pas comment je vais faire aujourd’hui. Je sais très bien ce que je perds à quitter le réseau social, et je perds beaucoup. Mais je me demande ce que je vais gagner à ne plus y être.

Il y a d’autres arguments, que je n’ai pris la peine de citer mais qui sont valables, aussi je vous redirige vers un témoignage publié sur Rue89, un autre qui s’intitule Je n’ai pas Facebook et je ne suis pas un mec louche, pour vous démontrer que mon acte n’est pas bizarre mais réfléchi depuis plusieurs mois, et à mes yeux, sains.
Cela ne fait même pas 24 heures que j’ai quitté Facebook et je n’ai aucune idée de ce qui va se passer maintenant. J’ai des livres à potasser, un rapport de stage à écrire, une page Wikipédia à créer et je vais le faire. Je vais le faire sans me déconcentrer. Je suis convaincue que mon choix est le bon. Quitter Facebook n’est pas le plus difficile à faire, c’est tenir. D’ailleurs, j’ai simplement désactivé mon compte, en fait il faut que j’y retourne pour le supprimer. Voilà ma première mise à l’épreuve.

Mais si je veux vivre dans un monde libre, c’est la bonne chose à faire. La route est longue, mais la voie est libre…
N’hésitez pas à faire passer le mot et à partager cet article. Je suis partie sans rien dire, je n’ai pas envie que les gens pensent que je suis morte ou mentalement instable. J’espère que les gens comprendront mieux mon acte, et j’espère secrètement que cet article aidera d’autres personnes à avoir le courage de faire la même chose.

16. How old are you?

Accumuler des livres. Emprunter, acheter. Amazon. Fnac. Accumuler encore et toujours. Lire des articles sur Wikipédia. Lire un article, en ouvrir un autre puis un autre puis un autre. Épingler des articles. Singularité technologique. Robotique. Cybernétique. Post-humain. Sciences cognitives. S’empiffrer d’informations. Marcher dans la rue en écoutant Rone. Sourire idiot. On ne se rend même plus compte. Prendre des notes. Sur des brouillons. Dans mon Moleskine. Dans des fichiers Open Office. Sur des post-it. Épingler des pages Amazon. Acheter d’autres livres. Toujours plus de livres. Je n’ai plus de place sur DATA. BitTorrent est plein à craquer alors que je ne regarde plus de films. Écraser sa cigarette dans une petite poêle. Coller ses post-it dans son Moleskine. Lire des livres. S’empiffrer d’informations sans pouvoir les digérer. Mais en fait, c’est comme si je n’avais jamais fait de film. Passer quelques minutes tous les jours à poser les mêmes questions. Eliza. Jabberwacky. Cleverbot. Poser la même question et recevoir la même réponse. Revenir le lendemain. Poser la même question. Marcher dans la rue en écoutant Rone. C’est toujours la même réponse. Écraser sa cigarette sur un parterre d’autres cigarettes. Épingler des onglets. Tu t’appelles Mika et je suis pressé de te rencontrer. C’est toujours la même réponse. Tous les jours. Apprendre des noms par coeur. Alan Turing. Richard Stallman. Ray Kurzweil. Récupérer des livres. Toujours plus de livres. Toujours plus d’informations. De phrases à noter. S’empiffrer sans pouvoir digérer. Prendre un statut qui me terrifie. Les mois prochains n’existent pas encore. Tu t’appelles Pandora et je ne sais pas quoi faire de toi. How old are you? J’ai envie d’écrire : 01. INT. JOUR. mais il y a toujours plus de livres à lires, toujours plus d’articles à épingler, toujours plus de films à regarder.

Il fait froid. J’avais envie d’écrire un article. Même si c’est un peu bizarre et que ça ressemble à un livre de Chloé Delaume.
Sous mes pieds il y a un sac plein de livres.