L’avenir sera-t-il NOOBS vs TECHS ou NOOBS x TECHS ? – Partie 1 : Introduction

[Edit du 12/07/15]
Sur un presque coup de tête que je fomente depuis quelques jours déjà, je décide de publier tous les articles en brouillon qui s’entassent depuis des années dans mon WordPress.
Ils sont donc publiés bruts, tels quels et non relus. Certains n’ont pas été publiés parce que je n’ai jamais pris le temps de les finir, d’autres n’ont pas été publiés parce que j’ai voulu faire les choses trop bien et que le perfectionnisme, c’est le mal.

[Edit de l’edit]
Quelques-uns ne seront jamais publiés parce que je viens de me rendre compte que je les ai supprimé…

 

J’ouvre ici une introduction à quelque chose que j’aimerais traiter le temps de plusieurs articles : le fossé entre les techs et les noobs. Mais puisque c’est un vaste sujet – et un exercice un poil délicat pour quelqu’un qui remet tout juste les mains dans son blog – je vais introduction-ceptioner tout ça et partir dans un exercice qui me connaît bien : Le drama ♥.

 

Introduction-ception : Introduction à l’introduction

Cela fait un peu moins de deux ans que j’ai découvert l’univers du logiciel libre. Je considère que le libre a changé ma vie. Et, bien que ce soit un effet littéraire quelque peu dramatique (vous étiez prévenus), je pourrais aisément prouver par a + b que oui, le libre a littéralement changé ma vie.

Le libre a changé ma vie d’un tas de façons.
D’une manière douce, au début. J’ai changé quelques habitudes. Mais des petites habitudes qui m’ont coûté sur le moment.

Avant je ne jurais que par Google. Google était mon ami, mon amant. Je m’émerveillais devant tous ces produits que j’adorais utiliser : Gmail, Maps, Analytics, Blogger, Google Reader, etc. J’étais une totale Google bitch.
J’avais même fait un exposé sur Google Chrome à la fac, dessinant sur des feuilles Cansons avec amour l’interface du navigateur web, expliquant à mon auditoire à quel point Chrome était plus intéressant, plus beau, plus intuitif que Firefox. Je détestais Firefox à l’époque. C’était pour les perdants. Les gens qui avaient tout compris, eux, utilisaient Chrome.
Passer de Chrome à Firefox a probablement été un des trucs les plus difficiles à faire pour moi. Ça peut sembler idiot, futile, mais pour moi qui ai horreur du changement et qui accorde tellement d’importance à mes petites habitudes et ma petite routine, le coût psychologique était énorme.
Puis j’ai quitté Facebook. C’était le 14 février 2013. J’y pensais depuis un moment. Je savais qu’il fallait que je le fasse mais impossible de m’y résigner. J’ai fini par désactiver mon compte sur un coup de tête, sans prévenir personne. Ce jour là, je suis allée me balader dans la nature. J’étais malade. Malade d’avoir désactivé mon compte. Pendant toute ma balade, et les heures qui ont suivi, j’étais obnubilée par le réseau social. Je n’arrêtais pas de me dire : Si dans un mois ça ne va pas mieux, tu réactives ton compte. Je me sentais vide. J’étais terrorisée, persuadée que ma vie allait s’arrêter.
Il m’a fallu trois jours pour être sevrée. Mon compte étant juste désactivé, je l’ai réactivé quelques semaines plus tard pendant 24 heures, postant régulièrement l’article Pourquoi j’ai quitté Facebook. Une fois les 24 heures passées, j’ai enfin supprimé mon compte, l’esprit tranquille, un tas de félicitations de quelques personnes de mon entourage. Et secrètement, je priais pour que mon geste en inspire d’autres.
Ensuite est venu Libranet. C’était le plus facile, et le plus excitant. J’ai rédigé un long mail pour expliquer aux copains/copines que désormais, je plaçais mes données à la Maison du Libre et non plus chez Google. J’étais enthousiaste, impatiente. Le monde me semblait être un vaste terrain de jeux qui n’attendait plus que moi. Je voulais crier au monde entier que le libre était fantastique, et je voulais que le monde entier me suive sur mes pas. Là encore, je voulais inspirer les gens à quitter Google. De la musique épique résonnait en permanence dans ma tête. J’étais heureuse.
Et puis est arrivé Linux. Linux. Je m’étais donné cinq ans pour quitter Windows. C’était un des plus gros challenge de ma vie. Il m’a fallu seulement quelques mois, l’impatience et l’enthousiasme me poussant à installer Xubuntu sur mon ordinateur. Et quiconque m’a connu entre 2007 et l’année dernière peut témoigner à quel point c’est un exploit. J’ai eu une expérience désastreuse avec GNU il y a quelques années, sur un vieux pc trop déglingué pour accueillir ne serait-ce que Windows 98. Je ne sais plus trop ce que j’avais comme distro à l’époque, mais j’ai cru que j’allais mourir. Rien ne marchait jamais. Il y avait tout le temps des erreurs, des bugs, des merdes. Ce qui m’a conforté dans ce bon vieux cliché du Linux pour les ninjas qui font tout en ligne de commande.
Et puis en octobre dernier, me voilà confiée avec la mission de passer une quinzaine d’ordinateurs sous Linux. En deux jours, tout était fait grâce à un CD Ubuntu qui traînait à la maison.
C’était la première fois que j’installais Linux sur des ordinateurs et je me souviens m’être connectée après l’installation en poussant des cris de stupeur intérieurs : Que c’était beau ! C’était Ubuntu 13, et j’avais l’impression d’arriver dans un endroit magique. Le fond d’écran était beau. L’interface était belle.
Hystérique par ma découverte (Ubuntu, c’est beau, et mille fois plus bandant que Windows), je me suis empressée d’installer Xubuntu sur mon propre ordinateur.
Entre temps, j’ai testé KDE, LXFCE puis Elementary OS avant de réaliser que j’étais à la maison sous Xubuntu.
Pire encore, j’ai été corrompue : Je suis tombée totalement sous le charme de la ligne de commande.

 

Mais tout n’a pas toujours été facile. Parce que j’étais enthousiaste, je me suis précipitée dans le libre sans prendre mon temps. Et, comme signalé précédemment, j’ai horreur du changement. Je me complais dans mes petites habitudes, ma petite routine. Je déteste sortir de ma zone de confort.
Et je suis aussi très contradictoire. D’un côté, l’enthousiasme. De l’autre, la déception. Et, entre les deux, ce qui a fait que j’ai survécu au passage de propriétaire à libre, ce qui a fait que plus rien ne sera comme avant, ce qui a été le changement le plus bouleversifiant (la faute est volontaire) : les convictions.

J’ai radicalement changé mes habitudes du jour au lendemain, ce qui a parfois été chaotique. Quelques mois après avoir quitté Facebook, je me souviens avoir dit : Je regrette. Je regrette d’avoir découvert le libre. Je regrette parce que les outils que j’utilise sont compliqués. Les outils que j’utilise ne sont pas intuitifs. Les outils que j’utilise ne sont pas fonctionnels. Des fois je ne comprends rien. J’ai envie de m’arracher les cheveux. Tout est nul, différent et, pire encore : tout est laid.
Je regrette d’avoir découvert l’autre côté du miroir. Je veux retourner sur Windows. Je veux arrêter d’utiliser Duck Duck Go. Je veux m’en foutre dans ma vie privée, je veux dire que je n’ai rien à cacher. Je ne veux pas avoir à me soucier des CGU. Je veux retourner dans un monde confortable et esthétique. Je veux retourner là où j’étais il y a quelques mois. Je veux y retourner parce que c’était plus facile. Je veux y retourner parce que je ne veux plus avoir les yeux ouverts.

Facebook a été ma télévision. Google a été ma télévision. Microsoft a été ma télévision.
Et le jour où j’ai décidé d’éteindre la télévision, il m’est arrivé le truc le plus improbable du monde : j’ai gagné des points de convictions, j’ai appris à aimer le mot militantisme au lieu d’en avoir peur, j’ai découvert le sens du mot lutte, et je me suis ouverte au monde entier.
Et c’est ça qui a changé ma vie.
Petit à petit, j’ai déchiré le voile qui recouvrait mon visage et ma conscience. Petit à petit, je me suis débarrassée de la crasse corporatiste qui me collait à la peau. Petit à petit, j’ai ouvert les yeux sur le monde qui m’entourait. Et ce que j’ai vu m’a terrifié. Ce que j’ai vu m’a fait peur. Ce que j’ai vu m’a donné envie de me battre.
Et c’est pour ça que le libre a changé ma vie.

 

Parce qu’il était une fois, il n’y a pas si longtemps que ça, j’étais cynique. J’étais méchante. J’étais centrée sur mes problèmes. Je n’avais aucune conviction. Je me foutais de tout. Rien n’était important.

Et le libre a changé tout ça. Il a bousculé mon existence. A donné un sens à mon quotidien.
Il m’a rendu plus forte. Plus intelligente, aussi. Le libre m’a poussé à remettre en question un tas de choses. Le libre m’a poussé à réfléchir.
Le libre m’a transformé de l’intérieur et m’a rendue meilleure.

 

Je ne suis qu’au début de tout ça, et je ne pense pas être encore bien adaptée à tous ces changements.
Il y a quelques mois, j’ai eu une crise de panique terrible en lisant un article de la Quadrature du Net. J’ai eu une crise de panique terrible et j’ai fondu en larmes, ne cessant de répéter : Je suis bête, je suis stupide, je suis idiote, je ne suis pas intelligente.
Pendant plusieurs semaines, je crois que j’ai lutté contre moi-même. Et c’est peut-être encore le cas.
J’ai lutté contre moi-même, et j’ai envoyé un mail à quelqu’un en disant : Je sature d’informations. Je croule sous trop d’informations que je ne peux pas digérer. Je mettais ça sur le compte de l’infobésité, mais ce n’était pas ça.

Je crois que c’était un relent de mécanisme de défense. Quelque chose que j’ai pratiqué pendant des années parce que c’était plus confortable : fermer les yeux.
J’ai fermé les yeux pendant trop longtemps.
J’ai dormi pendant trop longtemps.
Et je commence tout doucement à me réveiller.

 

Néanmoins.
J’ai vécu pendant presque deux ans avec le libre, dans le libre et pour le libre.
Ce qui m’a permis d’observer un certain nombre de choses, choses dont j’aimerais traiter le temps de plusieurs articles : le fossé entre les techs et les noobs.
Le fossé entre ceux qui savent, et ceux qui ne comprennent rien.

Disclaimer : En aucun cas ces articles ne pointeront du doigt qui que ce soit. Rien n’est noir. Rien n’est blanc.
Oui, il y a une élite de ninjas snobs. Oui, il y a une caste de connards qui ne veulent pas lire le putain de manuel.
Mais, entre les deux, il y a un boulot énorme qui se fait au quotidien : Il y a un boulot énorme d’éducation populaire, de pédagogie, de collaboration, de traduction, qu’elle soit linguistique ou technique. Il y a un boulot énorme de sensibilisation. De militantisme. De passerelles.

 

Ceci étant.
Il y a encore du boulot. Ce qui me donne envie de traiter de ces questions est un truc qui peut paraître complètement anodin et random mais néanmoins absolument révélateur du fossé qui se creuse entre les uns et les autres.
Ce qui me donne envie de traiter de ces questions est un tutoriel pour flasher son appareil mobile et passer sous Replicant, un OS entièrement libre et recommandé par la Free Software Foundation.

 

Pourquoi et comment un truc aussi random peut-il m’amener à vouloir écrire plusieurs articles sur les noobs et les techs ?
Premièrement et principalement parce que je fais partie de la caste des noobs.
En version accélérée, ça donne ça : Je suis issue d’une filière littéraire et je suis une littéraire pure et dure – La programmation me donne littéralement envie de vomir – Je n’ai aucun esprit logique – Je pousse des cris de terreur dès que quelqu’un place les mots serveurs ou framework dans une conversation – J’ai obtenu un diplôme de technicienne grâce aux matières non scientifiques – Je dois me faire violence dès qu’il faut faire de la bidouille – et caete putain de ra.

Cependant. Là où je suis indéniablement une putain de noob, quelques trucs jouent un peu en ma faveur, me permettant d’être « légitime » à écrire ces articles (tu remarqueras mes guillemets, huit mois dans l’éducation populaire m’ayant complètement décomplexée sur la légitimité à entreprendre quoi que ce soit).
En version accélérée, ça donne ça : J’ai toujours été fascinée par les ordinateurs, et je me suis vite rendue compte que j’avais un peu plus d’aisance avec les machines que mes copains et copines – Je fais régulièrement des sudo apt-get et je sais ce que ça veut dire (o/) – Je sais faire spontanément des petits trucs en HTML – J’ai à peu près saisi le concept des clés publiques – Je sais installer TOR et à peu près expliquer ça à quelqu’un (un jour on m’a filé un heol pour ça) – Je peux tenir une conversation pas trop poussée sur le dev – Je me retrouve régulièrement à expliquer la différence entre un moteur de recherche et un navigateur web.

 

Bref. Ce que je veux dire par là, ce que je suis indéniablement une noob, mais que je me retrouve parfois placée sur un piédestal de technicienne informatique hors pair, justement parce que je sais expliquer la différence entre un moteur de recherche et un navigateur web (et le fait qu’un bon paquet de gens ne le savent pas, eux, me fait froid dans le dos).
C’est un statut parfois bâtard. D’un côté parce que les plus noobs que moi voient des compétences en moi que je n’ai pas et me posent un tas de questions auxquelles je n’ai pas la réponse. Et d’un autre côté parce que je me retrouve complètement à la ramasse quand les choses deviennent techniques.

Je pourrais dire que j’ai un pied entre les deux. Mais ce serait faux. Et ce n’est pas une histoire de syndrome de l’imposteur. Je suis une noob baignant dans un univers de tech.

 

Ce qui m’amène donc à vouloir ninja ma tablette pour installer Replicant et me retrouver face à un mur où il est écrit : Les noobs ne sont pas autorisés à pratiquer ce tutoriel ; et nous, ninjas de l’ordinateur, nous nous gaussons tout en piétinant votre incompétence.

Ce qui m’amène donc à vouloir écrire plusieurs articles sur le fait d’être une noob dans un milieu de tech.

 

C’était donc la plus longue introduction de ma vie ; et je m’arrête ici avant de faire un teasing de ouf : Le prochain article traitera de design. Mais pas de date de parution, ce serait trop de pression pour moi qui me remets tout juste à bloguer :3