L’alignement des planètes

(Et la mythologie de soi)

Installée à la terrasse d’un café en bord de plage, la voilà prête à poser sur papier les mots qui ont commencé à se former pendant le trajet. Une fois n’est pas coutume, c’est ici la destination qui compte, et non le voyage. Cette destination, voilà quatre jours qu’elle la prévoit. C’est aujourd’hui, sur un coup de tête programmé, qu’elle met son plan à exécution ; son sac à dos vissé solidement à ses épaules. Le sac à dos du voyageur. Le sac à dos maintes fois imaginé, rêvé, envisagé et ce, depuis un petit moment. Le sac à dos pour faire des petits voyages ordinaires. Le sac à dos pour ces petits trajets qui sont en fait des trésors. Le sac à dos pour aller déjeuner un midi au Jardin Botanique. Le sac à dos pour prendre le bus et aller voir la mer. Le sac à dos pour crapahuter dans les rues mystérieuses et insolites de Brest.
Le sac à dos a fait son premier voyage aujourd’hui, et il faudra faire en sorte qu’il y en ait de nombreux autres à venir. Le petit manteau rouge sent la lessive et Spotify a mis à jour le Summer Flashback. Tout est à sa place et les planètes s’alignent. Tout est à sa place parce que les planètes s’alignent. Les planètes s’alignent parce que tout est à sa place.

Il ne s’agit pas ici des planètes Cadmium et Primrose qui, elles, tout en restant proches, continuent à évoluer chacune de leurs côtés.

L’alignement des planètes a commencé par une réappropriation de soi. Une réappropriation de l’espace domestique, physique, corporel, individuel puis créatif. L’alignement des planètes a commencé par une réappropriation de sa propre personne. L’individu s’émancipe du collectif. Il était temps de remonter le fil et revenir non pas au moment où tout devait aller pour le mieux, mais au moment où les choses étaient calmes, stables et linéaires.
Pour ça, il fallait partir à la rencontre de Marieshka. Il fallait retrouver Marieshka. Quelques semaines auparavant, lorsque la tête de méduse avait les pleins pouvoirs et avant que le processus d’alignement n’émerge, il était déjà question de retrouver Marieshka. Il y avait la clé de quelque chose, on ne savait pas encore bien quoi, on savait juste qu’il fallait retrouver Marieshka. Parce que c’est elle qui réussirait à retrouver le chemin là où on s’était égaré, parce que c’est elle qui possédait la torche lorsque la route devenait trop sombre.
C’est Marieshka qui voulait un sac à dos du voyageur, c’est Marieshka qui trouvait le courage d’aller au cinéma toute seule, c’est Marieshka qui avait initié les processions au Jardin Botanique. Il était impératif de la retrouver et reprendre les choses là où elle s’étaient arrêtées.

Alors que la figure de Marieshka se dévoilait progressivement, son importance et sa caractérisation devenait une intrigue parallèle, mais sans doute pas secondaire.
Parce que l’alignement des planètes était entré dans une nouvelles phase, celle-ci impliquant un lot conséquent d’introspection et de documentation. Tout était mis en pause temporairement, partiellement, pour se concentrer et s’atteler à la tâche. La question du pronom personnel revenait souvent. Tout était une question d’identité, tout comme l’apparition de la figure de Marieshka. C’était ça, le grand travail des temps à venir : l’identité. Fallait-il la définir, la préciser, la formaliser ou fallait-il fusionner tout le monde ? Et pourquoi cette notion même d’identité, en filigrane de tous les mots composés et écrits ces dernières années ?
Identité propre à soi, identité des productions. Il était temps de définir là aussi, faire des choix et s’y tenir. Quelque chose émergeait, mais il manquait le dossier root. La fascination pour les choses du quotidien, les choses ordinaires, banales et anodines. Les détails. La vie secrète des objets. L’appartement de Vincent Delerm.
Et puis les choses invisibles qui se cachent à l’intérieur. Ces choses qui se cachent dans Les Amours Imaginaires et que personne ne semble percevoir ou comprendre. Ces choses qui nous remuent, qui nous troublent, qui nous interrogent et qui nous bouleversent.

Le voyage intérieur. C’est ici qu’on trouvera Marieshka.