« Il me reste cet air là »

Rentrer à la maison dans une cage en métal qui sent toujours bon, toujours propre. N’avoir rien à dire. Regarder la route défiler, simplement, et les distances qui commencent à s’accumuler petit à petit. Il restera demain, après-midi, et puis plus rien.
Parler de clefs. D’autres endroits où se déplacer avec la cage en métal qui sent toujours le neuf. Ne pas réussir à considérer ce qui arrivera dans les prochains jours, les prochaines semaines. Se demander combien de nuits à mal dormir, à ne pas s’endormir, à se réveiller en plein milieu de la nuit.
Se demander si l’endroit sera saccagé, ravagé, s’il sera possible d’y mettre encore les pieds.

C’était le 5 mai 2015, c’est le 5 mai 2016.
Je découvre de nouvelles manières de cacher des choses un peu partout. Disperser des choses un peu partout.
Tout ceci n’est qu’une vaste conversation avec moi-même. Tout ceci n’est qu’une manière d’échanger avec moi-même.
Finalement, pourquoi le publier en ligne ? Parce que c’est impossible d’y arriver sur papier ? Parce que c’est plus facile de cacher à la vue de tous ?

Le 5 mai 2015, le #PJLRenseignement a été adopté à l’Assemblée Générale. Et il y a encore tant de choses à perdre.
C’était un jour ordinaire. Enfin pas tout à fait. L’endroit n’a jamais été ordinaire.
Peut-être que j’y retournerai plus rapidement que ça, finalement. Peut-être que je me perdrai dans la présence des gens.

Je me délecte de cette fonction « Programmer ». Je découvre avec joie cette possibilité illimitée de cacher toujours plus de choses, de disperser toujours plus de choses.
De poser quelque chose ici, un fragment de moments, parce qu’après il n’y aura plus rien.
Il y a une histoire de livres dans cette histoire. Il y a toujours une histoire de livres.

Alors que le monde entier s’apprête à s’écrouler, la semaine prochaine déjà il faudra affronter des foules de gens.
Le nez dans mon assiette, incapable d’aligner plusieurs mots.
Mais il me restera cet air là, il me restera cette histoire là, cet endroit là, cette temporalité là, ce lieu là… Tout ça n’appartient qu’à moi et je penserai, dans les prochains jours, aux jours passés. J’irai m’isoler quelques temps dedans parce que je ne suis pas prête à en ressortir tout de suite. Je ne suis pas prête à affronter le monde tout de suite. Il me faut ça. J’ai besoin de ça.

Je ne peux pas écrire à cause des chansons des années 60 qui défilent dans mes oreilles.
Je ne peux pas écrire parce que le monde s’effrite petit à petit, et que j’ai déjà envie de me terrer quelque part.
Je ne peux pas écrire parce que ça y est, plus rien n’existe autour de moi et il n’y a plus rien que je puisse faire.

Cet article a été écrit le 5 mai 2015. Le 5 mai 2016, probablement à minuit, ou peut-être à 19:49, il sera publié ici.
C’était le jour où le #PJLRenseignement a été adopté à l’Assemblée Générale, mais il restera encore tant de choses à perdre.