Et quelque part entre Marie et Mooshka, Marieshka éclot

C’est à peu près tout le temps de la même manière que ça arrive. Il y a du poum poum tchak et Marie, Mooshka, whatever people call her, marche dans la rue.

C’est dans ces moments là qu’on visualise l’éditeur WordPress et les mots commencent à s’écouler à l’intérieur. Puis on unifie tout ce qui est passé par la tête dernièrement. Ça permet de faire le point, d’avancer, de tirer des plans d’action.
Hier, Marie, Mooshka, qu’on a appelé Duppy dans une vie antérieure, réfléchissait au nouveau cycle en cours depuis 16 mois. La méditation. La « dev pers » comme l’appellent ceux qui « font du réseau ». Elle se disait depuis quelques jours qu’il est bien difficile de trouver des séances sur Youtube, qu’il s’agisse de sophrologie, de méditation ou de relaxation, qui soit d’une bonne qualité sonore, non monétisée et sans musique de fond folklorique. Alors elle s’est dit qu’elle devrait se lancer là-dedans.

Seulement les autres ne savent pas. Voici un nouveau petit bout d’univers intérieur qui n’est pas partagé avec les autres.
Comme à l’époque où se questionnait sur les tote bags, pourquoi on regardait autant les gens dans les musées et comment fusionner Pinterest avec l’extrême gauche. La question ne s’était plus posée dès lors qu’elle avait cessé de devenir une question.

Mais voilà à nouveau que se pose la question de l’auto-unification.
Puis Marie, Mooshka, Marie la Rouquine qu’on a appelée dans une vie antérieure, intérieure et secrète, avait à nouveau commencé à se questionner sur l’identité.

En réalité ça avait commencé par la sape. On emploie le mot sape parce qu’il est rigolo et qu’il fait penser à Jeff Klak, le numéro avec la couverture rose qu’on a acheté en 2015 et qu’on a lu fin 2016 – début 2017.
Il fallait chercher de la sape dans des tableaux ailleurs. Réfléchir à comment se positionner. Autrefois, la question était simple : « Est-ce que Zooey Deschanel porterait ça ? »
Aujourd’hui, ça ne marchait plus vraiment. C’est à cause de Kinfolk, des guides Monocle et de cette obsession qui revient des pulls irlandais. C’est un peu à cause des Animaux Fantastiques. Mais ça n’a pas encore de consistance. C’est vaporeux, même si on n’est pas trop sûr du mot.

La décision de faire le deuil d’une vie passée avait fait son bout de chemin. Maintenant, il fallait l’annoncer aux premiers concernés.
Mooshka commençait petit à petit à se dissoudre dans autre chose. Et pourtant, on avait été Mooshka à une autre époque, et on s’était empressé il y a quelques semaines de s’abonner à des newsletters de sécurité informatique, newsletters qu’on attendait avec impatience de recevoir. On dit sécurité informatique parce qu’infosec est trop rattaché au contexte.

On luttait toujours un petit peu à être Marie, parce que la définition actuelle de Marie est vraiment orientée corporate, et on ne veut pas de cette vie. On sait que c’est un passage à vide, que c’est deux ans qui ne compteront pas. Mais on est quand même Marie, on a été Marie, on a été Mooshka, on était encore Petite il n’y a pas si longtemps. On a été plein d’autres petits noms et il ne faut pas les oublier. Parce qu’ils ont été morcelés avant, et ça a pris du temps de tout remettre ensemble.

Quelque part entre Marie et Mooshka est en train d’éclore Marieshka. C’était pratique d’avoir choisi ce nom là à vrai dire.
Ça faisait un mélange des deux. C’était pratique, parce que là où ça aurait pu devenir intense, et c’est devenu intense sur de très courts jours, on a été Suzanne. On a tendance à oublier qu’on a été Suzanne même si on se dit souvent que le jour où Suzanne rencontrera Gustave, il lui demandera qui elle est, et Suzanne répondra : « Quelqu’un a qui a été puni par le karma pour qu’on se retrouve. »

Marieshka est donc un work in progress. On utilise ce terme parce qu’on l’aime bien, même si en vrai on a toujours peur de passer par la snob de service.
Est-ce que c’est important d’embrasser Marieshka (au sens du verbe « to embrace », c’est infernal ce besoin d’employer des mots dans une langue étrangère) ? Pour l’instant ce n’est pas une question importante. C’est plus important de pouvoir mettre un concept derrière Marieshka, parce que ça permet de stabiliser. Ne plus être hier mais réussir à être aujourd’hui pour bien anticiper demain quand demain sera concret.

Marieshka marche dans la rue avec son poum poum tchak, toujours pas trop sûre de quelle forme va prendre la sape.
Avec sa couronne de tresses, son petit manteau rouge à col claudine et ses tote bag de la librairie et de la médiathèque, elle sait déjà qu’elle doit assumer d’être un enfant de la catégorie socio-culture bobo. C’est à cause de Kinfolk, des jus d’oranges pressés le matin, de l’intérêt pour la littérature nordique, des plats tout faits, mais les sophistiqués qui coûtent cher, de la Biocoop, des guides Monocle, des chaussures de Newt Scamander dont on a oublié le nom francisé, de la compote faite maison, du yoga, des huiles essentielles, des fleurs de Bach, des films indé qu’on a tous vu dans la liste Sens Critique « comment choper une bobo », des lunettes de fabrication française et des cartables anglais.
On lit des trucs très très à gauche mais on consomme comme la classe supérieure bien qu’on soit issu de la classe moyenne. Et des fois c’est compliqué.

Si on la voit dans la rue ou chez elle ces derniers jours, Marieshka pourrait sûrement passer pour une ces blogueuses qui font des photos de petits déjeuner avec des pancakes, des fraises et des couverts issues de magasine de mode. Photo très lumineuse. Petite phrase sur la banalité des choses. Avant on pouvait trouver Marieshka, qui n’était pas encore Marieshka à ce moment-là, dans un tiers lieux, le né penché sur son terminal. Où est-ce qu’on trouve Marieshka en ce moment ? Le dimanche à 18h aux Studios, le samedi à la médiathèque des Capucins. Elle fait ses courses chez Monoprix quand elle est déprimée, achète beaucoup de thés et d’infusions parce que le packaging est joli (il faudra vraiment parler de ça un jour).
Marieshka pense prolo mais consomme bourgeois.

Quand on la croise entourée de gens, elle est probablement en train de jurer comme un charretier, faire le pitre et toutes ces expressions désuètes oh combien délicieuses. Ça ne matche pas. Ça ne matche pas avec le fait de fréquenter la médiathèque, emprunter des livres sur la sécurité informatique, s’intéresser au porno féministe, dire putain de bite de merde, manger de la purée de potimarron, regarder des séries pour teenagers sur Netflix, écouter du poum poum, être un fac-similé de Zooey Deschanel, fréquenter une salle de sport et lire du Chomsky.

a notion d’étiquette devrait apparaitre ici mais on commence à être embrouillé dans ce qu’on dit, parce que ce sont deux choses homogènes mais qui doivent être traitées de manière hétérogène.

On se dit qu’on devrait s’arrêter là parce que pour l’instant, on est juste dans la phase de constat. Et peut-être que cette phase de constat va durer un moment parce qu’on a quand même les pieds dedans depuis 16 mois (c’est un bon de repère de savoir quand est ce qu’on a entamé la pratique de la pleine conscience).

Quelque part c’est un peu troublant de ne pas trop savoir qui on est en train de devenir mais c’est probablement une excellente chose que de ne plus vouloir à tout prix être qui on était autrefois.

On sourit en se disant qu’on va peut-être s’intituler Marieshka la rouquine mais on a changé tout le temps d’avis et le mois de juillet pourrait être plein de surprise, tout comme on ne sait pas très bien combien de fois on va changer d’avis.

Et puis on a pas envie de finir là-dessus. Changer d’avis, tout ça.
Mais on se rend compte par contre qu’il va falloir changer le slogan. Parce que les licornes, c’est terminé.

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