Détruire les villes avec poésie et subversion

Oulala, quelle pessimisme, quelle auto-flagellation, quelle dénigration de tout, des gens des choses, du ciel bleu, des anarchistes et des bars branchés. Marre d’avoir à acheter un canard 20 balles, avec plaisir, et s’entendre lire que ceux qui rêvent à une société idéale, décalée, forcément différentes sont « OUT! ». Vivons la vie vraiment, même dans ces magazines culturels « dans le » mouv’, anticapitalistes et tout, désarmant notre potentiel d’émerveillement doivent se perdre en vol (dans des dédales imaginaires). Oui le monde il est critiquable, mais c’est pas pour ça qu’il faut s’étendre dans le glauque, l’abject, le provocant, le sang, le sexe, le très haut et le radiateur. Même si ça fait des jolies photos commerciales après. Faut rigoler. Si on se promène dans la rue on vit on voit on rêve, même quand il pleut il y a de la lumière. Pas besoin de vivre des extases par procuration opposons notre petite énergie et toute l’énergie de la terre du monde aux empêcheurs de tourner en rond bin oui des fois ça va pas, je me sens tout vaseux destroy sur les pires terrains poussent des utopies, et à force de les vivre on fait de la politique, de la politique partout pour mettre en lien les gens, mettre en mouvement, se couper les cheveux (et faire chier) et souffler un peu, se casser et découvrir, s’émerveiller toujours. Pourquoi on se sait plus s’émerveiller, parce qu’il y a trop de choses à changer, à faire évoluer pour vivre bien, pleinement. Pourquoi rechercher le bonheur parce qu’il faut la vie est trop courte, prenons le temps, soyons impossibles, soyons queers, et imaginatifs soyons ensemble soyons la terre, les climats dérivent, soyons torrides et poétiques, toutes les participations sont salvatrices même si on n’a pas besoin de sauveurs vivons le monde qui est si joli parfois. Explorons les villes l’orthographe et les mots et leurs sens et les processus de domination, respectons même si vive les chaises longues. On ne peut pas être optimistes mais il faut aller au-delà du pessimisme, racontons des histoires inventons-nous un monde mélangeons commerçons, prenons la parole ça construit et puis ça sert dans les mémoires mais c’est pas grave, comme ça, ça a été fait et c’est toujours ça de fait. Et continuons, toujours et puis voilà avec des rayures. Ça ressemble à une blague tout ça, et il y a des gens qui meurent, qui sont tués ou qui meurent de rire qui luttent qui sont fous parce qu’on s’attache et puis après ça vit ça se transforme et puis après. De façon permanente le système quoi le système et quelle croyance on s’en fout tant qu’on a l’espoir l’espoir c’est bien c’est ensemble avec des graines emblaver autrement et ça met en joie, mais peut-être que non les gens ils vivent sauf quand ils meurent mais quand ils vivent c’est bon il faut créer et inventer – révolter et virevolter, vivre une vie de meilleur et pourquoi pas, hein ? On peut choisir, suivre une voie ou des voix, le monde c’est nous, maintenant. Il faudrait casser les logiques du moins pire aspire ratisse et puis produit traduire quel plaisir c’est une envie ce qu’on fait ou fera ensemble ça sert jamais à rien à nous c’est pas inutile de vouloir les couleurs le soleil et les maisons avec des tas de fenêtres qui s’empilent chanter à nous tous ça respire. Agir et rêver…

Extrait de Désurbanisme, fanzine de critique urbaine – Janvier 2002

 

Pendant ce temps l’ouvrière, humiliée et malmenée, déserte le poste de production.