Cuisine Vegan & Vocabulaire Fleuri

Et la vie suivait gentiment son cours. On avait commencé à taper dans l’éditeur de texte dans sa tête, puis on avait oublié par quoi on voulait commencer.

La vie était douce, tranquille, lente. On apprenait à prendre son mal en patience, à se rappeler que repartir à zéro dans quelques mois pouvait être formidable et non anxiogène.

Devenir Marieshka était facile. Petit à petit les bribes d’avant se balayent toute seule. La nuit on rêve d’un crush anar, du crush anar, et puis le lendemain matin on se réveille tôt. C’est dimanche, on a la journée devant soi et on a relié son compte Netflix à la télé de la Maison Sorbet.
Devenir Marieshka était doux. Il n’y avait personne pour faire des commentaires déplaisants ni pousser des soupirs ni écouter d’une oreille distraite puis répondre trois minutes plus tard.
Devenir Marieshka était tranquille. On n’a pas grand monde à raconter à grand monde mais le voyage se fait à l’intérieur. On est bien. L’appartement est douillet, on demande au gros chat s’il a passé une bonne journée. On n’attend pas de réponse. On pose son cartable sur le canapé Louis-XIV, on se défait de ses affaires et puis la vie suit son cours.

Le matin on se lève plus tôt pour faire quelques exercices. Puis on se prépare un jus d’orange, une compote qu’on mangera plus tard à l’aide d’une cuillère à soupe tout en faisant, sans réfléchir « Commandes > Gestion > Changer le statut des commandes > En traitement > Télécharger les factures » avant de demander à Marie-Louise d’imprimer les factures.
Des fois les commandes sont en attente de paiement. Marie-Louise les imprime séparément. Et putain qu’est-ce que c’est chiant de faire tous les matins les mêmes gestes répétés, reproduire tout au long de la journée les mêmes procédures.

Sous des allures de frêle fragile, on cultive un vocabulaire fleuri, se délectant d’ajouter au fil de l’eau de nouveaux gros mots et expressions vulgaires. On aime être vulgaire, dire putain de bite tout en portant des petits pull en laine couleur rose bonbon.

Dans le bus, dans la rue et à la maison, on écoute les voix de Joshua Fields Millburn et Ryan Nicodemus, bientôt remplacées par les voix féminines du Mind Palace Podcast. Et bordel d’où vient cet accent ?
On se remplit de food for thoughts et ça fait du bien. On se remet à trier, à jeter, à faire le point, à se poser les bonnes questions et adopter les bons réflexes. On trouve du sens dans ce qu’on fait. Plus que jamais on savoure la banalité du quotidien et on n’a jamais autant vécu à ce point au rythme d’un roman japonais.

On se demande à quoi ressemble le type de Geodis qu’il faut tout le temps demander au téléphone et on en a ras le cul d’avoir tous les jours les mêmes interlocuteurs. On se remet à ne plus supporter le téléphone, à se demander quel nouveau problème de SAV va se présenter en décrochant. On se dit que c’est temporaire. On sait que ça va finir par remonter. Il faut juste attendre. Et puis franchement on a une position particulière et on a le droit de débouler dans le bureau en pleine réunion téléphonique pour récupérer du café dans l’armoire coulissante.

On arrive à se débarrasser de tout ça en arrivant à la maison. Il n’y a toujours pas d’anxiété. On découvre de nouveaux formats de méditation. On mange bien, on mange sain, on mange propre. On ne se sent plus trop pareil dans son corps. On est mieux. Plus souple. Plus fluide.
On a fait des courses puis se cuisiner un cake vegan qu’on mettra dans de l’aluminium avant de le manger devant son écran devant les commandes enregistrées et tous les gens qu’il faudra notifier qu’on a eu « une erreur informatique de stock » pour ne pas les avoir au téléphone dix jours plus tard parce qu’ils ne sont pas contents et qu’on est en première ligne.

On ne s’en sort pas si mal. Parce qu’on se calfeutre le soir en rentrant dans la banalité du quotidien. Tout est doux, simple, ordinaire. La cuisine est propre. Le linge est rangé. Le lit est fait. Le vieux frigo est toujours en train de zoner sur le palier parce que ça casse les couilles de s’en occuper. Et ça sent l’enfer à l’étage, heureusement qu’il n’y a qu’un appartement par étage dans cet immeuble.

Alors que tout se déroule doucement, on rajoute petit à petit de nouvelles choses. Et il faut faire preuve de d’avantage de discipline maintenant. On n’a rien écrit pour le mois d’août et on n’a pas fait le quart de ce qui était prévu au mois de juillet. On y va doucement, avec une bienveillance toute particulière à son égard. Mais il faut quand même faire preuve de d’avantage de discipline. Pour que les choses se mettent en branle et qu’on soit dans le mouvement. On arrive pas trop à formuler ce qu’on veut dire du coup on va faire un petit copier-coller des familles de Wikipédia.

En mécanique du solide, on appelle couple un ensemble de forces appliquées à un solide dont la résultante est nulle mais dont le moment total est non nul. En pratique, un couple tend seulement à mettre en rotation le système, c’est-à-dire qu’il provoque une variation de son moment cinétique, sans modifier le mouvement de son centre de gravité. C’est un concept fondamental de la mécanique, domaine de la physique qui étudie les mouvements et les déformations des systèmes. Le couple est ainsi nommé en raison de la façon caractéristique dont on obtient ce type d’action : un bras qui tire, un bras qui pousse, les deux forces étant égales et opposées.

En relisant et en essayant de comprendre, on se demande si on n’est pas en train d’exprimer l’exact inverse, ou l’exact opposé. On rit de soi-même. Gentiment.

Bite.

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