Comment j’ai découvert que le féminisme n’est pas un gros mot

[Edit du 12/07/15]
Sur un presque coup de tête que je fomente depuis quelques jours déjà, je décide de publier tous les articles en brouillon qui s’entassent depuis des années dans mon WordPress.
Ils sont donc publiés bruts, tels quels et non relus. Certains n’ont pas été publiés parce que je n’ai jamais pris le temps de les finir, d’autres n’ont pas été publiés parce que j’ai voulu faire les choses trop bien et que le perfectionnisme, c’est le mal.

[Edit de l’edit]
Quelques-uns ne seront jamais publiés parce que je viens de me rendre compte que je les ai supprimé…

April Spreeman – A Clean House is a sign of a wasted life – CC-BY

Mars 2013. Je suis en train de scroller la timeline de mon Twitter. Plusieurs fois, le même lien revient. Je suis intriguée. Sexisme chez les geeks : Pourquoi notre communauté est malade, et comment y remédier.
Il m’a fallu un après-midi entier pour tout lire, ponctuée de quatre ou cinq pauses. Je me souviens être allée faire des courses. Descendre la rue de Glasgow, blême. Quelque chose venait de rentrer en moi. Une brèche venait de s’ouvrir. Il m’aura finalement fallu plus d’un an et de lectures, d’interrogations, de remises en question pour avoir enfin un point de vue clair sur la question.

Il m’a fallu un temps fou pour compiler tous les articles de ma liste de courses. J’avais l’esprit embrumé, j’étais déconcentrée.
Au lieu de passer en revue les différentes sauces du rayon pâtes, j’étais en train de passer en revue les 23 dernières années de ma vie pour essayer de trouver du sens aux propos de Mar_Lard.
Jamais je n’ai été victime de sexisme. Jamais je ne me suis sentie femme dans un milieu d’hommes. Jamais je ne me suis sentie moindre parce que femme.

Les féministes, je ne voulais pas en entendre parler. Premièrement parce qu’elles me terrifiaient. Deuxièmement parce que je n’avais jamais, personnellement, rencontré de problème. Donc je ne prêtais pas attention aux problèmes d’autres.

Ce n’est pas une histoire d’égalité de salaires.

L’article m’a déplu. J’y voyais trop de colère, trop de rancœur, trop de haine. Et puis, très probablement aussi, l’article m’a déplu par déni.
Mais il ouvert une brèche. J’y voyais quelque chose de négatif au tout début. J’employais l’adjectif insidieux.
Le monde dans lequel j’évoluais s’est alors ébranlé, et j’ai appris à voir plus loin que le bout de mon nez.

J’ai appris à repérer le sexisme partout autour de moi. J’ai cessé de rire aux blagues machistes et réductrices. J’ai découvert une colère qui n’existait pas encore en moi en passant devant les pubs de Numéricable ou de Darty.
Et j’ai compris pourquoi ce n’était pas drôle. Pourquoi on ne peut pas forcément rire de tout.

Parce que c’est banal. Parce que sans un niveau de lecture plus profond, c’est juste une banalité. Juste une blague. Mais cette banalité est dangereuse. Parce qu’on l’accepte. Parce qu’on la réduit à une banalité. Parce que c’est ça qui est insidieux.

J’ai entendu mon père me conseiller de ne pas porter un meuble parce qu’il était trop lourd. J’ai lu un article sur Fleur Pellerin qui commence par la manière dont elle est habillée. Puis un autre sur Anne Hidalgo. Puis un autre sur…
J’ai repéré toute ces fois où on donne un adjectif esthétique à une femme dans la presse.

Ce n’est pas de la misandrie.

Ainsi, pendant quelques mois, j’ai commencé à analyser les choses autour de moi. J’ai appris à repérer le sexisme ordinaire et insidieux autour de moi.Tout en continuant pourtant à rejeter en bloc le féminisme.

J’ai passé les 18 derniers mois dans un brouhaha intérieur très difficile. Je changeais d’avis sans arrêt. Retournait ma veste dès que j’en avais l’occasion.
En fait, j’étais juste en train de me battre contre moi-même. Parce qu’une partie de ma zone de confort venait de s’effondrer. Parce que je ne voulais pas avoir subitement peur d’être une femme et d’en être un beau jour victime.

Mais rien de tout ceci n’est arrivé. Je continue à évoluer dans un environnement masculin. Mais je n’ai toujours pas été victime d’être une femme.
Une fois j’ai été placardée femme dans le numérique. Mais je n’ai pas été placardée femme objet dans le numérique.

Une partie de ma zone de confort s’est effondré, mais j’ai gagné autre chose à la place : Je suis devenue plus forte.
Le féminisme m’a libéré de moi-même. Le féminisme m’a libéré de ma gêne de porter du vernis et des robes en dentelle. Le féminisme m’a libéré de mes idéaux de princes charmant. Le féminisme m’a libéré de mes rondeurs.
Mais tout ça est très personnel et j’ai bien envie de traiter du sujet dans un autre post.

Chrish Dunne – Gender Stereotyping – CC-BY-NC-ND

C’est un projet de société.

Voilà comment j’ai découvert que le féminisme n’est pas un gros mot. Voilà comment j’ai découvert que les féministes ne sont pas une bande de lesbiennes qui ne rasent pas.

Parce qu’un jour, une brèche s’est ouverte, et je me suis engouffrée dedans.

Au lieu de m’en tenir aux clichés divers et variés véhiculés par ce mouvement, je suis partie à la découverte de ce qui se cache derrière le mot féministe.
Et j’y ai découvert un projet de société pour un avenir plus juste, plus équilibré et loin de tous stéréotypes et inégalités.

Il y a quelques mois, on m’a commandé un dossier sur le numérique et le genre. J’ai plongé dans l’Internet à la recherche d’articles. Et j’ai découvert un tas de trucs.
J’ai découvert pourquoi il est mauvais de donner des Barbie à des filles et des Lego à des garçons.
J’ai découvert pourquoi les médias sociaux signeront peut-être la fin des sexes.
J’ai découvert pourquoi le problème est différent dans les sociétés orientales.
J’ai découvert pourquoi l’imaginaire collectif a pondu des connasses en détresse dans les jeux vidéo.
Et pourquoi le Prince de Perse est passé du statut de relatif gringalet à celui de mâle alpha dopé aux hormones de bouc.

Ce que j’en ai conclu, en faisant ce dossier, c’est que le numérique n’est que le prolongement de la vie réelle. Tout ce qui arrive sur nos écrans reflète et
renforce les inégalités déjà présentes entre les sexes.

Ce que j’en ai conclu sur le féminisme, c’est que ce n’est pas un mouvement autocentré mais bien un projet de société. C’est un mouvement de minorités dans d’autres minorités (minoritésception).
Ce que le féminisme m’a appris, c’est que la première éducation pour lutter contre l’inégalité, c’est l’éducation à la différence.