Coming out as a Gray-A

« Mais pourquoi tu n’écrirais pas un livre sur l’asexualité ? »
J’ai réfléchi longuement aux mots écrire un livre. Répondu que écrire un livre, c’est un gros échec personnel. Puis j’ai pensé à New Berlin. Au fait que ça marche parce que :
1. c’est de l’improvisation totale ;
2. Il n’y a aucun enjeu, aucun murs occupés de post-its écrits frénétiquement ou de carnets remplis de notes, d’interrogations et points d’exclamations ;
3. La deadline est tous les 18 du mois, créant une obligation de constance, d’assiduité, tout ça.

Disclaimer : Je n’écris pas cet article pour étaler publiquement ma vie sexuelle (même si c’est exactement ce que je suis en train de faire, mais ce n’est pas l’objectif).
J’écris cet article, peut-être même ces articles, pour documenter l’asexualité, pour la revendiquer, la légitimer, et, principalement, je l’écris pour cette personne à l’autre bout d’un tuyau qui s’est peut-être posé les mêmes questions de moi, qui s’est peut-être demandé si il/elle était asexuel-le.
J’écris cet article, peut-être même ces articles, pour toutes ces personnes qui se reconnaîtront en me lisant, et qui y trouveront la bouffée d’air frais et le soulagement que j’ai ressenti en découvrant l’asexualité.

Attention, coming out incoming dans…
3…
2…
1…

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Je suis asexuelle.

Il m’aura fallu 25 ans pour le réaliser. 25 ans et une page Wikipédia. Puis une succession de liens. Une succession de gens. Une succession d’histoires et de témoignages. Une succession de visages et de prénoms.
Asexuel ne veut pas dire asexué (asexué, c’est se reproduire sans l’existence d’individus de sexes distincts).
Asexuel ne veut pas dire non binaire (être non binaire, c’est ne s’identifier ni au pronom il, ni au pronom elle).
Asexuel ne veut pas dire être antisexuel (ça, c’est ne pas pratiquer de sexe).
Asexuel, ça veut simplement dire ne pas ressentir de désir sexuel. Quoique, ce n’est pas aussi simple. L’asexualité, au même titre que l’autisme, se définit plus par un spectre.
Avec divers degrés, diverses nuances, diverses identités.
Il existe aussi l’aromantisme, qui s’applique aux personnes qui ne connaissent très peu, ou pas du tout, d’attirance romantique. Mais je ne traiterai pas d’aromantisme parce que je suis tout l’inverse.
Par contre, je serai très certainement amenée à parler de « Gray-A », qu’on peut aussi écrire « Grey-A », et qui correspond exactement à ce que je suis.

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Gray-A

Lors de la première ébauche de cet article, j’ai tenté de faire une traduction du terme GRAY-A. Mais la traduction était très maladroite et induisait possiblement en erreur. C’est donc la version originale, en anglais, que je colle ici.
Pour celles et ceux qui ne sont vraiment pas à l’aise avec l’anglais, une copie de ma version très approximative se trouve ici : pastebin.com/EY4TfLYU

Asexuality and sexuality are not black and white; some people identify in the gray (spelled « grey » in some countries) area between them. People who identify as gray-A can include, but are not limited to those who:

• Do not normally experience sexual attraction, but do experience it sometimes
• Experience sexual attraction, but a low sex drive
• Experience sexual attraction and drive, but not strongly enough to want to act on them
• People who can enjoy and desire sex, but only under very limited and specific circumstances

Similarly, some people who might technically belong to the gray area choose to identify as asexual because it is easier to explain. For example, if someone has experienced sexual attraction on one or two brief, fleeting occasions in their life, they might prefer to call themselves asexual because it is not worth the bother of having to explain these one or two occasions to everyone who asks about their orientation.

Gray-As may also append a gender orientation to the label, as in « Gray-heterosexual ».

Source : Gray-A – AVEN Wiki

Demisexuelle

Je corresponds également à la définition de demisexuel-le. Le terme demisexuel décrit, d’une manière générale, les gens qui ressentent de l’attirance sexuelle uniquement pour des gens avec qui ils ont noué de fortes connexions émotionnelles.
Pour en savoir plus : Demisexual – AVENwiki

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Pourquoi je publie ça en ligne ?

Je n’ai pas la moindre idée de l’impact qu’aura cet article dans mon entourage, ni dans ma vie immédiate.
D’autant plus que, dans ma vie immédiate, et dans ma vie en ligne, je tiens à en dire le moins possible.
Je suis très attachée au concept de vie privée. Et il se trouve aussi que je suis INFJ (mais ça, c’est une autre histoire), et il se trouve que les INFJ sont des gens très secrets.
Et quand on aime bien garder sa vie privée privée, publier quelque chose publiquement, ce n’est pas anodin.
Pour être honnête, une partie de moi est terrifiée à l’idée d’appuyer sur le bouton « Publier ».

Mais les enjeux sont différents ici.
Si je publie mon asexualité en ligne, c’est parce que toute ma vie, j’ai cru être un monstre. Toute ma vie, j’ai été angoissée de ne pas correspondre à des normes. La plupart du temps, je suis assez heureuse de ne pas correspondre à des normes. Ce sont des choses que je revendique. Parce que j’ai toujours pris le soin de rester en dehors de la norme puis, plus tard, de questionner cette norme ; et même ces normes.
Par exemple, c’est exactement comme ça que je suis devenue féministe. Parce qu’on m’a ouvert les yeux. Parce qu’on m’a montré de nouvelles normes dont je n’avais pas conscience.
Avant ça, j’étais dans la norme et je pensais que les féministes étaient une bande d’hystériques qui ne se rasaient pas sous les bras.

Puis il y a eu les autres normes. Des normes qui m’ont angoissé toute ma vie. Et c’est en partie le féminisme qui m’a libéré d’une partie de ces normes.
Et je crois qu’appréhender mon asexualité aurait été bien différente si je n’avais pas découvert le féminisme entre temps.

Revenons-en aux enjeux.
Toute ma vie, j’ai cru être un monstre. Toute ma vie, j’ai été angoissée par ma sexualité.
Et j’ai été engloutie pas la pression de ne pas être assez bien pour mes partenaires.
J’ai été rongée par la culpabilité de n’avoir que peu d’intérêts pour les mœurs légères.

Être une jeune femme asexuelle dans une société où la sexualité est aussi banalisée a été une honte pendant toutes ces années.
J’ai eu si peur, pendant toutes ces années, de finir seule, rejetée et montrée du doigt.

Et cette honte est en train de disparaître. Cette honte est en train de se muer en quelque chose de très positif.
Parce que cette honte est en train de se muer en une fierté.
Parce que je suis quelque chose. Je corresponds à quelque chose.
Et je suis légitime. J’existe. J’ai ma propre identité sexuelle.

Elle ne correspond certes pas à celle de la plupart des gens (les asexuels représenteraient 1% de la population seulement), mais elle correspond à quelque chose.
Et j’ai passé tant d’années à chercher cette identité que j’ai maintenant envie de la porter avec fierté et de la crier sur tous les toits.

Parce que je ne suis pas un monstre.
Et parce que je ne veux pas que d’autres asexuel-le-s qui s’ignorent continuent à ressentir tous ces sentiments négatifs que j’ai ressenti pendant tant d’années.
Parce que le silence tue, et que ne pas connaître l’asexualité m’a doucement et gentiment tué pendant toutes ces années.

Les enjeux sont différents parce qu’il ne s’agit pas que de moi.
Il s’agit de toutes ces autres personnes qui se posent des questions, et qui peut-être comme moi, n’ont jamais pris le temps de se renseigner parce que la honte était trop forte.
Il s’agit de toutes ces personnes qui ont peut-être été comme moi, terrifiées par leur propre corps, terrifiées par leur propre sexualité.

Si je choisis d’écrire publiquement mon asexualité, c’est pour que ma voix soit portée, pour que nos voix soit portés parce que nous, asexuel-le-s du monde entier et de l’Internet, existons.
Et nous avons des choses à dire.

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Mooshka, c’est quoi ton asexualité ?

J’aimerais traiter dans un deuxième temps des réactions de mon entourage proche à l’annonce de mon asexualité.
Certains ont eu peur, d’autres se sont posés des questions, d’autres ont été perplexes devant le terme asexualité comparé à ma propre asexualité.

Je ne suis pas antisexuelle. Je fais du sexe.
Simplement, je n’en ai pas la même vision que la plupart des gens.

Par exemple : Je trouve qu’il y a un tas de trucs plus intéressants que le sexe. Genre, manger !
C’est quelque chose que je dis souvent à mes proches. Je préfère manger que faire du sexe.
Hé bien la communauté asexuelle en a fait un slogan ! Et il y a même une approche hipster de ce slogan !

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Par exemple : Si vous me lisez et que vous m’avez rencontré loin du clavier, peut-être que vous avez flirté avec moi. Et peut-être même que j’ai flirté avec vous.
La différence, c’est que je ne m’en suis pas rendue compte et que je ne l’ai pas fait exprès. Parce que, de manière générale, j’éprouve de grandes difficultés à déchiffrer les relations humaines implicites. Et encore plus avec quelque chose dont je n’ai pas les codes.

Par exemple : Je n’ai jamais eu de coups d’un soir. Premièrement parce que, comme je l’ai défini plus haut, je suis incapable d’avoir une attirance sexuelle pour quelqu’un envers qui je n’éprouve pas de sentiments amoureux. Deuxièmement parce que ça ne m’intéresse pas. Je ne vois pas l’intérêt.

Par exemple : Je ne regarde pas de porn. Parce que je n’en ai pas envie. Parce que je ne vois pas l’intérêt. Parce que je préfère manger et que bon, obviously, le porn c’est trop mainstream.
Et je ne comprends pas non plus pourquoi tout le monde en fait toute une histoire. Pas du porn, mais du sexe en manière générale. C’est quelque chose qui me dépasse, et c’est quelque chose pour lequel j’ai peu d’intérêt.

Du moins toute seule. Et je crois que c’est bien ça qui définit mon asexualité.
Que je n’y vois pas d’intérêt immédiat et que mon intérêt se porte plus vers la personne dont je suis amoureuse.
Simplement, je ne pourrai jamais être frustrée d’avoir une relation platonique parce que faire du sexe, ce n’est pas quelque chose que je recherche. C’est quelque chose que je fais, mais il est rare que l’initiative vienne de moi.

Et vous voulez la super bonne nouvelle ?
C’est que j’assume tellement d’être asexuelle que j’ai déjà suffisamment de recul pour en rire et faire de l’autodérision.
La preuve tout de suite maintenant.

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Last but not least :
Histoire de ne pas disparaître dans un nuage de fumée, je laisse là quelques liens qui traitent de l’asexualité, pour celles et ceux qui voudraient creuser le sujet :
Qu’est-ce que l’Asexualité? – Sexpress
Asexuel, c’est quoi ton porn ? – Le Tag Parfait
Focus sur les asexuel.le.s et leur rapport au sexe – AVA
L’asexualité, qu’est-ce que c’est ? – Madmoizelle