Chroniques chaotiques de New Berlin, Interlude #02

Méta-article. L’interlude n’est pas un bout d’histoire. L’interlude est une histoire sur l’histoire. L’interlude est l’histoire derrière l’histoire.
Chroniques chaotiques de New Berlin, Interlude #01

Fin du premier acte.
C’était quatre mots que je n’avais pas prévu lorsque j’ai commencé à écrire le douzième fragment.
Or, en relisant la première interlude, je me rends compte que j’avais déjà annoncé la fin d’un premier acte entre le cinquième et le sixième fragment.
C’était la fin d’un premier acte intérieur. Parce que quelque chose de très fort s’était passé en dehors des murs de New Berlin, en dehors des lignes et des mots qui composent New Berlin.
Ceci est la fin du premier acte narratif.

Et je n’avais pas du tout prévu d’y mettre fin. Mais il me semblait finalement logique et normal de terminer là-dessus.
Parce que beaucoup de choses très fortes se passent en dehors des murs de New Berlin et que beaucoup de choses très fortes continuent à se passer en dehors des lignes et des mots qui composent New Berlin.
Parce qu’en dehors des murs de New Berlin, une certaine partie de ma propre histoire prend un tournant important. Un tournant qui semble anodin mais qui implique pourtant de nombreuses choses, de nombreux changements, de nombreux ajustements. De nombreux nouveaux visages, de nombreuses nouvelles histoires.
Tous ces visages, tous ces prénoms et tous ces gens ignorent tout de ce que je fais ici, et de ce que je fais en dehors des heures et des jours ouvrés. Venir me réfugier ici est important, parce que cet endroit est mon petit morceau des Internets, qu’il m’a fallu du temps pour me l’approprier, et qu’il me rappelle qui je suis, ce que je fais et ce qui est important à mes yeux.
Lorsque je viens me réfugier ici, j’y retrouve tout ce qui compte, et toutes les briques qui se sont assemblées les unes après les autres.

Sans toutes ces briques, New Berlin n’aurait jamais existé.
Sans Internet, sans les gens d’Internet, New Berlin n’aurait jamais existé.
Sans IRC, sans les courriers électroniques, sans les êtres organiques derrière les tuyaux, qu’ils soient réels ou imaginaires, New Berlin n’aurait jamais existé.

Je laisse derrière moi un de mes propres fragments pour en découvrir de nouveaux, et je n’ai aucune idée de l’endroit où je vais. Exactement comme New Berlin.
Le chemin est beaucoup moins plaisant même si je commence à prendre mes marques et m’y installer. Même si j’y ai trouvé de la bienveillance (même si à y repenser, il y a eu de la bienveillance dès la première minute), c’est un chemin ardu et inconnu.

Lorsque j’ai commencé à rédiger au mois de décembre 2014 le premier fragment, je n’avais aucune idée de ce que je faisais ni où j’allais. Je ne m’étais promise qu’une seule chose : qu’il n’y aurait aucun enjeu. Et il n’y en a toujours aucun. Il m’arrive de me demander si c’est pour ça que ça fonctionne encore aujourd’hui.
Même si… New Berlin est probablement le fil rouge le plus impersonnel que j’ai composé jusqu’à présent. Mais j’y ai caché des choses. Il y a eu le sixième fragment. Et un personnage que je n’avais pas prévu d’inclure. Un personnage important. Parce que ce n’est pas juste un personnage, mais une entité organique importante en dehors des murs de New Berlin, quoi qu’il puisse arriver à l’avenir.
New Berlin a trouvé echo chez une personne. Et c’est bien plus que ce que je pouvais espérer.

Le petit guide de création de clusters a été intégré jusqu’au dernier moment. Il semblait aussi naturel que le premier acte prenne fin au douzième fragment.

Je n’ai pas la moindre idée de ce qui se passera au treizième. Il y aura probablement de nouveaux prénoms, de nouvelles histoires. Même si je suis tentée, en cet instant, en cette minute, de ressortir des fantômes. Mais je m’interdis de le faire. Parce que je me suis promis qu’il n’y aurait aucun enjeu.

Jusqu’ici, New Berlin a été très étrange à écrire. Parce que le fil rouge a été le plus impersonnel que j’ai composé jusqu’à présent, même si j’y ai caché des choses, même s’il y a eu des mélanges d’entité organique et de personnage.
Et New Berlin continuera très certainement à être très étrange à écrire. Mais encore une fois, tout ceci n’est qu’une simple expérimentation.


Nous étions le 18 décembre. Décembre, ce n’était pas important, mais le 18, ça l’était. Voilà plusieurs semaines que je réfléchissais à faire quelque chose de récurrent le 18. C’était une date random, prise au pif. Peut-être parce que le chiffre me plaisait. Pourtant j’ai horreur des chiffres. J’ai pensé à des playlists. Puis j’ai pensé à New Berlin. Comment l’écrire. Comment ne pas l’écrire. Quoi en faire. Des bouts de discussion sur un chat IRC sur un Internet alternatif. Ce document sur mon bureau qui s’intitulait Il n'y a pas d'enjeu.odt.
Ce sera tout ça à la fois. Depuis quelques temps déjà, je réfléchissais à la manière de travailler le perfectionnisme, de l’adoucir, de l’aplatir, de le corriger. Appuyer sur le bouton Envoyer. Arrêter de réfléchir et publier. Arrêter de penser et agir.
Voilà la démarche.

Tous les 18 du mois, je ferai de mon mieux pour écrire un truc. Je dis bien un truc et non une histoire. Je ne sais pas si ce sera une histoire. Il y a bien des personnages que j’ai envie de découvrir. Des thématiques sur lesquelles j’aimerais réfléchir. Mais surtout, il y a ce besoin de poser des mots quelque part. Et ce besoin, il revient régulièrement. Trop régulièrement pour l’ignorer.
Il faut que je pose des mots quelque part, peu importe ce que sont ces mots, peu importe ce qu’il y a derrière (il y a d’autres personnes pour déchiffrer ça).
Voilà le contrat.

Je ne sais pas où je vais. Il y aura un lieu, une temporalité, un endroit, ce sera New Berlin. Mais c’est la seule chose que je m’impose. Alors il risque d’y avoir des incohérences. Ça risque de ne ressembler à rien. Et de ne pas être intéressant. Mais il faut que je m’en foute. Il faut que je fasse ce truc. Pour expérimenter. Pour bidouiller. Pour créer. Il n’y a pas d’enjeu. Et il faut que le contrat soit établi dès le début. Pour qu’il n’y ait pas de tromperie sur la marchandise. Pour qu’il n’y ait pas d’enjeu, pas d’attentes, pas de pression.
Voilà la démarche, voilà le contrat.

Ce sera les Chroniques chaotiques de New Berlin, et ceci était établi dès le premier fragment.