Ce qu’une semaine de musées à Paris m’a appris sur moi-même

Assise sur les marches du Palais de Tokyo, mon parapluie me protégeant de la pluie, une cigarette calée sous un coin de ma bouche, j’ai sorti un petit carnet pour y inscrire, quelque peu frénétiquement, la liste suivante :

  • Les gens dans la rue
  • Les livres
  • Les sacs en tissus
  • Les magazines
  • Les photomatons
  • Les mots « Écrire sur un blog » des vidéos Ribbons d’Ed Atkins
  • La papeterie
  • Collectionner des carnets
  • Faire des séries de photos thématiques — La Sardina

Ce sont les choses qui m’inspirent.

Je suis revenue il y a quelques jours d’une semaine intense de visites de musées à Paris. En vrac, notées par ordre aléatoire et non chronologique, toutes les expos qu’on a fait : L’art des super-héros Marvel au musée Art Ludique • Tatoueurs, tatoués au musée du Quai Branly • Star Wars Identities à la Cité du Cinéma • Nouvelles histoires de fantômes et autres installations au Palais de Tokyo • Art Robotique à la Cité des Sciences • Des photographies à la Galerie SakuraLe Dernier Bar Avant la Fin du Monde (bon okay, ce n’est pas un musée).

Que vais-je retenir de ces expositions ? Pas grand chose, si ce n’est rien du tout.

 

J’aurais du avoir ce déclic plus tôt, à vrai dire. L’année dernière, je suis allée voir l’exposition Edward Hopper au Grand Palais. Je voue un culte à Hopper depuis que j’ai découvert Gas au lycée. J’avais même passé un après-midi entier à en faire une reproduction foireuse, à l’époque où j’avais pour projet de faire mes études aux Beaux-Arts.
Inutile donc, de préciser que j’étais très enthousiaste à l’idée de faire cette exposition.

Et puis, une fois arrivée au Grand Palais, une fois arrivée devant Gas, rien.
Rien du tout.
J’aurais pu faire l’exposition en trente minutes si je n’avais pas été accompagnée.
Toute l’effervescence, l’inspiration et le trouble que j’avais ressenti jusqu’à présent en regardant des peintures de Hopper dans des livres, je ne les ai pas retrouvé. Pire encore, c’est comme si voir ces tableaux IRL avaient enlevé toute la magie.
Mais je n’ai pas poussé la réflexion plus loin.

 

Jusqu’à ce que je retourne voir des musées il y a encore quelques jours. J’ai poussé la réflexion, mais je ne suis toujours pas arrivée au stade de compréhension.
Pourquoi suis-je toujours la première partante pour aller voir des expositions et être presque systématiquement déçue ? Pourquoi est-ce que je n’ai toujours pas appris la leçon ? Pourquoi est-ce que l’histoire se répète inlassablement ?

 

J’avais envie de prendre des photos de gens dans la rue. Un tas de photos d’un tas de gens.
Mon exercice préféré était de repérer les motifs sur les tote-bags que portaient bon nombre de personnes.
Le moment que j’attendais avec impatience en allant dans un musée était de finir la visite pour faire un tour à la librairie.

Les expositions m’ennuient. Les gens dans la rue m’inspirent.
Les musées m’agacent parce qu’ils ne provoquent rien en moi. Les magazines m’agacent parce qu’ils provoquent un tas de choses en moi, parfois simultanément : de l’envie, de la jalousie, une identification instantanée.

 

Ce qu’une semaine de musées à Paris m’a appris sur moi-même, c’est qu’il y a un grondement intérieur qui ne demande qu’à être écouté. Expulsé.
C’est une boulimie d’images. De photos. D’illustrations. De motifs. De visages. De lieux.
C’est une boulimie de sons. Une boulimie de mots. Une boulimie d’envies.

Ce grondement intérieur est en train de me dire : Abandonne. Abandonne toute censure. Abandonne tout contrôle.
Ce grondement intérieur est en train de me dire : Sors dans la rue avec ton appareil. Écris des brouillons d’articles, de tweets, de mails. Publie. N’hésite pas. Arrête de te cacher. Parle. Dis-le. Montre-le. Montre-toi. Sors de ta putain de zone de confort. Réapprends-toi.

 

Ce qu’une semaine de musées à Paris m’a appris sur moi-même, c’est que cette idée de ne plus être timide sur Internet, de ne plus être timide dans la vraie vie, c’était un excellent choix. Mais maintenant que ce choix est fait, il faut le mettre en pratique. Il faut le mettre à épreuve. Le tester. L’expérimenter. Le vivre.
Maintenant que ce choix est fait, il faut que je vomisse des images. Il faut que je vomisse des sons. Il faut que je vomisse des mots.

 

Il faut que je me déverse de tout ça, parce que tout ça est en train de déborder.