Cab for Moosh Belmont

Je n’ai pas écrit depuis trois semaines. Presque quatre.
Je suis tiraillée entre deux discours.
Alors je traiterai des deux discours, sans doute.

Je n’ai pas écrit depuis trois semaines. Presque quatre.
J’aurais du m’écouter. J’aurais du savoir.
Parfois je me demande si je n’ai pas une malédiction du long format.
Les scénarios étaient faciles jusqu’à ce que je découvre comment écrire vraiment un scénario. Jusqu’à ce que je découvre les règles.
Les archétypes. Les oppositions en quatre… Quatre axes ? Quatre points ?
Jusqu’à ce que je découvre le héro aux milles visages, tout était si simple.

Après François j’ai dit : Je retourne à la littérature. J’ai essayé. Puis je suis retournée au scénario.
Après Mikatronique j’ai dit : Je ne peux pas. J’ai besoin de bidouiller les règles par moi-même et commencer une nouvelle fiction.
Je crois que je pourrais écrire un roman. Je suis plus stable. Je commence à comprendre les règles.

Je n’ai pas écrit la suite des aventures de François. Je n’ai pas écrit Mikatronique.
Je ne sais pas si je réussirais à écrire Bambi.

Je ne sais plus qui sont mes personnages.
Je ne sais plus comment faire interagir Zooey et Super_Geek_Boy.
Je ne sais pas ce que Bambi est en train de faire et le pire, c’est que je m’en fous.
Je ne sais pas ce que SGB est en train de faire, et je m’en fous.
C’est peut-être ça le pire. Je m’en fous.

Je n’ai pas envie de les revoir parce qu’ils ont cessé d’être mes amis. Ils sont devenus une obligation.

Je ne sais pas bien où se situe ma zone de confort.
Parce que quand je pense : Si ça se trouve, je ne suis pas faite pour le long format, c’est réellement une interrogation. Je me le demande vraiment.
Je ne suis pas en train de me cacher dans une zone de confort, je suis réellement en train de m’interroger.
Si c’était une zone de confort, je me dirais : Okay, j’arrête tout. Et je serais soulagée.
Mais je ne peux pas encore dire : J’arrête tout. Parce que je ne sais pas bien.

Je ne sais pas si c’est temporaire. Je ne sais pas si je suis en train de traverser une épreuve. Je ne sais pas si je suis capable d’écrire un roman.

Je ne sais pas où je me situe. J’ai abandonné la nostalgie de cette époque où je pouvais écrire n’importe où, n’importe quand, n’importe quoi, parce que c’est comme si tout c’était une autre personne. C’est comme si c’était une autre vie. C’est comme si je m’étais régénérée.
Ah, c’est plus fort que moi, je n’ai pas pu m’empêcher de faire la référence.

Je ne sais pas où je me situe parce que je ne suis pas sûre de ce que je veux dire.
Je crois que je n’ai rien à dire, fondamentalement.
Le libre m’emmerde parce que ça n’aurait jamais du être le sujet d’une fiction, et que j’ai basé tous mes espoirs sur quelque chose que j’ai besoin de vivre, moi, et pas un de mes personnages.
Le libre m’emmerde parce que c’est un truc personnel, et que ça n’aurait jamais dû être le truc personnel d’un de mes personnages.

Je crois que j’ai voulu aller trop loin. En fait, c’est une conclusion que j’ébauche depuis un certain moment, et je suis presque sûre de ne pas me planter en disant que je n’aurais jamais du faire de ça le sujet principal de cette fiction.
Parce que ça ne m’intéresse pas au travers d’un personnage.

Je crois que j’ai besoin de faire des choses simples et stupides. Je crois que je ne peux pas m’attaquer à quelque chose d’intelligent, de réfléchi, de construit, de politique.
Je crois que j’ai besoin d’écrire des choses spontanées, adulescentes. Mais pas des choses construites.

Je ne pourrai jamais écrire d’anticipation. Je ne pourrai jamais faire de la SF intelligente. Je ne pourrai jamais faire d’analyse de la société. De la génération Y. Du libre. Du numérique.
Parce que toutes ces choses ne me ressemblent pas. Parce que je ne suis pas faite pour le monde des adultes.

Et ça, je crois que c’est important que je le souligne.
Je ne suis pas faite pour le monde des adultes parce que ce n’est pas mon univers.
Et je suis en train de me demander si je ne suis pas sortie de mon univers en voulant faire de Bambi quelque chose de construit.

Je suis encore une version bêta, peut-être même alpha, et j’ai besoin de continuer à expérimenter.
C’est peut-être pour ça que je n’ai jamais réussi à écrire Mikatronique.
Parce que ça devait être une simple histoire de transfert. Une simple histoire d’amour impossible.
Ça n’aurait jamais du être une interrogation sur l’humanité. Toutes ces choses qu’on m’a dit de faire. Toutes ces pistes de réflexion qu’on m’a proposé.

Pourquoi vouloir absolument écrire un jour un shojo ou au mieux un josei ?
Parce que c’est exactement vers ça que je tends.
Il faut que j’arrête de me mettre des bâtons dans les roues. Il faut que je me fasse violence pour assumer, ce verbe qui a un besoin terrible de faire partie de mon vocabulaire, ce verbe que je ne cesse de rejeter parce que c’est plus facile.
Il faut que je puisse écrire les histoires que j’ai envie d’écrire mais avant ça, il faut que le mot assumer fasse partie de mon vocabulaire. Ou en même temps, je ne sais pas. Mais il faut que j’écrive les histoires que j’ai envie d’écrire, pas les histoires que je devrais écrire. Celle que je dois écrire.

J’ai besoin de détails. J’ai besoin de dire que mes personnages portent des vêtements faits en telle matière. J’ai besoin de dire que mes personnages font souvent telle ou telle chose.
Je n’ai pas besoin d’expliciter pourquoi le jeu de SGB doit être dans le domaine public.

Parce que ça, c’est le monde des adultes. C’est un monde réfléchi.
Et ce n’est pas ça mon univers.
Mon univers est un truc spontané idiot.
Homeland est un des meilleurs trucs que j’ai lu depuis bien longtemps, mais je ne pourrais jamais écrire un truc pareil parce que je serais malheureuse d’écrire un truc pareil. Parce que c’est un roman pour adulte. Et je suis une adulte, peut-être, mais pas lorsque j’écris.

Peut-être que je devrais transposer tous ces personnages vers un univers qui les attend et où je pourrai les traiter comme j’en ai envie. Faire d’eux ce que j’en ai envie. Les regarder avec un œil naïf et candide. Les regarder avec les yeux de Moosh, qui ne comprend pas les sous-entendus, qui ne sait pas comment se comporter correctement avec des professionnels et qui a peur de rencontrer ces mêmes professionnels.

Mais ça ne résout pas le problème.

Je ne sais pas ce que je dois faire de Bambi.
Je ne sais pas si c’est temporaire.
Et si je dis : J’arrête tout, je les transporte vers un univers qui m’intéresse plus, alors j’aurai échoué une fois de plus. J’aurais échoué parce que je n’aurai pas réussi à passer cette étape. Et je serai coincée au même endroit où je l’ai été tant de fois, cet endroit où je flotte depuis des années.

Mais si je m’écoute et que je les transpose vers un univers qui m’intéresse plus, qui peut me garantir que je ne vais pas écrire la meilleure histoire de ma vie ? Meilleure non pas au sens qualitatif, mais meilleure parce que c’est l’univers qui m’aura le plus plu, parce que c’est l’univers qui me correspond réellement.

Qui peut m’assurer que je ne l’ai pas déjà trouvé cet univers ?

Parce qu’en fait, je crois bien que je l’ai trouvé, cet univers. Je crois que je l’ai trouvé il y a plusieurs années déjà.
Et je n’arrête pas d’y penser depuis quelques jours. Et j’ai une envie dingue d’y retourner.

Alors j’ai bien envie d’être égoïste et aller y faire un tour. Mais ça c’est à cause de cette chanson que je suis en train d’écouter.
Et ce sera le prochain sujet de post.
D’ici là, je vais continuer à réfléchir à tout ça et je vais continuer à ne pas trouver de solution.