Avoir le cœur brisé et regarder le printemps arriver

Petite Marie, ce soir tu rentres chez toi et tu as le cœur brisé. Sur le chemin du retour, tu te demandes si ça a déjà été aussi douloureux et tu n’arrives pas à te souvenir.
Est-ce que ça a déjà été aussi douloureux ?

Petite Marie, en rentrant chez toi, tu as déjà prévu de virer tout ce qui se rapporte à ton chagrin dans une boite. Mais tu feras ça après. Pour l’instant, tout ce que tu aspires à faire, c’est prendre ton petit crayon et détacher une petite feuille pour te mettre à écrire.
Mais tu n’as plus de machine pour scanner chez toi et tu anticipes déjà que le besoin de publier sera viscéral. Alors tu reviens à la maison.

Et quelque part, ce soir tu mets un terme à l’article précédent. Le début de la fin et la fin du début.

Écrire vite, publier vite, oublier vite.
Petite Marie, ce soir tu rentres chez toi et tu as le cœur brisé. C’est moche. Petite Marie, t’as même plus de larmes tellement t’es essorée. Marrant comme il y a toujours cette voix dans laquelle te consoler quand tu es triste.

Tout ça n’a duré qu’une simple fraction de seconde. C’est la couleur bleue qui a attiré ton attention, il te semble. Alors tu as traversé la rue. Prendre la fuite. Être invisible.
Puis encaisser le coup. Tu ne sais pas quel sentiment est plus fort que l’autre. Si c’est la tristesse infinie qui vient de s’abattre sur toi, ou la petite claque dans la gueule dont tu avais vraiment besoin pour te sortir de tout ça.
Le premier réflexe est d’identifier quel sentiment prédomine. Puis le deuxième réflexe est de te dire que c’est rigolo, ça fait exactement un mois. Tu le savais aujourd’hui, tu le savais hier, avant-hier et encore avant-hier. Tu ne fais que compter les jours.
C’était il y a exactement tant de temps, ça fera exactement tant de temps.

Quelques heures plus tard tu te demandes si c’est une réponse de l’univers parce que tu emmagasines trop de colère ces derniers jours. Et parce que tu sais. Au fond de toi, tu sais. Tu as toujours su. Tu as su même avant que ça ne commence vraiment. Mais tu continues à opérer une petite stratégie de déni. C’est à cause de l’espoir. Et pourtant tu sais à quel point l’espoir peut être un sale petit connard.

Petite Marie, rien de tout ceci n’est vraiment grave. Ce n’est pas grave parce que tu es une et entière. Ce n’est pas grave parce que tu es forte, et que tu arriveras à marcher la tête haute quoi qu’il arrive. Oui tu as été vulnérable. Oui tu as été triste. Oui tu as pleuré. Oui tu as eu un petit rhume. Oui tu trimballes partout cette mélancolie depuis le dernier mois de l’automne. Et parfois cette mélancolie te rattrape la nuit lorsque ton subconscient te rappelle que ce n’est pas encore fini, ou que ton inconscient n’y pense peut-être pas encore assez.

Petite Marie tu n’auras même pas eu l’occasion de clamer haut et fort qu’en laissant la porte grande ouverte, quelqu’un est rentré par la fenêtre. Mais ce n’est pas grave non plus parce que maintenant, tu peux fermer la porte. Et regarder par la fenêtre cette petite brise de printemps parvenir jusqu’à toi.

Petite Marie tu vaux tellement mieux que ça. Et un jour, la colère et la tristesse laisseront place à la sagesse. À ce moment là tout ira vraiment bien pour le mieux mais tu as encore un peu de chemin devant toi.
Débarrasse-toi de l’hiver et sois prête pour le printemps.

Petite Marie tu es faite pour garder la tête haute et porter des paillettes, pas avancer le dos voûté en affichant des yeux embués. Un jour tu as décidé d’être heureuse. Un jour tu as décidé que quand tu serais grande, tu serais heureuse. C’est pour ça que je ne me fais pas de soucis pour toi.

Sois droite dans tes bottes, vire tes merdes et change le badge sur ta veste.

Le printemps est là et parait-il qu’il est aussi innocent que toi.