8 ans d’archives, 8 ans plus tard

Alors que je m’apprête à tourner une page et bientôt en entamer une nouvelle, j’ai importé ici huit ans de ma vie. Alors qu’auparavant je déménageais très souvent sur l’Internet, supprimant parfois des morceaux de mon Internet pour recommencer à nouveau, cette fois-ci j’ai proclamé haut et fort : WordPress et Blogger de mon monde entier, unissez-vous !
Et me voilà avec huit ans d’archives, de publications, huit ans d’interrogations, d’affirmations. Huit ans de mots. Huit ans de mots sur les mots. Huit ans de ma vie.

Mon clavier mécanique ronronne sous mes doigts, j’écoute The Departure de Max Richter et il me semble bien difficile de venir écrire quelques mots ici.
Ce morceau me donne envie de pleurer à chaque fois que je l’écoute, et c’est exactement pour ça que je l’ai choisi. Ce morceau me transperce à chaque fois que je l’entends, et c’est exactement pour ça que je l’ai choisi. Quelque chose d’indescriptible me parcourt le corps. À chaque fois. Et c’est exactement pour ça que je l’ai choisi : Parce que je veux revenir ici. Parce que je vais revenir ici. Mais je ne suis pas encore prête, alors j’invoque, je provoque l’émotion. Pour arriver au bon point d’introspection et mieux trouver les mots.

8 ans plus tôt, je suis arrivée dans la ville grise, ignorant tout ce qui allait m’arriver. Et il s’en est passé des choses. Je me suis souvenue, pas plus tard que tout à l’heure, de ces premiers souvenirs et de la difficulté que j’ai rencontré à m’émanciper, émotionnellement et financièrement, de ma vie d’adolescente. Je me souviens du moment de passer à la caisse et de ne jamais savoir si la carte allait passer. Je me souviens des trucs que j’ai du vendre pour m’acheter des paquets de pâtes. Je me souviens de l’insomnie, des nuits passées à jouer au poker. Je me souviens des couloirs rouges de la fac. Je me souviens des marches zombies, des films avec BLURP, des couloirs de La Ligue de l’Enseignement et des pizzas en triangle de l’autre fac. Je me souviens des régisseurs, de mon prof de manga dont j’étais éperdument amoureuse, de toutes les clopes que j’ai fumé à la fac de Lettres et à la fac de Sciences. Je me souviens des longues marches dans une zone industrielle pour aller nettoyer un showroom de salles de bain, je me souviens des cafetières Senseo, de mon voisin qui dealait et de son copain qui a débarqué en pleine nuit pour jouer au poker puis qui est devenu notre copain. Je me souviens de mes premiers Lomo, de mes premiers cours particuliers de Photoshop avec quelqu’un qui allait devenir une personne très importante de ma vie. Je me souviens de mes libraires à l’époque où on se disait bonjour poliment, je me souviens de ma couleur blonde qui a duré un mois. Je me souviens de la petite cour où Enid allait souvent faire un tour, et je me souviens du jour où Enid a disparu pour revenir en plein milieu de la nuit quelques jours plus tard.

J’étais loin d’imaginer tout ce que j’allais vivre. En huit ans, j’ai presque vécu huit vies différentes. Partagé la vie de différentes personnes, habité différents appartements, fréquenté diverses associations. C’est une petite Duppy qui ne croyait trop en rien, encore moins en elle-même, qui est arrivée à Brest. Huit ans plus tard, cette petite Duppy, encore un enfant, s’est transformée en Mooshka Belmont, une jeune femme qui a décidé de devenir adulte.

Si je devais tirer le bilan de ces huit ans, si je devais retenir le plus important, c’est que j’ai survécu. J’ai survécu à la dépression, j’ai survécu aux angoisses, j’ai survécu aux multiples découverts, j’ai survécu à l’insomnie, j’ai survécu aux départ des copains et des copines, j’ai survécu à l’errance professionnelle, j’ai survécu au burn-out, j’ai survécu au harcèlement moral (et tout ce que j’oublie parce qu’il y en a eu de la merde en huit ans). J’ai survécu à tout ça, mais par dessus tout j’ai survécu à moi-même, et le pari était loin d’être gagné.

Aujourd’hui je suis entière, et j’ai passé ces huit dernières années à essayer de collecter les morceaux puis les assembler, un par un, même ceux dont je ne voulais pas. Aujourd’hui je ne suis plus dissociée malgré les nombreux pseudonymes et malgré les interrogations sur l’identité. J’ai découvert de nouveaux mots, de nouvelles cases. Et ça m’a fait le plus grand bien. D’ancienne emo en hipster assumée, j’ai pris plaisir à me situer dans ces cases réconfortantes, les plus importantes étant probablement ace et INFJ.
Je crois que pendant huit ans, j’ai tout fait pour ne pas être moi-même, j’ai tout fait pour ne pas m’écouter, j’ai tout fait pour échouer parce qu’il fallait toujours faire plus, faire mieux, aller toujours plus loin, toujours sortir de la zone de confort même quand c’était kamikaze, souvent fait le choix le plus dangereux pour moi, trop souvent fait le choix de faire plaisir aux autres et d’être docile. Toujours me pousser à bout, toujours être extrême et ne jamais faire attention.

Voilà la conclusion que je peux tirer de ces huit ans d’archives. Je me suis beaucoup battue, choisissant trop souvent les mauvais combats, mais j’ai aussi énormément appris. Et beaucoup grandi.
Lorsque je relis ces anciens articles, j’y jette un regard parfois attendrie, parfois effrayée, parfois un peu gênée de ce que j’ai pu écrire. Mais j’assume l’intégralité de tout ce que j’ai pu écrire et je n’ai apporté aucun changement à ces anciens articles, à l’exception des catégories.
Je suis arrivée à Brest la grise l’année de mes 18 ans pour fuir la bourgeoisie de Quimper, mais jamais je n’aurais pu imaginer tout ce que cette ville allait m’apporter. Et même si je partirai un jour, je sais que Brest sera toujours la maison. Parce que cette ville a su m’accueillir et m’accepter avec mes qualités et mes défauts. Et Brest sera toujours là. Même s’il pleut tous les jours, que les immeubles sont moches, qu’il y a un paquet de gens bizarres et « jamais rien à faire » (Je vous rappelle quand même qu’on a New Look et Burger King, t’as ça dans ta ville toi ? #CapitalismeMonAmour).
On ne peut pas comprendre la beauté de cette ville tant qu’on y a pas vécu et tant qu’on ne l’a pas exploré de l’intérieur.

Il m’a fallu huit ans pour apprendre que la chose la plus important que j’avais à faire, ce n’était pas de sauver le monde, mais de me sauver moi-même. Et maintenant que j’ai décidé d’être une grande personne, je vais devoir apprendre à être responsable de moi-même. Il y a beaucoup de choses à faire, la route va être longue et semée d’embûche mais je suis déterminée à y arriver.

À ceux qui sont là depuis huit ans, ceux qui sont là depuis moins, aux amis imaginaires et réels, à tou·te·s celleux qui ont partagé ma vie à un moment ou un autre, je ne peux que vous dire <3 très fort dans vos ordinateurs et dans vos faces.

Merci.
Et promis, je vais quitter mes vêtements blancs et mes cigarettes parce que je ne suis plus une guilty survivor de moi-même, juste une survivor tout court (okay, celle là est un peu compliquée mais les vrais savent).


PS : Il y a plein de trucs qui sont cassés dans le thème parce que j’ai fait la mise à jour qu’il fallait pas faire mais tôt ou tard, tout devrait revenir à la normale !
PPS : J’ai arrêté d’écouter Max Richter pour mettre du gros boom boom dans mes oreilles, j’ai fait des rajouts lors de la relecture et il se peut que ça crée un décalage dans ce que j’ai écrit.
PPPS : Je compte quand même sauver le monde, hein, soyez rassuré·e·s.

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