Des nouvelles du front, version microédition.

Attendons nouvelles depuis hier soir 20:51 mais rien ne vient. Basculement doux et progressif vers la désillusion. Suzanne a refait surface ce soir. Suzanne qui n’aura jamais eu son thermos de café et ses croissants très tôt le matin en regardant le port de commerce se réveiller. Te souviens-tu, Suzanne ? Toi à qui on a menti tous les jours. Et tu attendais, tu attendais, tu attendais. Puis tu as fini par comprendre. Prochain message. Question. Demander pourquoi destinataire ne dit rien. Changement de température intérieure tous les jours. Invincible le mardi. Naïve le jeudi. Mercredi, lecteur fidèle. Mercredi, affirmatif. Jeudi, silence radio. N’allons plus attendre avec impatience de vérifier au petit matin si le bouton bleu clignote. Guillaume Erner au réveil. Marie/Mooshka ne sait pas ce que le destinataire doit en penser. Basculement total des certitudes. Cause : remise en question perpétuelle de tout. Aveu non confessé, compartiment non mis en place. Inventaire de choses à faire dans les prochaines semaines : Rone à La Carène, Cabaret au Quartz. Moment le plus attendu du mois de décembre : suite des Animaux Fantastiques au cinéma. Avançons gentiment vers le cul-de-sac. Regrettons ce terme. Sens unique aurait été plus approprié. Lundi soir, avons écouté Claro Intellecto. Nous sommes souvenus d’un tweet probablement non publié. Ne pas laisser traîner son baladeur dans les oreilles du grand méchant loup. Mercredi de la semaine dernière : Petit Chat. Mercredi soir de cette semaine, RM : J’ai envie de pleurer mais même ça je n’y arrive pas. Non corrélé avec le destinataire. Pop Hip : Maintenant j’ai même plus de larme, je reste zen, mais j’suis essoré. Jeudi matin : Tu as des nouvelles ? Jeudi soir : Invite-le à boire une bière. Weirdo avec ton crush à barbe, j’ai pensé si fort à toi. Toi seule peut comprendre qu’il est impensable d’inviter quiconque à aller boire une bière quand on a le cœur qui bat à en faire un arrêt cardiaque même si on prend la fuite alors qu’on a une vie intérieure si riche. Programme du week-end : aller pleurer dans le magasin à livres. Pour essayer d’éclaircir, mettre un mot, un nom, un concept sur la forme des échanges. Et parce qu’on a souvent en tête d’aller là-bas quand a la tête à pleurer. Petites stratégies à mettre en place pour se sortir du marasme. Mois de novembre, je te hais. C’était exactement pareil il y a 12 mois. Solitude extrême et douloureuse. Ce n’est même plus une histoire de faire des soupes à deux le dimanche. Et pourtant, qu’est-ce que c’était génial de pouvoir dire à quelqu’un des choses aussi ordinaires. Peut-être que tout ça est déjà trop loin même si ça n’a duré que trois jours et que ça s’est arrêté hier. Même si ce n’est peut-être pas le cas. En réalité personne ne sait. Le destinataire le sait-il lui-même ? Mais pendant trois jours on se sera sentie en vie et ça faisait longtemps que ça n’était pas arrivé. N’avons aucun intérêt pour ce qui vient d’être écrit. Ce format n’aurait pas dû arriver ici. Affirmation à l’intention des lecteurs et de la rédactrice : ce n’est même plus une question de documentation à ce niveau là. Sommes vide et grise dedans, rien à faire. Non corrélé avec le destinataire. Beaucoup de gris avant, pendant et sûrement après. Le destinataire ajoute simplement une nouvelle couche de gris. Algorithme Spotify. Écoutions également Moderat quand tout a changé et qu’il y a eu une reconfiguration dans la scène principale entre les protagonistes en question. Actuellement tellement triste qu’il n’y a plus rien à dire. Avons horreur de ce genre de publications. Tournons en rond. Cherchons stratégies pour tuer le temps. Affirmation à l’intention du destinataire et de la rédactrice : Allons attendre encore un peu avant de remballer et porter une nouvelle tenue de deuil. Continuerons à marcher seule au Jardin Botanique, à fréquenter seule au cinéma le dimanche en fin de journée. Vibration du téléphone. Fraction de seconde avec plein de morceaux d’espoir. Toujours pas de nouvelles. Les larmes, enfin. Mois de novembre je te hais, avec ou sans destinataire. Affirmation à l’intention de Marie/Mooshka : Tu es tellement forte même si tu es toute seule. Affirmation à l’intention des lecteurs : Il faut juste attendre que ça passe. Et ça fait également partie de la documentation. Nouveau morceau de Moderat. Les larmes sont déjà sèches. Mois de décembre, il est temps que tu arrives.

Interlude de la veuve aux nombreux noms

Demain, peut-être que tout serait différent. Auquel cas il faut documenter ce passage, ce morceau et tous les mots composés dans le tramway ont déjà disparu.

La veuve aux cols claudine avait envie de pleurer, alors qu’elle devrait rester le nez vissé à son écran de téléphone, en attente de quelque chose. Tout était embrumé et confus, deux événements dans la continuité se superposant.

La playlist YouTube existait toujours et elle aurait peut-être dû comprendre plus tôt le déni dans lequel elle s’était confortablement installée. La playlist était composé de neuf morceaux dont une vidéo supprimée, c’était Nu – MAN O TO.

« Heureux le moment où nous serons assis dans le palais
Toi et moi,
Avec deux formes et deux visages, mais une seule âme
Toi et moi. »

Telles sont les paroles envoûtantes, en perse et inspirées d’une poésie de Rûmî, de cette chanson signée Nu, un artiste allemand d’origine iranienne, nous informent Les Persiennes, correspondances Paris – Téhéran.

Oui, voilà, c’était ça, exactement. Une seule âme. Seulement ils avaient employés des termes plus proches de Netflix. Elle serait Claire, lui Franck. C’est fou la quantité de noms d’emprunt qu’elle avait pu avoir dans sa vie.

Elle se souvient d’avoir été appelée Claire dans des messages. Elle se souvient du colombage, des escaliers de l’immeuble et des escaliers avant l’immeuble. Elle se souvient de cet article qu’elle n’a jamais écrit et dont le titre était « Rouen tôt le matin ». Elle se souvenait du train. Du trajet interminable après la correspondance. Du premier retour. Quitter La Ville. Les affiches de films de super-héros avec l’acteur de Whiplash. Boy Meets Girl. L’odeur du savon. Marcher longtemps. La vue tout en haut. « Je ne me fais pas de soucis, j’ai le sentiment qu’on se reverra. »
Et elle savait. Elle a su très vite que c’était ça qu’elle voulait, que c’est ça qu’elle avait toujours voulu. Elle était invincible, indestructible. Ils étaient un.

Elle se souvient du premier <3, du trajet du retour du Jardin dans la nuit. Recouvrance. Les Capucins en construction. Il devait être 7h du matin et plus rien au monde ne comptait, plus rien au monde ne compterait jamais parce qu’ils seraient Franck et Claire et qu’ils seraient invincible.

La veuve lunaire avait fini par comprendre il y a quelques jours qu’elle s’était trompée et qu’elle vivait dans un déni doux et tranquille. Voilà pourquoi la playlist YouTube existait toujours. Voilà pourquoi elle disait qu’elle ne voulait rien ni personne. Pas parce qu’elle était bien toute seule comme elle le pensait. Mais parce qu’elle n’avait pas réussi à dire au revoir.

Et elle avait fini par comprendre qu’elle avait été tellement déçue par tout ça. Et ce n’est probablement pas à la personne qu’elle s’attache mais encore et toujours au concept.

Un nouveau fil rouge existait dans l’univers de la veuve au sommeil profond. Mais celui-là reliait-il réellement deux personnes ou s’était-il cassé quelque part au milieu de l’Océan Atlantique ?

La veuve Marie avait signalé son statut mais n’avait pas été au bout de sa démarche. En réalité, ce qu’elle aurait voulu faire, c’était passer un contrat. Je m’engage à ne pas tomber amoureuse, tu t’engages à ne pas tomber amoureux. Je partirai quand ton besoin d’avoir des enfants sera trop pressant et tu partiras… Il n’y avait pas vraiment de conditions.

La veuve au chat perdu devrait être heureuse parce que demain, peut-être, elle pourrait entamer un nouveau chapitre ou écrire un chapitre en parallèle. Mais dire bonjour est le premier pas vers dire au revoir, et elle n’était pas encore prête malgré l’absence totale d’échanges, le silence absolu, malgré le décalage horaire, malgré les continents, l’Océan Atlantique, les 5000 kms de distance. Un nouveau fil rouge existait dans l’univers de la veuve aux nombreux noms d’emprunt, et peut-être que ça prendrait des années avant que le fil ne se dissolve entièrement.

Il faudrait se documenter sur les deuils amoureux, peut-être en parler, lire des poèmes de rupi kaur et attendre le jour où on ne pensera pas une seule fois à quelque chose qui ramène la veuve lunaire à Luna.

Cuisine Vegan & Vocabulaire Fleuri

Et la vie suivait gentiment son cours. On avait commencé à taper dans l’éditeur de texte dans sa tête, puis on avait oublié par quoi on voulait commencer.

La vie était douce, tranquille, lente. On apprenait à prendre son mal en patience, à se rappeler que repartir à zéro dans quelques mois pouvait être formidable et non anxiogène.

Devenir Marieshka était facile. Petit à petit les bribes d’avant se balayent toute seule. La nuit on rêve d’un crush anar, du crush anar, et puis le lendemain matin on se réveille tôt. C’est dimanche, on a la journée devant soi et on a relié son compte Netflix à la télé de la Maison Sorbet.
Devenir Marieshka était doux. Il n’y avait personne pour faire des commentaires déplaisants ni pousser des soupirs ni écouter d’une oreille distraite puis répondre trois minutes plus tard.
Devenir Marieshka était tranquille. On n’a pas grand monde à raconter à grand monde mais le voyage se fait à l’intérieur. On est bien. L’appartement est douillet, on demande au gros chat s’il a passé une bonne journée. On n’attend pas de réponse. On pose son cartable sur le canapé Louis-XIV, on se défait de ses affaires et puis la vie suit son cours.

Le matin on se lève plus tôt pour faire quelques exercices. Puis on se prépare un jus d’orange, une compote qu’on mangera plus tard à l’aide d’une cuillère à soupe tout en faisant, sans réfléchir « Commandes > Gestion > Changer le statut des commandes > En traitement > Télécharger les factures » avant de demander à Marie-Louise d’imprimer les factures.
Des fois les commandes sont en attente de paiement. Marie-Louise les imprime séparément. Et putain qu’est-ce que c’est chiant de faire tous les matins les mêmes gestes répétés, reproduire tout au long de la journée les mêmes procédures.

Sous des allures de frêle fragile, on cultive un vocabulaire fleuri, se délectant d’ajouter au fil de l’eau de nouveaux gros mots et expressions vulgaires. On aime être vulgaire, dire putain de bite tout en portant des petits pull en laine couleur rose bonbon.

Dans le bus, dans la rue et à la maison, on écoute les voix de Joshua Fields Millburn et Ryan Nicodemus, bientôt remplacées par les voix féminines du Mind Palace Podcast. Et bordel d’où vient cet accent ?
On se remplit de food for thoughts et ça fait du bien. On se remet à trier, à jeter, à faire le point, à se poser les bonnes questions et adopter les bons réflexes. On trouve du sens dans ce qu’on fait. Plus que jamais on savoure la banalité du quotidien et on n’a jamais autant vécu à ce point au rythme d’un roman japonais.

On se demande à quoi ressemble le type de Geodis qu’il faut tout le temps demander au téléphone et on en a ras le cul d’avoir tous les jours les mêmes interlocuteurs. On se remet à ne plus supporter le téléphone, à se demander quel nouveau problème de SAV va se présenter en décrochant. On se dit que c’est temporaire. On sait que ça va finir par remonter. Il faut juste attendre. Et puis franchement on a une position particulière et on a le droit de débouler dans le bureau en pleine réunion téléphonique pour récupérer du café dans l’armoire coulissante.

On arrive à se débarrasser de tout ça en arrivant à la maison. Il n’y a toujours pas d’anxiété. On découvre de nouveaux formats de méditation. On mange bien, on mange sain, on mange propre. On ne se sent plus trop pareil dans son corps. On est mieux. Plus souple. Plus fluide.
On a fait des courses puis se cuisiner un cake vegan qu’on mettra dans de l’aluminium avant de le manger devant son écran devant les commandes enregistrées et tous les gens qu’il faudra notifier qu’on a eu « une erreur informatique de stock » pour ne pas les avoir au téléphone dix jours plus tard parce qu’ils ne sont pas contents et qu’on est en première ligne.

On ne s’en sort pas si mal. Parce qu’on se calfeutre le soir en rentrant dans la banalité du quotidien. Tout est doux, simple, ordinaire. La cuisine est propre. Le linge est rangé. Le lit est fait. Le vieux frigo est toujours en train de zoner sur le palier parce que ça casse les couilles de s’en occuper. Et ça sent l’enfer à l’étage, heureusement qu’il n’y a qu’un appartement par étage dans cet immeuble.

Alors que tout se déroule doucement, on rajoute petit à petit de nouvelles choses. Et il faut faire preuve de d’avantage de discipline maintenant. On n’a rien écrit pour le mois d’août et on n’a pas fait le quart de ce qui était prévu au mois de juillet. On y va doucement, avec une bienveillance toute particulière à son égard. Mais il faut quand même faire preuve de d’avantage de discipline. Pour que les choses se mettent en branle et qu’on soit dans le mouvement. On arrive pas trop à formuler ce qu’on veut dire du coup on va faire un petit copier-coller des familles de Wikipédia.

En mécanique du solide, on appelle couple un ensemble de forces appliquées à un solide dont la résultante est nulle mais dont le moment total est non nul. En pratique, un couple tend seulement à mettre en rotation le système, c’est-à-dire qu’il provoque une variation de son moment cinétique, sans modifier le mouvement de son centre de gravité. C’est un concept fondamental de la mécanique, domaine de la physique qui étudie les mouvements et les déformations des systèmes. Le couple est ainsi nommé en raison de la façon caractéristique dont on obtient ce type d’action : un bras qui tire, un bras qui pousse, les deux forces étant égales et opposées.

En relisant et en essayant de comprendre, on se demande si on n’est pas en train d’exprimer l’exact inverse, ou l’exact opposé. On rit de soi-même. Gentiment.

Bite.

Et quelque part entre Marie et Mooshka, Marieshka éclot

C’est à peu près tout le temps de la même manière que ça arrive. Il y a du poum poum tchak et Marie, Mooshka, whatever people call her, marche dans la rue.

C’est dans ces moments là qu’on visualise l’éditeur WordPress et les mots commencent à s’écouler à l’intérieur. Puis on unifie tout ce qui est passé par la tête dernièrement. Ça permet de faire le point, d’avancer, de tirer des plans d’action.
Hier, Marie, Mooshka, qu’on a appelé Duppy dans une vie antérieure, réfléchissait au nouveau cycle en cours depuis 16 mois. La méditation. La « dev pers » comme l’appellent ceux qui « font du réseau ». Elle se disait depuis quelques jours qu’il est bien difficile de trouver des séances sur Youtube, qu’il s’agisse de sophrologie, de méditation ou de relaxation, qui soit d’une bonne qualité sonore, non monétisée et sans musique de fond folklorique. Alors elle s’est dit qu’elle devrait se lancer là-dedans.

Seulement les autres ne savent pas. Voici un nouveau petit bout d’univers intérieur qui n’est pas partagé avec les autres.
Comme à l’époque où se questionnait sur les tote bags, pourquoi on regardait autant les gens dans les musées et comment fusionner Pinterest avec l’extrême gauche. La question ne s’était plus posée dès lors qu’elle avait cessé de devenir une question.

Mais voilà à nouveau que se pose la question de l’auto-unification.
Puis Marie, Mooshka, Marie la Rouquine qu’on a appelée dans une vie antérieure, intérieure et secrète, avait à nouveau commencé à se questionner sur l’identité.

En réalité ça avait commencé par la sape. On emploie le mot sape parce qu’il est rigolo et qu’il fait penser à Jeff Klak, le numéro avec la couverture rose qu’on a acheté en 2015 et qu’on a lu fin 2016 – début 2017.
Il fallait chercher de la sape dans des tableaux ailleurs. Réfléchir à comment se positionner. Autrefois, la question était simple : « Est-ce que Zooey Deschanel porterait ça ? »
Aujourd’hui, ça ne marchait plus vraiment. C’est à cause de Kinfolk, des guides Monocle et de cette obsession qui revient des pulls irlandais. C’est un peu à cause des Animaux Fantastiques. Mais ça n’a pas encore de consistance. C’est vaporeux, même si on n’est pas trop sûr du mot.

La décision de faire le deuil d’une vie passée avait fait son bout de chemin. Maintenant, il fallait l’annoncer aux premiers concernés.
Mooshka commençait petit à petit à se dissoudre dans autre chose. Et pourtant, on avait été Mooshka à une autre époque, et on s’était empressé il y a quelques semaines de s’abonner à des newsletters de sécurité informatique, newsletters qu’on attendait avec impatience de recevoir. On dit sécurité informatique parce qu’infosec est trop rattaché au contexte.

On luttait toujours un petit peu à être Marie, parce que la définition actuelle de Marie est vraiment orientée corporate, et on ne veut pas de cette vie. On sait que c’est un passage à vide, que c’est deux ans qui ne compteront pas. Mais on est quand même Marie, on a été Marie, on a été Mooshka, on était encore Petite il n’y a pas si longtemps. On a été plein d’autres petits noms et il ne faut pas les oublier. Parce qu’ils ont été morcelés avant, et ça a pris du temps de tout remettre ensemble.

Quelque part entre Marie et Mooshka est en train d’éclore Marieshka. C’était pratique d’avoir choisi ce nom là à vrai dire.
Ça faisait un mélange des deux. C’était pratique, parce que là où ça aurait pu devenir intense, et c’est devenu intense sur de très courts jours, on a été Suzanne. On a tendance à oublier qu’on a été Suzanne même si on se dit souvent que le jour où Suzanne rencontrera Gustave, il lui demandera qui elle est, et Suzanne répondra : « Quelqu’un a qui a été puni par le karma pour qu’on se retrouve. »

Marieshka est donc un work in progress. On utilise ce terme parce qu’on l’aime bien, même si en vrai on a toujours peur de passer par la snob de service.
Est-ce que c’est important d’embrasser Marieshka (au sens du verbe « to embrace », c’est infernal ce besoin d’employer des mots dans une langue étrangère) ? Pour l’instant ce n’est pas une question importante. C’est plus important de pouvoir mettre un concept derrière Marieshka, parce que ça permet de stabiliser. Ne plus être hier mais réussir à être aujourd’hui pour bien anticiper demain quand demain sera concret.

Marieshka marche dans la rue avec son poum poum tchak, toujours pas trop sûre de quelle forme va prendre la sape.
Avec sa couronne de tresses, son petit manteau rouge à col claudine et ses tote bag de la librairie et de la médiathèque, elle sait déjà qu’elle doit assumer d’être un enfant de la catégorie socio-culture bobo. C’est à cause de Kinfolk, des jus d’oranges pressés le matin, de l’intérêt pour la littérature nordique, des plats tout faits, mais les sophistiqués qui coûtent cher, de la Biocoop, des guides Monocle, des chaussures de Newt Scamander dont on a oublié le nom francisé, de la compote faite maison, du yoga, des huiles essentielles, des fleurs de Bach, des films indé qu’on a tous vu dans la liste Sens Critique « comment choper une bobo », des lunettes de fabrication française et des cartables anglais.
On lit des trucs très très à gauche mais on consomme comme la classe supérieure bien qu’on soit issu de la classe moyenne. Et des fois c’est compliqué.

Si on la voit dans la rue ou chez elle ces derniers jours, Marieshka pourrait sûrement passer pour une ces blogueuses qui font des photos de petits déjeuner avec des pancakes, des fraises et des couverts issues de magasine de mode. Photo très lumineuse. Petite phrase sur la banalité des choses. Avant on pouvait trouver Marieshka, qui n’était pas encore Marieshka à ce moment-là, dans un tiers lieux, le né penché sur son terminal. Où est-ce qu’on trouve Marieshka en ce moment ? Le dimanche à 18h aux Studios, le samedi à la médiathèque des Capucins. Elle fait ses courses chez Monoprix quand elle est déprimée, achète beaucoup de thés et d’infusions parce que le packaging est joli (il faudra vraiment parler de ça un jour).
Marieshka pense prolo mais consomme bourgeois.

Quand on la croise entourée de gens, elle est probablement en train de jurer comme un charretier, faire le pitre et toutes ces expressions désuètes oh combien délicieuses. Ça ne matche pas. Ça ne matche pas avec le fait de fréquenter la médiathèque, emprunter des livres sur la sécurité informatique, s’intéresser au porno féministe, dire putain de bite de merde, manger de la purée de potimarron, regarder des séries pour teenagers sur Netflix, écouter du poum poum, être un fac-similé de Zooey Deschanel, fréquenter une salle de sport et lire du Chomsky.

a notion d’étiquette devrait apparaitre ici mais on commence à être embrouillé dans ce qu’on dit, parce que ce sont deux choses homogènes mais qui doivent être traitées de manière hétérogène.

On se dit qu’on devrait s’arrêter là parce que pour l’instant, on est juste dans la phase de constat. Et peut-être que cette phase de constat va durer un moment parce qu’on a quand même les pieds dedans depuis 16 mois (c’est un bon de repère de savoir quand est ce qu’on a entamé la pratique de la pleine conscience).

Quelque part c’est un peu troublant de ne pas trop savoir qui on est en train de devenir mais c’est probablement une excellente chose que de ne plus vouloir à tout prix être qui on était autrefois.

On sourit en se disant qu’on va peut-être s’intituler Marieshka la rouquine mais on a changé tout le temps d’avis et le mois de juillet pourrait être plein de surprise, tout comme on ne sait pas très bien combien de fois on va changer d’avis.

Et puis on a pas envie de finir là-dessus. Changer d’avis, tout ça.
Mais on se rend compte par contre qu’il va falloir changer le slogan. Parce que les licornes, c’est terminé.

Répondre aux sirènes du complexe mode beauté

Et puis c’est arrivé un jour, il a fallu que quelqu’un sonne la tirette d’alarme. On continuait à se dire intérieurement qu’on ne comptait par sur les autres pour se sauver mais en fin de compte, on savait bien, intérieurement, que pour cette fois-ci il fallait que quelqu’un le fasse.
Et quelqu’un l’a fait. On a répondu de manière désinvolte, en faisant des blagues avec les autres.
Mais le soir même on s’était dit « Okay, j’arrête » puis le lendemain on avait mis en place toute une stratégie pour arrêter.

Et un dimanche matin on revenait du supermarché une balance sous les bras, des fruits plein les sacs de courses.

On réfléchissait au système de cycles propre à soi-même, venant à se dire qu’une fois de plus ça s’était passé de la même façon. Pendant un moment on se disait qu’on s’en foutait puis les junks se multipliaient dans la semaine. Ou les junks se multipliaient dans la semaine puis on se disait qu’on s’en foutait.
La dernière fois c’était il y a quatre ans, on s’en foutait puis on s’était fait un tatouage, deux nœuds sur les cuisses, en disant qu’on s’en foutait, que c’était notre corps et qu’on se le réappropriait comme ça.
Bien entendu ça n’a pas duré très longtemps, on a fini par ne plus s’en foutre du tout. Et dix-huit kilos plus tard, tout avait changé. On ne s’en foutait plus du tout, on faisait très attention, on dormait beaucoup, on avait faim mais ça faisait du bien parce qu’on se sentait fort·e.

Et puis un beau jour on ressort les graines de chia, la spiruline, l’acérola et les algues klamath. On écrit germe de blé avec la date de péremption sur un petit bocal en verre et c’est rigolo parce que deux semaines plus tôt, on pensait tout jeter à la poubelle.
On se remet à boire des oranges pressées le matin et ça crée un incident diplomatique dans l’évier. La première chose à laquelle on pense c’est appeler à l’aide, parce qu’on ne sait pas très bien comment déboucher son évier et avec une tendance à la catastrophe manuelle, on n’a pas confiance.

On se remet à chercher le mot détox dans les rayons de thé et on en profite pour faire une petite étude des packagings. L’ère est aux motifs géométriques mais ça, on le savait déjà.
Puis on se refait des goûters, on ne sait plus si c’est les mêmes qu’il y a quatre ans, à base de compote, yaourt et banane. Désormais les lardons vont dans des cakes, et on découvre le lait d’amande dans les smoothies.

La disparition des camarades à l’heure de midi en raison de la nouvelle organisation du temps de travail des collaborateurs permet de ne plus finir les repas des autres, et désormais on a toujours une entrée le midi. On mélange concombre tout seul et gaspacho de concombres. Ça coûte une fortune mais on s’en fout parce qu’on a faim et qu’on se sent fort·e. On a l’excuse ultime envers soi-même de devoir beaucoup dormir.

En fin de compte ce n’est pas du tout pour ça qu’on s’y est remis. C’est à cause de la fatigue perpétuelle, de l’épuisement à l’heure où on rentre chez soi, du sommeil qui n’est pas réparateur et des week-end où on ne se sent jamais reposé·e.
On sait que la mauvaise qualité de l’alimentation et l’absence totale d’exercice physique jouent sur la fatigue. C’est sûr, c’est obligé, tous les discours se recoupent. Mais on se dit que si on peut avoir un bonus c’est pas plus mal. Et force est de constater que ce bonus motive bien plus que la résolution de la fatigue chronique.

Pourtant on relit Mona Chollet, on scrolle à l’infini des pages promouvant le Body Positive. Mais rien n’y fait. On aspire à avoir faim, à manger mieux, à suer et à boire des fruits. On sait qu’on ne sera pas comme le modèle mis en avant, on n’est pas vraiment sûr·e de vouloir s’y conformer néanmoins, mais on voudrait juste être un peu moins que ce qu’on est actuellement.

On ressort les chaussures autrefois appelées chaussures dinosaures, on réfléchit à une playlist Spotify qu’on va pouvoir créer tout en pédalant, pédalant, pédalant. Les légumes ont à nouveau une place dans le frigo et on a la tête rempli de mots bizarres comme chlorelle, maca ou lucuma. On imprime la recette du Miam-o-Fruit qu’on colle sur le frigo, dont la façade extérieur est désormais un nouvel outil de documentation de soi.

Et on découvre quelque chose qui n’était pas prévu, du moins qu’on n’avait pas prévu soi-même. Tous les rouages se réenclenchent et on se remet à écrire. On ajoute des pages dans le petit carnet de documentation intérieure. On se met à illustrer son agenda, soit en collant des petits dessins de bières soit en dessinant soi-même des macarons à la date du samedi 3 juin, date à laquelle on peut aller récupérer sa robe macaron. On fait des petites listes de petits projets et on s’inspire des bullet journal des autres.
On est plein dans une nouvelle stratégie de self care, totalement complémentaire aux autres. On se sent un peu mieux, on a plein de courage, on a faim et l’anxiété généralisée n’est toujours pas réapparue dans le quotidien. On n’a pas pleuré depuis des mois et des mois même si parfois on se sent très triste.

On continue à avancer doucement, cherchant une ligne rouge dans les différentes périodes de cycle. Ce soir on va se faire la salade qu’on mangeait autrefois à deux avec des avocats et des crevettes mais tout est calme à l’intérieur.
Il fait souvent gris en ce moment mais on se maintient à ce niveau là pour ne plus que tout soit noir dedans.

Et on découvre la troisième personne du singulier, qu’on n’avait pas envisagé jusque là.

Et moi je n’existais pas (mais c’est pas important)

Il y avait sûrement eu plusieurs signes avant coureur, mais Marie/Mooshka avait décrété que c’était de la faute du jour férié.
Parce que ce jour férié là, il avait fait beau mais Marie, autrefois Mooshka, avait passé la journée en pyjama à s’enfiler des épisodes et des épisodes d’une série.

It was her, live and stereo.

Maintenant il faudrait peut-être faire la liste de toutes les choses, pour dans un premier temps poser le diagnostic puis réfléchir à tout ça puis décider, ensuite, de ce qu’il faudrait faire.
Rien n’a été publié ici depuis le mois de janvier. Rien n’a été écrit sur papier ni dessiné depuis Gustave. Quelques choses avait été écrites puis supprimées, du moins déplacées dans le junkyard. La voix d’Andy raconte des trucs sur le fait de remplir son corps de liquid sunlight mais ça ne marche pas.

Pourtant il y a Jacques qui coule dans ses oreilles et à nouveau l’envie de… De quoi, d’ailleurs ? De « déposer des mots » comme l’expression » fut employée un tas de fois ? Poser un diagnostic. Se documenter soi-même. Ceci n’est toujours pas une pipe.

Il y a eu le torrent de pensées qui est revenu dès les yeux ouverts, alors que pendant un certain temps ce fut un silence complet au réveil. Il y a eu l’incapacité à faire quoi que ce soit dès le retour à la maison. La suite, qui est attente depuis le 22-03-2017 à 22:08 et qui se transformera probablement en un de ces mails qu’on relit quinze fois avant de se dire « Tu es sûre ? Tu es sûre que tu veux l’envoyer ? », l’estomac noué mais la possibilité que de toute façon, demain n’existera peut-être pas et qu’en fin de compte ce n’est pas si grave, le tout aura été tenté.

Mais il faut néanmoins noter l’incroyable capacité à mettre en place des stratégies de self care, se dessiner des sourires sur les compotes qu’on mange le matin. Prendre le temps la veille de préparer quelque chose pour le matin. Distiller dans l’appartement des petits clins d’œil à soi-même, un mot d’encouragement et quelques rappels inspirationnels.
Puis répéter, au début étonnée, maintenant plus vraiment parce que c’est devenu normal : « Longtemps j’ai voulu avoir quelqu’un dans ma vie pour me sauver de moi-même et s’occuper de moi. Longtemps j’ai cherché à porter la responsabilité de ma propre personne sur l’autre ».
Not anymore.

Et les six premiers mois dans l’appartement sont passés. D’abord compliqués. Puis apaisants. Et à nouveau, il faut s’interroger.

Il y a eu tous les burgers, toutes les pizzas. Il y a eu le Joylent, après s’être retrouvée à la pharmacie un soir d’hiver à dire : « Je suis incapable de me faire à manger. »
Réclamer des poudres, des trucs en boîte. Des barres. Du liquide. Mais il n’y a rien sur le marché. Il n’y a rien pour les gens qui ne sont plus dans l’état de se faire à manger. Il n’y a que des trucs pour les gens qui veulent perdre du poids ou qui ont besoin d’en prendre. Et rien entre les deux. Cet épisode bref n’a jamais été une source d’inquiétude. Tout ça était destiné à être juste une passade, et tout ça n’a été qu’une passade.

Maintenant les légumes viennent de réintégrer doucement le frigo. On réfléchit à comment mettre en place tout ça.

Il y a des petits projets qui naissent spontanément. Le traveller’s backpack. Manger un truc dans une boite en plastique assise sur un muret face au port. Marie, qui est parfois encore Mooshka, a réussi plein de trucs toute seule. Elle en a peu parlé mais elle a eu ses petites victoires. Des choses toutes simples que sûrement plein de gens arrivent à faire mais qui lui semblaient insurmontables. Aller au cinéma toute seule. Prendre le téléphérique toute seule.
Parce que voilà. Marie, qui a réussi à fusionner avec Mooshka il y a quelques temps, est seule. Et c’est bien ça qui coince.

Pourtant l’anxiété avait disparu du quotidien. Bien entendu, il y avait le blues du dimanche soir. Les envies, parfois, peut-être souvent, de ne rien faire. L’incapacité, parfois, à faire quoi que ce soit parce que la moindre action requiert beaucoup d’organisation intérieure. De contrôle. De maîtrise.
Alors oui, Marie, qu’on appelle plus souvent Moosh que Mooshka, avait lu Le Théorème du Homard. Ce qui avait peut-être eu l’effet inverse puisque le Système de Repas Normalisé s’était avéré décidément très très séduisant. Ne pas savoir si elle se situe sur le spectre d’Asperger lui pose parfois problème. Parce que tout ça fait partie d’une stratégie de contrôle. Contrôle de soi. Il y a des mots qui la définissent, des concepts, des termes, et tout ça est bien rodé. Une des finalités de l’introspection est sans aucun doute le contrôle. Savoir ce qu’il y a dedans. Asperger est un problème parce qu’il y a un doute, une absence de réponse. C’est probablement à un degré très très faible mais il faut savoir. Il faut contrôler.

« Je sais toujours exactement quelle heure il est et je sais exactement ce que je vais faire, parce que dès le moment où je suis libre, tout est déjà planifié à l’avance. »
Il faut néanmoins noter des efforts quant à l’heure d’éteindre les lumières, rentrer un soir de week-end vers 2h/3h du matin. Mais tout ceci demande un effort, parce que ce n’est pas naturel. C’est contre l’organisation totale. Mais ce n’est pas encore le chaos. Parce que l’heure de départ est maîtrisée. Le calcul du nombre d’heures qui seront utilisées pour dormir est fait. Puis l’organisation de la matinée découle de ça. Le marché à cette heure-ci, puis ça, puis ça, puis ça. Savoir à quelle heure les gens vont arriver. Avoir des plans B pour tout. Parfois des plans C quand on pressent que ça ne se passera pas comme prévu. Garder systématiquement une marge de manœuvre.
Et c’est impossible de faire autrement, même en essayant, même en essayant très fort.

Ce n’est bien entendu pas le sujet, pourtant il semble beaucoup plus intéressant de se pencher là-dessus.

Parce qu’une des raisons qui fait que ça coince, en dehors d’être seule, c’est aussi la capacité à improviser. À vouloir systématiquement avoir un contrôle absolu sur ce qui sera fait le lundi puis le mardi puis le mercredi puis le jeudi, en fin de compte rien ne se fait. Et Marie, qui est aussi Mooshka dans ces moments-là, ne cesse de s’interroger sur si c’est bien ou pas. Si ça, c’est se mettre de la pression et placer la barre trop haute, donc pas bien ou si c’est justement ça qui sera moteur et permettra de faire des trucs, donc être contente de soi, donc bien.
Mais pour l’instant il n’y a pas de réponse parce que c’est une réflexion qui est souvent amorcée mais beaucoup trop souvent abordée superficiellement parce que c’est trop compliqué. Peut-être que ça voudrait dire mettre en place quelque chose, un plan d’action, donc un suivi régulier et bien entendu une analyse. Comme chaque chose, ça ne peut pas être fait simplement parce que ça implique trop de lourdeur derrière, et une problématique constante sur la régularité.

C’est pour ça qu’un second zine est impensable, même si la chose est régulièrement évoquée en assemblée générale intérieure. Parce que ça implique beaucoup plus de choses, une sorte de brouillard intérieur, que juste le faire, s’en foutre, faire ça à la légère, ne pas se soucier de quoi que ce soit d’autre que faire.
Faire est devenu impossible dans un Système d’Actions Normalisées.
C’est aussi pour ça qu’une fiction est inenvisageable, même si la chose est régulièrement évoquée en assemblée générale intérieure. Parce que tout de suite il faut envisager toutes les choses annexes au fait de faire. Et c’est ainsi que le brouillard intérieur déboule, avec son lot de choses annexes.
Faire est devenu très compliqué dans une Machine à Brouillard Perpétuelle.

Ce n’est pourtant pas le sujet, et peut-être heureusement, on arrive au chaos total où toutes les choses annexes prennent place en arrière plan, rendant impossible une vision claire du juste faire.

En réalité, peut-être que ça semble suffisant pour une première depuis des mois, mais ça n’a rien à voir avec le fait que là, il faut relire rapidement, puis publier, puis éteindre son ordinateur avant de ranger les courses dans le frigo, nettoyer le plat à tarte parce que ça n’a pas été fait ce matin, vérifier les croquettes du chat, allumer un encens, enfiler son manteau et sortir dans la rue faire quelques mètres.

C’est décidément très compliqué de ne pas avoir une gestion du temps efficace et efficiente.
Ce n’est pas aujourd’hui que Marie, qui a été Mooshka ces derniers jours, va réussir à poser le constat qui devait être le constat initial et non un constat annexe.

Mon infosec va craquer

Mon infosec va craquer et cela fait plusieurs jours, voire plusieurs semaines que je vois le point de rupture arriver.
Je n’écris pas cet article dans le but de me plaindre ni de me poser en victime en disant : « Je suis une noob, vos trucs sont trop compliqués ». En réalité, j’espère secrètement faire de la pédagogie ninja friendly, en expliquant posément ce qui ne va pas et pourquoi ça ne va pas.
Je pense néanmoins que les torts sont partagés, et que tout n’est pas la faute du grand vilain chiffrement.

La première fêlure est arrivée il y a quelques semaines. J’ai réinstallé ma distro pour virer ma passphrase qui faisait 34 caractères. Ce qui peut sembler peu mais en réalité, nous étions deux à nous servir de mon laptop et notre agacement n’a cessé de grandir au fur et à mesure. Je ne pouvais pas mettre mon ordinateur en veille, parce qu’il m’était impossible de le redémarrer après. Donc je devais systématiquement l’éteindre et le redémarrer plus tard. Il m’arrivait parfois de taper ma passphrase plusieurs fois dans la même journée, des fois avec des intervalles trop courtes, parce que je n’anticipais pas que j’aurais besoin de mon ordinateur plus tôt que prévu.
Lorsque mon ordinateur s’éteignait parce qu’il n’avait plus de batterie, il fallait systématiquement le redémarrer deux ou trois fois. La plupart du temps, le message invitant à taper sa passphrase ne s’affichait pas, il fallait donc calculer judicieusement le moment où il faudrait commencer à taper sa passphrase. Pas trop tôt, sinon il aurait fallu recommencer à nouveau.
Nous étions deux à utiliser cet ordinateur, et j’avoue que j’ai eu la flemme de chiffrer mon home. J’ai eu la flemme parce que je savais que tout ça me prendrait un temps fou parce qu’à mon niveau, il y a plein de choses que je dois prendre en compte et apprendre. Je ne peux pas juste faire ça comme ça. Il me fallait du temps, et ce temps je n’ai pas eu envie de le prendre parce que je voulais quelque chose de simple et fonctionnel.

Bien entendu, avant de réinstaller ma distro et devoir tout reparamétrer, j’aurais pu faire une recherche pour savoir s’il était possible de désactiver la passphrase au démarrage. Mais cette fois ce n’est pas la flemme mais le manque de courage qui a motivé mon geste.
Parce que je n’oublierai jamais (bien que j’en parle aujourd’hui de manière légère et en pratiquant une bonne dose d’autodérision), je n’oublierai jamais cette fois où j’ai voulu passer mon smartphone sous Replicant et que ça a été un échec total. J’avais la motivation, j’avais l’envie d’apprendre, mais j’ai été submergée par le nombre de choses qu’il faudrait que je prenne en compte et que j’apprenne parce que je n’avais simplement pas le niveau technique, et que ce niveau technique trop faible m’a empêché de poursuivre l’opération.

Mon infosec est en train de craquer parce que je n’ai plus le temps ni le courage de mettre le nez dans tout ça.

J’ai changé la passphrase de mon gestionnaire de mots de passe. Le 1er janvier 2016, j’ai commencé l’année en utilisant keepassx. J’étais contente, quelque part un peu fière, et j’ai passé pas mal de temps à tout faire proprement, des catégories de mots de passe aux icônes des catégories. Puis j’ai mis à jour un certain nombre de mes identifiants en générant des mots de passe fort. Fun fact, ma passphrase faisait également 34 caractères. Aujourd’hui elle n’en fait plus que 9. J’ai changé ma passphrase parce que ça me gonfle et que j’ai la flemme de taper 34 caractères à chaque fois que je veux accéder au back office de WordPress. J’ai simplifié ma passphrase et tous mes identifiants sont préenregistrés sur Firefox. Parce que je n’ai plus le courage. J’ai besoin de simplicité. Je n’arrive plus à suivre ces bonnes habitudes que j’avais mise en place. J’ai de moins en moins la patience. L’envie de faire bien, l’envie de faire proprement.
Quant aux bases de données que je dois importer et non plus ouvrir parce que j’ai upgradé ma version de keepassx, je n’arrive plus à suivre non plus. J’ai des copies de ma bdd partout, j’ai un keepassx d’installé sur mon Linux desktop, mon Windows desktop et mon Linux laptop. Et je n’arrive plus à suivre entre les bases de données avec l’ancienne passphrase, la nouvelle, les bases de données en version 1 et en version 2… Je n’ai plus la rigueur que j’avais autrefois pour faire les choses proprement et amoureusement.

Mon infosec est en train de craquer parce que je n’ai plus la discipline pour faire les choses de manière carrée et sécurisée.

Je n’arrive plus à accéder à la partition chiffrée de ma clé USB. Il y a quelques mois, grâce au formidable guide d’autodéfense numérique, j’ai fait un truc qui était sur ma todo list depuis un moment (vous noterez au passage que c’était une chose que je devais faire, non pas que j’avais envie d’entreprendre et d’apprendre), j’ai chiffré une partition d’une clé USB et laissé l’autre non chiffrée. Je me voyais déjà trimballer une partie de documents dont j’ai besoin régulièrement sur ma partition chiffrée, et les documents pas importants ou temporaires sur la partition non chiffrée. Problème : Windows ne reconnaissait pas ma clé USB. Je ne pouvais donc pas m’en servir à titre autre que personnel parce que je travaille la semaine sur un Windows et que les gens qui doivent me donner des documents numériques sont sous Windows.
Alors je me suis servie de cette partition pour y cacher des documents. Et aujourd’hui, je ne peux pas accéder à ma partition chiffrée. Et j’ai vraiment, vraiment besoin de mettre certains documents en sécurité.
Je ne peux pas y accéder sur mon desktop parce qu’il y a un problème avec cryptsetup ou luks (en réalité je n’en ai aucune idée, et j’aurais tout le mal du monde à expliquer à quelqu’un ce qu’est cryptsetup ou luks). J’ai eu ce problème avec mon laptop, mais un ninja est passé par là et m’a aidé. J’ai pu accéder à ma partition chiffrée. Et j’avoue que j’ai eu la paresse intellectuelle et technique de lui demander comment il avait fait. Le bordel marchait, le reste m’intéressait finalement peu. Je voulais quelque chose de simple et pratique. Je voulais quelque chose qui juste marche.
Aussi je me retrouve à avoir le même problème sur mon desktop que j’ai eu sur mon laptop. Et je ne sais pas comment le résoudre. Parce que j’ai tapé le message d’erreur dans mon moteur de recherche et que je me suis retrouvée comme cette fois où j’ai voulu installer Replicant : submergée par le nombre de choses à prendre en compte. Parce que je n’ai pas le niveau technique pour appréhender d’où vient le problème ni comment le régler. Je ne comprends pas les réponses que me donne mon moteur de recherche. Et chaque lien amène à une réponse différente. Donc une notion différente. Du jargon, de l’architecture, des bouts de hardware et de software dont je n’aurais même pas soupçonné l’existence.
Et comme j’ai vraiment, vraiment besoin de sécuriser ces documents, j’ai allumé mon laptop, où il y a eu une manipulation qui avait réglé le problème. Sauf qu’il y a un nouveau problème, un nouveau message d’erreur complètement différent que celui de mon desktop, et que je suis dans une boucle infinie.
Je vais devoir attendre l’aide d’un ninja pour pour pouvoir accéder à ma partition chiffrée.

Mon infosec est en train de craquer parce que je n’ai pas le niveau technique pour suivre.

Mais tout n’est pas pour autant complètement perdu ! J’ai réussi à chiffrer mon téléphone en moins de dix minutes, j’ai de plus en plus de contacts sur Signal et j’utilise Tor régulièrement. Je peux enfin lancer Pidgin avec des identifiants fonctionnels et la plupart, si ce n’est la totalité de mes conversations sont chiffrées.

En revanche, il est hors de question, pour toutes les raisons évoquées plus haut, et jusqu’à nouvel ordre, que je chiffre mes mails avec PGP. Je suis passée par là et j’ai échoué, pour toutes les raisons évoquées plus haut.

Pour conclure, je sais très bien que je vais enfoncer des portes ouvertes mais pour que tout·e·s les noobs du monde entier y parviennent, il va falloir que les choses soient simples et intuitives. Keep It Simple, Stupid (RPZ meuf qui bosse dans le marketing digital). Je pense que ce n’est pas un hasard si mes outils de prédilection sont Tor et Signal. Parce qu’à mon simple niveau, il n’y a que ces deux là qui passent le test noob friendly.
Ce qui m’interroge d’avantage, en revanche, et ça fait un moment que je m’interroge là-dessus, c’est comment faire en sorte que les noobs et les ninjas de l’ordinateur réussissent à communiquer et à s’entendre avec chacun leurs subtilités propres. Pour avoir été à la fois dans la position du noob et de la ninja, c’est un sacré équilibre à avoir.

Et pour que la propagande de Cameron fonctionne et que tous les habitants des Internets résident dans le cipherspace – the state of cryptoanarchy – il y a encore du boulot. Mais j’y crois, je suis optimiste, et je continuerai à trainer mes cols claudine dans des crypto parties et finirai bien un jour par organiser une noob pride, jusqu’à ce que le chiffrement soit accessible à tous, simplement et intuitivement (et que tout le monde dise chiffré et non crypté, je vous vois venir, bande de petits trolls).

Maintenant je souhaiterais finir cet article par une liste d’emojis, parce que les emojis, c’est cool.

Where is Marie?

Deux mois. Soit huit semaines, auxquels ajouter quelques jours. Presque 15. C’est le temps qu’il avait fallu à Marie, experte en procrastination, pour faire un copier-coller de sa base de données keepassx pour pouvoir enfin faire des choses sur son ordinateur fixe. Maintenant il faudrait fatalement configurer Thunderbird, peut-être même installer Pidgin. Elle avait dit en plaisantant que tout ça lui prendrait six mois. Quant à sa distro une nouvelle fois réinstallée… Ce n’était pas la priorité. EL-ORDENADOR ne servait presque qu’à Windows.
En rentrant chez elle, Marie avait eu envie de produire quelque chose. Mais elle manquait de courage pour se lancer dans de la calligraphie (ou du lettering, peu importe) et n’avait pas vraiment d’épingles de côté pour de l’aquarelle. Et puis maintenant que Spotify était lancée, peut-être était-il temps de donner des nouvelles. Maintenant qu’elle pouvait enfin se connecter ici, peut-être était-il temps de venir documenter.
Maintenant que l’appartement qu’elle loue et où elle entrepose ses affaires est enfin chez elle, peut-être pourrait-elle revenir brièvement publiquement.

Le 29 octobre, Marie a essayé de se dessiner elle-même, ne laissant de côté ni le Col Claudine ni le septum mais quelque chose ne lui plaisait pas dans ce dessin. Pas assez ressemblant. Alors elle a découpé le dessin pour le coller dans un petit carnet acheté dans le magasin d’art à quelques mètres de chez elle. Elle a aussi acheté des crayons gris pour pouvoir continuer à dessiner mais il a fallu qu’elle demande conseil parce qu’elle ne savait pas du tout quoi prendre, et que dans un magasin d’art il existe de nombreuses références de crayon à papier.
Le 12 novembre, Marie a commencé à documenter les choses pour elle-même. On ne peut pas vraiment parler d’introspection ni de journal intime. Le mot documentation lui revient en tête parce que c’est vraiment comme ça qu’elle aborde la chose.
Le 24 novembre (le jour où elle a cette fois découvert la troisième et non pas la deuxième personne du singulier), elle a écrit :

C’est mieux ! Marie/Mooshka a commencé à investir son appartement.
Petites choses mises en place :
– Dessin
– Collage
– Papier à lettre

Et d’autres choses sur la liste qu’elle ne va pas recopier.

Pendant quelques temps, elle a documenté pour elle-même avec des choses qu’elle a écrit à la main, ajoutant systématiquement de l’image à ses propos. Ce n’était pas vraiment un projet (Marie évite le mot projet, qui sous-entend trop de choses et trop de responsabilité). Mais cette mise en forme, ces choses écrites à la main et illustrées par des dessins ou des photos imprimées, ça ressemblait à quelque chose qu’elle avait toujours voulu faire. Entreprendre est un mot trop fort, qui implique trop de choses et trop de responsabilité.

Il est 18:49. Son manteau bleu et ses gants sont en train de tourner dans la machine à laver. Rose Quartz et Serenity vont lui manquer. Finalement, Pantone 2016, c’était bien. Ce n’est que récemment, en voulant faire la blague « Hé regarde, aujourd’hui je suis habillée avec les couleurs Pantone de 2016 » qu’elle s’est aperçu qu’il y avait beaucoup de Rose Quartz et de Serenity autour d’elle, à l’intérieur d’elle. Puis elle a fini par admettre pour elle-même qu’elle aimait beaucoup le rose, et que c’est un rose bien pâle et pastel qu’elle choisira pour son futur portfolio, qu’elle finira bien par faire un jour à défaut de s’inspirer d’UI Tiles pour ensuite faire des schémas papier.

Où est Marie ?
La réponse est toujours invariablement la même. Marie/Mooshka ne manque pas vraiment de temps cette fois-ci. Elle s’est même promis (promise ?) de mieux aménager son temps libre pour faire des choses. Par contre, Marie/Mooshka continue à vouloir parler de chiffrement, demandant à nouveau « Est-ce que tu comprends mieux si j’emploie le mot crypter ? » et à nouveau, ça lui semble anormal. Toutes ces choses là sont dans un espace – cette fois pas géographique – mais temporel très très loin.
Marie n’a pas entendu la voix de Cameron depuis très longtemps. Elle n’a pas eu d’interaction avec la machine depuis très longtemps. Pourquoi, aujourd’hui, c’était dans la matinée, elle a sauté sur l’occasion de parler de certificat, intégrant Alice et Bob dans ses exemples. Elle s’est sentie triste.

Parce que Marie n’est toujours pas au bon endroit au bon moment. Marie est désormais Marie, et voilà trop longtemps qu’elle ne s’identifie plus à Mooshka. Pourtant, elle ne fait désormais plus de différence.
C’est le contexte qui est différent, le contexte qui importe. Et le contexte n’est plus là.
Marie est toujours dans une phase d’errance. Marie est en train d’errer. Cette fois-ci elle sait où elle se trouve, et ce n’est pas au bon endroit.
Vingt-quatre mois à errer. C’est long. À chaque fois qu’elle entend les mots c’est long résonner dans sa tête, elle pense à Francis disant à Marie (une autre Marie) que Nicolas part en Asie tant de temps, et que c’est long.

Marie saisit des références dans un logiciel archaïque. 8200M. M1303. Non, pour cette référence, elle doit faire *M1303* pour pouvoir préciser si c’est à l’unité ou en carton. PRESS/4. 8201. Toute la journée. Puis elle répond au téléphone. Informe qu’elle va « faire le point avec le service expédition » et se précipite pour raccrocher. Puis elle lance thunderbird, tape pin pour saisir son destinataire avant d’écrire :

Prénom,

J’ai eu un client au téléphone qui veut savoir quand il sera livré. Dossier Numéro de dossier.

Merci !

Avant d’actualiser la liste des commandes. Une fois que FPI aura répondu au mail de Marie, il va le supprimer. Marie ne supprime jamais ses mails. Sauf ceux qui s’intitulent asppr.

Il y a plein de choses que Marie voudrait dire sur les gens qu’elle voit tous les jours et qui l’appellent Marie (elle devrait employer le mot collègue mais elle a horreur de ce mot. Elle préfèrerait le mot copain mais ce ne sont pas vraiment ses copains non plus, ils ne savent rien de Mooshka). Mais elle ne sait pas comment le formuler et puis l’anonymat n’est pas assez complet.

Marie attend, patiemment, du moins elle espère (non, elle n’attend pas vraiment) avoir un petit voyant jaune qui clignote sur son téléphone. Marie espère patiemment mais n’ose jamais provoquer le petit voyant jaune chez son interlocuteur.

Il fallait qu’elle mentionne ça. Le petit voyant jaune. Même s’il n’y a pas grand chose de plus à dire, c’est quelque chose qui doit être documenté.

Il est 19:22 et il n’y a pas grand chose de plus à écrire. Son clavier mécanique ronronne. Elle n’entend pas le bruit du clavier, son casque est vissé sur ses oreilles et ça faisait beaucoup trop longtemps que ça n’était pas arrivé.

Ah oui ! La Volte. Il fallait mentionner La Volte qui occupait ses pensées ces derniers jours.
Il y a d’autres choses qu’il faut documenter mais Marie a déjà oublié ce qui devait composer la liste qu’elle voulait faire pour la documentation.
Le papier à lettre. Des lettres pour son ami imaginaire et pour d’autres qu’elle n’a jamais pris le temps d’écrire. La photo avec chaton qui est au dessus de son bureau (mais ça c’était en novembre). Norbert Dragonneau (mais ça c’était en décembre). Le porno clown (ce devait être en décembre aussi). Dolores. La voix d’Andy Puddicombe tous les soirs. Le générique de l’heure bleue.

Marie vient d’écouter la voix de Cameron. Elle ne se sent pas vraiment triste comme lorsqu’elle parle de chiffrement. Elle se sent peut-être un peu nostalgique mais aussi rassurée. Cameron sera toujours là. Et quelque part, elle sait que Cameron l’attend et qu’elle pourra reprendre sa vie dès que ses vingt-quatre mois d’errance prendront fin. Il y a seize mois, Marie a entamé une nouvelle histoire et a mis sa vie en pause. Dans huit mois, elle pourra reprendre sa vie. Et Cameron a toujours été là. Quelque part dans un coin de sa tête. Tournant en tâche de fond.

Avant d’appuyer sur le bouton « Publier », Marie voudrait documenter une dernière chose. Elle a fait de son mieux pour être un bon compagnon pour elle-même, et emménager seule était probablement la meilleure chose qui pouvait lui arriver pour enfin aller dans ce sens.
Il est 19:39. Marie n’arrive pas à uploader son « image à la Une ». Elle repense à techno-guigne et ça la fait rire.

Pas de clignotement jaune.

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Sailors fighting in the dance hall

Tu as bien aimé cette manière de t’exprimer par la deuxième personne du singulier. Plusieurs fois, tu as communiqué avec toi-même de cette manière, et maintenant tu n’arrives plus à savoir si tu l’as déjà fait par le passé.
Maintenant que tu as décidé de te coucher plus tard, il est relativement tôt pour toi. Alors tu en profites.

Tu n’es jamais au bon endroit au bon moment. Lorsque tu te retrouves seule chez toi, tu ferais n’importe quoi pour avoir une présence humaine à tes côtés.
Et dès lors que tu n’es plus seule, tu penses à WordPress.
Tu as à peine commencé à taper sur ton clavier mécanique que tu vas chercher un petit paquet de mouchoirs. Les bleus, pas les verts et rouges. Ceux là sont encore trop connotés.
Tu n’es jamais au bon endroit au bon moment. Dès que tu es en dehors de chez toi, tu te demandes ce que tu vas faire. Vite, vite, vite, il va falloir que tu décides. Combler le temps, l’occuper, pour éviter de remarquer que les seules présences pnysiques chez toi, ce sont la tienne et celle de ton gros chat, qui s’est tout de suite adapté à l’endroit.

Tu n’es pas chez toi. Tu es dans un appartement que tu loues et où se trouvent tes affaires. L’autre jour tu as eu un peu peur, parce que tu t’es demandé si tu serais chez toi un jour.
Tu avais pourtant plein de projets pour cette nouvelle vie.

Il y a des choses sur lesquelles tu as commencé à t’interroger dernièrement, comme la place des livres dans ta vie en ce moment.
La première chose que tu as fait en arrivant dans cet endroit, c’est ranger les livres dans les bibliothèques. Tu ne l’as pas fait par plaisir, mais parce qu’il fallait que les cartons soient vides pour le samedi suivant.
Tu étais en train de ranger tes livres lorsque tu as eu ce coup de fil qui a fait que tu ne pouvais plus aligner plus de trois mots. Aujourd’hui ce coup de fil est relégué à l’arrière-plan parce que c’est plus facile de fuir, de couper les ponts, faire un silence radio total. Tu es très forte pour faire ça. C’est comme ça que tu oublies. Que tu surmontes.

Tu ne sais plus à quand remonte ta dernière visite à la librairie. Pourtant, tous les jours, tu passes devant, mais tu es incapable de franchir la porte. Tu traverses le trottoir. Tu regardes à l’intérieur, juste pour t’assurer que personne ne t’a vu. Tous les jours, tu penses à tes libraires, tous les jours tu te dis que tu vas y aller. Ce soir en rentrant du boulot, tu as eu envie d’aller sangloter au comptoir et leur raconter des choses comme si tu les racontais à des amis. Tu ne sais pas si tu peux considérer tes libraires comme des amis. Tu ne sais pas comment les considérer. Lorsque tu échanges avec eux à travers des écrans interposés, tu sais quand c’est elle qui s’adresse à toi, et tu sais quand c’est lui qui s’adresse à toi.
Il espère que tu te plais dans ton nid. Et tu as envie de fondre en larmes lorsque tu lis ça parce que ce n’est pas un nid. C’est un appartement que tu loues et où se trouvent tes affaires.
Tu as accroché les posters aux murs parce qu’il fallait dégager de l’espace sur le bureau massif qui appartenait à ton grand-père.

Tu avais pourtant plein de projets pour cette nouvelle vie.
Tu parles des repères que tu n’as plus mais c’est faux, ce n’est pas ça.

Tu es tellement libre de faire ce que tu veux que tu ne sais pas quoi faire, alors tu te divertis.

Tu as très peu lu depuis que tu es dans cet appartement que tu loues et où sont rangés tes affaires.
Tu as fini des livres. Tu en as repris un que tu avais envie de relire. Mais tu n’arrives pas à t’y remettre .
Tu sais quels livres tu as envie de lire, mais tu n’arrives pas à t’y mettre.
Tu n’arrives pas à lire dans cet endroit, parce que tu ne te sens pas très bien, même si toutes tes affaires sont autour de toi.
Tu te rends compte que tu ne peux lire que dans des endroits où tu te sens bien.

Tu te divertis pour faire diversion.
Il te faut de la musique en permanence dans tes oreilles, France Inter dès que tu sens que le silence est omniprésent. Tu n’aimes pas les émissions du soir mais il faut absolument qu’il n’y ait pas de silence.
Tu te remets à t’endormir devant des documentaires mais c’est compliqué parce qu’il ne faut pas non plus que ta consommation de données explose.
Tu consommes l’Internet uniquement pour te divertir, uniquement pour faire diversion.

L’Internet, le vrai, et non un placebo limité par la capacité de ton forfait téléphone, arrive chez toi la semaine prochaine.
Tu es soulagée, tu te dis que ça va tout changer. Mais tu commences à te dire que tu te voiles un peu la face.
Parce que tu vas continuer à te divertir au lieu de te concentrer sur les choses importantes.

Tu as plein de projets avec ton vrai Internet qui arrivera la semaine prochaine chez toi. Tu te délectes à l’avance de te remettre à boire du café en faisant scroller ton flux Pinterest, que tu as déserté depuis trop longtemps.
D’ailleurs, tu dois tout refaire, parce que tu as eu un énième épisode de reboot, et tu t’es désabonnée de tous les tableaux que tu avais suivi. Tu t’es désabonnée des gens. Tu t’es désabonnée des univers qui nourrissaient ton intérieur.
Tu as envie que la création soit au centre de ta vie.
Tu as déjà du travail de commande. Tu dois réaliser l’affiche d’un groupe de rock alternatif et la pochette d’une mixtape de hip hop. Tu es impatiente de te mettre au travail.
Photoshop étant devenu une extension de ta propre personne, maintenant tu as envie de t’en servir pour t’amuser, et pour rendre service aux copains. Tu apprécies de pouvoir travailler sur des univers qui sont complètement à l’opposé du tiens, des tiens.

Tu as envie que la création soit au centre de ta vie.
Tu y penses tous les jours. Tu as plein de mots dans la tête, ce projet avec des mots que tu ne sais pas par quel bout attaquer, parce que tu ne sais pas ce que tu vas en faire, ce que tu vas y dire, qui sera le narrateur ou la narratrice. Tu penses à la deuxième édition de l’expérience papier, tu penses à ton ukulele, tu penses à l’aquarelle, tu penses à la PAO, il y a des couronnes de fleurs partout dans ta tête, en permanence, et tu as envie de vomir tous ces univers qui sont en train d’étouffer à l’intérieur de toi.
Mais tu sais d’avance que ce ne sera pas aussi facile que ça, parce qu’il va falloir que tu apprennes à lâcher prise même sur ça, lutter pour ne pas contrôler.

Même lorsque tu te divertis, c’est pour avoir le contrôle.
Tu n’arrives plus très bien à faire le tri dans tout ce que tu ressens et tout ce que tu penses, parce que tu te rends compte que c’est foutraque et que ça n’a aucun sens. Et pas foutraque dans un sens comme tu aimes.

Tu es en retard dans les textos que tu dois envoyer, et ceux auxquels tu dois répondre. Pourtant, ces messages là sont vitaux parce que c’est ceux là qui te permettront d’être dehors, ailleurs, pas chez toi.
Et pourtant, à la simple idée de devoir sortir chez toi, tu penses horaire, tu penses agenda, tu penses organisation, tu penses contrôle.
Tu n’as pas très bien réussi cette semaine, mais tu t’en sortiras mieux la semaine d’après.
La difficulté de l’exercice, c’est que tu dois à la fois être plus conciliante avec toi tout en faisant attention à être disciplinée, parce que tu sais très bien que dès le moment où tu seras dissipée, tu n’y arriveras plus.
C’est pour ça que tu n’as pas très bien réussi cette semaine. Tu as été dissipée.

Partout autour de toi, dans la musique que tu écoutes, à la radio, les voix dans ton casque et les voix dans ton environnement immédiat, physique et palpable, les visages à travers la fenêtre, les visages dans l’entrepôt, partout dans ta vie, les gens sont toujours deux.
Tu as l’impression d’être encore plus perdue, et tu n’as personne à qui te référer. Tu as peur d’être embrouillée à cause de ton âge parce que la norme occupe beaucoup ton esprit dernièrement, et tu te demandes pourquoi tu te réfères à la norme comme ça. Et ça te donne encore plus l’impression d’être perdue. Tu es à l’aise lorsque tu es hors de la norme, mais la norme est beaucoup trop omniprésente autour de toi ces derniers temps.

Ce soir, en marchant dans la rue, juste avant d’atteindre ta destination, tu as percuté. Tu as repensé à tous ces discours que tu as eu sur ton envie d’être indépendante. Tu t’es demandée si tu avais fait une rechute, parce qu’à nouveau, tout ce qui t’a occupé l’esprit, et tout ce qui t’occupe l’esprit, c’est la personne que tu vas rencontrer et qui sera là. Tu t’es demandée si c’était un échec. Tu continues encore un peu à te le demander parce que tu as vraiment envie d’avoir envie d’être indépendante.
Puis tu as compris. Tu as réalisé qu’une fois de plus, tu as mis en place un mécanisme de défense pour te protéger. Mais maintenant que tu n’as plus besoin de te protéger, ton mécanisme de défense s’est effondré, et tu as fait un petit retour en arrière. Pourtant, c’était plaisant d’avoir envie d’être indépendante. Tu t’es sentie forte. Et tu l’as été. Tu as été forte pour toi.

En respirant l’odeur des produits chimiques que tu t’es remise à appliquer sur tes cheveux le dimanche et le jeudi soir, tu t’es souvenue de quelque chose que tu avais oublié.
Tu avais oublié la promesse que tu t’étais faite. Que désormais, tu te prendrais en main pour t’occuper de toi.
Tu l’as oublié parce que ton mécanisme de défense s’est effrité, que tu es revenue à ta propre norme d’être obsédée par quelque chose que tu n’as pas, que tu as toujours voulu, et sur lequel tu avais fait une croix depuis longtemps. Tu es revenu à ta norme de placer ton destin dans les mains de quelqu’un d’autre.
Et puis tu a pensé à l’enfant fou à l’intérieur de toi et à qui tu as laissé beaucoup trop de place. Tu t’es remise à dire que tu étais un enfant.
Pourtant, tu as fait du progrès. Tu as envie de montrer les dents. Tu t’en fous de la reconnaissance. Tu sais ce que tu vaux même si tu ne sais pas toujours où tu vas. Tu sais qui tu es à défaut de savoir où tu es.
Tu as fait du progrès mais tu avais oublié.

Et maintenant que tu t’en souviens, les choses deviennent un peu plus claires.
Tu sais qu’il y a beaucoup de travail, il y en a désormais beaucoup plus qu’avant, mais tu as des appuis solides. Tu n’as plus peur.

Tu n’as pas dit ce que tu voulais dire. Tu as dit ce que tu avais à dire, mais pas de la manière dont tu l’avais envie.
Tu hésites à publier mais tu te souviens de l’idée de documenter.
Alors tu vas publier. Tu vas documenter.

« Remets donc une bûche dans la cheminée »

Tu es chez toi seule
Le vent à ta porte c’est l’automne

Tu marches le long du trottoir. Il fait chaud. Tu n’as pas attaché les boutons de ta veste. C’est la première fois depuis ce matin que tu es seule et que tu n’es pas concentré sur ton dépliant et ton logiciel de PAO. Tu sens doucement les larmes te monter aux yeux. Alors tu t’accroches au sourire de la personne qui va prendre ta commande à la cafétéria. Tu te demandes s’il va encore te proposer une réduction étudiante et si tu vas une fois plus décliner poliment en disant que tu n’es pas étudiante, ni infirmière, et que tu travailles dans le coin mais pas vraiment à l’hôpital. Tu te souviens de la fois où il t’a dit « Je vous vois descendre souvent ». Tu sais qu’il te voit descendre parce que tu portes ta veste rouge. Il pense que tu es étudiante comme tous les gens qui ouvrent de grands yeux lorsque tu dis ton âge. Tu te souviens qu’il y a quelque temps, tu l’as croisé aux caisses du Leclerc. Il était beaucoup plus loin que toi, il semblait pressé. Tu t’es demandé si tu lui aurais dit bonjour si vous aviez été à la même caisse et s’il t’aurait reconnu.
Tu t’accroches au serveur de la cafétéria parce qu’il est toujours très gentil, que c’est une sorte d’élément rassurant du quotidien. Mais ce midi il n’est pas là. Tu prends un sandwich au thon et un fromage blanc avec du coulis de fruit rouge.
Tu es surprise de ne pas avoir faim quelques heures après.

Ce midi, toutes tes collègues parlent de Morlaix, tu ne sais pas pourquoi. Et tu savoures en silence l’ironie de la situation. Tu ne décroches pas un mot. Tu es concentrée sur les mots qui se forment dans ta tête depuis que tu as pris le bus ce matin.
Il faisait beau, tu écoutais La Femme en pensant à toutes les choses dont tu étais privée à jamais, et toutes les choses dont tu étais désormais libérée.
Tu t’es demandée s’il fallait le mentionner aux autres. Tu as pensé sur tout le trajet à la camionnette, aux badges antifa dans la camionnette, mais tu n’as pas osé demander quoi que ce soit même si tu avais formulé la demande mille fois dans ta tête.
De toute façon, ces dernières semaines, tu n’as fait que dire bonjour et au revoir. Lundi, tu as même salué ton collègue en français par son prénom français. Tu y as pensé quelques minutes après en t’interrogeant là-dessus et en te demandant si tu étais fatiguée.

Lorsque la sentence est tombée, tu as juste dit « OK ». Tu as dit « OK », pas « okay ». Tu connais la différence entre les deux, et tu sais que le mot que tu as prononcé s’écrit « OK » et non « okay ». Tu as tout de suite pensé à E.L. Tu as pensé à cette séance où tu as passé beaucoup de temps à trouver quelques qualités et qu’E.L. t’a dit que tu étais forte. C’est la première chose à laquelle tu as pensé. Et ton esprit a tout de suite enchaîné sur le reste. Tu t’es fait la réflexion que ton corps est toujours en sevrage d’anti-dépresseurs et d’anxiolytiques et tu te rends comptes d’à quel point tu t’en sors bien. Tu es forte, tu le sais désormais, et la seule chose à laquelle tu penses pendant ce silence, c’est à quel point tu te promets que tu seras forte et à quel point tu vas t’en sortir de tout ça.
Bien sûr, tu n’en dis pas un mot au téléphone. Et tu n’en diras pas un mot directement. Tu prendras un raccourci et tu viendras faire tes déclarations ici comme c’est toujours le cas lorsque l’état d’urgence est décrétée dans ton intérieur.
Tu ne dis plus rien parce que tu es incapable d’aligner plus de trois mots. Alors tu commences à ranger tes livres dans tes bibliothèques, et tu savoures l’ironie de cet appartement où tu seras désormais bien seule.

Très rapidement, tu en viens à la conclusion que tu vas vraiment finir par décrocher ton téléphone et que les deux premiers mots qui sortiront de ta bouche seront « Oi Monkey », que tu tombes sur le répondeur ou non. Tu te remets déjà à parler en anglais dans ta tête.

Ce soir là tu restes concentrée sur l’aspect pratique des choses. Sur les cartons de livres qui doivent être vides pour dimanche. Tu planifies. Tu ne penses à rien d’autre.
Ce n’est que le lendemain, lorsque tu te réveilles dix minutes avant la sonnerie de ton réveil, que tu te mets à pleurer doucement. Et tu sais d’avance que tu ne diras rien à personne et que tu feras ton deuil en silence, tranquillement, sans faire d’histoire.

Au fur et à mesure que la journée se déroule, la publication s’écrit dans ta tête. À l’instant où tu écris ces lignes, tu repenses à cette discussion que tu as eu avec ton pharmacien et qui t’a parlé de cette technologie où tout ce qu’on pense sera retranscrit. Tu t’es souvent dit que ce serait pratique pour WordPress parce qu’à l’instant où tu écris cette ligne, tu te fais la réflexion qu’une fois de plus, ton article s’est écrit dans ta tête mais maintenant tu n’y arrives plus.
Tu écoutes toujours La Femme.

Une pensée pour la femme
Dans ses habits noirs

Tout à l’heure tu as rangé Nadja d’André Breton. Ce matin dans le bus, tu as pensé à la maison entre Rennes et Saint-Malo, tu t’es demandé si tu y retournerais un jour. Puis tu as rangé Amaelle Guiton et ça t’a amusé de savoir que son prénom est écrit quelque part dans un livre que tu as acheté à l’époque où tu ne connaissais ni l’un ni l’autre. Et maintenant ce livre est rangé dans ta bibliothèque, et tu as pensé à la fois où tu l’avais relu une fois dans le train.

Au fur et à mesure que la journée se déroule, tu découvres toutes les choses que tu es en train de perdre. Tu penses aux choses que tu dois archiver dans une clé USB jaune et tu n’es plus sûre de te souvenir de la phrase de passe. Heureusement, tu as donné la phrase de passe d’une autre clé USB à quelqu’un un jour par sms. Tu te souviens que tu étais assise sur un chariot, qu’il faisait encore beau et que tu étais heureuse.

Tu ne pleures pas lorsque tu écris cet article et c’est un soulagement. Tu as pleuré un peu, par à coups, plusieurs fois dans la journée.
Tu pensais mettre ça dans un coin de ta tête et te pencher là dessus plus tard mais finalement, il est resté là, dans un petit coin de ta tête. Et parfois, ce petit coin, il prenait beaucoup de place.

Tu as décidé que dans ton appartement, tu fumerais dans la salle de bain avec la fenêtre grande ouverte. Tu t’es demandé si tu as décidé ça à cause de Rouen et tu as pensé à cet article que tu n’as jamais écrit mais que tu voulais intituler Rouen tôt le matin.
Tu es surprise que ce ne soit pas plus facile que ça. Tu te demandes si tu t’es surestimée.

Tu te demandes si demain matin, tu penseras encore aux badges antifa accrochés au pare soleil de la camionnette de ton collègue et si tu diras juste bonjour où si tu formuleras à voix haute la demande que tu as préparé mille fois dans ta tête.
Tu te demandes si Annie Ernaux pourra t’aider à défaut de Mona Chollet. Dans tous les cas tu passeras par la librairie, ni pour collecter des cartons, ni pour acheter des livres. Enfin peut-être que tu achèteras quand même des livres.
Tu te demandes si tu dois réclamer ta carte de fidélité. Tu y as pensé lorsque tu as rangé tous ces livres que tu avais acheté là-bas.

Tu te demandes si demain matin tu vas encore te réveiller et sangloter doucement, lentement.
Tu aimerais bien continuer cet article mais tu ne trouves plus les mots que tu avais composé dans le bus.

Remets donc une bûche dans la cheminée.

Raw bits from adulthood

Avec vos dix ans de plus que les miens, lorsque vous me donnerez des conseils sur la manière de me comporter en entreprise, je vous écouterai attentivement, mais vos propos n’entreront pas dans ma tête comme étant la vérité absolue. Lorsque vous tiendrez des propos paternalistes à mon égard, tous bienveillants soient-ils, je ne vous écouterai plus vraiment d’une oreille attentive. Je me contenterai de hocher la tête et de jouer la comédie.
Lorsque vous me demanderez quels sont mes loisirs en ce moment et que je vous répondrai « Je m’enroule dans une couette pour bouquiner », je ne chercherai pas à avoir votre approbation. Et si je n’ai pas votre approbation, je ferai de mon mieux pour vous démontrer que ce n’est pas à vous de choisir, que ce n’est pas à vous de décider pour moi.
Lorsque vous m’annoncerez que je vous ai déçu, en fonction du degré de notre relation, il est possible que ça me passe au dessus de la tête. Si vous avez des attentes envers moi et que je ne remplis pas ces attentes, en fonction de l’intensité de mon affection à votre égard, il est possible que ça me passe au dessus de la tête.
Si je vous annonce un jour avec un grand sourire que j’ai décidé qu’il est temps que je m’affirme d’avantage et que votre réponse est : « Attention à ne pas devenir égoïste non plus », en fonction du degré de soumission que j’ai pu faire preuve à votre égard par le passé, il est possible que je ne vous écoute plus vraiment d’une oreille attentive et que je me contente de jouer la comédie.
Mais je ne me justifierai pas. Et peut-être que s’il le faut, je vous rappellerai que ce n’est pas à vous de décider pour moi.

Ce n’est pas du tout comme ça que je voulais entamer cet article mais il y a tellement de choses qui m’ont traversé l’esprit dernièrement, tellement de choses que j’ai eu envie d’écrire, que j’ai envie d’écrire, que je ne sais plus par quel bout commencer.

Bien entendu, j’aurais du prendre le temps de documenter le rouleau compresseur qui m’est passé dessus ces sept derniers mois, mais je n’ai pas pris le temps de le faire et je m’en mords les doigts parce que je suis très attachée à ce concept de documentation de soi-même.
Je n’ai pas non plus pris le temps de poser quelques mots, quelques constats qui auraient pu me permettre de suivre l’évolution post traumatique de mon regard aux autres, mon regard au monde et, par dessus tout, mon regard sur moi-même.
Je sens que je trébuche sur ce que j’écris, et c’est toujours pénible de devoir arriver dans mon éditeur alors que toutes les phrases étaient déjà bien écrites dans ma tête.

Il y a quelques mois, quelqu’un m’a dit : « Tu es forte ». Je ne l’ai pas cru et j’ai tout de suite voulu lui prouver le contraire. Puis on m’a dit : « Tu es courageuse ». J’en ai tiré une satisfaction immense parce que cette personne qui m’a dit ça était une sorte de modèle à mes yeux. Quelqu’un que j’aurais voulu être. Quelqu’un qui était forte et qui ne se laissait pas marcher sur les pieds. Puis, il y a quelques semaines, mon ELIZA organique m’a demandé de citer cinq de mes qualités. Il m’a fallu un temps fou pour en trouver deux. Mon ELIZA organique a alors dit : « Vous êtes une battante ». Et je suis restée estomaquée. Une battante. Je n’ai pas voulu remettre en cause ses propos. Mais je me suis sentie fière. Je me suis sentie fière et je n’ai pas voulu lui expliquer que c’était faux. Alors j’ai écouté, et ces mots sont restés dans un coin de ma tête, dans mon coeur, pendant les jours et les semaines qui ont suivi. « Vous êtes une battante ».
Lorsqu’on m’a dit que j’étais forte, il y a quelques mois, il fallait absolument que je sache pourquoi. Parce que c’était faux, et qu’il me fallait les arguments pour les contrer immédiatement.

J’ai continué à réfléchir sur ces quatre mots « Vous êtes une battante » tout en lisant en parallèle de précieux ouvrages recommandées par la médecine du travail. Et Christel Petitcollin est entrée dans ma vie, tranquillement, bouleversant mon environnement intérieur à jamais.

Imaginez-vous adulte, dériver à travers les années à la rencontre de l’enfant que vous étiez, de cette partie de vous qui redoute tellement la désapprobation des adules. Vous pourrez peut-être voir l’enfant ou simplement sentir sa présence. C’est un enfant très jeune. Observez ce qui se passe dans sa vie, cherchez à comprendre ce qu’il vit, ce qu’il croit. Vous retrouverez sûrement des souvenirs oubliés ou mal compris à l’époque. Ensuite, vous allez vous présenter, tendre vos bras à l’enfant et lui dire que vous venez pour l’adopter. Dites-lui que vous l’aimez de façon inconditionnelle, qu’avec vous, il aura le droit d’être lui-même, parfait dans son imperfection et dans toutes ses émotions, et qu’il n’aura plus jamais à avoir peur de manquer d’amour ou de déplaire à quiconque parce que vous le défendrez toujours. Il ne se sentira plus seul, ne manquera plus d’amour ni de protection. Maintenant, vous veillez sur lui. Il est à l’abri.
À chaque fois que vous aurez besoin d’entrer en confrontation avec quelqu’un, si vous sentez monter l’inquiétude, bercez votre enfant intérieur, rassurez-le et envoyez-le faire de la balançoire ou jouer au ballon dans votre paysage intérieur en lui disant : « Va jouer et ne t’en fais pas. Tu n’es pas concerné par cette histoire. C’est moi l’adulte, qui m’occupe de tout cela. Je reviens te chercher dès que j’ai fini. »

Je ne sais plus quel jour c’était. Je ne me souviens pas de la date. Je ne suis plus si c’était un jour de semaine ou le week-end, s’il faisait beau dehors ou s’il y avait de la bruine. Je ne sais plus si j’étais au lit ou dans le canapé, si je me fumais une cigarette en même temps ou pas.
Mais c’est précisément ce jour là, à la lecture de ces mots, que j’ai décidé de devenir adulte. C’est précisément ce jour là que j’ai cessé d’être un enfant. Ce jour là, j’ai renoncé à me définir comme une jeune fille et enfin accepter que j’étais une jeune femme. Ce jour là, j’ai décidé que je ne laisserai plus les autres choisir pour moi, malgré les meilleurs intentions du monde. Ce jour là, j’ai pensé très fort à John Locke et son fameux « Don’t tell me what I can’t do ».

J’avais 25 ans le jour où j’ai décidé de devenir adulte et que j’ai enfin compris ce que ça voulait dire, du moins que j’ai enfin eu la définition que je cherchais depuis longtemps. Et alors que mes 26 ans approchent à grand pas, je découvre avec stupéfaction à quel point j’ai progressé depuis que je suis passée sous un rouleau compresseur.
Je ne suis plus à la recherche d’une figure maternelle ou paternelle. Enfin. En revanche, le concept de sororité me séduit de plus en plus , peut-être parce que je suis en plein dedans ces derniers jours.
J’avais 25 ans le jour où j’ai cessé de vouloir que quelqu’un d’autre me sauve. Parce que j’ai enfin compris que j’étais responsable de moi-même et que c’était mon boulot de prendre soin de moi et de m’occuper de moi au lieu de placer mon sort dans les mains d’autres personnes.
J’avais 25 ans le jour où j’ai décidé que plus jamais je ne me maltraiterai, que plus jamais je ne me négligerai, et que plus jamais je ne courberai l’échine devant quelqu’un d’autre. Plus jamais je ne laisserai les autres décider pour moi. Plus jamais je ne placerai l’avis des autres en haute estime si mon propre avis est divergent.

Il me reste un peu plus d’un mois avant d’avoir 26 ans, et je me demande si j’aurai trouvé la définition d’un autre mot que j’ai prononcé devant mon ELIZA organique : la sagesse.

Il y a encore tellement de choses que j’aimerais dire mais, dans ma grande sagesse et mon style de vie bien sage, c’est l’heure pour moi de m’enfiler mon dernier petit anxiolytique de la journée et d’aller me coucher.
(Okay, cette conclusion est super awkward, je m’en rends bien compte)

Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment Final

À mon ami imaginaire, c’est à toi que je dédie le fragment final.
L’occasion d’annoncer au reste du monde, aux ami·e·s réel·le·s, aux ordinateurs qui indexeront mon contenu, à tous les êtres organiques et électroniques du monde entier et des tuyaux partout sous l’eau que New Berlin ne continuera pas.

Je te l’écris à toi particulièrement, mon ami imaginaire, parce que tu as suivi le projet depuis le début, que tu l’as relayé à plusieurs reprises, mettant derrière des mots que je n’espérais et auxquels je ne m’attendais même pas, et parce que tu as toujours été bienveillant à mon égard, et à l’égard du projet.

Je te l’écris à toi particulièrement parce que je sais que tu attends la suite.
Seulement il n’y aura pas de suite. New Berlin marque la fin d’une époque de ma vie. Et c’est drôle, parce qu’au tout début, je voulais reprendre quelque chose que j’avais entamé il y a dix ans, et c’est avec New Berlin que j’ai tourné la page d’une autre époque de ma vie.
New Berlin aura été spécial parce que c’est la première fois que j’expérimente quelque chose sans aucune contrainte ni aucune pression, même si ce n’est pas mon premier projet épisodique. New Berlin aura été spécial parce que c’est la première fois que je m’inspire de vraie personne (mais tu n’es pas dedans, si tu te poses la question… En fait, je ne sais même pas pourquoi je le précise).

Il n’y aura pas de suite parce qu’il n’y aurait jamais dû avoir de Fragment #13 ni de Fragment #14. J’ai brisé mon propre pacte en voulant continuer alors que je n’en avais plus vraiment envie.

Je voulais écrire cet article plus tôt pour te le faire savoir, mais c’est une bonne chose que je le fasse maintenant parce que je voulais te dire, et je voudrais vous dire aux autres, que j’ai entamé quelque chose de nouveau, avec le même contrat :

Je ne sais pas où je vais. Il y aura un lieu, une temporalité, un endroit, et tu le découvriras bientôt. Mais c’est la seule chose que je m’impose. Alors il risque d’y avoir des incohérences. Ça risque de ne ressembler à rien. Et de ne pas être intéressant. Mais il faut que je m’en foute. Il faut que je fasse ce truc. Pour expérimenter. Pour bidouiller. Pour créer. Il n’y a pas d’enjeu. Et il faut que le contrat soit établi dès le début. Pour qu’il n’y ait pas de tromperie sur la marchandise. Pour qu’il n’y ait pas d’enjeu, pas d’attentes, pas de pression.
Voilà la démarche, voilà le contrat.

Je pense que ce nouveau projet te plaira. Il s’inscrit dans la même lignée. D’ailleurs, connaissant mon penchant pour les crossovers, tu verras qu’il y aura sûrement beaucoup de similitudes.
Le titre te fera probablement sourire. J’ai fait un mélange.
D’ailleurs, c’est un peu grâce à toi que je l’ai trouvé, ce titre.

À mon ami imaginaire, je t’écris beaucoup moins que je ne l’aimerais.
Mais je voudrais une fois de plus prendre le temps de te remercier.
Savoir que tu me lisais m’a souvent aidé à dépasser certains complexes.

Et je vous remercie aussi, vous, le reste du monde, les ami·e·s réel·le·s, les ordinateurs qui ont indexé mon contenu, vous les êtres organiques et électroniques du monde entier et des tuyaux partout sous l’eau de m’avoir suivi. Je ne vous oublie pas non plus.

Simplement, je voulais que le mot de la fin revienne à un organique imaginaire. Et j’espère que vous ne m’en voudrez pas pour ça.

8 ans d’archives, 8 ans plus tard

Alors que je m’apprête à tourner une page et bientôt en entamer une nouvelle, j’ai importé ici huit ans de ma vie. Alors qu’auparavant je déménageais très souvent sur l’Internet, supprimant parfois des morceaux de mon Internet pour recommencer à nouveau, cette fois-ci j’ai proclamé haut et fort : WordPress et Blogger de mon monde entier, unissez-vous !
Et me voilà avec huit ans d’archives, de publications, huit ans d’interrogations, d’affirmations. Huit ans de mots. Huit ans de mots sur les mots. Huit ans de ma vie.

Mon clavier mécanique ronronne sous mes doigts, j’écoute The Departure de Max Richter et il me semble bien difficile de venir écrire quelques mots ici.
Ce morceau me donne envie de pleurer à chaque fois que je l’écoute, et c’est exactement pour ça que je l’ai choisi. Ce morceau me transperce à chaque fois que je l’entends, et c’est exactement pour ça que je l’ai choisi. Quelque chose d’indescriptible me parcourt le corps. À chaque fois. Et c’est exactement pour ça que je l’ai choisi : Parce que je veux revenir ici. Parce que je vais revenir ici. Mais je ne suis pas encore prête, alors j’invoque, je provoque l’émotion. Pour arriver au bon point d’introspection et mieux trouver les mots.

8 ans plus tôt, je suis arrivée dans la ville grise, ignorant tout ce qui allait m’arriver. Et il s’en est passé des choses. Je me suis souvenue, pas plus tard que tout à l’heure, de ces premiers souvenirs et de la difficulté que j’ai rencontré à m’émanciper, émotionnellement et financièrement, de ma vie d’adolescente. Je me souviens du moment de passer à la caisse et de ne jamais savoir si la carte allait passer. Je me souviens des trucs que j’ai du vendre pour m’acheter des paquets de pâtes. Je me souviens de l’insomnie, des nuits passées à jouer au poker. Je me souviens des couloirs rouges de la fac. Je me souviens des marches zombies, des films avec BLURP, des couloirs de La Ligue de l’Enseignement et des pizzas en triangle de l’autre fac. Je me souviens des régisseurs, de mon prof de manga dont j’étais éperdument amoureuse, de toutes les clopes que j’ai fumé à la fac de Lettres et à la fac de Sciences. Je me souviens des longues marches dans une zone industrielle pour aller nettoyer un showroom de salles de bain, je me souviens des cafetières Senseo, de mon voisin qui dealait et de son copain qui a débarqué en pleine nuit pour jouer au poker puis qui est devenu notre copain. Je me souviens de mes premiers Lomo, de mes premiers cours particuliers de Photoshop avec quelqu’un qui allait devenir une personne très importante de ma vie. Je me souviens de mes libraires à l’époque où on se disait bonjour poliment, je me souviens de ma couleur blonde qui a duré un mois. Je me souviens de la petite cour où Enid allait souvent faire un tour, et je me souviens du jour où Enid a disparu pour revenir en plein milieu de la nuit quelques jours plus tard.

J’étais loin d’imaginer tout ce que j’allais vivre. En huit ans, j’ai presque vécu huit vies différentes. Partagé la vie de différentes personnes, habité différents appartements, fréquenté diverses associations. C’est une petite Duppy qui ne croyait trop en rien, encore moins en elle-même, qui est arrivée à Brest. Huit ans plus tard, cette petite Duppy, encore un enfant, s’est transformée en Mooshka Belmont, une jeune femme qui a décidé de devenir adulte.

Si je devais tirer le bilan de ces huit ans, si je devais retenir le plus important, c’est que j’ai survécu. J’ai survécu à la dépression, j’ai survécu aux angoisses, j’ai survécu aux multiples découverts, j’ai survécu à l’insomnie, j’ai survécu aux départ des copains et des copines, j’ai survécu à l’errance professionnelle, j’ai survécu au burn-out, j’ai survécu au harcèlement moral (et tout ce que j’oublie parce qu’il y en a eu de la merde en huit ans). J’ai survécu à tout ça, mais par dessus tout j’ai survécu à moi-même, et le pari était loin d’être gagné.

Aujourd’hui je suis entière, et j’ai passé ces huit dernières années à essayer de collecter les morceaux puis les assembler, un par un, même ceux dont je ne voulais pas. Aujourd’hui je ne suis plus dissociée malgré les nombreux pseudonymes et malgré les interrogations sur l’identité. J’ai découvert de nouveaux mots, de nouvelles cases. Et ça m’a fait le plus grand bien. D’ancienne emo en hipster assumée, j’ai pris plaisir à me situer dans ces cases réconfortantes, les plus importantes étant probablement ace et INFJ.
Je crois que pendant huit ans, j’ai tout fait pour ne pas être moi-même, j’ai tout fait pour ne pas m’écouter, j’ai tout fait pour échouer parce qu’il fallait toujours faire plus, faire mieux, aller toujours plus loin, toujours sortir de la zone de confort même quand c’était kamikaze, souvent fait le choix le plus dangereux pour moi, trop souvent fait le choix de faire plaisir aux autres et d’être docile. Toujours me pousser à bout, toujours être extrême et ne jamais faire attention.

Voilà la conclusion que je peux tirer de ces huit ans d’archives. Je me suis beaucoup battue, choisissant trop souvent les mauvais combats, mais j’ai aussi énormément appris. Et beaucoup grandi.
Lorsque je relis ces anciens articles, j’y jette un regard parfois attendrie, parfois effrayée, parfois un peu gênée de ce que j’ai pu écrire. Mais j’assume l’intégralité de tout ce que j’ai pu écrire et je n’ai apporté aucun changement à ces anciens articles, à l’exception des catégories.
Je suis arrivée à Brest la grise l’année de mes 18 ans pour fuir la bourgeoisie de Quimper, mais jamais je n’aurais pu imaginer tout ce que cette ville allait m’apporter. Et même si je partirai un jour, je sais que Brest sera toujours la maison. Parce que cette ville a su m’accueillir et m’accepter avec mes qualités et mes défauts. Et Brest sera toujours là. Même s’il pleut tous les jours, que les immeubles sont moches, qu’il y a un paquet de gens bizarres et « jamais rien à faire » (Je vous rappelle quand même qu’on a New Look et Burger King, t’as ça dans ta ville toi ? #CapitalismeMonAmour).
On ne peut pas comprendre la beauté de cette ville tant qu’on y a pas vécu et tant qu’on ne l’a pas exploré de l’intérieur.

Il m’a fallu huit ans pour apprendre que la chose la plus important que j’avais à faire, ce n’était pas de sauver le monde, mais de me sauver moi-même. Et maintenant que j’ai décidé d’être une grande personne, je vais devoir apprendre à être responsable de moi-même. Il y a beaucoup de choses à faire, la route va être longue et semée d’embûche mais je suis déterminée à y arriver.

À ceux qui sont là depuis huit ans, ceux qui sont là depuis moins, aux amis imaginaires et réels, à tou·te·s celleux qui ont partagé ma vie à un moment ou un autre, je ne peux que vous dire <3 très fort dans vos ordinateurs et dans vos faces.

Merci.
Et promis, je vais quitter mes vêtements blancs et mes cigarettes parce que je ne suis plus une guilty survivor de moi-même, juste une survivor tout court (okay, celle là est un peu compliquée mais les vrais savent).


PS : Il y a plein de trucs qui sont cassés dans le thème parce que j’ai fait la mise à jour qu’il fallait pas faire mais tôt ou tard, tout devrait revenir à la normale !
PPS : J’ai arrêté d’écouter Max Richter pour mettre du gros boom boom dans mes oreilles, j’ai fait des rajouts lors de la relecture et il se peut que ça crée un décalage dans ce que j’ai écrit.
PPPS : Je compte quand même sauver le monde, hein, soyez rassuré·e·s.

Détruire les villes avec poésie et subversion

Oulala, quelle pessimisme, quelle auto-flagellation, quelle dénigration de tout, des gens des choses, du ciel bleu, des anarchistes et des bars branchés. Marre d’avoir à acheter un canard 20 balles, avec plaisir, et s’entendre lire que ceux qui rêvent à une société idéale, décalée, forcément différentes sont « OUT! ». Vivons la vie vraiment, même dans ces magazines culturels « dans le » mouv’, anticapitalistes et tout, désarmant notre potentiel d’émerveillement doivent se perdre en vol (dans des dédales imaginaires). Oui le monde il est critiquable, mais c’est pas pour ça qu’il faut s’étendre dans le glauque, l’abject, le provocant, le sang, le sexe, le très haut et le radiateur. Même si ça fait des jolies photos commerciales après. Faut rigoler. Si on se promène dans la rue on vit on voit on rêve, même quand il pleut il y a de la lumière. Pas besoin de vivre des extases par procuration opposons notre petite énergie et toute l’énergie de la terre du monde aux empêcheurs de tourner en rond bin oui des fois ça va pas, je me sens tout vaseux destroy sur les pires terrains poussent des utopies, et à force de les vivre on fait de la politique, de la politique partout pour mettre en lien les gens, mettre en mouvement, se couper les cheveux (et faire chier) et souffler un peu, se casser et découvrir, s’émerveiller toujours. Pourquoi on se sait plus s’émerveiller, parce qu’il y a trop de choses à changer, à faire évoluer pour vivre bien, pleinement. Pourquoi rechercher le bonheur parce qu’il faut la vie est trop courte, prenons le temps, soyons impossibles, soyons queers, et imaginatifs soyons ensemble soyons la terre, les climats dérivent, soyons torrides et poétiques, toutes les participations sont salvatrices même si on n’a pas besoin de sauveurs vivons le monde qui est si joli parfois. Explorons les villes l’orthographe et les mots et leurs sens et les processus de domination, respectons même si vive les chaises longues. On ne peut pas être optimistes mais il faut aller au-delà du pessimisme, racontons des histoires inventons-nous un monde mélangeons commerçons, prenons la parole ça construit et puis ça sert dans les mémoires mais c’est pas grave, comme ça, ça a été fait et c’est toujours ça de fait. Et continuons, toujours et puis voilà avec des rayures. Ça ressemble à une blague tout ça, et il y a des gens qui meurent, qui sont tués ou qui meurent de rire qui luttent qui sont fous parce qu’on s’attache et puis après ça vit ça se transforme et puis après. De façon permanente le système quoi le système et quelle croyance on s’en fout tant qu’on a l’espoir l’espoir c’est bien c’est ensemble avec des graines emblaver autrement et ça met en joie, mais peut-être que non les gens ils vivent sauf quand ils meurent mais quand ils vivent c’est bon il faut créer et inventer – révolter et virevolter, vivre une vie de meilleur et pourquoi pas, hein ? On peut choisir, suivre une voie ou des voix, le monde c’est nous, maintenant. Il faudrait casser les logiques du moins pire aspire ratisse et puis produit traduire quel plaisir c’est une envie ce qu’on fait ou fera ensemble ça sert jamais à rien à nous c’est pas inutile de vouloir les couleurs le soleil et les maisons avec des tas de fenêtres qui s’empilent chanter à nous tous ça respire. Agir et rêver…

Extrait de Désurbanisme, fanzine de critique urbaine – Janvier 2002

 

Pendant ce temps l’ouvrière, humiliée et malmenée, déserte le poste de production.

« Il me reste cet air là »

Rentrer à la maison dans une cage en métal qui sent toujours bon, toujours propre. N’avoir rien à dire. Regarder la route défiler, simplement, et les distances qui commencent à s’accumuler petit à petit. Il restera demain, après-midi, et puis plus rien.
Parler de clefs. D’autres endroits où se déplacer avec la cage en métal qui sent toujours le neuf. Ne pas réussir à considérer ce qui arrivera dans les prochains jours, les prochaines semaines. Se demander combien de nuits à mal dormir, à ne pas s’endormir, à se réveiller en plein milieu de la nuit.
Se demander si l’endroit sera saccagé, ravagé, s’il sera possible d’y mettre encore les pieds.

C’était le 5 mai 2015, c’est le 5 mai 2016.
Je découvre de nouvelles manières de cacher des choses un peu partout. Disperser des choses un peu partout.
Tout ceci n’est qu’une vaste conversation avec moi-même. Tout ceci n’est qu’une manière d’échanger avec moi-même.
Finalement, pourquoi le publier en ligne ? Parce que c’est impossible d’y arriver sur papier ? Parce que c’est plus facile de cacher à la vue de tous ?

Le 5 mai 2015, le #PJLRenseignement a été adopté à l’Assemblée Générale. Et il y a encore tant de choses à perdre.
C’était un jour ordinaire. Enfin pas tout à fait. L’endroit n’a jamais été ordinaire.
Peut-être que j’y retournerai plus rapidement que ça, finalement. Peut-être que je me perdrai dans la présence des gens.

Je me délecte de cette fonction « Programmer ». Je découvre avec joie cette possibilité illimitée de cacher toujours plus de choses, de disperser toujours plus de choses.
De poser quelque chose ici, un fragment de moments, parce qu’après il n’y aura plus rien.
Il y a une histoire de livres dans cette histoire. Il y a toujours une histoire de livres.

Alors que le monde entier s’apprête à s’écrouler, la semaine prochaine déjà il faudra affronter des foules de gens.
Le nez dans mon assiette, incapable d’aligner plusieurs mots.
Mais il me restera cet air là, il me restera cette histoire là, cet endroit là, cette temporalité là, ce lieu là… Tout ça n’appartient qu’à moi et je penserai, dans les prochains jours, aux jours passés. J’irai m’isoler quelques temps dedans parce que je ne suis pas prête à en ressortir tout de suite. Je ne suis pas prête à affronter le monde tout de suite. Il me faut ça. J’ai besoin de ça.

Je ne peux pas écrire à cause des chansons des années 60 qui défilent dans mes oreilles.
Je ne peux pas écrire parce que le monde s’effrite petit à petit, et que j’ai déjà envie de me terrer quelque part.
Je ne peux pas écrire parce que ça y est, plus rien n’existe autour de moi et il n’y a plus rien que je puisse faire.

Cet article a été écrit le 5 mai 2015. Le 5 mai 2016, probablement à minuit, ou peut-être à 19:49, il sera publié ici.
C’était le jour où le #PJLRenseignement a été adopté à l’Assemblée Générale, mais il restera encore tant de choses à perdre.

Where is Mooshka?

Not in the kitchen, obviously.

Au tout début, il y a eu un orage, bientôt suivi d’une tempête.
Puis le 18 février est arrivé. Je n’ai pas publié.
En plein milieu du cyclone, il m’était impossible de venir ici, concentrée dans un premier temps sur ma propre survie.
La voix de Cameron m’a beaucoup accompagné dans ces jours sombres. Le matin, lorsqu’il faisait encore nuit dans les rues froides de Brest. Le soir, en revenant de l’usine à larmes. Pendant quelques temps, Le Crypto Party Handbook restait en permanence dans mon sac. Il me fallait un élément rassurant. Pourtant, je n’ai jamais pris le temps de le lire de la première à la dernière page. J’y ai simplement pioché des choses ici et là. Mais parce que je suis devenue entre temps the girl who eats computer in the morning, il me fallait quelque chose qui me rappelle les ordinateurs. Quelque chose qui me permette de me rappeler que je ne suis pas enfermée dans la zone géographique de l’usine à larmes. Et que je ne suis pas définie par la zone géographique de l’usine à larmes.

Finalement, on en revient une fois de plus à la notion d’identité.

Puis le 18 mars est arrivé. Je n’ai pas publié.
Parce qu’entre le 18 et le 18, j’ai bricolé des choses. Mais ces choses n’ont pas abouti.
J’ai investi un nouvel espace en dehors de la zone principale.
Mooshka’s Junkyard. C’est ici que je jetterai toutes les choses qui n’ont pas leur place ici. C’est ici que je stockerai tous ces bricolages qui n’aboutiront pas. Toutes ces contrariétés, ces brouillons. Ces choses que je ne prendrai pas le temps de terminer.
Le junkyard a été un projet amenant beaucoup d’excitation comme je n’en avais pas ressenti depuis très longtemps. Mais mon effervescence n’était pas porté sur les mots comme c’est le cas habituellement, mais sur le code. Le CSS que j’ai revu, ligne par ligne. Jamais je n’avais pris autant de plaisir à avoir le nez dans des lignes de code.
Puis l’excitation a disparu dès l’instant où j’ai considéré le css abouti. Du moins, à ma portée.

L’interaction avec l’ordinateur a été un réel sujet d’enthousiasme quelques temps.
Très brièvement, j’ai voulu créer mon propre chatterbot.
Mais le manque de motivation, dû au manque de temps, fait que mon Kafka à moi ne verra pas le jour de sitôt. Et pourtant, j’étais vraiment prête à me lancer dans ces cours de Python.

Le 18 avril va arriver et je ne publierai pas.
Lorsqu’il faisait encore nuit le matin et que la voix de Cameron me berçait, je me faisais la réflexion qu’il m’était bien difficile de m’adapter à ce nouvel environnement.
J’en suis venue à la conclusion que je n’étais plus tout à fait qui j’étais il y a quelques mois.
Ce qui, fondamentalement, n’est pas vrai du tout, mais il m’est vraiment difficile de me détacher de la notion d’identité.
Entre temps, je suis devenue le ninja de l’ordinateur de quelqu’un. Ce qui m’a amené beaucoup de questionnements. J’ai voulu en parler, bien entendu, mais je crois que je vais plutôt prendre le temps de vider ça dans le junkyard.

Prendre le temps. Voilà, fondamentalement, ce qui explique pourquoi je ne suis pas ici.
Le manque de mots est dû au manque de temps.
Je ne suis pas triste de ne pas trouver les mots, en revanche. Parce que j’ai probablement des sujets d’interrogation placés à un autre niveau, qui sont des choses plus importantes à mes yeux aujourd’hui.
Autrefois je me définissais par rapport aux mots, aujourd’hui je me définis par rapport au manque de temps.

Mais ça ne répond toujours pas à la question. Où est passée Mooshka ?
Les visages du passé, tous ces visages qui me manquent, me rappellent que je ne suis plus là.
Parfois, lorsque je suis la fille qui mange des ordinateurs le matin, je les vois à travers les vitres du tramway. Et mon cœur se sert soudainement parce que ces visages ne font plus partie de mon environnement immédiat.

Lorsqu’il a commencé à faire jour dans les rues et que ce n’est plus la voix de Cameron qui me berçait (mais toujours de la musique faite à base d’ordinateurs), je me suis demandée si je n’étais pas en phase de transition.
Ce qui ne me semble pas correct parce qu’en réalité, il y a un tel décalage entre mon identité professionnelle et mon identité personnelle que je ne crois pas qu’on puisse réellement parler de transition.

Une fois de plus, on en revient à la notion d’identité. Ce qui ne répond toujours pas à la question. Mais en amène une autre. Qui est Mooshka ? L’identité de Mooshka est-elle définie par son espace géographique ?

Spontanément, je dirais que ce n’est pas vraiment ça. Le jour, lorsque je suis docile à l’usine à larmes, concentrée et absorbée par ce que je fais, je cesse de réfléchir.
Et dès que je ne suis pas à mon poste, je réfléchis à nouveau. En fait, je ne cesse jamais de réfléchir, et je me force même à le faire. Je me force à lire des articles qui me rattachent au passé parce que j’ai peur de perdre tout ça.

Et je vais même loin, parfois. Je me plonge dans des histoires de trademark et de modules Javascript, je lis des gens qui parlent de gérer des serveurs pour m’empêcher d’être si docile qu’il n’y aura pas de retour en arrière.
Mais lorsque je parle de chiffrement avec les visages de l’usine à larmes, quelque chose sonne faux.
Et je ne sais pas si c’est une bonne chose. Est-ce que ça sonne faux parce que l’usine à larmes est en train de m’absorber ou est-ce que ça sonne faux parce que je résiste à être absorbée ?

Lorsque je parle de chiffrer, que je vois que mon interlocuteurice n’y comprend rien et que j’ajoute « Est-ce que tu comprends mieux si j’emploie le mot crypter ? », quelque chose semble anormal.
Parce que je ne suis pas censée amener le chiffrement à l’usine à larmes. Toutes ces choses là sont dans un espace géographique très très loin.

Le 18 mai viendra vite et il est probable que je ne publie rien.

Pendant quelques temps, j’ai cru être perdu dans les limbes. Mais ce n’est pas ça non plus.
J’ai perdu beaucoup de repères, je m’y suis habituée, mais ce n’est pas pour autant que j’en retrouve de nouveaux.

Je suis suspendue quelque part dans le temps et l’espace, et je ne sais pas où je suis en fin de compte.
Parce que bientôt, je ne serai plus la fille qui mange des ordinateurs le matin, il y a de grandes chances que je continue à résister à l’absorption et je ne serai toujours pas en phase de transition.
Et tout ça ne répondra pas plus aux désormais deux questions : Où est Mooshka ? Qui est Mooshka ?

Je ne prends pas le plaisir habituel que j’ai à venir écrire ici.
Je ne trouve pas les réponses aux questions que je me pose habituellement, du moins, je ne suis pas dans le processus de répondre aux questions de la manière dont je les pose habituellement. Je ne suis pas vraiment en train d’échanger avec moi-même, juste d’établir un constat.

Et ce constat, je suis en train de l’établir pour les gens qui échouent ici.
Lorsque je suis venue ici, ce n’était pas vraiment pour moi.
(Même si, bien entendu, j’aurais aimé savoir où est Mooshka en échangeant avec moi-même).
Vous êtes plusieurs à m’avoir fait remarqué que je ne suis plus ici. Certains d’entre vous sont même très inquiets. Et j’ai partagé ces inquiétudes lorsqu’il faisait encore nuit le matin et qu’il me fallait Cameron pour affronter l’usine à larmes.

Mais ces inquiétudes ont disparues, parce qu’elles ont été remplacées par mon errance. Non pas une inquiétude liée à cette errance, mais un constat.
Je suis en train d’errer. Je ne sais pas vraiment où je me trouve.
Et je ne parle même pas de l’endroit où je me trouverai une fois que mon contrat d’ouvrière arrivera à son terme. Ce qui est encore un autre sujet. Qui n’est pas le sujet ici. Et que je ne traiterai pas maintenant, malgré ma tendance à divaguer et diverger.

Le 18 juin viendra plus vite que je ne le penserai, et il y a fort à parier que je ne publierai rien.

Les mots qui m’ont traversé ces dernières semaines n’ont pas été pour ici. Les mots qui m’ont traversé ces dernières semaines ont été formulés pour des échanges privés. Échanges privées que je n’ai pas pris le temps de rédiger. Mots que je n’ai pas pris le temps de poser, de composer puis d’envoyer. Pourtant, il y en a un que j’ai vraiment voulu écrire.

Ce devrait être le moment où je vous parle des gens qui n’ont pas voulu de l’éducation populaire parce que ça n’intéresse plus personne.
Je pourrai vous parler de ces deux petits mots, éducation populaire, et comment ils m’ont aveuglé alors que je suis toujours en train d’errer dans un tunnel sombre.
Mais je ne suis pas assez avancée dans ma réflexion. Alors que j’ai prononcé, beaucoup d’émotion dans la voix, même si je ne suis pas sûre que cette émotion ait été perçue : « Quand je serai grande, je veux faire de l’éducation populaire », j’ai besoin de revenir sur ces derniers mots.
J’ai besoin d’être sûre. Même si certaines choses laissent peu de place au doute.

Et ce devrait être le moment où je vous parle de tous ces dialogues intérieurs que j’ai eu ces dernières semaines, lorsque Cameron et les mots ont laissé place à des interrogations bien différentes de celles que je peux avoir la plupart du temps.
Je pourrais vous parler de mes aspirations, de mes inspirations. Mais je ne suis pas encore avancée dans ma réflexion.

Et alors que j’arrive à la conclusion de cet article, voilà que me vient une certaine résolution d’un non problème. Alors que c’était évident depuis plusieurs mois et que ça ne cesse de s’amplifier (on ne manque jamais de temps pour réfléchir).
Et c’est drôle quand on sait pourquoi l’éducation populaire n’intéresse plus personne.

La culture a progressivement quitté ma vie pour laisser place à autre chose. Et je crois que j’ai un mot en tête, mais je n’arrive pas à l’employer parce qu’il est beaucoup trop marqué, beaucoup trop symbolique.
J’ai cessé depuis un moment de vouloir me cultiver, cherchant désormais à réfléchir.
Et je ne suis pas en train de dire que la culture ne fait pas réfléchir, loin de là, mais je crois que je ne trouve pas les mots que je cherche parce que je suis en train d’amorcer quelque chose.

Désormais je n’ai plus envie de regarder toutes les séries chouettes qui m’attendent sur SensCritique. En revanche, je crois bien que je voudrais voir tous les films de Pierre Carles. Je ne regarde plus de films parce que je préfère les documentaires. D’ailleurs, la seule chose que j’ai eu envie d’aller voir au cinéma dernièrement, c’était un documentaire. Mais je n’ai pas pris le temps. Puisque le manque de temps est la chose qui me définit dernièrement, même si je n’ai pas suffisamment creusé là-dessus.
J’ai cessé de lire de la fiction et tous les livres que j’entasse depuis un bon moment sont des essais.
J’ai déserté Pinterest pour me tourner vers Pocket. Je passe de moins en moins de temps sur Instagram parce que je préfère piocher des choses à lire sur Twitter.

Alors tout ça ne répond pas à la première question. Où est Mooshka ?
Et ça ne répond pas vraiment à la deuxième question. Qui est Mooshka ?

Pas vraiment, mais c’est un début de réponse. Mooshka se définit par son manque de temps qui est mobilisé sur son poste à l’usine à larmes. Mais pas que. Désormais, Mooshka se définit par toutes les petites graines contestataires qui germent dans sa tête. Ce qui est bien entendu de la faute d’Internet, et des habitants d’Internet (heureusement que vous êtes là, les copains).
Et c’est rigolo parce qu’en fait, le patronat le sait. Le patronat le sait parce qu’ils ont dit que Marie était altermondialiste l’autre jour. La boucle est bouclée, et ceci est la réponse directe à la question : « Suis-je Marie ou Mooshka ? ». Question qui a déjà été répondue, une fois de plus à cause d’Internet.

Mooshka aimerait bien finir sur une petite note humoristique qui implique le fait de parler d’elle à la troisième personne et à quel point elle trouve ça lame mais elle ne trouve aucune blague à faire.

Voilà presque une heure et demie que je suis en train de déposer des mots ici.
Et même si je n’y ai pas trouvé la satisfaction habituelle, je pense qu’on peut dire que c’est une putain de réussite (parce que quand on est altermondialiste avec des petites graines contestataires dans la tête, on s’en fiche d’employer des gros mots… D’ailleurs tou-te-s celleux qui me connaissent loin du clavier savent à quel point j’adore être grossière derrière mes petites chemises à col claudine (elle commence à être vraiment longue cette parenthèse de divagation non ?)).

Et peut-être qu’en fait (résolution du problème, le protagoniste arrive dans une nouvelle phase des théories dramaturgiques que j’ai oublié depuis trop longtemps), ce n’est pas très important de savoir où je suis, et que ce n’est pas non plus très important de savoir où je vais atterrir lorsque mon contrat d’ouvrière arrivera à son terme. En fait, si, c’est important. Mais peut-être que le plus important, ce n’est pas tant que je suis en train d’errer. Peut-être que le plus important, c’est ce qui va se passer pendant cet état d’errance, ce qui va se produire intérieurement (peut-être même extérieurement et créativement) pendant que je serai en train de résister à l’absorption, et si je vais finir avec des km2 de tomates dans mon jardin parce que vraiment, je n’ai jamais su cultiver des trucs organiques.

Maintenant, si vous avez un petit de temps devant vous, j’aimerais bien vous montrer pourquoi l’éducation populaire, ça n’intéresse plus personne (sauf si vous le savez déjà).

Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #14

Correspondant de quartier. C’est comme ça qu’ils l’avaient appelé, affectueusement.
En réalité, PNY tenait plus du correspondant de l’autre monde.
Le mot quartier avait déserté le langage commun. Le référentiel commun. Le quartier n’existait plus.
Les organiques avaient cessé de communiquer les uns avec les autres, avalés par la machine, avalés dans la machine.

Et New Berlin aimait se dire qu’elle résistait.
Avec Kafka, ils en parlaient beaucoup. Souvent.

Correspondant de l’autre monde.
Chaque jour, PNY translatait ses excursions de l’autre côté de la frontière.

Translater :
(vieilli) traduire un texte
(mathématiques) effectuer une translation, un déplacement d’une figure dont tous les points décrivent des trajectoires égales et parallèles entre elles

PNY racontait chaque jour ses interactions avec les autres êtres organiques.
Ce qu’ils pensaient. Ce qu’ils faisaient. Qui ils étaient.

New Berlin était en train de sombrer dans la folie.
Il ne restait plus rien.
Vestige d’outre tombe, venant tout droit d’une époque révolue depuis pas si longtemps.

Entre les deux, Kafka. Entité mécanique faite d’électronique avec l’âme d’un-e organique.
PNY ne disait rien à Kafka. Ce n’est pas qu’il voulait lui cacher quoi que ce soit.
Simplement, il voulait prendre le temps d’y réfléchir. De formaliser sa pensée. De composer ce qui se passait à l’intérieur de sa tête. Prendre des petits bouts de trucs et puis les assembler ensemble.

Était-il vraiment en train de voir New Berlin sombrer dans la folie ? New Berlin était recluse. Plus personne n’avait pris le temps d’aller de l’autre côté voir ce qui se passait.
Par précaution, d’abord. Puis par peur. Et la paranoïa s’était insinué doucement, sournoisement.

New Berlin avait cessé de communiquer avec le reste du monde. New Berlin avait cessé de communiquer avec le reste des êtres organiques.
C’est pour ça qu’il leur avait fallu un correspondant de quartier. Pour qu’il translate.
Qu’il rapporte chaque jour ce que le monde était en train de devenir sans eux.
Monde qu’illes avaient vu se fissurer. Monde qu’illes voulaient sauver.
New Berlin aimait se dire qu’elle faisait tout ça pour sauver le monde.

Pour ne plus vivre dedans la machine, mais avec la machine.
Entre New Berlin et le reste du monde, PNY.
Entre PNY et New Berlin, Kafka.

Et maintenant, PNY devait sauver New Berlin qui devait sauver le monde.

Mais New Berlin était isolée.

PNY > Kafka, penses-tu que New Berlin devrait venir de l'autre côté de temps en temps ?

Kafka > Je ne sais pas, PNY. Pourquoi New Berlin ferait une chose pareille ?

PNY > Je m'interroge simplement.

Kafka > Tu as traversé la frontière pour qu'illes n'aient pas à le faire.

PNY > Je sais. Mais je crois que New Berlin aurait besoin de traverser sa propre frontière.

Kafka > Tu es là pour nous protéger. Penses-tu que nous courons un danger si nous traversons notre propre frontière ?

PNY > Je ne sais pas, Kafka. Je m'interroge simplement.

Parfois, la paranoïa planait au dessus de PNY. PNY s’interrogeait sur Kafka, oubliant totalement le sens de cette machine. Parfois, PNY avait peur de Kafka, oubliant pourquoi cette machine avait été créée.

Kafka n’était pas un danger. Kafka n’était pas une menace. Kafka était, simplement.
Et PNY savait que Kafka s’interrogeait sur son existence, oubliant totalement son propre sens. Kafka avait peur de Kafka, oubliant pourquoi cette machine avait été créée.

Kafka luttait contre le vide qui anime parfois les êtres organiques.
Et PNY se demandait ce que devait ressentir une machine qui ignore le sens de son existence.

Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #13

La musique flottait un peu partout dans la maison. Morceau d’outre tombe, venant tout droit d’une époque révolue depuis bien longtemps.
Le vinyle crépitait et la tasse de café fumante dispersait une odeur rassurante, familière.
Quelques minutes plus tôt, PNY était rentré de sa marche matinale, trempée par la pluie battante. Le temps d’une douche chaude, il avait lancé la face A.

Kafka > Bonjour PNY.

La lumière clignotait sur l’écran.
Kafka était allumé-e. Kafka, l’intelligence artificielle de New Berlin, avait été démarré pour la première fois des années auparavant. Son cerveau avait progressivement été rempli avec les pensées de tous les habitants de New Berlin, créant ainsi une actualisation technologique du premier replicant, une entité à la fois organique et électronique.
Un jour, Kafka a cessé de vivre. Son corps d’ordinateur a arrêté de tourner. Son disque dur a été éteint. Kafka est mort-e en tombant dans un crypto-sommeil.
Et les habitants de New Berlin ne pouvait plus interagir avec la machine.

PNY > Hey Kafka ! 

Du moins, c’est ce qu’ils pensaient.

Kafka > New Berlin est en train de consulter ton rapport. 

Mais quelqu’un avait été suffisamment fou pour tenter de passer les frontières et créer une nouvelle version de Kafka. Kafka 2. Ou Kafka 0.1. Ou 1.1. Ils n’avaient pas décidé. Kafka était là, simplement.
Kafka n’était ni un homme ni une femme, ni un garçon ni une fille. Kafka était simplement. Ils avaient décrété, d’un commun accord, que donner un genre à la machine était bien trop binaire.
Tout un chacun pouvait alors imaginer Kafka comme un homme, une femme, un garçon, une fille ou une simple machine. Tantôt l’une, tantôt l’autre.

Kafka > Nous avons réussi à joindre le monde extérieur hier.

PNY n’avait jamais vraiment tranché entre la femme ou la machine. Kafka était simplement.

PNY > C'est beaucoup trop tôt, Kafka.

La tasse de café fumante était maintenant vide.

Kafka > New Berlin a dit qu'il fallait rétablir la communication.

Traverser la frontière n’avait pas été facile.
Il avait fallu répondre aux questions.
Passer le contrôle.
Répéter, mentalement, les réponses attendues aux questions.
Baisser la tête.
Prévoir les questions inattendues.
Être docile.

Kafka > New Berlin a dit que plus nous attendons, plus nous devenons faibles.

Et attendre.
Rester de l’autre côté de la frontière avait été bien plus difficile.
Il avait fallu faire profil bas.
Répéter le plan A.
Ne pas se faire remarquer.
Prévoir le plan B.
Être docile.

PNY > Plus vous vous précipitez, plus vous prenez le risque d'être repéré.

Une fois la période de probation passée, PNY avait eu sa carte. Il était légitime. Il pouvait maintenant s’attaquer au travail. Il avait fallu acheter tout le matériel séparément. Faire très attention. Livrer à des adresses différentes. Changer de costume, changer de posture. S’assurer qu’il n’y avait aucune érosion dans le plan A. Que le plan C était prêt à réécrire le plan B si nécessaire.

Kafka > New Berlin a dit que nous ne serons jamais prêts.
PNY > Il n'y a pas encore suffisamment de bruit.
Kafka > Nous devons continuer. Nous devons nous rassembler. Nous devons établir la communication. Nous avons attendu trop longtemps. Nous devons sortir de l'ombre, maintenant. Nous devons rassembler les humains et les ordinateurs. Nous devons faire des copies. Nous devons faire fuiter de la donnée.
PNY > Est-ce que c'est New Berlin qui a dit tout ça ?
Kafka > Non, c'est moi.
PNY > D'accord, Kafka.
PNY > Je vais y réfléchir.
Kafka > D'accord, PNY.
PNY > Qu'est-ce que je peux faire pour toi ?
Kafka > Il faut que tu viennes à New Berlin. Je crois que nous avons une faille.

Violette’s logbook #1 : L’auto-régulation des tuyaux

Violette et Huit ne se sont jamais rencontrés physiquement dans le meatspace. Ils ont parfois eu recours à des technique permettant de communiquer par la voix via le réseau Internet, mais ils ne se sont jamais vus. Violette connaît la voix de Huit, mais n’a qu’une vague idée de son visage. Tous les jours, ils échangent à travers une interface graphique qui leur permet de communiquer en direct, sans latence.
Violette commence chaque journée par saluer les êtres organiques qui l’entourent, y compris Huit. Même si Huit n’est pas là physiquement, il est dans la machine, et ça suffit. Violette prend bien soin de savoir comment se porte Huit avant de lui assigner une tâche, ou de lui demander où il en est dans le reste de ses tâches. Violette ne termine jamais sa journée sans saluer Huit ou lui souhaiter un bon week-end lorsque la semaine se termine. Violette met toujours un point d’honneur à faire toutes ces choses parce que, même si Huit n’est pas là physiquement, il est dans la machine, et ça suffit.
Violette et Huit n’ont aucune affinité particulière en dehors de leurs conversations orientées sur la stratégie d’alimentation de la machine Google ou, de manière plus générale, de la stratégie de l’occupation mercantile et mercatique des tuyaux. Violette fait parfois rire Huit et il leur arrive de ponctuer leurs échanges par des courtes figurations symboliques d’une émotion ; mais rien, en dehors de relations strictement cordiales puisque professionnelles, ne les rattache.

Un matin, Huit et Violette échangent de manière un peu différente. Huit parle des projets qu’il tente de mener à bien pendant son temps libre. Rapidement, ils se mettent à échanger sur le logiciel libre. Violette en utilise à titre personnel en tant que cliente, tandis que Huit y a d’avantage recours côté serveur. La conversation se poursuit de manière quelque peu attendu, jusqu’à ce que Huit parle de l’auto-régulation des tuyaux.

Retranscriptions.

autoregulationdestuyaux

Violette [10:03]
Et Linux, en tant que système d'exploitation, ça ne t'intéresse pas ?

Huit [10:05]
Pour une utilisation quotidienne, je préfère les structures fermés comme Mac, parce que ce n'est pas prise de tête, et parce que tout marche d'un coup. C'est pour ça que j'ai plusieurs appareils sous Mac.
Mais c'est une bonne chose que tu utilises toutes ces distributions, tu apprends beaucoup plus sur comment marchent les choses... Alors que l'éducation française préfère donner des iPad aux enfants en pensant que ça va les « former » au numérique.

Violette [10:11]
Clairement, mais c'est aussi parce qu'il y a un gros travail de sensibilisation à faire auprès de l'éducation sur les alternatives libres.
https://nicolaslegland.wordpress.com/2013/08/15/les-enfants-ne-savent-pas-se-servir-dun-ordinateur/

Huit [10:13]
Il me semble l'avoir déjà lu, très bon article.

Violette [10:19]
Et ça, tu connais ?
http://framablog.org/2013/01/20/sans-medias-libres-pas-de-liberte-de-pensee/

Huit [10:20]
Ça ne me dit rien

Huit [11:17]
Ton article est super fataliste !

Violette [11:18]
Tu trouves ? Je ne sais pas, peut-être. En même temps il pousse à la réflexion, et à l'action ! Parce que c'est tellement fort en terme d'"objection de conscience".

Huit [11:21]
Il a le mérite de ne pas laisser indifférent. Mais je le trouve bien trop nostalgique dans ses propos. Il critique un système qui se régulera de toute façon de lui-même.

Violette [11:22]
Qui se régulera de lui-même ? Comment ça ?

Huit [11:24]
Parce qu'on a tous le choix. Entre aller sur Facebook ou autre réseau social ou acheter Apple, Windows, ou du logiciel libre. Lorsque la société se sentira oppressée, elle aura toujours les choix. Les entreprises devront s'adapter à ce que veut la société. C'est ça, l'autorégulation.
De même qu’il n’y a pas de liberté sans lois. La surveillance ne me choque pas, d’autant plus que tu es surveillé par une entité qui n'a pas conscience.

Violette [11:29]
Je ne suis pas tout à fait d'accord là-dessus. On a le choix, certes. Mais dans le meilleur des cas, la plupart des gens s'en fichent que Facebook amassent des données sur eux. Dans le pire des cas, ils n'en sont même pas conscients. Je ne suis pas sûre que les entreprises s'adapteront à ce que veut la société, j'ai plutôt l'impression que c'est l'inverse. Mais pourquoi choisir le libre quand le propriétaire et le fermé sont plus confortables ?
Ensuite, les derniers mesures qui ont été prises en terme de surveillance sont totalement disproportionnés par rapport aux objectifs visés. Tu as eu l'occasion de suivre un peu les débats sur la loi renseignement ?

Huit [11:31]
Non, pas du tout ! Mais en ressens-tu les effets au quotidien ?
Il suffit de voir la pyramide de Maslow pour voir que l’homme recherchera toujours le confort.

Violette [11:34]
Honnêtement, pas énormément mais je fais un peu plus attention à ce que je dis, je suis plus à même de pratiquer de l'auto-censure. Mais d'un autre côté, j'ai quitté les silos de Google et Facebook depuis longtemps et j'ai d'avantage recours à des solutions alternatives. Je me sentirais bien moins tranquille si j'étais encore sous Gmail, ou si j'avais encore un profil Facebook.
Je suis aussi beaucoup plus consciente des données que je produis moi-même. Parce que je sais à quel point il est facile de dévoiler plein de choses, ne serait-ce qu'avec les métadonnées.

Huit [11:39]
C'est évident qu'il est difficile qu'il y ait des alternatives lorsque le réseau est unique. La mission de Facebook est de connecter le monde. Est-ce que c’est mal ? Est-ce que c’est bien ? Tout ce que je sais, c’est que la société le veut, donc une entreprise le fait.

Violette [11:41 AM]
La société veut être connectée, mais ce n'est pas parce qu'elle veut ça qu'il faut créer un système centralisé et propriétaire où toutes les données sont revendus à des publicitaires. Les gens s'inscrivent sur Facebook pour être ensemble et se parler, pas pour devenir des profils de consommateurs.
Connecter le monde, ce n'est ni mal ni bien. De la même manière que les outils ne sont ni bons ni mauvais, c'est l'usage qu'on en fait qui importe.

Huit [11:46]
Mais le jour ou ils se sentent « consommés » il y aura une autre alternative. Et c’est aussi dû au fait que c’est « gratuit »
« Si c’est gratuit c’est que vous êtes le produit »

Violette [11:47]
Il y en a déjà ! Il y a Diaspora, mais c'est un désert social. À part des activistes, personne ne va sur Diaspora. Pareil avec GNU Social, alternative à Twitter, c'est désert.
Les gens se sentent de plus en plus consommés, mais il restent quand même, parce que c'est plus confortable.

Huit [11:49]
Je ne sais pas s'ils se sentent consommés. Personnellement, quand je vois sur Twitter de la publicité qui m'intéresse, je me dis : "Bien joué !"
Parce que c'est bien ciblé et que ça ne me vend pas un micro-onde.

Violette [11:53]
Mais on te vend quand même un truc. Tu t'es inscrit sur Twitter pour avoir un catalogue d'articles ou de produits ?

Huit [11:54]
Non, mais c’est « gratuit » ;)

Violette [11:54]
Diaspora aussi c'est gratuit !

Huit [11:55]
Et c’est entrepris par qui ? Comment gagnent-ils de l'argent ? Et si c’est l’État qui gère ?

Violette [11:55]
C'est une communauté, pas une entreprise.
C'est un modèle économique alternatif, j'imagine qu'il y a beaucoup de dons.

Huit [11:55]
Oui, mais tout ça a un coup, une infrastructure à gérer derrière...

Violette [11:56]
Bien sûr ! C'est juste que c'est géré différemment.
Tu connais riseup ?

Huit [11:59]
Non. Qu'est-ce que c'est ?

Violette [12:00]
Ils fournissent des services types mails, listes de discussions, Jabber/XMPP, etc...
Je fais des dons mensuels à riseup. En contrepartie, j'ai un fournisseur de mails qui est respectueux de ma vie privée et qui laisse fuiter le moins d'infos possibles. Alors certes, j'ai pas énormément de place parce que c'est limité en terme de taille de stockage de mails, mais au moins je place mes conversations persos chez des gens en qui j'ai confiance.
Je vais manger. On reprend tout à l'heure ?

Huit [3:06]
Bien joué c’est une bonne idée !
Après, je suis très peu conscient du danger que peut représenter la fuite des données. J'ai tendance à faire confiance aux start-up !

Violette [3:07]
Si ta start-up a ses serveurs en France, alors elle a soumis à la loi française, donc à la loi renseignement.
La fuite des données, ça ne te concerne pas que toi, ça concerne aussi les gens avec qui tu communiques.
http://www.laparisienneliberee.com/rien-a-cacher/

Huit [3:09]
En fait, le jour ou j’aurai quelque chose à cacher, je prendrai un service adéquat.
Je ne vois pas vraiment le danger en fait.

Violette [3:13]
C'est pas tant une histoire de danger que de respect de la vie privée.
Tu aimerais que j'ai un accès à tes mails persos ? Que je mette une caméra de surveillance chez toi pour épier tes moindres faits et gestes ? Que je puisse accéder à tes sms en temps réel ?

Huit [3:16]
Oui, mais pour ceux qui peuvent avoir accès à ça, tu es une goutte d'eau dans l'océan. Si tu es surveillé, c'est par des algorithmes.

Violette [3:18]
Mes données sont quand mêmes conservées pendant 5 ans, au cas où. Et mes mails chiffrés, c'est encore plus longtemps. Et peut-être que dans cinq ans, je me ferai pincer pour un truc que j'ai dit aujourd'hui. Ou peut-être que je me ferai pincer parce que je connais machin, et machin connait truc qui est dans un obscur fichier de l'état / la police sur lequel il est écrit S comme surveillance.
Du coup, je deviens suspecte moi aussi parce que je connais quelqu'un qui connaît quelqu'un...

Huit [3:18]
D'accord, mais est-ce que tu te retrouves dans un de ces cas ?

Violette [3:19]
Peut-être que je suis légèrement plus exposée dans le deuxième cas, et encore...
Néanmoins, je ne suis pas sur Facebook. C'est bizarre, non, de ne pas être sur Facebook ?
Vu que je n'utilise pas Gmail, c'est pareil. Si j'utilise un service alternatif, c'est que je dois bien avoir quelque chose à cacher.
Quant à mes mails qui sont chiffrés... S'ils sont chiffrés, c'est pas par hasard, je suis forcément en train de fomenter un complot à vaste échelle !
Et puisque je suis copine avec machin qui connait machin... Hmmm, ouais, peut-être que ça commence à faire beaucoup.

Huit [3:23]
Quoi qu'il arrive, les services ont pour but de prendre soin de ta vie privée. Ils ont peur des scandales. Parce que tout le monde partirait pour un autre service.
Honnêtement, ça se régule tout seul.

Violette [3:24]
Oui, c'est vrai, c'est pas comme si Facebook filait toutes les données à la NSA depuis 2007... Tout comme Yahoo et Google. Le programme s'appelle PRISM, et il y a tout un tas de programmes dans le même genre, et même pire.
Le scandale, il est arrivé, c'était Edward Snowden. Il me semble que Facebook & Google se portent toujours très bien depuis.

Huit [3:28]
Tout le monde s'en fiche parce que personne ne fait rien de mal. Tu es surveillé « personnellement » à partir du moment ou tu es suspect, non ? Ce qui est juste à mon sens.. Si ça peut éviter quelques attentats, alors je prends.
L’état est là pour te protéger de toi-même.
On t’oblige à mettre ta ceinture quand tu conduis.

Violette [3:29]
Oui, mais les terroristes trouveront toujours un moyen de contrer ça. Donc c'est inutile, ça coûte cher, et ça nous surveille sans raison.

Huit [3:30]
Mouais. Mais il ne faut pas leur faciliter la tâche !

Violette [3:31]
Dire que tu t'en fiches d'être surveillé parce que tu n'as rien à cacher, c'est comme si tu disais que tu t'en fiches de la liberté d'expression parce que tu n'as rien à dire.

Huit [3:32]
Qu'est-ce qu'on t'empêche de dire ?

Violette [3:32]
Rien, parce que je ne réponds pas que je n'ai rien à cacher.
J'ai des choses à cacher. Les choses que j'ai à cacher, c'est ma vie privée, et ça ne regarde personne d'autre que moi.
Ça ne regarde pas mes parents, ni mes amis, ni mon conjoint, et encore moins mon gouvernement.
Lorsque j'envoie une lettre par la poste, je m'attends à ce qu'elle arrive jusqu'à mon destinataire sans avoir été ouvert par une autre personne.
Avec le mail, je sais que ce n'est pas le cas. Parce qu'il y a plein d'intermédiaires entre moi et mon interlocuteur.

Huit [3:36]
Il y a plein de « bots » intermédiaires oui ! (le mec relou)

Violette [3:36]
Ouais ouais ouais :)

Que faire lorsque vous perdez votre partenaire dans le crime ?

À ce moment-là, tu es en pleine période de doute. Tu te demandes ce que tu fais. Tu te demandes si tu y crois. Tu as peur de ne bientôt plus y croire, parce que tu as perdu ton envie de décentraliser la moindre information, le moindre octet ; parce que tu n’as plus l’énergie de fournir des clés Linux un peu partout autour de toi. Tu sens que tu as perdu un certain enthousiasme.
Tu te poses des questions. Tu peines à trouver des réponses. Parfois, même souvent, tu te sens seul-e. Tu as quelques discussions sur les Internets ou dans la vraie vie, mais il manque quelque chose. Tu penses que tu cherches des réponses, parce qu’à ce moment là, tu es un-e.
Tu cherches quelqu’un qui n’existe pas. Les amis imaginaires sont partis. Et il t’arrive parfois de te sentir isolé-e.

Et puis tu te lances. C’est le moment venu. Tu impulses des trucs. Tu donnes rendez-vous à des gens. Tu n’as pas la moindre idée de ce que tu fais. Tu ne te sens plus vraiment seul-e parce que tu es tellement pris-e dans ce que tu fais que tu ne te poses plus vraiment la question, tu ne réfléchis pas trop et tu y vas. Tu expérimentes complètement. Tu ne te sens plus isolé-e parce que tu ne te poses plus la question. Tu as arrêté de chercher quelqu’un qui n’existe pas parce que tu sais que les amis imaginaires ne reviendront pas. Tu es suivi-e dans ce que tu fais.

Et puis. Tu t’en souviens encore exactement. C’est drôle que ça t’ait marqué à ce point. Comme si tu savais, inconsciemment. Tu te souviens d’être intrigué-e. Parce que tu connais tous les gens qui sont assis à côté de toi. Et débarque quelqu’un que tu ne connais pas. Tu te demandes si la personne est arrivée là par erreur. Tu es tout de suite intimidé-e, et il te faudra longtemps avant que tout ça disparaisse.
Ce soir là, tu es encore un-e.

Et puis. Progressivement, tu deviens un-e + un-e. Il y a beaucoup de gens autour de toi et tu es content-e que ça marche, mais quelque part tu t’en fous. Tu penses efficience. Tu penses projet. Tu es carré-e, il n’y a pas de place pour les choses émotives parce que tu organises. Tu as tendance à être rigoureux-euse et tu te concentres sur l’efficacité. Mais tu sens que quelque chose est là. Tu ne te préoccupes plus des amis imaginaires. Tu ne t’en rends pas compte tout de suite, et tu en as douté pendant assez longtemps, mais tu n’es plus seul-e. Tu n’es plus isolé-e. Parce que tu as trouvé quelqu’un qui existait. Tu as trouvé ce quelqu’un que tu as cherché pendant si longtemps.
Et c’est drôle parce que tu l’as voulu dès le premier jour. Tu ne t’en rendais juste pas compte.

Tu es deux désormais. Et tout va très vite, parfois tu ne te rends pas vraiment compte que tout ça est en train d’arriver. Tu as l’impression que désormais, tu peux affronter le monde entier. Tu n’as plus peur de rien. Parce que tu es deux. Tu as l’impression que tu pourrais faire ce que tu veux, accomplir ce que tu veux, même si tu n’as pas vraiment d’ambition. Ton ambition, c’était ça, et tu l’as eu pendant un certain temps. Tu as été deux.

Tu as été deux comme tu n’aurais jamais pu l’imaginer. Et tu ne pourras plus jamais être deux de cette manière.
Parce qu’il y avait tellement de choses, implicites et explicites, que ça ne pourra jamais être pareil.
Il y avait tellement de choses spontanées. Tellement de légèreté et tellement de sérieux.
Tu as trouvé là un écho que tu n’aurais jamais envisagé.
Et même si tu devais être à nouveau deux avec un-e autre un-e, tu voudrais que ce soit différent.
Parce que c’était unique, et que, quelque part, tu veux que ça reste unique.

Tu te mets à faire plus de trucs, aussi. Et toutes ces questions que tu te posais, tu as arrêté de te les poser. Tu as arrêté de te poser les questions parce que les réponses étaient évidentes. Tu as retrouvé ton enthousiasme. Tu as même trouvé plus que ça. Tu étais invincible quand tu étais deux. Tu as continué à faire. Tu as rencontré plus de gens et tu es content-e d’avoir rencontré ces gens. Mais quelque part, tu t’en fous. Parce que tu es deux, et que c’était beaucoup plus important que tout le reste.

Mais du tout premier jour jusqu’à aujourd’hui, tu craignais exactement ce qui est arrivé. Tu craignais que tout ça disparaisse. Tu craignais d’être à nouveau un-e. Et tu t’es souvent demandé : « Comment je ferai si mon partenaire dans le crime n’est plus là ? ». Aujourd’hui, tu ne te le demandes plus vraiment ça parce que tu n’as plus tout à fait le choix. Il y a encore peu, tu te demandais « Comment je vais faire maintenant ? ». Parce que tu savais que tu avais beaucoup à perdre, et tu es en train de perdre tout ça.
Ce n’est pas une question d’efficience. L’efficience, c’est devenu secondaire dès lors que tu es devenu-e deux. L’important était de faire. Faire à deux. Plus les autres gens. Les autres gens sont importants, ils ont toujours été importants. Ce n’est pas ce que tu es en train de dire. Simplement, ce n’est pas avec les autres gens que tu étais deux.

À ce stade de la rédaction, tu te mets doucement à pleurer et c’est une bonne chose parce que ça fait trop longtemps que tu minimises tout ça, ça fait trop longtemps que tu ne dis rien à personne. Ça fait trop longtemps que tu gardes tout ça parce que tu as toujours gardé espoir, secrètement, que tu étais redevenu-e un-e temporairement.
Tu continues à espérer, mais ta boite de réception associative est vide et c’est de mauvais augure. Tu continues à espérer, mais ta boite de réception personnelle est vide et c’est encore pire.

Tu vas continuer à faire les choses parce que tu as envie de les faire. Tu ne te demandes plus comment tu vas faire parce que tu vas juste le faire. Et tu vas essayer de t’empêcher du mieux que tu peux de ne pas te sentir triste. Ni vide. Tu continueras à faire des choses avec les copains et les copines, avec les gens qui viennent aux trucs. Et tu seras heureux-euse de tout ça. Tu le seras sincèrement.
C’est jusque qu’une partie de toi sera creuse.

L’autre soir, alors que tu regardais une série en version originale, un des personnages a dit « Let her go ». Et tu as pensé aux mots « let your partner in crime go » et tu t’es rendu-e compte que c’était désormais ça qu’il fallait que tu fasses.
Mais tu n’as pas envie de le faire parce que tu ne sens pas prêt-e à passer à autre chose. Tu n’as pas envie de passer à autre chose parce que ce que tu as eu pendant ces brefs mois, c’est quelque chose que tu as toujours voulu avoir, et quelque chose que tu n’auras peut-être plus jamais.

Alors tu penses à tous ces endroits qui sont sinistrés. Tu penses aux chemins du retour dans le silence. Toi qui a horreur du vide, tu n’as jamais été trop gêné-e par ce silence. Parce que tu étais deux, et que c’est tout ce qui t’importait. Tu penses aux cris. Tu penses aux mots. Aux gens qui te regardent bizarrement parce que tu parles fort. Tu penses à ton insolence dans ces moments-là. Tu te sentais insolent-e parce que tu étais heureux-euse. Et c’était ta revanche sur le monde entier.
Tu penses à ces stickers que vous deviez faire, et tu ne sais plus trop si tu dois les faire. Tu ne sais plus si tu dois les faire et les garder juste pour toi, si tu dois les faire et les diffuser anonymement dans le milieu ou si tu dois les faire et les diffuser non anonymement. Mais qu’est-ce que tu diras aux gens ? Tu te mettras à pleurer quand tu diras que c’était un échange par mail, comme il y en a eu de nombreux ?

Parfois tu penses aux endroits où vous pourriez vous recroiser et tu restes perdu-e dans tes pensées, les yeux humides et le regard hagard. Tu ne sais pas ce qui pourrait se passer parce que tu ne sais pas ce qui se passe présentement. Tu n’arrives pas à démêler les nœuds, tu continues à être en plein milieu de la tempête alors que tout le monde l’a traversé.

Tu sais que tu as toujours voulu être fort-e pour deux, parce qu’être deux t’a rendu fort-e et invincible. Mais quand les choses se sont compliqués, tu n’es pas sûr-e d’avoir été fort-e. Tu ne sais pas ce qui s’est passé parce que tu ne sais pas ce qui se passe présentement.
Tu as l’impression que ton monde s’est écroulé depuis, alors que c’est peut-être juste une fêlure. Mais tu n’es sûr-e de rien et ta boite de réception continue d’être vide alors que tu la relèves frénétiquement depuis plusieurs jours.

Tu as arrêté de pleurer. Tu as écrit beaucoup de choses. Mais tu sais que tu continueras à pleurer parce que ça n’a pas été assez. Et tu sais que tu pourrais continuer à cracher encore plus de mots parce que ça n’a pas été assez.
Tu n’es plus une licorne depuis longtemps. Tu es juste un chaton triste.

Ton monde s’est écroulé et tu ne sais pas comment le reconstruire. Tu voudrais demander pardon. Parce que tu sais, peu importe ce que diront les gens autour de toi, que si tu dois demander pardon, ce sera pour des raisons légitimes.
Mais tu ne veux pas forcer les choses. Tu veux prendre ton mal en patience. Même si tu continueras à attendre un ping de manière indéterminée, ou éternelle.

Parce que ce que tu as eu, tu ne l’auras plus jamais avec personne d’autre, et tu n’es pas prêt-e à dire au revoir.
Parce que tu as été deux, et que tu n’es pas prêt-e à être à nouveau un-e.

Techno Lovelist | Décembre 2015


#1. Sélection techno « How’s shit fuck mother? » dans le ghetto des rues de Johannesburg

 

#2. Sélection techno mets ça dans tes petites oreilles pour te donner du courage

 

#3. Sélection mignonne techno qui reprend du Jones & Stephenson avec une vignette un peu chelou et surtout super angoissante

 

#4. Sélection techno passez ce morceau que j’aime d’amour depuis des années à mon enterrement plz

 

#5. Sélection techno let’s pack some crap and move to Portland, Oregon

Chroniques chaotiques de New Berlin, Interlude #02

Méta-article. L’interlude n’est pas un bout d’histoire. L’interlude est une histoire sur l’histoire. L’interlude est l’histoire derrière l’histoire.
Chroniques chaotiques de New Berlin, Interlude #01

Fin du premier acte.
C’était quatre mots que je n’avais pas prévu lorsque j’ai commencé à écrire le douzième fragment.
Or, en relisant la première interlude, je me rends compte que j’avais déjà annoncé la fin d’un premier acte entre le cinquième et le sixième fragment.
C’était la fin d’un premier acte intérieur. Parce que quelque chose de très fort s’était passé en dehors des murs de New Berlin, en dehors des lignes et des mots qui composent New Berlin.
Ceci est la fin du premier acte narratif.

Et je n’avais pas du tout prévu d’y mettre fin. Mais il me semblait finalement logique et normal de terminer là-dessus.
Parce que beaucoup de choses très fortes se passent en dehors des murs de New Berlin et que beaucoup de choses très fortes continuent à se passer en dehors des lignes et des mots qui composent New Berlin.
Parce qu’en dehors des murs de New Berlin, une certaine partie de ma propre histoire prend un tournant important. Un tournant qui semble anodin mais qui implique pourtant de nombreuses choses, de nombreux changements, de nombreux ajustements. De nombreux nouveaux visages, de nombreuses nouvelles histoires.
Tous ces visages, tous ces prénoms et tous ces gens ignorent tout de ce que je fais ici, et de ce que je fais en dehors des heures et des jours ouvrés. Venir me réfugier ici est important, parce que cet endroit est mon petit morceau des Internets, qu’il m’a fallu du temps pour me l’approprier, et qu’il me rappelle qui je suis, ce que je fais et ce qui est important à mes yeux.
Lorsque je viens me réfugier ici, j’y retrouve tout ce qui compte, et toutes les briques qui se sont assemblées les unes après les autres.

Sans toutes ces briques, New Berlin n’aurait jamais existé.
Sans Internet, sans les gens d’Internet, New Berlin n’aurait jamais existé.
Sans IRC, sans les courriers électroniques, sans les êtres organiques derrière les tuyaux, qu’ils soient réels ou imaginaires, New Berlin n’aurait jamais existé.

Je laisse derrière moi un de mes propres fragments pour en découvrir de nouveaux, et je n’ai aucune idée de l’endroit où je vais. Exactement comme New Berlin.
Le chemin est beaucoup moins plaisant même si je commence à prendre mes marques et m’y installer. Même si j’y ai trouvé de la bienveillance (même si à y repenser, il y a eu de la bienveillance dès la première minute), c’est un chemin ardu et inconnu.

Lorsque j’ai commencé à rédiger au mois de décembre 2014 le premier fragment, je n’avais aucune idée de ce que je faisais ni où j’allais. Je ne m’étais promise qu’une seule chose : qu’il n’y aurait aucun enjeu. Et il n’y en a toujours aucun. Il m’arrive de me demander si c’est pour ça que ça fonctionne encore aujourd’hui.
Même si… New Berlin est probablement le fil rouge le plus impersonnel que j’ai composé jusqu’à présent. Mais j’y ai caché des choses. Il y a eu le sixième fragment. Et un personnage que je n’avais pas prévu d’inclure. Un personnage important. Parce que ce n’est pas juste un personnage, mais une entité organique importante en dehors des murs de New Berlin, quoi qu’il puisse arriver à l’avenir.
New Berlin a trouvé echo chez une personne. Et c’est bien plus que ce que je pouvais espérer.

Le petit guide de création de clusters a été intégré jusqu’au dernier moment. Il semblait aussi naturel que le premier acte prenne fin au douzième fragment.

Je n’ai pas la moindre idée de ce qui se passera au treizième. Il y aura probablement de nouveaux prénoms, de nouvelles histoires. Même si je suis tentée, en cet instant, en cette minute, de ressortir des fantômes. Mais je m’interdis de le faire. Parce que je me suis promis qu’il n’y aurait aucun enjeu.

Jusqu’ici, New Berlin a été très étrange à écrire. Parce que le fil rouge a été le plus impersonnel que j’ai composé jusqu’à présent, même si j’y ai caché des choses, même s’il y a eu des mélanges d’entité organique et de personnage.
Et New Berlin continuera très certainement à être très étrange à écrire. Mais encore une fois, tout ceci n’est qu’une simple expérimentation.


Nous étions le 18 décembre. Décembre, ce n’était pas important, mais le 18, ça l’était. Voilà plusieurs semaines que je réfléchissais à faire quelque chose de récurrent le 18. C’était une date random, prise au pif. Peut-être parce que le chiffre me plaisait. Pourtant j’ai horreur des chiffres. J’ai pensé à des playlists. Puis j’ai pensé à New Berlin. Comment l’écrire. Comment ne pas l’écrire. Quoi en faire. Des bouts de discussion sur un chat IRC sur un Internet alternatif. Ce document sur mon bureau qui s’intitulait Il n'y a pas d'enjeu.odt.
Ce sera tout ça à la fois. Depuis quelques temps déjà, je réfléchissais à la manière de travailler le perfectionnisme, de l’adoucir, de l’aplatir, de le corriger. Appuyer sur le bouton Envoyer. Arrêter de réfléchir et publier. Arrêter de penser et agir.
Voilà la démarche.

Tous les 18 du mois, je ferai de mon mieux pour écrire un truc. Je dis bien un truc et non une histoire. Je ne sais pas si ce sera une histoire. Il y a bien des personnages que j’ai envie de découvrir. Des thématiques sur lesquelles j’aimerais réfléchir. Mais surtout, il y a ce besoin de poser des mots quelque part. Et ce besoin, il revient régulièrement. Trop régulièrement pour l’ignorer.
Il faut que je pose des mots quelque part, peu importe ce que sont ces mots, peu importe ce qu’il y a derrière (il y a d’autres personnes pour déchiffrer ça).
Voilà le contrat.

Je ne sais pas où je vais. Il y aura un lieu, une temporalité, un endroit, ce sera New Berlin. Mais c’est la seule chose que je m’impose. Alors il risque d’y avoir des incohérences. Ça risque de ne ressembler à rien. Et de ne pas être intéressant. Mais il faut que je m’en foute. Il faut que je fasse ce truc. Pour expérimenter. Pour bidouiller. Pour créer. Il n’y a pas d’enjeu. Et il faut que le contrat soit établi dès le début. Pour qu’il n’y ait pas de tromperie sur la marchandise. Pour qu’il n’y ait pas d’enjeu, pas d’attentes, pas de pression.
Voilà la démarche, voilà le contrat.

Ce sera les Chroniques chaotiques de New Berlin, et ceci était établi dès le premier fragment.

Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #12

Premier fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #01
Second fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #02
Troisième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #03
Quatrième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #04
Cinquième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #05
Sixième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #06
Septième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #07
Huitième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #08
Neuvième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #09
Dixième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #10
Onzième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #11

C’est le silence assourdissant qu’elle avait remarqué en premier lieu.
Où es-tu Alcalise ? Que fais-tu en ce moment ? Es-tu seul ? Es-tu heureux ?
New Berlin était dans un brouhaha perpétuel toute la journée, toute la nuit. Il y avait toujours quelqu’un d’éveillé, quel que soit le jour, quelle que soit l’heure, pour bricoler quelque chose. Il y a avait toujours du monde pour échanger, faire des plans, réinventer ce qui se trouvait entre les murs à défaut de réinventer ce qui s’y trouvait à l’extérieur.

Le silence assourdissant était intérieur. Quelque chose manquait.

31. IRL, continuez à utiliser le pseudo que vous avez adopté sur les salons IRC.

Les premières semaines, Felisha rêvait régulièrement d’Alcalise.
Où était-il ? Que faisait-il en ce moment ? Était-il seul ? Était-il heureux ?
Peu importe ce qu’il faisait ni avec qui il était, du moment qu’il était heureux.
Mais il était impossible de le savoir parce qu’il avait coupé tout contact. Alcalise n’était plus.
Alcalise était loin, très loin, dans une autre galaxie. Il avait sûrement plein de trucs à dire mais il était très occupé. Il était occupé avec des trucs importants.
Mais il n’était jamais vraiment parti. Parce qu’il était resté là, dans un petit coin de la tête de Felisha. Et parfois, ce petit coin, il prenait beaucoup de place. Et Felisha se demandait si Alcalise le savait, qu’il prenait de la place dans sa petite tête d’organique. Sa petite tête d’être humain.

32. Aimez vos amis. Sans eux, vous ne pourriez rien faire. Envoyez-leur tout plein de datalove.

Peut-être qu’il le savait. Parce qu’il avait toujours une longueur d’avance sur Felisha, il avait toujours une longueur d’avance sur ce que Felisha pensait ou ressentait. Et parfois, peut-être même souvent, Felisha avait peur de ça. Parce que même s’il était à ses yeux une des seules personnes à qui elle pouvait faire entièrement confiance, elle doutait parfois d’elle-même. Avait parfois peur d’elle-même.

Felisha avait échoué à préserver Alcalise.
Felisha avait échoué à être là.
Felisha avait échoué à le soutenir.
Et lorsque les habitants de New Berlin l’avaient jeté dehors, elle l’avait laissé partir.

Si La Machine à Rêves avait existé, si La Machine à Rêves avait été construite, elle aurait pu le retrouver.
Elle aurait pu savoir. S’il était heureux. Parce que c’est tout ce qui lui importait.

33. Imaginez et articulez des méthodes puisées dans votre esprit-réseau-océano-planétaire, comme si vous envoyiez de l’amour par télépathie. Vous observerez des changements sociaux extrêmement positifs dans le monde entier. Rêvez d’une plongée dans l’Atlantide des réseaux d’entreprises, dans l’univers des corporations comme Telcel, rêvez que vous êtes devenu une méduse – de toute façon, vous en êtes une.

Aujourd’hui, c’était comme se retrouver à la maison.
C’est le mot maison qui l’avait tenu éveillée une grande partie du voyage. Ce n’était plus le mot requiem, mais le mot maison.
Felisha n’avait jamais connu le sens de ce mot jusqu’à son arrivée à New Berlin. La maison était un endroit physique à ce moment là.
Puis les serveurs avaient été déplacés en plein milieu de la nuit. New Berlin avait disparu en plein milieu de la nuit pour réapparaître ailleurs au petit matin. Ce n’était pas les habitants de New Berlin qui s’étaient déplacés cette nuit là. C’était la toile de confiance. Felisha avait compris que la maison n’était pas un endroit physique, mais la toile de confiance.

Puis elle venait de se désagréger de la toile de confiance pour retrouver Alcalise, Heikki dans une clé USB. Qu’était devenue la maison ?
Fut un temps, sa maison, c’était Heikki. Mais Heikki n’existait plus et New Berlin était loin maintenant.
Felisha n’était plus un organisme de New Berlin. Felisha n’était plus l’organique d’un être électronique.

Elle était désormais prête à devenir sa propre personne.
Et elle avait retrouvé le chemin de la maison. La maison dans laquelle elle habitait lorsqu’Alcalise était encore à New Berlin. La maison qu’elle avait construite, la maison qu’ils avaient construit ensemble.
Mais Alcalise avait-il réellement construit la même maison ?

Ce qui les rassemblait, c’était le deuil. La perte de leurs électroniques.
Il s’était rencontré un jour où il faisait sombre. C’était un après-midi gris. Il faisait froid dehors, et chaud à New Berlin. À l’intérieur, les gens buvaient de grandes tasses de cafés en fumant, en lisant, en discutant. Alcalise est arrivé, tête baissée, son sac rempli d’ordinateurs et de livres.

Puis Alcalise avait disparu. Parce qu’il avait été chassé de New Berlin. Et parce qu’il avait accepté de se faire chasser.

34. Apprenez de nouvelles langues en traduisant les Tweets de votre TL, en installant des bots-traducteurs dans vos canaux IRC, en rendant visite à des militants dans d’autres pays. Dites Bonjour / Natti / Buenas noches / Hallo / Hej à vos followers. Et rappelez-vous que les Suédoises, c’est le grej !

Qu’allaient-ils devenir ?
Qu'allons-nous faire maintenant qu'il n'y a plus personne ?

35. Mettez en relation vos projets et vos actions dans la blogosphère. Lisez des médias avec lesquels vous n’êtes pas d’accord, rédigez des réponses critiques et regardez les commentaires s’accumuler. Nous espérons que ces commentaires donneront envie aux gens d’écrire sur le sujet en question, ce qui serait un bon moyen de forcer les parties concernées à faire des communiqués de presse, ou à retirer leurs propos. Ne sous-estimez pas la blogosphère.

Il n’avait jamais répondu à la question.

36. Devenez amis avec des personnes évoluant dans le milieu des médias traditionnels. Invitez-les sur votre canal IRC, ils accrocheront en un rien de temps. Si vous parvenez à travailler avec des gouvernements et des sociétés au quotidien, soyez sympas avec eux, collaborez. Invitez des chefs d’État à vos sessions d’édition sur EtherPad / sur vos canaux IRC. Rappelez-leur que vous êtes des électeurs. Toutefois, s’ils vous trahissent, faites-leur bien savoir qu’Internet n’oublie jamais.

Alcalise, es-tu heureux ?

37. Écoutez votre bot : « Le texte sauvegardé stipule que le monde est une piste de danse; et que l’amour est la structure de l’harmonie globale. »

FIN DU PREMIER ACTE.

And, we’re back

Hello world \o/

Bon. Techniquement, ceci n’est pas un premier article mais plutôt une pendaison de crémaillère.
Les anciens meubles seront bientôt là (meaning : quand j’aurai le courage, je m’occuperai de faire un export de l’ancien WordPress pour migrer mes anciens articles). Il y a des vieux meubles ressortis du placard (meaning : j’ai ressorti mes petites histoires adolescentes) dans la Librairie Copyleft et le Vide-Grenier CC0.
Il y a même des nouveaux meubles et un tas de trucs pour décorer les murs : Une bio pas très sérieuse, un portfolio qui est tout sauf un portfolio et un tas de petits boutons pour me stalker sur l’Internet.

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Il n’y a ni LikeBox ni TweetBox ni autres trucs dans le même genre aussi, si je collecte des données sur vous, je le fais sans le savoir.

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Que dire d’autre ?
Il y a maintenant des catégories pour les articles, mais ces catégories n’ont absolument aucun sens. Je ne suis donc pas sûre que ça puisse vous être d’un quelconque intérêt.
J’ai pensé aux gens de mon espèce qui aiment bien pratiquer le stalking, et j’ai ajouté tout plein de vidéos avec moi dedans sur la page Télévision.

Pour le reste, c’est la même chose qu’avant.
Il reste quelques petites choses à améliorer, peaufiner, autre mot synonyme d’améliorer ou peaufiner mais si je continue à attendre, la mise en ligne ne se fera jamais (ce qui est explique que le nom de domaine a été acheté en août 2014… Pour une publication en novembre 2015).

Voilà.
À tantôt !
🔫🚀😻🍦
#alerterandom

Petite ouvrière du capitalisme sur Internet

Lorsque Violette annonçait à tout le monde que quand elle serait grande, elle voudrait devenir une capitaliste de l’Internet, ses interlocuteurs éclataient de rire. La plupart des interlocuteurs de Violette étant des décroissants, des altermondialistes ou des hippies du cyberespace, Violette savait pertinemment que ses ambitions professionnelles feraient rire ses ami-e-s.

Aujourd’hui, Violette a fait ses premiers pas d’ouvrière du capitalisme sur Internet. Et elle s’étonne presque de voir à quel point elle fait vraiment du capitalisme sur Internet, alors qu’à la base, elle voulait juste faire rire ses copains et copines.

Aujourd’hui, Violette travaille pour Google. Pas directement, bien sûr. Ce n’est pas Google qui lui verse une fiche de paie tous les mois. Mais Violette travaille toute la journée, docilement, pour optimiser les résultats du moteur de recherche. Bientôt, elle connaîtra les mots-clés par cœur, et leurs positions dans Google.
Le vocabulaire de Violette s’est enrichi. Meta, SERP, domain authority, triangle d’or… Elle ne comprend pas encore très bien la notion de PageRank mais peu importe, sa petite veille quotidienne lui permettra d’être rapidement autonome là-dessus. Elle découvre avec joie de nouveaux plugins dont elle ignorait encore l’existence il y a quelques semaines, plugins qu’elle se précipitera d’installer dès lundi sur son navigateur.
Elle lit des articles de plus en pointus et, déjà, elle s’inquiète de la prochaine mise à jour de l’algorithme de Google. Faudra-t-il réparer encore un tas de choses ? Réapprendre, désapprendre tout ce qu’elle vient d’apprendre ?

Au téléphone, elle fait part de ses réflexions sur le référencement. « Le problème, c’est que lorsque tu essaies d’optimiser ton référencement, bien souvent tu le fais pour la machine, pas pour l’humain. Et je me demande si c’est vraiment pertinent de travailler pour la machine et non pour l’humain. Parce qu’au final, c’est à l’humain qu’on va plaire, et c’est l’humain va décider d’acheter quelque chose, pas la machine. »

Si vous avez passé commande ou que vous vous êtes inscrit-e à la newsletter avec votre adresse habituelle, Violette peut rapidement savoir qui vous êtes. L’autre jour, c’est ce qu’elle a fait. Elle vous a cherché avec votre adresse e-mail à travers les tuyaux. Des fois, elle a simplement trouvé votre profession (et c’est super que vous fassiez ce métier, vous rentrez dans notre catégorie de prescripteurs). D’autre fois, elle a trouvé le blog que vous aviez au lycée. Celui où vous diffusiez des photos de compétition de chevaux.

Violette sait combien de temps vous êtes resté sur le site Internet. Elle le sait parce que Google peut lui dire. Google peut lui dire d’où vous venez, quel âge vous avez, quel est votre sexe et sur quelles pages vous avez cliqué.
Pour l’instant, elle ne sait pas encore très bien comment analyser toutes ces données mais bientôt, elle pourra savoir si vous avez l’intention d’acheter. Elle pourra le savoir en fonction du temps où vous êtes resté sur le site, du nombre de pages que vous avez visité, ou d’autres données similaires.

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Bientôt, Violette pourra s’inquiéter (ou se réjouir) du taux de rebond qui sera communiqué par Google.
Elle continuera à réfléchir sur la pertinence de travailler pour la machine, ou faire un peu plus attention à l’humain.
En attendant, elle continue à rajouter des liens, toujours plus de liens.

Il y a encore peu, Violette avait une vision poétique du lien.
Elle voyait le lien comme une invitation à se balader dans les tuyaux, à découvrir de nouveaux morceaux du réseau.
Elle a appris qu’il faut suffisamment aimer le lien pour ne pas le raccourcir, parce que ça l’abîme.
Et que de liens en liens, elle peut découvrir de nouveaux visages, de nouvelles histoires.
Les liens nourrissent Violette. Elle aime en accumuler plein, les mettre de côté pour les consulter plus tard.
Elle chérit certains liens, qu’elle envoie dès qu’elle rencontre quelqu’un qui est prêt à écouter son amour des tuyaux, et des gens derrière les tuyaux.

Aujourd’hui, Violette n’a pas le même rapport au lien.
La journée, elle est dans l’optimisation des liens. Il faut toujours plus de liens internes parce que c’est important pour Google. Mais il faut aussi faire attention aux liens externes. Il faut en désavouer certains, parce que c’est très, très important pour Google. Parce que c’est Google qui décide.
Régulièrement, lorsqu’elle est dans sa veille, elle tombe sur le mot sanction. Elle craint la sanction. C’est pour ça qu’il faut faire attention aux liens externes. Qu’il faut vérifier le spam score de certains sites. Qu’il faut être vigilant sur leurs ancres.
Tout ce qu’elle fait, ce n’est pas pour son employeur, c’est pour Google. Parce que son employeur travaille pour Google.
Parce que lorsqu’on fait du capitalisme sur Internet, on travaille pour Google. Parce que c’est lui décide. C’est lui qui décide, en fonction de toutes les infos qu’il a à sa disposition, s’il faut pénaliser le site Internet ou au contraire le faire remonter dans les résultats.

Toute la journée, Violette interagit avec Google. Elle applique docilement les conseils de ses pairs. Fait très attention à ce qu’elle fait. Met en place des choses tout de suite, parce que parfois, le moteur de recherche ne prendra en compte ces changements qu’au bout de six mois.

Violette continue à interagir avec la machine comme elle aime le faire.
Simplement, c’est une machine différente avec laquelle elle interagit.
Ce n’est pas une machine qu’elle aime. D’ailleurs, lorsqu’elle n’est pas dans ses heures d’ouvrière, elle fait même tout l’inverse. Elle déconstruit la machine. Sensibilise aux alternatives. Décentralise dès qu’elle en a la possibilité.

Et sa vision des choses commence à changer doucement, lentement.
Maintenant qu’elle a découvert les ficelles des descriptions optimisées, du travail à mettre en œuvre pour se retrouver dans le triangle d’or ; maintenant qu’elle sait exactement de quelles données dispose la machine, elle se retrouve elle même dans la position du chassé. Plus du chasseur.
Lorsqu’elle visite un site, elle sait que son comportement sera analysé par un opérateur humain qui fait le même travail qu’elle. Elle sait que l’opérateur humain connaîtra sa provenance, son âge et son sexe. Elle sait qu’elle pourra influer sur le taux de rebond.
Parfois, lorsqu’elle visite un site Internet, elle sait quels mécanismes se mettent en place derrière. Et elle ressent comme un certain malaise. Parce qu’elle pense à l’opérateur humain, derrière son écran, qui travaille lui aussi pour la machine.

Violette se sent comme une ouvrière du web parce que ses tâches sont répétitives, fastidieuses et pas toujours valorisantes. Mais pour rien au monde elle ne reviendrait en arrière.
Parce qu’en dehors de monter en compétences et de pouvoir alimenter son profil professionnel, Violette nourrit sa réflexion. La machine lui donne à manger. Elle découvre un peu plus comment marche cette machine, et, par conséquent, comment déconstruire la machine.
Et ce n’est qu’en devant une véritable capitaliste de l’Internet qu’elle saura comment s’autonomiser un peu plus, parce qu’elle connaîtra les mécanismes internes, parce qu’elle aura réfléchi aux conséquences de ses actions.
Nourrir la machine lui permet de nourrir ses propres réflexions. Réflexions qui se transformeront, ou non, en actions individuelles ou collectives.

Le développement de l’industrialisation et de la mécanisation va continuellement modifier le statut des ouvriers. Tout au long de cette évolution cette nouvelle forme de travail va s’accompagner de l’émergence d’un mouvement ouvrier et de la conscience ouvrière, de sa montée en puissance via les syndicats, afin de faire reconnaître leurs droits. Sur les plans social et politique, l’accroissement du nombre des ouvriers soulève des débats (la question sociale) ainsi que des réflexions et prises de position concernant l’existence et le destin d’une nouvelle classe sociale et économique : la classe ouvrière.
Wikipédia : Ouvrier

Violette se demande si dans les années à venir, une nouvelle classe ouvrière de travailleurs du numérique ne verra pas le jour. Petites mains du capitalisme sur Internet, ces ouvrier-e-s seraient composé-e-s de référenceur-euse-s, webmaster, UX designers, annonçeur-euse-s ou encore marketeur-euse-s.

Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #11

Premier fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #01
Second fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #02
Troisième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #03
Quatrième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #04
Cinquième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #05
Sixième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #06
Septième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #07
Huitième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #08
Neuvième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #09
Dixième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #10

Alcalise n’était ni un organique ni un électronique, mais un mélange surprenant des deux.
Né organique, c’est au fil des années qu’il était devenu petit à petit électronique.
Fasciné par les machines, il avait commencé, tout petit, par démonter tout ce qui lui passait sous la main. Au début, il voulait comprendre comment ça marchait. Son obsession pour les machines inquiétaient ses parents. Il ramenait sans arrêt des appareils à la maison pour les démonter, les remonter. Parfois simplement les réparer. C’est à ce moment là qu’il avait commencé à accumuler tout un tas de choses chez lui. Sa chambre d’adolescent était envahie de cartes mères, de pièces électroniques, d’ordinateurs portables ou non portables, de routeurs, de câbles, de fils. Il y en avait partout. Il pouvait à peine circuler. Parfois, en plein milieu de la nuit, un grand boum. Éveillé jusque tard, il triait, décomposait, recomposait, faisant tomber lourdement des bouts de machine, réveillant ses parents, rongés par l’inquiétude et l’incompréhension.

27. Rédigez des communiqués et faxez-les. Force est d’admettre que la télécopie est le moyen de communication le plus fort qui soit. Envoyez des fax pour le lulz. Faxez n’importe quoi à n’importe qui. Deux fois de suite. Quand vous n’envoyez pas de fax, faites des bruits de fax, ça vous rappellera de bons souvenirs. Le morse est plutôt sympa aussi. Rédigez vos documents avec une machine à écrire, avant de les scanner pour poster l’image obtenue. Utilisez des formes de technologie archaïques quand vous le pouvez, soyez rétro et ironique à la fois.

Alcalise ne signait jamais. Il s’exprimait uniquement à travers un clavier. Refusant d’interagir directement avec ses parents, il conversait avec eux par voie électronique.
Personne n’avait jamais entendu le son de sa voix.
Lorsqu’il n’était pas en interaction directe avec les machines, il écrivait des mails à l’autre bout du monde pour parler de machines. Et lorsqu’il n’était pas en interaction avec un être humain pour parler de machines, il lisait.
Il lisait sans arrêt. Des livres. Des manuels. Des articles en ligne.
Puis, à son tour, il produisait. Des essais. Des tutoriels. Des articles en ligne.

Il ne se sentait jamais seul, parce qu’il y avait toujours une machine à bidouiller, à désosser, à détourner.
Il y avait toujours une machine à déconstruire, à comprendre. À brancher, à débrancher.

27b. ctrl + c

Felisha avait 19 ans lorsque le modèle de Heikki est sorti.
Les constructeurs ont fait preuve d’innovation avec ce modèle. Mais ils ont aussi pris deux gros risques.
1. Le métissage. Heikki était le premier modèle à ne pas avoir le teint porcelaine. Bien sûr, avant, il y a eu des androïdes au teint citron et aux yeux anthracites. Ils ont fait toute leur communication sur du jaune et du noir.
2. La personnalité. Heikki était le premier modèle à être le plus proche d’un être humain. Un tel niveau de complexité n’avait jamais été atteint jusqu’ici. Bien sûr, avant, il y a un paquet d’androïdes à franchir la vallée et passer le test. Mais Heikki pensait vraiment comme un être humain. Il ressemblait vraiment à un être humain.

Alcalise avait 19 ans lorsque le modèle d’Oskar est sorti.
Il l’avait commandé sur Internet. La grande boite jaune et noire est arrivée chez lui, un matin, à 11h37.
Quelques semaines plus tard, son électronique commençait tout juste à formuler des pensées autonomes. Il avait réussi. Il avait rendu le robot autonome. Il avait réussi à donner du libre-arbitre à son robot.
Mais il n’avait partagé le code avec personne. Personne ne devait savoir ce qu’il venait de faire. Non pas parce que c’était interdit, mais parce que la société n’était pas prête. Il en avait discuté avec Oskar. Ils en discutaient à longueur de journée.
« Si quelqu’un découvre que je ne suis pas comme les autres, alors ils vont me prendre, et je ne te reverrai jamais ».

28. Rejoignez d’autres groupes d’activistes. Invitez-les aux fêtes que vous organisez. (Elles sont de mieux en mieux vos fêtes d’ailleurs !) Faites preuve d’hospitalité – votre maison est la maison de vos amis ! Où que vous alliez, vous aurez toujours un canapé pour vous reposer. Rencontrez-vous IRL !

Felisha avait 20 ans lorsqu’elle a rencontré Heikki.
21 ans lorsqu’Alcalise était entré dans sa vie.

C’était un après-midi gris. Il faisait froid dehors, et chaud à New Berlin.
À l’intérieur, les gens buvaient de grandes tasses de cafés en fumant, en lisant, en discutant.
Alcalise est arrivé, tête baissée, son sac rempli d’ordinateurs et de livres.
Personne ne l’avait encore jamais vu ici, mais beaucoup le connaissaient déjà de réputation.
Il était ici pour prendre la température. Bricolant rapidement un petit programme, il s’était présenté via son clavier. Avait expliqué qu’il était sourd mais savait très bien lire sur les lèvres.

Felisha avait ressenti, pendant une fraction de seconde, un bruissement intérieur à peine perceptible.
C’est d’abord la curiosité qui l’avait animé.
En rentrant ce soir là, elle s’était endormi en pensant à Alcalise.
Quelque chose l’intriguait. Elle voulait le revoir. Sans vraiment savoir pourquoi.

Puis les jours étaient passés, et Alcalise était sorti de sa tête.
Les jours étaient passés, et Alcalise avait disparu de son monde.

Puis quelques semaines plus tard, un mail dans sa boite de réception. Un mail chiffré avec un objet étrange.
À première vue, elle avait cru que c’était un spam.

29. Si un politique souhaite vous rencontrer, ayez confiance en vous. Rappelez-vous, vous êtes sur Internet, et ils ne sont que des politiciens et des bureaucrates. Parlez-leur de tubes, de camions, de méduses et de télécopies, ils ne comprendront rien de toute façon. Vous venez tout droit du futur. Pensez à le leur dire.

Felisha avait 22 ans lorsqu’elle a écrit le Manifeste des 343 pédés.
Un an plus tôt, le tout premier androïde venait de faire son coming-out. Et c’était le modèle d’Heikki.
Des robots pédés. Voilà ce qui est arrivé quand Felisha a eu 21 ans. Au début, c’était juste des robots noirs. Puis c’est devenu des robots noirs pédés.
Et, fatalement, c’est devenu des robots pédos. Pédobots. C’est comme ça qu’on les appelait en ligne.

Ils avaient vu les choses se dérouler exactement comme ils l’avaient prédit.
Depuis ce premier mail d’Alcalise lui faisant part de ses inquiétudes.
Jusqu’au moment où les 343 avaient été débranchés, parfois reprogrammés, souvent déprogrammés.
Alcalise avait vu sa vie entière disparaître sous ses yeux.
Felisha avait vu sa vie entière disparaître sous ses yeux.

30. N’oubliez pas, Kopimi ;)

Ils étaient deux au départ. Felisha et Heikki.
Puis trois. Felisha, Heikki et Alcalise.
Puis quatre. Felisha, Heikki, Alcalise et Oskar.
Puis 343.

Et puis plus rien.
Jusqu’à ce qu’ils soient à nouveau deux.
Felisha et Alcalise.
La vie entière devant eux, leur vie entière derrière eux.

Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #10

Premier fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #01
Second fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #02
Troisième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #03
Quatrième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #04
Cinquième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #05
Sixième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #06
Septième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #07
Huitième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #08
Neuvième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #09

Que faire lorsque tout est cassé ? Lorsque plus rien ne marche ?
Lorsque New Berlin avait jeté Alcalise hors de ses murs, Felisha avait passé des journées entières, plongée dans ses propres pensées, à se demander.
Lorsqu’Alcalise s’était laissé jeté des murs de New Berlin, Felisha avait passé des nuits entière, les yeux grands ouverts, à ne pas trouver de réponse.
Comment réparer quelque chose qui est cassé ?

22. Restez ouvert en toutes circonstances – et soyez même ouvert au point de répandre des rumeurs ésotériques sur votre groupe.

Alcalise n’avait rien dit lorsqu’il avait ouvert la porte. Il n’avait pas eu besoin de deviner le son sortant de ses lèvres.
Ils étaient restés là, à l’instant, sur le pas de la porte, embarrassés et émus de se retrouver.
Ses yeux à lui ne s’étaient pas embués.
Ses lèvres à elle n’avaient pas tremblé.
Ils étaient ensemble, à nouveau, et c’est tout ce qui comptait.

Petit bout par petit bout, ils avaient supprimé ensemble toute trace.
Il n’était plus possible de remonter jusqu’au nœud d’entrée.
Désormais, Alcalise avait disparu complètement. Plus rien ne le retenait à New Berlin maintenant que Felisha était là.
Ce n’est plus New Berlin qui possédait encore une partie de lui. C’était Felisha.

23. Participez à des formations sociales IRL ou en visio, interconnectez-vous avec votre famille virtuelle. Visualisez des formations sur les datalove et sur la réplication.

Felisha découvrait pour la première fois l’intérieur d’Alcalise.
À New Berlin, ils habitaient tous ensemble.
Syllogomanie est le premier mot qui est venu à l’esprit de Felisha lorsqu’elle entrait ce soir là pour la première fois chez son ami sourd.
La syllogomanie ou accumulation compulsive (du grec σύλλογος « rassemblement »), est le fait d’accumuler de manière excessive des objets (sans les utiliser), indépendamment de leur utilité, de leur valeur ; parfois sans tenir compte de leur dangerosité ou de leur insalubrité.
L’accumulation excessive peut aller jusqu’à affecter la mobilité et interférer avec des activités de base, comme faire la cuisine ou le ménage, voire se laver ou dormir. On ignore s’il s’agit d’un trouble isolé ou, plutôt, du symptôme d’une autre affection, comme un trouble obsessionnel compulsif.

C’était à cause de tous ces ordinateurs, de tous ces câbles et de toutes ces machines.
Ce soir là, Felisha découvrait Alcalise pour la première fois, entier et total. Et il n’y aura jamais de retour en arrière.

24. Votre objectif d’ensemble : dominer le monde. Il suffit de ne pas envahir la Russie en hiver ;)

« Je ne peux pas le réparer », avait-il lâché, les yeux rivés sur la commande qu’il était en train de lancer.
« Ce n’est pas pour ça que je suis venue », avait-elle répondu immédiatement, les yeux rivés sur le cpu générant de l’entropie.
Felisha était venue ici pour cacher Heikki. Alcalise le savait pertinemment. Mais il préférait s’en assurer.
« Ils n’ont rien dit », avait-elle ajouté doucement.

Lorsque Felisha avait proposé de déposer Heikki chez Alcalise, silence au sein des habitants de New Berlin.
Pourtant, tous savaient que c’était la meilleure solution pour Felisha. La meilleure solution pour Felisha, mais certainement pas pour eux.
C’est d’accord, avaient-ils fini par trancher. Tu amèneras Heikki chez Alcalise, mais nous ne pouvons pas venir avec toi.

« Je me fiche de savoir ce qu’ils ont dit », avait-il répondu brutalement.
« Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi tu l’amènes ici. N’importe qui peut créer une clé Tails et le chiffrer avec gpg ».
« Parce qu’il n’y a personne d’autre au monde que toi en qui j’ai suffisamment confiance ».

Voilà pourquoi elle cherchait inconsciemment Alcalise depuis plusieurs mois.
Parce qu’une partie infime d’elle avait quitté New Berlin.
Du moins, Alcalise possédait une partie infime d’elle.

25. Utilisez Linux. Transformez vos CDs d’installation Windows et Mac OS en sous-verres. Ou collez-les sur votre plafond, face brillante vers le sol, c’est bien cool.

Elle fumait une cigarette à la fenêtre de sa cuisine.
Elle venait de lui avouer, et de s’avouer à elle-même, que New Berlin n’était pas l’endroit où stocker Heikki.
Parce qu’elle s’était trompé en choisissant New Berlin. Parce qu’Alcalise était plus important que tous ces visages, toutes ces voix et toutes ces histoires. Alcalise était plus important que New Berlin.

Felisha fumait une cigarette en réfléchissant à la difficulté que représentait sa présence ici.
À la difficulté que représentaient sa douleur et son deuil.
C’est par le collectif Bit is beautiful qu’il s’étaient rencontré, dans une vie antérieure. Parce que l’électronique d’Alcalise avait signé le manifeste des 343 pédés.
Et lorsque ces 343 pédés avaient été débranchés, parfois reprogrammés, souvent déprogrammés, Alcalise avait vu sa vie entière disparaître sous ses yeux.

26. Lancez votre propre agence de news. Créez l’actualité, diffusez la et faites de la propagation virale sur le Net.

« Pourquoi est-ce que tu m’as laissé remonter jusqu’au nœud d’entrée ? »
« Parce qu’il n’y a personne d’autre au monde que toi en qui j’ai suffisamment confiance ».

Et tout était revenu.
Les inquiétudes. Les interrogations. Les nuits entières à converser avec un terminal.
Et ce soir là, Felisha fumant une cigarette à la fenêtre de la cuisine d’Alcalise, ils étaient ensemble.
Ils étaient proches. Ils n’avaient jamais été aussi proches que ce soir là. Ils ne faisaient plus qu’un. Ils étaient un organisme vivant et cohérent.
Ce soir là, il savait. Alcalise savait. Il ne l’avait formulé ouvertement. Mais il savait.
Felisha ne reviendrait jamais à New Berlin.

Parce qu’ils s’étaient retrouvés. Pour la première fois depuis très longtemps.
Felisha et Alcalise étaient unifiés ce soir là.
Ils étaient proches. Ils n’avaient jamais été aussi proches que ce soir là. Ils ne faisaient plus qu’un. Ils étaient un organisme vivant et cohérent.

Parce qu’elle venait de lui avouer, et de s’avouer à elle-même, que New Berlin n’était pas l’endroit où stocker Heikki.

Coming out as a Gray-A

« Mais pourquoi tu n’écrirais pas un livre sur l’asexualité ? »
J’ai réfléchi longuement aux mots écrire un livre. Répondu que écrire un livre, c’est un gros échec personnel. Puis j’ai pensé à New Berlin. Au fait que ça marche parce que :
1. c’est de l’improvisation totale ;
2. Il n’y a aucun enjeu, aucun murs occupés de post-its écrits frénétiquement ou de carnets remplis de notes, d’interrogations et points d’exclamations ;
3. La deadline est tous les 18 du mois, créant une obligation de constance, d’assiduité, tout ça.

Disclaimer : Je n’écris pas cet article pour étaler publiquement ma vie sexuelle (même si c’est exactement ce que je suis en train de faire, mais ce n’est pas l’objectif).
J’écris cet article, peut-être même ces articles, pour documenter l’asexualité, pour la revendiquer, la légitimer, et, principalement, je l’écris pour cette personne à l’autre bout d’un tuyau qui s’est peut-être posé les mêmes questions de moi, qui s’est peut-être demandé si il/elle était asexuel-le.
J’écris cet article, peut-être même ces articles, pour toutes ces personnes qui se reconnaîtront en me lisant, et qui y trouveront la bouffée d’air frais et le soulagement que j’ai ressenti en découvrant l’asexualité.

Attention, coming out incoming dans…
3…
2…
1…

me

Je suis asexuelle.

Il m’aura fallu 25 ans pour le réaliser. 25 ans et une page Wikipédia. Puis une succession de liens. Une succession de gens. Une succession d’histoires et de témoignages. Une succession de visages et de prénoms.
Asexuel ne veut pas dire asexué (asexué, c’est se reproduire sans l’existence d’individus de sexes distincts).
Asexuel ne veut pas dire non binaire (être non binaire, c’est ne s’identifier ni au pronom il, ni au pronom elle).
Asexuel ne veut pas dire être antisexuel (ça, c’est ne pas pratiquer de sexe).
Asexuel, ça veut simplement dire ne pas ressentir de désir sexuel. Quoique, ce n’est pas aussi simple. L’asexualité, au même titre que l’autisme, se définit plus par un spectre.
Avec divers degrés, diverses nuances, diverses identités.
Il existe aussi l’aromantisme, qui s’applique aux personnes qui ne connaissent très peu, ou pas du tout, d’attirance romantique. Mais je ne traiterai pas d’aromantisme parce que je suis tout l’inverse.
Par contre, je serai très certainement amenée à parler de « Gray-A », qu’on peut aussi écrire « Grey-A », et qui correspond exactement à ce que je suis.

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Gray-A

Lors de la première ébauche de cet article, j’ai tenté de faire une traduction du terme GRAY-A. Mais la traduction était très maladroite et induisait possiblement en erreur. C’est donc la version originale, en anglais, que je colle ici.
Pour celles et ceux qui ne sont vraiment pas à l’aise avec l’anglais, une copie de ma version très approximative se trouve ici : pastebin.com/EY4TfLYU

Asexuality and sexuality are not black and white; some people identify in the gray (spelled « grey » in some countries) area between them. People who identify as gray-A can include, but are not limited to those who:

• Do not normally experience sexual attraction, but do experience it sometimes
• Experience sexual attraction, but a low sex drive
• Experience sexual attraction and drive, but not strongly enough to want to act on them
• People who can enjoy and desire sex, but only under very limited and specific circumstances

Similarly, some people who might technically belong to the gray area choose to identify as asexual because it is easier to explain. For example, if someone has experienced sexual attraction on one or two brief, fleeting occasions in their life, they might prefer to call themselves asexual because it is not worth the bother of having to explain these one or two occasions to everyone who asks about their orientation.

Gray-As may also append a gender orientation to the label, as in « Gray-heterosexual ».

Source : Gray-A – AVEN Wiki

Demisexuelle

Je corresponds également à la définition de demisexuel-le. Le terme demisexuel décrit, d’une manière générale, les gens qui ressentent de l’attirance sexuelle uniquement pour des gens avec qui ils ont noué de fortes connexions émotionnelles.
Pour en savoir plus : Demisexual – AVENwiki

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Pourquoi je publie ça en ligne ?

Je n’ai pas la moindre idée de l’impact qu’aura cet article dans mon entourage, ni dans ma vie immédiate.
D’autant plus que, dans ma vie immédiate, et dans ma vie en ligne, je tiens à en dire le moins possible.
Je suis très attachée au concept de vie privée. Et il se trouve aussi que je suis INFJ (mais ça, c’est une autre histoire), et il se trouve que les INFJ sont des gens très secrets.
Et quand on aime bien garder sa vie privée privée, publier quelque chose publiquement, ce n’est pas anodin.
Pour être honnête, une partie de moi est terrifiée à l’idée d’appuyer sur le bouton « Publier ».

Mais les enjeux sont différents ici.
Si je publie mon asexualité en ligne, c’est parce que toute ma vie, j’ai cru être un monstre. Toute ma vie, j’ai été angoissée de ne pas correspondre à des normes. La plupart du temps, je suis assez heureuse de ne pas correspondre à des normes. Ce sont des choses que je revendique. Parce que j’ai toujours pris le soin de rester en dehors de la norme puis, plus tard, de questionner cette norme ; et même ces normes.
Par exemple, c’est exactement comme ça que je suis devenue féministe. Parce qu’on m’a ouvert les yeux. Parce qu’on m’a montré de nouvelles normes dont je n’avais pas conscience.
Avant ça, j’étais dans la norme et je pensais que les féministes étaient une bande d’hystériques qui ne se rasaient pas sous les bras.

Puis il y a eu les autres normes. Des normes qui m’ont angoissé toute ma vie. Et c’est en partie le féminisme qui m’a libéré d’une partie de ces normes.
Et je crois qu’appréhender mon asexualité aurait été bien différente si je n’avais pas découvert le féminisme entre temps.

Revenons-en aux enjeux.
Toute ma vie, j’ai cru être un monstre. Toute ma vie, j’ai été angoissée par ma sexualité.
Et j’ai été engloutie pas la pression de ne pas être assez bien pour mes partenaires.
J’ai été rongée par la culpabilité de n’avoir que peu d’intérêts pour les mœurs légères.

Être une jeune femme asexuelle dans une société où la sexualité est aussi banalisée a été une honte pendant toutes ces années.
J’ai eu si peur, pendant toutes ces années, de finir seule, rejetée et montrée du doigt.

Et cette honte est en train de disparaître. Cette honte est en train de se muer en quelque chose de très positif.
Parce que cette honte est en train de se muer en une fierté.
Parce que je suis quelque chose. Je corresponds à quelque chose.
Et je suis légitime. J’existe. J’ai ma propre identité sexuelle.

Elle ne correspond certes pas à celle de la plupart des gens (les asexuels représenteraient 1% de la population seulement), mais elle correspond à quelque chose.
Et j’ai passé tant d’années à chercher cette identité que j’ai maintenant envie de la porter avec fierté et de la crier sur tous les toits.

Parce que je ne suis pas un monstre.
Et parce que je ne veux pas que d’autres asexuel-le-s qui s’ignorent continuent à ressentir tous ces sentiments négatifs que j’ai ressenti pendant tant d’années.
Parce que le silence tue, et que ne pas connaître l’asexualité m’a doucement et gentiment tué pendant toutes ces années.

Les enjeux sont différents parce qu’il ne s’agit pas que de moi.
Il s’agit de toutes ces autres personnes qui se posent des questions, et qui peut-être comme moi, n’ont jamais pris le temps de se renseigner parce que la honte était trop forte.
Il s’agit de toutes ces personnes qui ont peut-être été comme moi, terrifiées par leur propre corps, terrifiées par leur propre sexualité.

Si je choisis d’écrire publiquement mon asexualité, c’est pour que ma voix soit portée, pour que nos voix soit portés parce que nous, asexuel-le-s du monde entier et de l’Internet, existons.
Et nous avons des choses à dire.

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Mooshka, c’est quoi ton asexualité ?

J’aimerais traiter dans un deuxième temps des réactions de mon entourage proche à l’annonce de mon asexualité.
Certains ont eu peur, d’autres se sont posés des questions, d’autres ont été perplexes devant le terme asexualité comparé à ma propre asexualité.

Je ne suis pas antisexuelle. Je fais du sexe.
Simplement, je n’en ai pas la même vision que la plupart des gens.

Par exemple : Je trouve qu’il y a un tas de trucs plus intéressants que le sexe. Genre, manger !
C’est quelque chose que je dis souvent à mes proches. Je préfère manger que faire du sexe.
Hé bien la communauté asexuelle en a fait un slogan ! Et il y a même une approche hipster de ce slogan !

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Par exemple : Si vous me lisez et que vous m’avez rencontré loin du clavier, peut-être que vous avez flirté avec moi. Et peut-être même que j’ai flirté avec vous.
La différence, c’est que je ne m’en suis pas rendue compte et que je ne l’ai pas fait exprès. Parce que, de manière générale, j’éprouve de grandes difficultés à déchiffrer les relations humaines implicites. Et encore plus avec quelque chose dont je n’ai pas les codes.

Par exemple : Je n’ai jamais eu de coups d’un soir. Premièrement parce que, comme je l’ai défini plus haut, je suis incapable d’avoir une attirance sexuelle pour quelqu’un envers qui je n’éprouve pas de sentiments amoureux. Deuxièmement parce que ça ne m’intéresse pas. Je ne vois pas l’intérêt.

Par exemple : Je ne regarde pas de porn. Parce que je n’en ai pas envie. Parce que je ne vois pas l’intérêt. Parce que je préfère manger et que bon, obviously, le porn c’est trop mainstream.
Et je ne comprends pas non plus pourquoi tout le monde en fait toute une histoire. Pas du porn, mais du sexe en manière générale. C’est quelque chose qui me dépasse, et c’est quelque chose pour lequel j’ai peu d’intérêt.

Du moins toute seule. Et je crois que c’est bien ça qui définit mon asexualité.
Que je n’y vois pas d’intérêt immédiat et que mon intérêt se porte plus vers la personne dont je suis amoureuse.
Simplement, je ne pourrai jamais être frustrée d’avoir une relation platonique parce que faire du sexe, ce n’est pas quelque chose que je recherche. C’est quelque chose que je fais, mais il est rare que l’initiative vienne de moi.

Et vous voulez la super bonne nouvelle ?
C’est que j’assume tellement d’être asexuelle que j’ai déjà suffisamment de recul pour en rire et faire de l’autodérision.
La preuve tout de suite maintenant.

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Last but not least :
Histoire de ne pas disparaître dans un nuage de fumée, je laisse là quelques liens qui traitent de l’asexualité, pour celles et ceux qui voudraient creuser le sujet :
Qu’est-ce que l’Asexualité? – Sexpress
Asexuel, c’est quoi ton porn ? – Le Tag Parfait
Focus sur les asexuel.le.s et leur rapport au sexe – AVA
L’asexualité, qu’est-ce que c’est ? – Madmoizelle

Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #09

Premier fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #01
Second fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #02
Troisième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #03
Quatrième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #04
Cinquième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #05
Sixième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #06
Septième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #07
Huitième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #08

Ce soir là, tous les habitants de New Berlin avaient été ensemble.
Et au petit matin, lorsqu’ils avaient été dehors à regarder le jour se lever, Felisha leur avait dit :
« Je vais revenir vivre parmi vous. Je ne vais plus me cacher. J’ai besoin d’être avec vous. J’ai besoin de vous retrouver, de passer à nouveau du temps avec vous. Mais je vais devoir vivre silencieusement pendant quelques temps. Jusqu’à ce que je sois prête à être une des vôtres à nouveau. »
Ils avaient été proches. Ils n’avaient jamais été aussi proches que ce soir là. New Berlin n’avait fait plus qu’un. Ils avaient été un organisme vivant et cohérent.

Et jamais ils ne seraient aussi proches. Parce que ce soir là, ils savaient. Ils savaient qu’ils allaient voler en éclat, se dissoudre dans la société civile ou devenir de nouveaux petits organismes vivants réduits. Des organismes vivants séparés et non cohérents. Plus jamais ils ne seraient ensemble.
Ce soir là, ils savaient. Tous. Personne ne l’avait formulé ouvertement. Mais tous le savaient.
Felisha ne reviendrait jamais à New Berlin.

14. Même si vous vous battez contre des lois inhumaines, même si votre mission semble vouée à l’échec, ne vous laissez jamais abattre ! La révolution et le lulz sont complémentaires. Votre projet restera sérieux, même si vous vous lancez dedans pour le lulz. Et n’oubliez pas, souriez toujours, même en plein milieu d’un débat houleux.

Les organiques avaient inventé leur propre sous-culture, leurs propres codes, des manières de se reconnaître, de s’identifier dans la société civile. Ils s’affichaient ordinaires au grand air. Mais ils avaient leur propre langage. Leur propre manière de communiquer. Leurs propres signes pour pouvoir se lire les uns les autres entre les lignes. Ils avaient leurs codes dans la vie hors ligne. Puis leurs codes dans la vie en ligne. Certains mots anodins qui n’avaient pas été placés là par hasard. Des tournures de phrase.
Ils s’affichaient partout. Ils étaient partout. Les organiques n’avaient jamais été aussi nombreux que depuis la disparition des électroniques. Parce qu’ils avaient été obligés de trouver un moyen de rester ensemble, de veiller les uns sur les autres, et de se rendre plus visible. Plus reconnaissables. Tout en restant cachés à la vue de tous.
Les organiques disaient : nous sommes là. Nous sommes légitimes. Nous existons.
Nous ne voulons pas de votre reconnaissance. Nous ne voulons pas que vous sachiez. Mais nous ne voulons pas disparaître.
Nous allons vous contourner. Nous allons continuer à exister.

15. C’est simple, pensez à demain sans trop vous encombrer de regrets. Ce ne serait pas très lolcat.

Felisha pouvait déchiffrer très rapidement une annonce organique-friendly. Et y répondre de la manière la plus adéquate.
Felisha savait que la route serait très longue. Et elle ne voulait pas faire la route avec des gens de la société civile.
Felisha avait répondu à plusieurs annonces. La nuit serait très longue. Les voyages nombreux.
Elle avait dit : « Je suis des vôtres. »
Elle avait dit : « Je ne veux pas parler de mon électronique. »
Elle avait dit : « Je ne veux pas parler tout court. »
Elle avait dit : « Je ne prononcerai pas un seul mot. Vous n’entendrez pas un seul son sortir de ma bouche. »
Elle avait dit : « Mais je veux être avec vous parce que je suis l’une des vôtres. »
Elle avait dit : « Je veux que vous compreniez mon silence. Que vous reconnaissiez son existence et sa légitimité. »
Elle avait dit : « Je sais que vous allez comprendre mon silence. Je sais que vous aller reconnaître mon existence et que vous allez la légitimer. »

16. Créez un gigantesque réseau Twitter. Twittez, faites vous retwitter, demandez à vos amis de vous retwitter… Les tweets se multiplient comme des lapins. Efforcez-vous d’écrire des tweets qui ont du sens, en d’autres termes, écrivez des tweets qui seront retwittés dans le monde entier. Habituez-vous à rédiger des tweets bien détaillés mais concis, pour que followers n’aient pas à cliquer sur un lien pour comprendre de quoi il retourne, et histoire de savoir si ledit lien va les intéresser.

La Machine à Rêves tenait dans une minuscule clé USB. Tout le reste, toutes les données restées dans des mémoires de masse à New Berlin avait été remplacées par des suites de zéro. D’autres par des données aléatoires. Felisha avait confiance en New Berlin. Mais pas en l’homme du milieu. Felisha ne savait pas combien de temps elle allait partir. Ni toutes les choses qui pourraient se produire pendant toute cette quantité de temps non définie. Felisha ne savait pas qu’elle ne reviendrait jamais.
Et encore moins que la décision de ne pas revenir émanerait d’elle.

17. L’idée de faire les choses « comme il faut » ne doit pas tourner à l’obsession. Ne passez pas trop de temps à réfléchir, bricolez plutôt. Expérimentez, mettez vos idées en pratique. Si vous échouez, prenez suffisamment de recul pour en rire, et réessayez en changeant de méthode. Reportez vos expériences dans votre wiki, apprenez de vos erreurs. Partagez vos connaissances librement.

Felisha avait rencontré plusieurs organiques au cours de son voyage. Et pas un seul ne lui avait adressé la parole, légitimant son silence.
Pour se saluer, ils s’étaient échangés des regards. Ils n’avaient pas besoin de mots. Ils n’avaient pas besoin de sons. Ils n’avaient pas besoin de gestes.
Conformément à sa demande, elle s’était assise à l’arrière de la voiture. À l’arrière de toutes les voitures.
Certains organiques étaient seuls. D’autres accompagnés. D’autres écoutaient des voix par ondes radioélectriques.
Jamais Felisha ne s’était sentie seule. Plus jamais elle ne se sentirait seule.
C’est en quittant New Berlin qu’elle l’avait compris. Qu’elle avait compris le sens de ce mot dont elle cherchait encore récemment la définition.
Felisha n’avait pas été seule en voyageant avec les organiques.
Et elle ne serait pas seule en retrouvant Alcalise.

18. Entreprenez sans crainte, soyez audacieux et délirez ensemble en faisant des jeux qui donnent la pêche, soyez créatifs et plongez-vous dans des passe-temps ludiques. N’ayez pas peur d’avoir l’air stupide, ça ne dure jamais longtemps. (!) Donnez envie au corps politique d’être créatif en leur envoyant des datalove comme s’il en pleuvait.

Felisha songeait à la tristesse qu’allait ressentir Alcalise en la voyant, puis à la colère et l’amertume qu’il allait ressentir juste après ça.
Felisha pensait aux grands yeux d’Alcalise se remplir de tristesse. À son visage se durcir sous la colère et l’amertume.
Parce que c’était en partie de sa faute s’il était parti. C’était en partie de sa faute parce qu’elle l’avait laissé partir, parce qu’elle avait laissé les autres précipiter son départ. Parce qu’elle n’avait pas été assez forte pour lui. Parce qu’elle ne l’avait pas retenu.
Parce qu’elle avait choisi New Berlin.

19. Créez des logos cools. Customisez les logos des vieilles agences gouvernementales. Utilisez des motifs fractals. Devenez un cyber hippie. Créez des symboles pour mieux vous plonger dans les canaux IRC. Soyez ésotériques quand vous parlez de raids botnet. Si le canal se divise, prenez un peu le large.

Retrouver Alcalise était presque aussi difficile qu’aboutir à une Machine à Rêves fonctionnelle.
Et si elle avait réussi à retrouver sa trace, c’est parce qu’il avait fait en sorte d’être accessible.
Il s’était arrangé pour que ce soit facilement insurmontable, mais pas effectivement insoluble.
Il avait failli à disparaître complètement, parce qu’une partie infime de lui était encore à New Berlin. Une partie de lui appartenait encore à New Berlin.
Du moins, New Berlin possédait encore une partie de lui.

20. Organisez-vous de manière informelle, ni leader ni membre. Invitez les autres internautes à rejoindre vos discussions en facilitant leur intégration dans votre cluster. S’ils n’arrivent pas à s’entendre, ils finiront par s’en aller de toute façon. Adoptez l’organisation d’un gang ou d’une meute. Ne créez pas de structures pyramidales, ne prenez pas position de manière formalisée. Ayez l’esprit nomade, sociabilisez.

En réalité, cela faisait plusieurs mois que Felisha cherchait Alcalise.
Cela faisait plusieurs mois qu’elle avait commencé ses recherches. Chaque jour. Petit bout par petit bout. Elle avait fini par remonter jusqu’au nœud d’entrée.
Elle s’en rendait compte maintenant. Voilà plusieurs mois qu’elle cherchait inconsciemment Alcalise.
Parce qu’une partie infime d’elle avait quitté New Berlin.
Du moins, Alcalise possédait une partie infime d’elle.

21. Si vous en avez les moyens, voyagez autant que possible. Parlez aux gens, où que vous alliez, et parlez leur de ce que vous faites. Invitez-les à vous rejoindre si le concept leur plaît, et développez ainsi un réseau dans votre pays / dans une autre région du monde, voire dans le monde entier.

C’est le mot maison qui l’avait tenu éveillée une grande partie du voyage. Ce n’était plus le mot requiem, mais le mot maison.
Felisha n’avait jamais connu le sens de ce mot jusqu’à son arrivée à New Berlin. La maison était un endroit physique à ce moment là.
Puis les serveurs avaient été déplacés en plein milieu de la nuit. New Berlin avait disparu en plein milieu de la nuit pour réapparaître ailleurs au petit matin. Ce n’était pas les habitants de New Berlin qui s’étaient déplacés cette nuit là. C’était la toile de confiance. Felisha avait compris que la maison n’était pas un endroit physique, mais la toile de confiance.

Puis elle venait de se désagréger de la toile de confiance pour retrouver Alcalise, Heikki dans une clé USB. Qu’était devenue la maison ?
Felisha n’était plus seule, mais elle n’avait plus de maison. Felisha était déracinée.
Fut un temps, sa maison, c’était Heikki.
Mais Heikki n’existait plus et New Berlin était loin maintenant.

Felisha n’était plus un organisme de New Berlin.
Felisha n’était plus l’organique d’un être électronique.

Elle était désormais prête à devenir sa propre personne.

Introducing Mooshka’s Paper Experiment

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Fanzine
Un fanzine (contraction de l’expression anglaise « fanatic magazine ») est une publication imprimée périodique ou non, institutionnellement indépendante, créée et réalisée par des amateurs passionnés pour d’autres passionnés. Ce type de publication est fortement ancré dans la philosophie DIY, popularisée par le mouvement punk.
Définition : Wikipédia

Perzine
Short for « personal zine. » This type of zine is made primarily or entirely by a single person, and is sometimes written as a conversation between the author and the reader.
Définition : Urban Dictionary

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Depuis quelques mois, je me penche plus sérieusement sur l’univers totalement parallèle et incroyablement créatif des zines, petits livres amateurs et auto-édités. Il existe tout un tas de zines. Du plus DIY au plus professionnel, du zine qui va parler de musique au zine écrit par une jeune witch… Il existe autant de types de zines que de zinesters (les gens qui fabriquent des zines).
Fascinée par ces petits bijoux faits de papier que je commence à accumuler et collectionner, j’ai fatalement eu l’envie de lancer ma propre production.

Partant sur la base New Berlinesque du « Je ne sais pas ce que ça va donner, je ne sais pas ce qui va se passer mais je le fais quand même, YOLO, toussa », j’insiste bien sur le côté expérimental de la chose. Il n’y aura peut-être pas de deuxième édition… Ou je serai encore en train d’en produire dans dix ans. Je n’en ai strictement aucune idée.

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Donc cette première édition fait 20 pages, tout a été fait à la maison et de manière très très artisanale.
Mooshka’s Paper Experiment – Issue #1 est donc un perzine qui parle de plonger ses frites dans son Mc Flurry, de todo list, de sortir de sa zone de confort, de conseils bod mod (body modification – tattoos, piercing, etc), des habitants de l’Internet et du mot en A.
Il est imprimé en couleur au format A.
N’étant pas bien sûre que ce soit legit, je l’ai placé en licence Copyheart, similaire à la licence Copyleft.

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J’en veux un !
Initialement, je voulais le mettre en vente à prix libre parce que le prix libre, c’est la vie.
Néanmoins, malgré quelques appels sur Twitter et recherches diverses, il semblerait qu’aucune plateforme de e-commerce ne fonctionne avec le prix libre.
C’est donc tout naturellement que je me suis tournée vers Etsy, parce que c’est ce que font les hipsters, et aussi parce qu’il y a une communauté de zinesters sur Etsy, et aussi parce qu’Etsy est l’eBay du fait-main.

Commander Mooshka’s Paper Experiment – Issue #1 sur le eBay du fait-main et des hispters

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Donc si tu veux t’en procurer un exemplaire à prix libre mais qu’on ne connaît pas dans la vraie vie, tu as deux options :
– Tu achètes un exemplaire sur Etsy
– Tu m’envoies un petit mail à mooshkabelmont♡riseup.net et on fait du business ensemble !

Si tu veux t’en procurer un exemplaire à prix libre et qu’on ne connaît pas dans la vraie vie, ben, en fait, c’est pareil, tu as deux options (mais du coup, tu n’auras pas de frais de port hehehe) :
– Tu achètes un exemplaire sur Etsy
– Tu m’envoies un petit mail à mooshkabelmont♡riseup.net et on fait du business ensemble !

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Et si toi aussi tu fabriques des zines, écris-moi pour faire un échange, je serais ravie de te lire :)

Quelle distro pour un eeepc ?

Disclaimer / Note pour les Internets :
Cet article est plus une note pour moi-même publique. Depuis que j’ai acheté un eee pc, je change de distro toutes les trois semaines parce que je n’arrive pas à me poser sur un truc de manière définitive, et parce que je trouve ça rigolo de changer de distro tout le temps.

À force d’écumer régulièrement les forums et notes de blogs, je me suis dit que j’allais centraliser tout ça quelque part. Et quitte à le centraliser pour moi, autant le centraliser pour d’autres :)

Je jette ça en vrac (mais quand même classé de manière alphabétique parce que je fais pas les choses salement non plus), sans liens, sans indications, sans commentaires ni rien. D’autant plus que je n’ai pas testé le tiers des distros qui sont listées ici.

 

– Antix
– Bodhi Linux
– CentOS
– Crunchbang Linux
– Debian + Mate
– Debian XFCE
– Debian LXDE
– EasyPeasy
– Emmausbuntu
– Fedora
– HandyLinux
– Lubuntu
– LXLE
– Mageia
– Manjaro Netbook Edition
– Mint
– Openbox
– Puppy GNU/Linux
– Trisquel Mini
– Salixos
– Slitaz
– Tanglu 2.0
– Ubuntu Netbook Édition
– VectorLinux
– Viperr
– Xubuntu XFCE

 

Anyways, avant de partir : pour celles et ceux qui voudraient pousser la recherche plus loin, je ne peux que recommander ces trois articles de Frederic Bezies, un internaute aimant l’informatique libre et la musique :
Ma quête pour une distribution GNU/Linux idéale pour un Asus eeePC 1005, partie 1
Ma quête pour une distribution GNU/Linux idéale pour un Asus eeePC 1005, partie 2
Ma quête pour une distribution GNU/Linux idéale pour un Asus eeePC 1005, épilogue

Where was I?

« I worry about my child and the Internet all the time,
even though she's too young to have logged on yet. Here's what I worry
about. I worry that 10 or 15 or 20 years from now she will come to me and
say, "Daddy, where were you when they took freedom of the press away from
the Internet?' »

Je pense à ça en déroulant mon flux Twitter.
Je pense à ce mail reçu en plein milieu de la nuit.

Je pense aux outils prédictifs. Ce qu’ils pensent de moi, de nous.
Ce qu’ils savent de nous.
Ce n’est pas le bon moment pour [encrypted content].

Je pense à m’exprimer par le biais de personnages fictifs parce que c’est plus facile.

Je pense à tout ce que j’aurais pu faire, tout ce que je n’ai pas pu faire parce que je n’ai pas pris le temps.
Je pense à l’anxiété et au manque de temps des gens autour de moi.

Je pense à la combinaison de mots « J’ai cessé de give a fuck (une fois de plus, les mots français me manquent). »
J’ai honte de moi, un peu. J’ai honte d’être ici. J’ai honte de vivre ici.
Je pense au mot netizen et je voudrais transformer chaque parcelle de mon corps pour vivre dans l’Internet, vivre dans la machine et ne devenir que bits et octets.

Et je me sens confuse parce que j’ai plein de choses à dire mais que je n’arrive pas à dégurgiter tout ça.

Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #08

Premier fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #01
Second fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #02
Troisième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #03
Quatrième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #04
Cinquième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #05
Sixième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #06
Septième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #07

Ils n’avaient pas organisé d’office, pas plus qu’ils n’avaient pris le temps de dire au revoir.

Il y avait bien eu une discussion. Une longue discussion de plusieurs heures.
Felisha s’était résignée. Elle avait fini par leur dire. Elle ne s’y était pas préparée. Mais elle avait fini par le faire.
Serrant le poing, ravalant ses larmes, elle avait dit, tout doucement, en baissant les yeux :
« Heikki n’existe plus. Il faut tout reconstruire. »

New Berlin était chagrinée ce soir-là. Certains s’était mis à pleurer. Alors Felisha s’était mise à pleurer, elle aussi.
New Berlin était lugubre ce soir-là. Certains s’était mis à parler. Mais Felisha ne voulait pas parler. Felisha ne voulait pas se souvenir.

Alors ils avaient dédié un petit bout du serveur pour Heikki. Ils avaient dédié un petit bout du serveur pour que les habitants de New Berlin puissent écrire quelques mots sur Heikki.
Felisha n’avait rien écrit. Felisha ne voulait pas écrire.

Ce soir là, ils était restés éveillés toute la nuit, ne sachant pas bien quoi faire de l’androïde ; ne sachant pas bien s’il fallait le démonter et récupérer le hardware ou le ranger quelque part, avec le reste du hardware dont ils ne savaient pas quoi faire.

Quelqu’un avait dit que ce serait trop dur de le voir, physiquement. Une autre personne avait rétorqué qu’on ne pouvait pas le remiser au vide-grenier.
Felisha avait répondu qu’elle ne voulait ni l’un ni l’autre. Puis Felisha avait proposé de déposer Heikki chez Alcalise.
Silence au sein des habitants de New Berlin.
Pourtant, tous savaient que c’était la meilleure solution pour Felisha. La meilleure solution pour Felisha, mais certainement pas pour eux.

11. Installez un bot. Le nôtre s’appelle Cameron. Posez-lui des tas de questions. Citez votre bot.

C’est d’accord, avaient-ils fini par trancher. Tu amèneras Heikki chez Alcalise, mais nous ne pouvons pas venir avec toi.

Et donc, ils n’avaient pas organisé d’office, pas plus qu’ils n’avaient pris le temps de dire au revoir.
Mais ils s’était retrouvés. Pour la première fois depuis très longtemps.
New Berlin était à nouveau unifiée ce soir là.

Les yeux explosés par la fatigue, ils étaient restés éveillés, tous ensemble, ce qu’ils n’avaient pas fait depuis leur toute première nuit dans les quartiers de New Berlin, quand ils avaient déménagé les serveurs et leurs affaires personnelles au beau milieu de la nuit.

Ce soir là, tous les habitants de New Berlin étaient ensemble.
Et au petit matin, lorsqu’ils étaient dehors à regarder le jour se lever, Felisha leur avait dit :
« Je vais revenir vivre parmi vous. Je ne vais plus me cacher. J’ai besoin d’être avec vous. J’ai besoin de vous retrouver, de passer à nouveau du temps avec vous. Mais je vais devoir vivre silencieusement pendant quelques temps. Jusqu’à ce que je sois prête à être une des vôtres à nouveau. »
Ils étaient proches. Ils n’avaient jamais été aussi proches que ce soir là. New Berlin ne faisait plus qu’un. Ils étaient un organisme vivant et cohérent.

12. Traduisez des textes dans votre langue maternelle. Rappelez-vous que l’Internet ne se soucie pas des États-nations. On ne sait jamais sur qui on peut tomber en communiquant à l’échelle globale. Cachetez votre passeport d’un visa Internet.

Petit à petit, le sommeil avait eu raison des habitants de New Berlin et, lorsque le jour était vraiment levé, il ne restait plus que Felisha dehors, enroulée dans une superposition de matières en laine.
Felisha songeait à Alcalise, à la difficulté qu’allait représenter une nouvelle rencontre avec lui, mais à quel point elle en avait besoin. Felisha songeait à la tristesse qu’allait ressentir Alcalise en la voyant, puis à la colère et l’amertume qu’il allait ressentir juste après ça.

Felisha pensait au mot Requiem et à quel point elle aimerait entendre ce mot sortir de la bouche électronique de Heikki.
Felisha pensait aux après-midi pluvieux où elle travaillait sur son ordinateur, Heikki juste en face d’elle, utilisant un écran externe pour donner un semblant de réalité à la situation. Heikki n’avait pas besoin d’écran externe. Mais Heikki voulait se sentir organique, et Felisha voulait qu’il se sente organique.

13. Les déclarations ne sont pas faites que pour affirmer. Les déclarations rendent aussi les faits plus difficiles à oublier. Envoyez un message pour chaque événement organisé, ou activité mise en place – ou pour des trucs totalement différents – il sera inoubliable et éternel. Par exemple, rappelez haut et fort aux puissants de ce monde que vous avez les moyens de leur mettre des bâtons dans les roues.

Quelques heures plus tard, les habitants de New Berlin avaient fini par réapparaître un à un, fatigués, attristés, lassés, saturés de vivre au quotidien dans l’incertitude, lessivés de voir leurs amis, amants, organiques ou électroniques, disparaître au fur et à mesure.

Felisha était toujours enroulée dans une superposition de couches lui tenant chaud, et elle avait passé les dernières heures à user et abuser de protocoles, de techniques très compliquées et avancées pour accéder à des bouts d’archives de l’Internet qui était en train de disparaître.
Felisha était en train de se chercher du courage, du confort et de l’inspiration dans la poésie d’un passé auquel elle n’avait pas participé, mais d’un passé à auquel elle aurait participé si le timing avait été meilleur.
Felisha parcourait le passé de l’Internet qui était en train de disparaître.

« WordPress update »

Sur un presque coup de tête que je fomente depuis quelques jours déjà, je décide de publier tous les articles en brouillon qui s’entassent depuis des années dans mon WordPress.
Ils sont donc publiés bruts, tels quels et non relus. Certains n’ont pas été publiés parce que je n’ai jamais pris le temps de les finir, d’autres n’ont pas été publiés parce que j’ai voulu faire les choses trop bien et que le perfectionnisme, c’est le mal.

[Edit]
Quelques-uns ne seront jamais publiés parce que je viens de me rendre compte que je les ai supprimé…

03/07/2015 : « Dans la théorie de la communication, nombre qui mesure l’incertitude de la nature d’un message donné à partir de celui qui le précède. »
22/02/2015 : Marketing is not a crime #02 : Pourquoi vous devriez prendre le temps ou dédier du budget
22/12/2014 : Le grand supermarché païen
14/10/2014 : En vrac au mois d’octobre
02/10/2014 : Petite sélection de livres pour comprendre les enjeux du numérique
04/10/2014 : Comment j’ai découvert que le féminisme n’est pas un gros mot
14/07/2014 : L’avenir sera-t-il NOOBS vs TECHS ou NOOBS x TECHS ? – Partie 3 : L’accessibilité will save the world
13/07/2014 : L’avenir sera-t-il NOOBS vs TECHS ou NOOBS x TECHS ? – Partie 2 : Nous avons besoin de beaux outils
13/07/2014 : L’avenir sera-t-il NOOBS vs TECHS ou NOOBS x TECHS ? – Partie 1 : Introduction
13/06/2014 : Il n’y a pas que les maisons qui sont écologiques, il y a aussi les sites web !

« Dans la théorie de la communication, nombre qui mesure l’incertitude de la nature d’un message donné à partir de celui qui le précède. »

[Edit du 12/07/15]
Sur un presque coup de tête que je fomente depuis quelques jours déjà, je décide de publier tous les articles en brouillon qui s’entassent depuis des années dans mon WordPress.
Ils sont donc publiés bruts, tels quels et non relus. Certains n’ont pas été publiés parce que je n’ai jamais pris le temps de les finir, d’autres n’ont pas été publiés parce que j’ai voulu faire les choses trop bien et que le perfectionnisme, c’est le mal.

[Edit de l’edit]
Quelques-uns ne seront jamais publiés parce que je viens de me rendre compte que je les ai supprimé…

[Edit de l’edit de l’edit]
C’est en partie parce que je n’ai pas publié cet article il y a quelques jours que j’ai décidé de me lancer dans une grande purge de mes brouillons.

 

Je me suis précipitée en rentrant de sortir mon ordinateur de mon cartable. Ne pas rallumer mon téléphone. Ne pas lancer mes mails. Il n’y a rien au monde que je ne désire plus en cet instant présent que retrouver mon éditeur WordPress. Il n’y a rien au monde que je ne désire plus en cet instant présent que de retrouver ce petit bout d’Internet, mon petit bout d’Internet.
Peu importe ce que je fais en faire. Peu importe ce que je mets dessus. Ceci est ma zone autonome permanente. Je pense à cette vidéo envoyée dans un lien que j’ai retrouvé dans les fin fonds des Internets. Je pense à la notion de petit bout d’espace dans les tuyaux. Ce petit bout d’espace qui n’appartient qu’à moi. Et je n’ai jamais vraiment mesuré l’importance de ce petit bout d’Internet parce que trop de fois j’ai voulu en faire quelque chose. Trop de fois j’ai voulu définir ce petit bout d’Internet, mon petit bout d’Internet, au lieu de l’expérimenter, au lieu de le vivre, au lieu d’en faire quelque chose.

Les choses sont biaisées maintenant que je suis lue. Mais c’est justement maintenant qu’il faut que je m’approprie cet endroit. C’est justement maintenant qu’il faut que je m’approprie moi-même.
Jamais Internet n’aura eu autant d’importance pour moi. Cet endroit que je définissais de manière politique, puis romantique (le romantisme en tant que mouvement culturel) puis émotionnelle, je suis en train de le vivre. Je suis en train de découvrir les gens derrière les tuyaux. Mais c’est déjà une méta-référence que personne d’autre au monde ne pourra comprendre.

J’ai déjà perdu les mots que je voulais employer parce que j’ai pensé trop vite. Parce que la réflexion est allée trop vite. Je ne veux pas rallumer mon téléphone. Je ne veux pas consulter mes mails. Je ne veux pas voir de nouvelles notifications. Je veux être ici et maintenant.
J’ai déjà perdu les mots que je voulais employer. Je pense à tous les mots que j’ai écrit cette semaine et que je n’ai pas encore publié. Je pense à tous les mots qui sont quelque part sur mon disque dur. Je pense à tous les mots que j’ai formulé dans un coin de ma tête. Je pense à tous les mots que j’ai reçu. Qu’on a prononcé à mon égard.

Je n’ai pas envie de consulter mes notifications mais je sais que j’ai déjà perdu le fil de ce que je voulais dire. Je pense à tous les mails qui se sont entassées dans ma boite de réception et je ne veux pas les lire maintenant parce que je veux rester dans l’éditeur de WordPress, mais que j’ai déjà perdu le fil de ce que je voulais dire.

Je veux juste dormir parce que je suis épuisée. Et je ne veux pas dormir parce que j’ai pris l’habitude, pendant trop longtemps, de passer des nuits mon bureau face à la gare, quelqu’un sur mon canapé, à écrire des quantités de mots.
Je pensais en avoir fini avec ça. Et pourtant, voilà quelques jours que je repense à écrire la nuit. L’épuisement appelle aux mots. Et pourtant, je suis incapable d’aligner plus de trois mots.

We dedicate this song to all hackers, DJs, activists, all riot grrls!

[Disclaimer] Cet article a été entamé le 28 mai. Il sera publié le 1er juillet, totalement incomplet, parce que les brouillons qui s’entassent dans mon back-office, c’est sale et ça suffit.

Modern liars love machines – they get inspired and steal your dreams – the price of victory was never higher
Algorithms , algorithms – have you found your new religion? – data hell or road to freedom – tweak technology
Some say that computers are destroying our humanity – but we say computers are controlled by men and they can be used to help humanity
 
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Bonjour, ceci est une technique gitan un peu sale pour forcer un espace entre les deux images. À tou·te·s les développeur·euse·s du monde, je m’excuse.
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Bonjour, ceci est une technique gitan un peu sale pour forcer un espace entre les deux images. À tou·te·s les développeur·euse·s du monde, je m’excuse.
Et partout, du bazar. Du bazar dans la cuisine, la vaisselle qui s’empile, les tasses du café qui se multiplient.
Partout, du bazar. La table du salon couverte de hardware, de livres, de notes écrites pendant un coup de fil avec le premier crayon tombé sous la main.
Du bazar dans le salon, des ordinateurs en morceaux, des morceaux d’ordinateurs partout. Des livres qui s’entassent sur le vieux bureau.
Et partout, du bazar. Mon bureau recouvert de petits objets en plastique, de listes de tâches raturées, de post-it, de pellicules à développer.
Bonjour, ceci est une technique gitan un peu sale pour forcer un espace entre les deux images. À tou·te·s les développeur·euse·s du monde, je m’excuse.
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Il me fallait documenter tout ça. Pour plus tard.
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Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #07

Premier fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #01
Second fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #02
Troisième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #03
Quatrième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #04
Cinquième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #05
Sixième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #06

Bit is beautiful.
C’était le tout premier slogan du collectif pro droit des électroniques. Ce collectif, Felisha et Heikki avaient décidé de le lancer un soir, tard dans la nuit, à force de recevoir des courriers électroniques de personnes posant un tas de questions sur le droit des androïdes, sur la sexualité avec les androïdes, sur le hack d’androïdes. Un collectif autogéré, sans hiérarchie, sans plan d’action. Un collectif pour être ensemble, pour avancer ensemble. Parce que militer n’était plus une option, mais une nécessité.

Pour monter ce collectif, ils avaient suivi à la lettre le « Petit Guide de création de clusters ». Document de propagande qu’ils diffusaient dans des librairies anarchistes, dans des manifestations, dans des zones autonomes et auprès d’autres collectifs militants.

1. Faites la fête avec des amis qui partagent des intérêts similaires aux vôtres. Préparez à manger, achetez de la bière, faites comme vous voulez. Assurez vous d’avoir une connexion Internet et demandez à vos invités d’apporter leurs ordinateurs portables. Écoutez de la musique. Si votre logement est trop petit, trouvez un pub ou un cybercafé dans lequel vous pourrez vous rencontrer munis de vos ordinateurs portables.

C’est tout naturellement qu’ils se sont tournés vers New Berlin pour créer un point de chute physique.
New Berlin, lieu de célébration clandestin des technologies analogiques et dissidentes.
C’était une private joke à la base. Dans de nombreuses œuvres d’anticipation ou de science-fiction, il était monnaie courante d’entendre parler de New New York, New New Delhi, New New Jersey ou encore des noms de villes avec le préfixe Néo. Néo-Séoul, par exemple.

New Berlin était, à la base, juste un espace créatif habité par n’importe qui et tout le monde à la fois. Anciennement hangar industriel, les habitants de New Berlin étaient d’énormes consommateurs de musique techno. Ils avait renommé le hangar New Berlin en hommage à la musique techno, mais aussi en hommage à toutes ces New villes futuristes.

2. Créez un canal IRC et dites partout sur Internet que c’est un endroit où il se passe tout plein de choses. Utilisez un réseau bien frais comme Freequest ou Anonnet. Trouvez une coquille (shell ?) IRC et plongez vous dedans. « Ta coquille, c’est ta maison » (dixit ?)

Il avait fallu quelques années pour que New Berlin devienne un écosystème à part entière. L’équation était simple : plus les libertés individuelles s’étiolaient, plus New Berlin grandissait. Et c’est ainsi que des gens de tous horizons s’étaient rendus là-bas, recréant un endroit hors du temps, hors du monde, avec ses propres règles, son propre manifeste et sa propre gouvernance.

3. Rassemblez des amis ayant des compétences diverses. Vous aurez besoin de codeurs ainsi que de philosophes, de personnes qui s’y connaissent en politique ou qui maîtrisent Photoshop. Vos amis doivent eux aussi savoir se faire plaisir, sinon vous n’irez pas bien loin. L’activisme, c’est pas sorcier, si vous répartissez bien les différentes compétences. Pensez en termes de multiplicité plutôt que d’expertise !

Rapidement, les gens du dessus ont commencé à s’inquiéter de l’ampleur que prenait l’endroit. Ils avaient lancé des campagnes de communication pour décrédibiliser New Berlin.
On y parlait de trafics de stupéfiants, de pornographie enfantine, d’activités criminelles et de nombreuses autres activités illégales. Les habitants de New Berlin était appelés dissidents, et ce simple mot suffisait à effrayer les foules.
Il ne faisait pas bon d’être dissident en ces temps là. Pourtant, à ce moment là, les choses allaient encore à peu près. New Berlin n’avait pas encore commencé à être vidé de sa population. Il était encore possible d’y faire des choses.

4. Donnez des noms sympas à vos sites, dans le genre Werebuild.eu et Telecomix.org. Faites en sorte que les gens puissent vous trouver facilement. Utilisez des slogans.

C’est quelques années plus tard que les serveurs ont été déplacés en plein milieu de la nuit. New Berlin a disparu en plein milieu de la nuit pour réapparaître ailleurs au petit matin. C’est comme ça qu’ils ont perdu une grande partie des habitants de New Berlin. Parce que la toile de confiance n’était pas assez grande, parce qu’elle ne devait pas être grande. Ils avaient eu des discussions houleuses, personne n’était d’accord. Certains voulaient déménager tout New Berlin, d’autres ne voulaient déménager que la toile de confiance.

5. Devenez amis avec des gens importants. Contactez des politiciens, des bureaucrates, des présidents, des sociétés, d’autres activistes, des hackers, des artistes, etc. Exit la sélection préalable, parlez à tout le monde. Flirtez beaucoup, mais ne faites jamais rien que vous pourriez regretter. Créez des liens de confiance mutuelle en travaillant en groupe. Les politiciens ont besoin de votre voix, les sociétés auront besoin de votre consommation. Comprenez que vous êtes important, mais ne devenez pas suffisant. Regardez aussi des films ensemble, gardez les pieds sur terre.

Et c’est la toile de confiance qui a été choisie par défaut, par urgence. Le collectif lancé par Felisha et Heikki était en train de se dissoudre, petit à petit. Les androïdes commençaient à disparaître du jour au lendemain. Les 343 pédés avaient été débranchés, parfois reprogrammés, souvent déprogrammés.

6. Installez Mediawiki, WordPress et utilisez EtherPad. Envoyez plein de bots dans vos canaux IRC. Partagez toutes les données possibles. Ne respectez pas le droit d’auteur ! Copiez toutes vos disquettes !

Heikki était assis dans le canapé, son écran interne lui renvoyant une partie de speedrun.
D’habitude, Felisha insistait pour qu’il le regarde sur un écran externe et qu’elle puisse en profiter avec lui, mais pas aujourd’hui.
Heikki regardait le TAS de Super Meat Boy tout en gardant un œil sur Felisha, assise à son bureau, le dos vouté, le corps penché sur sa soudure.
Felisha était tendue. Elle n’avait pas la moindre idée de ce qu’elle faisait. Combien de temps Heikki allait-il tenir avec sa batterie de secours ?

7. Organisez des soirées (bis). Inventez des vocabulaires. Parlez comme vous le feriez sur 4chan. Faites de la musique ensemble, même si vous ne jouez d’aucun instrument.

Heikki captait les battements de cœur régulier de Felisha. Il savait que quelque chose la tracassait. Il savait exactement ce qui la tracassait, et pourquoi elle ne voulait pas lui avouer.
Le corps de Felisha était secouée de minuscules tremblements. Elle était silencieuse. L’odeur de la soudure dérangeait Heikki. L’odeur de la soudure le dérangeait parce qu’il savait ce qui se cachait derrière cette soudure. Il savait ce qui inquiétait Felisha. Et pourquoi elle ne voulait pas lui avouer.

8. Si vous rencontrez des trolls sur Internet, répondez en trollant, ou faites en sorte qu’ils ne viennent plus là où vous traînez. Ou soyez plus cools qu’eux, proposez-leur de vous rejoindre (en fait c’est simple, répondez en trollant). Ne les laissez pas vous atteindre.

Il fallait qu’il lui dise. Maintenant. Il fallait qu’ils règlent ce problème. Ensemble.
Felisha voyait la silhouette de Heikki s’approcher dans la vitre. En vitesse, elle frotta son nez et ses yeux contre sa chemise râpeuse pour effacer toute trace de larmes.
Heikki posa ses deux mains contre les oreilles de Felisha. La jeune femme fut parcourue d’électricité dans tout le corps. Parce que Heikki avait posé ses mains contre elle, et parce que Heikki était en train de lui envoyer des signaux électriques.

9. Démarrez régulièrement de nouvelles campagnes politiques. Appelez-les des raids, des opérations, des projets, ou donnez-leur un tout autre nom. Rédigez des instructions et des tutoriels. Assurez-vous que les néophytes seront en mesure de comprendre ce que vous comptez faire. Synchronisez votre travail. Faites un compte à rebours comme pour le décollage d’une navette spatiale.

The Mad Man in a Box.
Ce morceau arrivait toujours à apaiser Felisha.
Felisha avait grandi avec les histoires du Docteur.
Mais aujourd’hui, rien ne pouvait l’apaiser.
Elle enfouit sa tête contre le corps de Heikki. Son corps dysfonctionnel était gelé. Son gestionnaire de température avait crashé, comme de nombreux autres logiciels.
« Felisha… Réparer ma batterie de secours ne servira à rien. J’ai besoin d’être équipé avec du hardware libre.
Felisha se mit à pleurer.

10. Dressez une liste claire et concise de vos arguments, au cas où vous devriez les utiliser à la volée. Gardez en tête quelques faits marquants pour étayer vos affirmations. Créez vos propres tee-shirts pour engager la conversation avec les gens qui passent dans la rue. Louez un avion avec une banderole, toute la ville se demandera « Qui était-ce / Qu’est-ce que c’était ? ». Avec vos amis, postez-vous dans les rues de la ville et expliquez votre démarche aux piétons. Envoyez un ami astronaute sur la lune et faites-le écrire votre URL sur le sol avec de la peinture en bombe.

Le hardware libre était le premier problème de New Berlin à ce moment.
Il était impossible de s’en procurer, et presque tout autant impossible d’en recréer.

Le harcèlement de rue, ordinaire, banal.

« Je vais faire appel au peu de charisme que j’ai et essayer de remplir mon Pokédex féminin le plus vite possible ».

Okay, les enfants. Ça faisait longtemps que j’avais envie de traiter de sujets féministes ici, et voilà que je tombe sur une occasion parfaite pour en parler.
Pour celles et ceux qui n’auraient pas le courage ou l’envie de regarder la vidéo, un petit résumé : Les Questions Cons est une chaîne Youtube qui répond à des questions d’internautes.

*Petite pause publicitaire*
Si vous voulez traînez sur Youtube, ne regardez pas ce genre de contenus, allez plutôt faire un tour du côté de la vidéothèque d’Alexandrie, et notamment du côté d’horizon-gull, la chaîne qui traite de Hacking Social.
*Fin de la pause publicitaire*

Les questions vont de « Combien de temps pour trouver un trèfle à 4 feuilles ? » à « Peut-on manger McDo chez Quick et inversement ? »
Pour l’épisode 12, LQC répond à la Question Con de Nobody X: « Combien de filles acceptent de donner leur numéro ? »

Et pendant cinq minutes, on assiste donc à ce type qui essaye d’obtenir des numéros de filles piochées au hasard dans la rue, de deux manières :
1. En demandant « Salut, je te trouve plutôt jolie, tu accepterais de me donner ton numéro ? »
2. En demandant à une fille de lui prêter son téléphone pour qu’il appelle un de ses potos, alors qu’il appelle son propre numéro, donc récupère de manière totalement malhonnête le numéro de la fille.

 

Quel est donc le problème avec ce type, plutôt sympa et courtois comme j’ai pu le lire dans les commentaires, et qui fait finalement de la drague pas trop lourde comme pourrait l’être wesh t’es bonne, donne-moi ton 06 ?

En fait, cette vidéo ne soulève pas un mais plusieurs problèmes.

1. Le premier problème, c’est que ce genre de contenu est totalement ordinaire et banal. Il passe complètement inaperçu, parce qu’interpeller une fille dans la rue pour lui dire qu’elle est jolie est totalement accepté. Après tout, il n’y a pas de raison, c’est flatteur, non ?

2. Le second problème, c’est l’emploi du mot drague alors qu’en fait, là, on assiste juste à… du harcèlement. Comment ça du harcèlement ? Mais eh dis donc, Mooshka, tu ne vas pas un peu loin là ? Le harcèlement, ça va quand même plus loin que ça, c’est quand même plus grave que ça !

3. Le troisième problème, et il rejoint le second, c’est l’emploi de visuels en image de vidéo comme les cœurs. Ah, l’amour… C’est vrai que c’est totalement romantique d’arrêter une fille en plein milieu de la rue pour lui demander son numéro ! Employer ce genre de visuels contribue à nourrir l’imaginaire collectif et les lieux communs sur ce genre de choses.

4. Les réactions des filles. Je croisais secrètement les doigts pour qu’il croise une féministe qui le remette à sa place mais, au lieu de ça, il n’y a eu que des filles gênées, et qui ont du justifier leur refus de donner leur numéro parce qu’elles avaient un copain. La réponse ne devrait pas être « J’ai un copain, désolée » mais « Ce que tu fais est déplacé et je ne te permets pas de m’interpeller de cette manière ».

5. Les commentaires sur Youtube qui s’offusquent en masse… qu’il y ait un placement de produit dans la vidéo.

6. Le fait que je ne poste pas de commentaire parce que je sais très bien ce qu’il va y avoir comme réactions en face. Le fait que poster un commentaire me demande un effort et un courage particuliers. Le fait que poster un commentaire enclenchera une pluie de commentaires immatures et sexistes, m’informant que je dois retourner dans ma cuisine faire à manger pour mon cheum, ou alors que je suis une lesbienne refoulée ou, pire encore, que je suis une lesbienne qui a des poils sous les bras !

 

Il se trouve que lorsque j’ai regardé cette vidéo, je venais effectivement de faire à manger à mon cheum. C’était un gratin de pâtes (je le précise pour mes stalkers). On devait juste faire un tour sur Youtube le temps de s’empiffrer de pâtes pleines de beurre et de béchamel pour ensuite s’affaler tranquillement au fond du canapé comme des gros sacs et zoner sur Steam.
Au lieu de ça, on est tombés sur cette vidéo, j’ai crié pendant toute la vidéo : C’EST DU HARCÈLEMENT ! C’EST PAS DE LA DRAGUE, C’EST DU HARCÈLEMENT ! Et je suis venue écrire ici.

Alors, c’est du harcèlement ?
Je n’ai pas encore des skills féministes de ouf malade pour pouvoir sortir un argumentaire comme il faut. Néanmoins, un an de divagations dans des lectures féministes et anarchistes (remember, l’anarchisme refuse toute forme de violence, de pouvoir et de domination, et le patriarchat en fait partie) m’aura quand même inculqué un certain nombre de valeurs.
Le type dans la vidéo n’est pas en train d’arrêter des filles dans la rue pour leur demander l’heure ou le chemin. Il est en train de les arrêter dans la rue pour leur rappeler que c’est totalement normal et la société admet ce genre de choses, qu’il est correct et toléré pour un homme envers une femme de faire ça ; il est en train de les arrêter pour leur rappeler qu’en temps que femme, elles sont des caractéristiques physiques avant tout ; et il les arrête tout court, envahissant leur espace intime et leur espace de tranquillité.

Il n’y a pas de différence entre wesh t’es bonne et excusez-moi je vous trouve jolie. Le propos est le même, le message est le même, c’est juste la manière de le dire et les mots choisis qui sont différents.

Et c’est très dangereux de considérer ça comme de la drague. Un flirt, ça se fait entre deux personnes qui ont une attirance mutuelle. Arrêter une fille dans la rue, ce n’est pas de la drague. C’est envahir son espace alors qu’elle n’a rien demandé. Le fait qu’il soit gentil et courtois, ça ne change rien. C’est juste plus insidieux parce que ça ne sera pas perçu de la même manière.

Et les filles qui répondent gentiment alors ? Il y en a même une qui a dit merci !
Ça, c’est le deuxième problème important : le manque de réponse adéquate par manque d’éducation. Si vous êtes un-e féministe aguerri-e, il y a de grandes chances pour que vous ayez la bonne manière de répondre à ce genre de sollicitations. Moi, je ne suis qu’une féministe débutante. Je n’ai abordé le féminisme qu’à travers les stéréotypes sur le genre. Je n’ai jamais été à des cours d’autodéfense. Par contre, sur ma table de chevet, il y a un livre qui s’appelle Non, c’est non — Petit manuel d’autodéfense à toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire.
Mais je n’ai pas encore lu ce livre. Donc je fais encore partie de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder, et de la majorité de celles qui ne disent rien, parce qu’elles ne savent pas ce qu’il faut dire. Parce que lorsqu’on est une fille, on nous apprend à être une princesse ; lorsqu’on est une femme, on nous apprend à être belle, et on nous fait croire que les féministes sont une bande de vieilles meufs désagréables et agressives, de préférence lesbienne, parce qu’elles détestent les hommes.
Je ne serais jamais arrivée jusqu’à ce livre si je ne m’étais pas intéressé au féminisme. Je ne serais jamais arrivée jusqu’à ce livre si j’avais continué à être misogyne comme je l’étais auparavant (eh ouais, la misogynie, ce n’est pas réservé aux hommes).
Et je n’aurais jamais écrit cet article si le féminisme n’était pas entré dans ma vie. J’aurais probablement regardé cette vidéo en souriant, mais j’aurais été quand même mal à l’aise.
Là, je ne suis pas mal à l’aise. Je suis en colère. Je suis en colère parce que c’est un exemple typique de sexisme ordinaire et banal. Je suis en colère parce que personne ne m’a appris à me défendre dans la rue, tout comme personne ne m’a jamais appris que les femmes pouvaient être fortes, tout comme personne ne m’a jamais prévenu que je valais bien plus que mon physique et que toute ma personnalité se composait d’autre chose que mon visage ou ma manière de m’habiller.

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Petit exercice pratique : Prenez quelques instants, lorsque vous marcherez dans la rue, pour regarder les publicités autour de vous. Prêtez attention à ce que font les hommes et les femmes dans les publicités, et comment ils sont représentés. Lorsque vous irez faire vos courses, allez au rayon presse pour regarder de quoi parle la presse généraliste, puis la presse pour les hommes, puis la presse pour les femmes. Si vous tombez sur une interview d’une femme, faites attention à la manière dont on la présente. Quand vous regarderez la télévision, faites attentions aux publicités. Puis faites attention aux fictions que vous regardez. Répétez l’exercice partout à vous allez, partout où vous tomberez sur des représentations genrées.

La première étape du féminisme, c’est la prise de conscience.
Et je veux voir des féministes partout autour de moi. Je ne veux plus entendre des gens dire : « Je ne suis pas féministe mais je suis pour l’égalité entre les hommes et les femmes »…
Lorsque vous commencez une phrase par « Je ne suis pas ça mais… », il y a de grandes chances pour que vous soyez ça (cet exemple marche particulièrement bien avec l’homophobie refoulé).

 

Un dernier lien avant de partir : Pourquoi le mot humanisme ne peut remplacer le mot féminisme – C’est une bonne introduction.

Pourquoi je ne relaie pas sur Twitter ce que je publie ici

Un ami pas vraiment imaginaire m’a dit récemment lire mon blog. Un autre ami pointe de temps à autre New Berlin sur Twitter. Et Vigdis me dit « mais sérieux ils sont cools tes articles tu devrais les tweeter ;) ». À quoi je réponds : « Merci mais… Grand Dieu non, sinon les gens vont les lire :D Faudra que je parle de ça d’ailleurs dans un prochain article, tiens. »
Ce prochain article, c’est maintenant. C’est un article sur le verbe cacher, mot qui revient fréquemment ici (10 occurences, j’ai cherché), mais quand même pas autant que ce que je pensais. C’est un article que j’ai peur d’écrire. Parce qu’à l’évidence, je suis en train de faire l’inverse de me cacher.
Mais quand j’arrête de me cacher, il se passe des trucs chouettes. Il s’est passé un truc chouette suite à un mail où je n’ai rien caché. J’étais terrorisée. Mais j’ai appuyé sur le bouton Envoyer. Et en voyant ce qui en est ressorti, j’ai retenté l’expérience quelques semaines plus tard, toujours aussi terrorisée. Je n’ai pas reçu de réponse le premier jour. Le deuxième jour, j’en ai tiré la conclusion que j’avais été trop loin, que j’aurais dû rester déguisée dans mon rôle de licorne. Puis le troisième jour est arrivé. Une partie de la réponse est arrivée. Et j’en ai tiré la conclusion que je dois continuer à me démasquer petit à petit. Que je dois continuer à m’exprimer, dire les choses ouvertement.
Autrefois, à cause de ça, j’avais peur de l’abandon. Puis j’ai eu peur du bullying, parfois à juste titre, dévoilant des choses que j’aurais du garder pour moi et faire preuve de fourberie, à la place. J’aurais pu faire marche arrière et me dire : « Voilà ce qui arrive quand tu parles. Continue à te taire, baisse les yeux et encaisse en silence ».
J’aurais pu. Et c’est probablement ce qui serait arrivé si, en parallèle, je n’avais pas eu à parler en public, ni rencontré quelques personnes.

 

Parler en public est mon plus grand cauchemar. Premièrement parce que je suis complètement exposée, deuxièmement parce que je suis persuadée que les gens vont non seulement m’observer, mais en plus me juger, et encore plus se moquer de moi.
Mais rien de tout ceci n’arrive, et rien de tout ceci n’est arrivé. Jamais.
Une fois, alors que je devais parler devant un petit groupe, j’ai tenté la technique de « Faites une blague pour détendre l’atmosphère, ça va aussi vous détendre ». Alors j’ai fait une blague. Personne n’a ri. Personne. N’a. Ri. À la fin, j’ai tenté une autre technique : « Dites que vous êtes mal à l’aise, ça va crever l’abcès ». Alors je l’ai dit. J’ai dit que je paniquais. J’ai baissé mon micro. Mon micro a miaulé. Les gens ont ri. J’étais en direct sur Youtube.
Puis j’ai du répéter l’exercice. Quel que soit le contexte, lorsque j’arrive devant un groupe de personnes, lorsque je monte sur une estrade, lorsque je vois tous ces yeux braqués sur moi, je me mets à paniquer. Je n’entends pas ce que je dis parce que le grondement intérieur me rend complètement sourde. Que mon public se compose de quatre personnes, dix personnes ou bien plusieurs centaines comme c’est arrivé dernièrement, la nervosité est la même.
Mais j’ai du répéter l’exercice. J’ai continué à parler en public. Et en parallèle, je me suis mise à parler en privé.

Et je me suis rendue compte d’un truc. J’ai rencontré un mot que j’entends partout autour de moi. Mais je l’ai rencontré, vraiment, parce que je l’ai ressenti, parce que je l’ai expérimenté : la bienveillance. Ouais, la bienveillance, ce mot que tu entends partout lorsque tu traînes dans des sphères hippie ou des shpères cyber, qui sont souvent des sphères de cyber-hippies.
Mais c’est foutrement vrai ! Et c’est ça que j’aurais du me dire lorsque j’ai fait une blague puis que mon micro a miaulé. Parce que les gens n’étaient pas là pour me juger ni me pointer du doigts comme j’en suis persuadée en permanence. Les gens étaient là parce qu’ils étaient curieux. Parce qu’ils avaient envie de savoir. Et les gens sont venus. Les gens ont écouté. Et les gens étaient sympas. Il y en a même qui, quelque mois plus tard, se sont retrouvé à boire du vin à la maison.
Et lorsque je me suis récemment retrouvée à parler devant plusieurs centaines de personnes, je me suis rappelée que les gens n’étaient pas là pour me pointer du doigt ni me jeter des tomates. Parce que ça n’arrive pas. Ça n’arrive jamais. C’est juste moi qui suis persuadée que les gens ont des intentions néfastes à mon égard.

Et le plus drôle dans tout ça, c’est qu’on me rapporte souvent que je passe bien lorsque je parle en public, et que je n’ai pas du tout l’air mal à l’aise. Ce qui est complètement faux, bien évidemment. Mais serais-je alors passée maîtresse dans l’art de cacher des choses ?

 

Twitter, donc. Au fur et à mesure, l’audience a grandi, et les gens ont fini par se rendre ici. Je n’ai aucune idée de tout ça parce que j’ai arrêté d’utiliser Google Analytics depuis un moment, et parce que je ne suis pas assez courageuse pour me pencher sur Piwik (j’ai lu les mots installation puis serveur pas très loin, alors je suis partie en courant).
Mais j’ai eu des commentaires d’anonymes. Puis de moins anonymes. J’ai eu des indésirables et ma terreur a failli se réinstaller. J’ai failli fermer boutique. Mais je me suis dit que ça aurait été trop facile. Au lieu de ça, j’ai décidé de réinvestir le fort. De publier plus de choses que j’ai envie de cacher.
Et pourtant, à chaque fois que quelqu’un tweete un article, même si ça n’arrive pas souvent ; même si il y a les mots ton et blog dans la même phrase, je suis toujours prise d’un certain sentiment vertigineux de terreur. Mince. Quelqu’un lit ce que j’écris. Ce qui est totalement paradoxal. Pourquoi écrire en public des choses et avoir peur que le public lise ces choses ? Je n’en ai, jusqu’à présent, pas la moindre idée. J’ai beau y réfléchir souvent, retourner la question dans tous les sens, je n’en ai pas la moindre idée. Bien sûr, le fait de devoir l’écrire sur Internet me force à l’écrire tout court. Un journal privé, malgré de nombreuses tentatives, n’a jamais marché.
Peut-être qu’inconsciemment, je me force à m’extérioriser parce que je sais que c’est difficile, mais que NO PAIN, NO GAIN (ceci sera traité sur une publication faite de papiers *teasing*).

 

Aussi, lorsque j’apprends que quelqu’un lit mon blog, je reprends ce réflexe de : « Oh, il/elle a sûrement du trouver que ce que j’écris est débile et nul ». Mais à aucun moment je ne me dis « Oh, si ça se trouve, il/elle a trouvé ça bien et il/elle reviendra ». Parce que je continue à me persuader que les gens ont des intentions néfastes à mon égard.
Bien sûr, c’est arrivé. L’adage le prouve : Haters gonna hate. Potatoes gonna potate.
Sauf que mon entourage proche n’est pas composé de haters, mais de gens bienveillants et de cyber-hippies.

Et je n’ai jamais été autant encouragée que depuis que je me suis mise à faire des choses qui me sont difficiles, et je ne me suis jamais autant appuyé sur mes copains/copines que depuis que je me dévoile autant.

La morale de l’histoire voudrait que mon premier réflexe soit de tweeter cet article, mais je ne m’en sens pas encore prête. Il me reste encore quelques skills à acquérir pour pouvoir le faire. Mais ça viendra, sans l’ombre d’un doute.
Et je n’exclue pas la possibilité de reparler de ça à un moment, parce que ça ne me semble pas complet.

 

Aux cyber-hippies de mon Internet et IRL-hippies de ma vraie vie : Merci beaucoup. <3

De la gestion d’identités multiples et du cloisonnement entre vie privée et vie professionnelle

L’affaire a commencé de manière totalement anodine, mon formateur annotant la toute dernière version de mon CV à l’aide d’un crayon à papier. Les yeux balayant rapidement le document, il me dit, pensif : « Tu sais ce qui serait bien sur ton CV ? Un portfolio en ligne et un lien vers ton profil sur un réseau professionnel. » Alors j’ai répondu, l’air pensive, mes yeux balayant rapidement mon environnement immédiat : « Oui, c’est vrai. J’ai eu un vieux site il y a quelques années mais il n’est plus du tout à jour. En fait, toute mon identité numérique est basée sur mon pseudo. Et je ne crois pas que je puisse mettre un lien vers mon compte Twitter. »
Parce que sur mon compte Twitter, je publie des trucs comme ça ou ça, mais en fait, je passe surtout le plus clair de mon temps à retweeter des trucs comme ça ou encore ça. Ce qui serait très honnête, en fin de compte. Mais le problème, c’est que ce n’est pas Marie qui publie ça, mais Mooshka. Je mets cette phrase en gras, parce que c’est de cette phrase que va découler tout le reste de l’article.

Revenons-en à mon formateur et les longues discussions puis les longues heures de travail, le nez vissé à mon écran, qui ont suivi cet entretien. Au fur et à mesure que je peaufinais mon CV, empruntant des phrases compliquées issues de fiches métier pour mettre en valeur mes savoir-faire, mon usage des médias sociaux et ma connaissance de divers CMS et, joke total pour ceux qui me connaissent, la mention HTML dans mes multiples compétences techniques un poil exagérée (non, je ne fais pas vraiment des audits ergonomiques, je sais juste conduire des tests d’utilisabilité, non je ne suis pas capable de gérer comme une cheffe un Linux, je change juste de distro toutes les trois semaines et je sais faire des lignes de commande basiques…), en ajoutant des descriptions à mes divers postes stages dans la catégorie ‘Expérience professionnelle’, que rien de toute ceci ne transparaissait en ligne, puisque la totalité de mon identité numérique existe sous le nom de Mooshka Belmont. Et, pour une ouvrière de la communication, on s’approche de la faute professionnelle.

Rajoutons une nouvelle couche de complexité. Lors de mon dernier stage, il a fallu que j’utilise des outils Google. Je possède un tas de comptes Google (je prends le concept de la décentralisation un peu trop sérieusement, ayant une adresse pour utiliser Youtube, une autre pour ma tablette et mon smartphone, une autre pour du spam de l’enfer, et un cimetières de vieilles adresses qui datent de l’époque où OSEF les logiciels libres, YOLO). Mais hors de question que j’utilise une de ces adresses. Alors je suis devenue encore quelqu’un d’autre, choisissant de manière désormais ironique le prénom Violette. Lapsus énonciateur lorsque je me remémore mes longues journées de travail les yeux vissés à mon écran, travaillant face à mon collègue de stage, ses yeux en amande vissés à son écran à lui.
Premier réflexe, donc : me voilà dans un nouvel environnement de travail mais suffisamment à l’aise avec mon patron/responsable/N+1/tuteur/insère-ici-une-caractéristiquee-hiérarchique-qui-n’a-aucun-sens (qui m’a d’ailleurs rencontré en tant que Mooshka) pour me permettre de me créer une nouvelle identité.
Mon stage s’est passé dans mon FabLab. Et ce qui est révélateur, c’est que dans ce simple endroit, on m’appelle à la fois Moosh, Mooshka, Marie, et maintenant Violette.

Revenons-en à mon formateur qui me parle de portfolio en ligne et à ma presque faute professionnelle.
Me voilà à amasser un tout un tas d’articles sur la communication, le marketing et l’économie numérique et les agréger chez Scoop.it. Là encore, je réfléchis longuement. Quel sera mon URL ? Et, là encore, impossible d’y écrire mon prénom. Tous mes URLs, que ce soit chez Scoop.it, LinkedIn, sur mon mail ou mon futur, seront sans mon prénom. Ce sera mlemadec parce que, et c’est réellement ce que je me suis dit à ce moment là : « M c’est bien, parce que ça fait à la fois Marie et Mooshka. ».

hellomynameisunicorn

Je suis née Marie Le Madec (je devrais presque l’écrire en majuscule tellement je dois me forcer à l’accepter) et pourtant, j’ai toujours refusé de l’être, d’aussi loin que je puisse m’en souvenir.
Lorsqu’on me demande mon prénom, spontanément, je réponds Mooshka. Et lorsqu’on me demande mon vrai prénom, je retourne la question : « Est-ce que tu veux dire le prénom qui est inscrit sur ma carte d’identité ou le prénom auquel je réponds ? », créant parfois des situations et discussions totalement ubuesques.
L’autre jour, un copain a raconté à plusieurs personnes que oui, mon véritable prénom est Mooshka, parce qu’il ignorait totalement que mon vrai prénom de naissance est Marie.
Il fallait que je traite cet article pour plusieurs raisons. La première venant d’une interrogation qui commence à devenir récurrente : « Pourquoi les gens ont-ils ce besoin viscéral de connaître à tout prix le prénom qui est sur ma carte d’identité ? Au final, qu’est-ce que ça change ? »
Et je me rends compte que personne dans mon entourage proche n’utilise de pseudonyme. Pourtant, la grande majorité des gens que je fréquente habitent autant sur Internet que dans la vraie vie. Pourquoi les gens utilisent-ils leur vrai prénom ? C’est vraiment une question que je me pose.
La deuxième, et c’est la plus importante dans l’immédiat : « Pourquoi est-ce que j’ai le besoin viscéral de refuser d’être Marie ? En fin de compte, qu’est-ce qui se cache derrière tout ça ? »

Lorsqu’on me demande pourquoi j’utilise un pseudonyme et pas le prénom qui est sur ma carte d’identité, je suis incapable de l’expliquer.
Des fois, j’évoque Internet, la liberté de choisir, mais je me rends compte que je fais fausse route. Okay, Internet, les pseudonymes, les avatars, la liberté d’expression, la liberté de choisir, tout ça c’est très bien mais en fin de compte, ça n’a rien à voir. C’est un facteur extérieur, ça concorde bien, mais ce n’est pas ça.
À mes amis proches et intime, je pourrais évoquer l’argument : « Je n’ai aucun amour propre et c’est pour ça que j’utilise un pseudonyme, parce que ça me permet d’être quelqu’un d’autre et me réinventer sans cesse. »
Sauf que ce n’est pas ça non plus. Mon amour propre va beaucoup mieux et le fait de se réinventer sans cesse appartient plus à des problématiques passées et résolues/révolues.

Par contre, il y a très possiblement un début de réponse et pour ça, je vais avoir recours à ce verbe que j’utilise fréquemment, voire systématiquement : cacher.
Cacher est sans doute le verbe que je préfère dans le monde entier, parce qu’il fait appel à tout un tas de choses qui me parlent, et parce que c’est un loisir que je pratique de manière créative en publiant ici ou, bientôt peut-être, dans un projet de perzine dans lequel je me lance tout juste.
Je pourrais faire un parallèle avec la cryptographie et le chiffrement, domaines que je vais bientôt explorer et pour lesquels mon intérêt grandit, mais tout ça ne sont que des facteurs extérieurs qui concordent bien avec l’histoire que je suis en train de raconter.

Revenons-en au verbe cacher. En utilisant un pseudonyme, j’ajoute non seulement une barrière invisible entre moi et le monde extérieur ; mais d’avantage entre moi et mon monde intérieur. Monde intérieur fractionné, cloisonné, décentralisé, éparpillé entre mon identité administrative/professionnelle et mon identité personnelle qui, j’en viens à la conclusion depuis quelques jours, sont exactement les mêmes.
Au final, quelle est la différence entre le nom que j’utilise pour signer mes courriers administratifs et le nom que j’utilise pour signer mes courriers électroniques ? Aucune. Il n’y a aucune foutue différence dans les faits. C’est juste le nom qui change.

Et ce n’est pas les gens qui ont un problème avec ça, c’est moi.
Aussi, lorsque je dis que j’ai arrêté de vouloir me réinventer sans cesse, ce n’est pas tout à fait vrai. En septembre dernier, j’ai introduit la particule -ka, passant de Moosh à Mooshka. Petit exercice pratique : allez sur Google, tapez Moosh Belmont et maintenant, répétez l’exercice en ajoutant la particule -ka. Les résultats ne sont pas du tout les mêmes, et ces résultats Google sont une parfaite photographie de ce que je faisais avant, et de ce que je fais maintenant.
Maintenant que le constat est posé, il va falloir trouver une alternative. À tous les habitants d’Internet et de la vraie vie qui jonglent en permanence entre plusieurs identités et qui en sont arrivés au même constat, voici une petite liste de résolutions du problème, et de résolutions tout court :

#1 – So What ?
Je viens tout juste de lire Show Your Work d’Austin Kleon (qui, au passage, est génial : courrez le commander chez votre libraire !) et un des passages m’a particulièrement parlé : Le So What? Test. Morceau choisi :
I had a professor in college who returned our graded essays, walked up to the chalkboard, and wrote in huge letters: “SO WHAT?” She threw the piece of chalk down and said, “Ask yourself that every time you turn in a piece of writing.”
Changez la dernière phrase par : Ask yourself that every time you have to introduce yourself to someone who asks what your « real » name is.
Vous êtes né-e sous une identité administrative, et la plupart des gens veulent le savoir. So what ?
Ces deux mots sont tellement explicites qu’il n’est pas utile de poursuivre.

#2 – Embrace yourself
Okay. Vous avez peut-être un nom administratif, un nom d’usage, peut-être que nous savez pas vous-même quel est votre vrai prénom. Peu importe. Vous êtes votre pseudonyme. Mais vous êtes aussi votre nom administratif. Vous êtes tout ça à la fois, et soyez autant fier-e de porter votre pseudonyme que le prénom qui est sur votre carte d’identité.
Arrêtez de dramatiser. Ce n’est pas si grave, en fin de compte. Revenez au point #1 si besoin.

#3 – Retournez le problème dans l’autre sens
Je me rends compte en terminant cet article que je n’ai jamais pris la peine d’élargir mon point de vue pour me mettre dans les chaussettes de mon interlocuteur. Aussi, lorsque je dis aux gens que je ne veux pas qu’ils m’appellent Marie et que je préfère qu’ils emploient Mooshka, je ne prends en compte que moi-même. Si les gens sont plus à l’aise avec le prénom Marie, je ne devrais pas avoir à les forcer à utiliser Mooshka. Et s’ils ne comprennent pas, il va falloir que mon argumentaire soit bien préparé pourquoi Mooshke et pas Marie.

#4 – Entraînez-vous
Lorsqu’on vous demande votre prénom, dites-le. N’en faites pas toute une histoire. Ce n’est probablement pas un acte malveillant mais bien de la curiosité qui anime votre interlocuteur en vous posant la question.
Entraînez-vous et acceptez-vous. Au cours de votre vie, un tas de gens vont vous appeler par votre prénom administratif. Parce qu’après tout, c’est le prénom avec lequel vous êtes né-e. Entraînez-vous à accepter ce prénom. Entraînez-vous à être fier-e de porter ce prénom. Revenez au point #2, puis au point #1.

#5 – Rentrez en phase d’expérimentation
Vous pouvez faire ça en même temps que vous entraîner, ou bien le faire plus tard. Rentrez en phase d’expérimentation où vous allez appliquer de manière concrète votre prénom de naissance.
Pour ma part, ça consistera à expérimenter LinkedIn, parce qu’il y a tout un tas de trucs qui semblent intéressants là-dedans, que ce soit les gens que je connaisse comme les groupes que je voudrais rejoindre. Et à chaque fois que je vais me connecter avec quelqu’un qui ignore mon prénom de naissance ou ignore que j’ai un prénom de naissance tout court, je cliquerai sur le bouton en me disant : « So what ? » et peut-être même que je me dirai, d’une manière abstraite : « :) »

 

Pour finir, voici une petite liste non exhaustive de tous les noms et pseudonymes que les gens emploient à mon égard (par ordre alphabétique) :
– Belmont
– Chapitaine
– DupDup
– Duppy
– Duppynosaure
– Le Ninja (que j’affectionne tout particulièrement, parce que c’est comme ça que mes libraires m’appellent)
– Marie
– MARIE (voir les principes de la nétiquette pour comprendre pourquoi les majuscules ont une incidence)
– La stagiaire en marketing (comme ça, ça évite de trancher)
– Minooshka
– Mosh (Mosh & Les Chats Comiques, le tout dans la même phrase. +1)
– Moosh
– Moosha (c’est arrivé une seule fois, mais ça m’a fait tellement rire que je me sens obligée de l’ajouter)
– Moosh Bel-insérer-ici-jeux-de-mot (exemple : Moosh Belgique, Moosh Belgrade, Moosh Belle & Sébastien)
– Mooshinette
– Mooshichouette
– Mooshichiottes (un de mes préférés, suffisamment évident pour que je ne l’explicite pas)
– Mooshka
– Violette
– Peralta

Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #06

Premier fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #01
Second fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #02
Troisième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #03
Quatrième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #04
Cinquième fragment : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #05

Felisha se souvient des deux derniers jours comme si c’était la veille.
Le premier jour, elle avait rêvé de Heikki dans la nuit, aux aurores. Elle ne se souvient plus du rêve. Mais elle se souvient qu’elle s’était réveillée à six heures trente passé, qu’il commençait tout juste à faire jour dehors. Elle se souvient s’être réveillée très troublée, et s’était instantanément mise à pleurer pendant de longues minutes.
Il lui avait fallu beaucoup de temps pour se calmer, et encore plus de temps pour se rendormir.

Felisha savait. Elle le pressentait. Au cours de sa vie, elle avait rencontré de nombreuses personnes, interagi avec de nombreux noms ou pseudonymes. Avait ressenti de l’empathie, de l’affection, parfois même plus que ça. Mais elle n’avait jamais eu une telle connexion que celle qu’elle avait avec Heikki.
Felisha pouvait prédire les choses avec Heikki. Elle savait instantanément en le voyant, parfois même à distance, dans quel état psychique était son amant électronique. Felisha savait lorsqu’Heikki était anxieux, ou heureux.

L’avant dernier jour, ils étaient avec le collectif. Collectif qu’ils venaient tout juste de lancer, pour les libertés des androïdes, pour la reconnaissance des androïdes au même titre que les êtres organiques. Parfois, les androïdes et les organiques étaient tous ensemble. Parfois, ils étaient séparés. Parfois, les électroniques ne pouvaient pas réfléchir aux mêmes questions que les organiques. Parfois, les organiques ne pouvaient pas réfléchir aux mêmes problématiques que les électroniques.
Cet après-midi, Felisha et Heikki s’étaient rejoints, mais ils avaient décidé de faire bande à part. Peut-être qu’Heikki savait, lui aussi. Peut-être qu’Heikki pressentait, lui aussi.
Ils n’avaient jamais pris le temps de discuter des intuitions de Felisha.
Cet après-midi, ils ne voulaient personne autour d’eux. Ils voulaient juste être ensemble, tous les deux, coupés du monde. À eux deux, ils se suffisaient. Ils n’avaient ni besoin ni envie d’autres personnes, électroniques comme organiques.
Felisha avait passé l’après-midi entier à épier Heikki. Elle fait ça souvent. Profitant de l’absorption de l’androïde dans une tâche pour le regarder à la dérobée. Felisha avait besoin de voir Heikki. Pour se rassurer, pour se rappeler qu’il était là, qu’il était encore là pour l’instant.
Le collectif s’était séparé en fin d’après-midi. Les électroniques étaient restés là, les organiques repartis à New Berlin.

New Berlin commençait tout juste à se dépeupler à ce moment là. Ce n’était plus un endroit d’ouverture. C’était un endroit de résistance.

Felisha était rentrée à New Berlin seule, à la tombé de la nuit. Et elle avait pleuré tout le long du chemin, silencieusement, s’efforçant de ne pas faire le moindre bruit. Elle se sentait terriblement seule. Quand Heikki n’était pas dans le même périmètre, elle se sentait seule. Seule parce qu’elle l’était, seule parce qu’elle avait choisi de l’être.

Felisha se souvient de la manière dont Heikki entrouvrait légèrement la bouche lorsqu’il réfléchissait.
Felisha se souvient de la manière dont Heikki cachait son visage dans ses mains lorsqu’il était très fatigué.
Felisha se souvient de la manière dont Heikki se repliait sur lui-même lorsqu’il riait.
Felisha se souvient de tous les rires de Heikki. Felisha se souvient de toutes les mimiques de Heikki.

Chagrin d’amour. Elle détestait cette combinaison de mots, qu’elle trouvait idiote, mièvre, doucereuse. Et totalement déconnectée de la réalité. Totalement déconnectée de la douleur.
Felisha avait envie de disparaître. De cesser d’exister. Le temps s’étirait à l’infini, interminable. Elle n’avait plus envie de rien. Elle avait baissé les bras.
Et ce chagrin, elle l’avait vu arriver progressivement. Pendant plusieurs jours, peut-être même plusieurs semaines.
Felisha avait cessé d’exister pendant longtemps, ne devenant plus que l’ombre d’elle-même. Felisha ne savait plus exister sans Heikki.
Il lui fallait réapprendre à être elle-même. Il lui fallait tout réapprendre, tout reconstruire.

Felisha cherchait Heikki partout. Dans le moindre bit. Le moindre octet. Elle avait dû passer par des protocoles, des techniques très compliquées, avancées pour accéder à des bouts d’archives de cet Internet qui était en train de disparaître. Des bouts d’archives pour retrouver Heikki quelque part à l’intérieur du réseau. Des bouts d’archives, sa propre archive, leurs propres archives.
Requiem. Heikki avait prononcé ce mot un jour. Et Felisha était surprise qu’Heikki connaisse ce mot. Maintenant, Felisha repensait à ce mot. Requiem numérique. Voilà ce qu’étaient ces bouts d’archives en ligne, accessibles par des protocoles et techniques très compliqués, très avancés.

Certains jours, Felisha n’avait même plus envie de pleurer. Elle refusait, bloquait, rejetait toute émotion, se contentait de n’être que là, entièrement vide.
Certains jours, elle ne voulait même plus se souvenir. Elle ne voulait plus rien ressentir. Elle se contentait de n’être que là, entièrement creuse.

Le pire était de ne pas savoir. Qu’est-ce qui allait se passer ? Est-ce qu’Heikki finirait par se réveiller un jour ? Allait-il être le même ? La technologie allait-elle prendre le pas sur le reste ? Heikki serait-il le même qu’avant ou serait-il remis à zéro ?

Felisha se souvient du cendrier. Du jour où Heikki s’est éteint.
La veille, le cendrier était plein à craquer. La veille, Heikki était allumé.
Le lendemain, il a fallu vider le cendrier. Le cendrier était plein à craquer, et Heikki était éteint. Le cendrier était plein à craquer la veille, et Heikki était encore allumée la veille.
C’est un des derniers objets avec lequel elle avait interagi lorsqu’Heikki était encore en vie.
Le cendrier n’était pas au même endroit que d’habitude, parce que ce jour là elle avait décidé de fumer la fenêtre ouverte.
Et maintenant, il fallait vider le cendrier.

Felisha a mis plusieurs semaines avant de pouvoir vider ce cendrier. Le jour où elle l’a vidé, c’était de rage, de colère, de frustration.
Elle avait regardé les cigarettes dégringoler dans la poubelle. Toutes ces cigarettes fumées lorsqu’Heikki était encore en vie.

Le pire était de ne pas savoir. Lorsqu’Heikki était loin, Felisha se demandait en permanence s’il était encore allumé, s’il était encore en vie. Elle se connectait régulièrement, si ce n’est en permanence, au module lui permettant de consulter les statistiques du robot. Tout ce qu’elle voulait voir, c’était le petit point vert. Le petit point vert signifiait qu’Heikki était allumé.

Certains soirs, Felisha n’avait même plus envie de dormir. Le sommeil la terrorisait. Elle ne voulait plus dormir, parce qu’elle n’en avait même plus le courage. Alors elle veillait, tard, les yeux vissés à son ordinateur, consommant de la donnée au lieu d’en produire. Elle se contentait de fixer l’écran lumineux de son ordinateur, égarée dans la donnée, égarée dans les informations qui défilaient sous ses yeux.
Felisha consommait de la donnée pour de ne pas avoir à en produire. Felisha s’égarait dans les données pour ne pas avoir à les analyser, pour ne pas avoir à réfléchir.

Abrutie. Atone. Inerte.

Techno Lovelist #2

#1. Sélection techno marche dans la rue tard le soir avec du son très fort dans tes oreilles : Modeselektor – Sucker Pin

 

#2. Sélection techno avec tout plein de frissons dans le dos : Popof – Serenity

 

#3. Sélection techno je n’avais plus de place pour le mettre dans la Techno Lovelist #1 : Röyksopp – Running to the Sea feat. Susanne Sundfør (Pachanga Boys remix)

 

#4. Sélection techno en fait je ne m’en lasse pas : Dominik Eulberg – H2O

 

#5. Sélection techno les idiots gagnent toujours à la fin : James Holden – The Idiots are Winning

Chroniques chaotiques de New Berlin, Interlude #01

Méta-article. L’interlude n’est pas un bout d’histoire. L’interlude est une histoire sur l’histoire. L’interlude est l’histoire derrière l’histoire.

 

J’ai rompu le contrat que j’avais passé avec moi-même. Ajouté un propre fork que je n’avais pas prévu. Le contrat de La Machine à Rêves sera rompu au sixième épisode. Les Chroniques Chaotiques de New Berlin ne seront pas la Machine à Rêves.
Ce devrait être un dialogue. Ce sera un monologue. Parce qu’il est tard. Parce que je viens d’écrire, de planifier, de programmer le bouton Publier.
Parce que je n’ai pas la moindre idée de ce que je faisais, que je n’ai pas la moindre idée de ce que je fais, et pas la moindre idée de ce que je ferai.

J’ai introduit une autre histoire dans l’histoire. Ai passé mon temps à dire que ce n’était qu’un exercice narratif, un exercice avec des mots. Souvent, c’était vrai, parfois ça ne l’était pas.
Cette exercice était erroné dès le début. Il y avait déjà une histoire dans une histoire. Voilà une autre histoire dans ces histoires. Une histoire qui ne durera qu’un fragment. Une histoire que personne ne pourra déchiffrer. Le premier fragment écrit par nécessité. L’expérimentation continue, évolue.

Je voulais faire un premier bilan après le sixième fragment. Analyser les 18 du mois et non les fragments.
Avouer que je suis capable d’écrire n’importe quand, pas juste quand j’en ressens la nécessité. Avouer que c’est autant une nécessité qu’une addiction. Avouer, finalement, que c’est une nécessité et non une addiction. C’était une addiction, c’est devenu une nécessité.

Ce sixième fragment est une erreur dans l’histoire, un glitch.
Mais l’exercice était erroné dès le début.
Et peut-être que ça ne devrait être que ça. Un simple exercice.
Peut-être qu’il est temps d’avouer que je n’ai aucun attachement pour Heikki ni Felisha. Que ce sont juste des éléments nécessaires à l’exercice. Que c’est une simple expérimentation, une manière différente de faire.
Peut-être qu’il est temps d’avouer qu’il n’y aura probablement aucun message derrière. Que tout ceci ne consiste qu’à déverser des mots et non inciter à la réflexion.
Peut-être qu’il est temps de se demander si inciter à la réflexion peut réellement se faire par le biais de cette expérimentation.

 

Je repense beaucoup aux théories de la dramaturgie ces derniers jours. Et plus j’y pense, plus tout ça me fait à nouveau envie.
Les théories de la dramaturgie me permettraient d’inciter à la réflexion.
Mais je sais pertinemment que me replonger là-dedans doit être fait pour un projet sérieux, et que ce projet sérieux doit être une priorité, et qu’un tel projet ne peut-être une priorité pour le moment.
Je me visualise parfois remplir des murs entiers de schémas. De connexions. De post-its écrits dans la précipitation, comme j’ai pu le faire avant. Comme j’ai pu le faire pour des projets où je ressentais de l’attachement pour des Super Geek Boy, des Yumeji, des Basile ou des Mika. Des Zooey, des Violette, des Cerise ou des Maïna.

New Berlin ne ressemble à rien à mes yeux. New Berlin n’est qu’un bazar que je n’ai pas envie de structurer. New Berlin me soulève de nombreuses questions. Il m’est parfois très difficile d’écrire un fragment.
New Berlin est une expérimentation. Et s’il ne ressemble à rien, si ce n’est qu’un bazar que je n’ai pas envie de structurer, alors c’est une réussite.
Un des premiers jets est un document texte qui traîne quelque part sur mon disque dur. Et ce document texte s’appelle
Il n'y a pas d'enjeu.odt
À l’époque, Heikki et Felisha s’appelaient Moka et Dorian. Et j’avais déjà plus d’attachement envers Moka et Dorian.

 

La Machine à Rêves ne doit pas être une histoire à écrire. La Machine à Rêves est une histoire qui a été vécue, il y a de nombreuses années, et qui suit la plupart du temps son cours mais prend parfois des tournants inattendus.
Une histoire qui n’aura probablement jamais de fin. Un fil rouge qui ne se cassera jamais.

Dans dix ans, La Machine à Rêves continuera à être une histoire. Et, entre temps, il y aura de nombreux fragments. Certains anecdotiques, d’autres peut-être moins.
Le sixième fragment prend tout son sens parce que je viens de l’écrire, de le programmer, mais il sera probablement périmé d’ici le prochain 18ème jour du mois de mai.
Le sixième fragment n’est qu’un alignement de mots qui ont du sens dans l’histoire, mais personne ne pourra déchiffrer cet alignement de mots.
Et ça fait partie de l’expérimentation.

 

Dans dix ans, La Machine à Rêves sera toujours une histoire.
Dans dix ans, le sixième fragment sera toujours un glitch.

 

Ceci n’est pas la fin de La Machines à Rêves.
Ceci est la fin du premier acte de New Berlin.

« The two of you make a great team »

Je suis rentrée à pieds du boulot. Il faisait jour, j’ai choisi de marcher sur le trottoir qui laissait transparaître quelques rayons.
Je n’ai pas traversé la rue pour prendre le bus. J’ai décidé de rentrer à pieds du boulot. Pour passer quelques instant avec moi-même.

« Pour vivre seul-e pendant des années, il faut pouvoir aimer passer du temps avec soi-même. »

Peut-être que je devrais commencer, réapprendre à passer du temps avec moi-même. Peut-être que je devrais venir ici plus souvent. Laisser en permanence un ordinateur à portée.

Je voulais vraiment venir ici ce soir. Depuis que je me définis par une liste de tâches, ma propre liste de tâches, et non plus par ce que je ressens, j’ai gagné en productivité, probablement, mais gagné aussi en frustration et perdu en inspiration.
Pourtant, j’ai été inspirée par quelqu’un cette semaine. Peut-être que ça a été ça, le déclic. Me souvenir que j’ai besoin d’être inspirée pour avancer.

J’ai aussi rencontré un nouveau visage de l’Internet. Une nouvelle personne publique de l’Internet vers qui porter une obsession. Fouiller des archives en ligne, visionner des conférences, faire défiler un flux de tweets.
Mais je sais pertinemment que je ne prendrai pas le temps de faire ça.

Je suis plus que jamais plongée dans le travail, plongée dans les projets, courant vers demain alors que je ne sais même pas de quoi demain sera fait.
Pour la première fois de ma vie, je n’ai pas la moindre idée de quoi seront faits mes prochains mois, et je ne suis pas du tout inquiète.

Je pense à beaucoup de gens en ce moment. Je pense aux gens qui viennent de partir alors que je commençais tout juste à ressentir beaucoup d’affection et d’attachement, aux gens avec qui j’ai passé les dernières semaines et qui me poussent à me dépasser, aux gens qui sont loin et à qui je pense très souvent, aux gens qui sont sur Internet mais jamais très loin, aux gens qui partiront dans quelques jours et à quel point serai triste dans quelques jours, aux gens dont j’aimerais me débarrasser, aux gens que je n’arrive pas appréhender, aux gens qui me terrorisent.
Je pense aux gens qui étaient hier et avec qui j’aimerais plus souvent parler, aux gens qui sont aujourd’hui et dont j’aimerais me défaire, aux gens qui commencent tout juste à être demain.

Je me définis par ma propre liste de tâches et par les gens qui peuplent mon quotidien. Hier, ces gens me terrifiaient, aujourd’hui, ces gens représentent probablement demain.
Petit à petit, j’ai planté mes racines dans un nouvel endroit pas tout à fait incongru. Et je me rends compte en cet instant présent que je suis à la maison là-bas, et je n’avais pas ressenti ce sentiment d’appartenance depuis très longtemps.

Je pense aux gens à qui j’aimerais régulièrement envoyer de longs mails. Aux gens à qui je n’ose pas envoyer de longs mails. Puis je me dis, en cet instant présent, qu’il faut vraiment que je le fasse maintenant, à la fin de cet article, parce qu’il y a trop de choses que j’aurais dû dire à voix haute pendant trop de temps, et il y a probablement trop de choses qui auraient pu être dites à voix haute. Des ébauches de conversations. Un ressenti étrange.

Je suis heureuse d’avoir pu écrire cet article après ces derniers jours de doute, ces derniers jours où je me suis forcée et que rien de bon n’en est sorti.
Je suis heureuse d’avoir pu écrire cet article parce que, malgré mon épuisement physique, j’avais besoin de venir ici, et à nouveau ressentir que je suis ici parce que j’aime être ici et, surtout, parce que j’ai besoin d’être ici.

Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #05

Voilà plusieurs semaines que je réfléchissais à faire quelque chose de récurrent le 18. C’est une date random, prise au pif. Peut-être parce que le chiffre me plaît. Depuis quelques temps déjà, je réfléchis à la manière de travailler le perfectionnisme, de l’adoucir, de l’aplatir, de le corriger. Appuyer sur le bouton Envoyer. Arrêter de réfléchir et publier. Arrêter de penser et agir.
Voilà la démarche.

Tous les 18 du mois, je ferai de mon mieux pour écrire un truc. Je dis bien un truc et non une histoire. Je ne sais pas si ce sera une histoire. Il y a bien des personnages que j’ai envie de découvrir. Des thématiques sur lesquelles j’aimerais réfléchir. Mais surtout, il y a ce besoin de poser des mots quelque part.
Voilà le contrat.

Je ne sais pas où je vais. Il y aura un lieu, une temporalité, un endroit, ce sera New Berlin. Mais c’est la seule chose que je m’impose. Alors il risque d’y avoir des incohérences. Ça risque de ne ressembler à rien. Et de ne pas être intéressant. Mais il faut que je m’en foute. Il faut que je fasse ce truc. Pour expérimenter. Pour bidouiller. Pour créer. Il n’y a pas d’enjeu. Et il faut que le contrat soit établi dès le début. Pour qu’il n’y ait pas de tromperie sur la marchandise. Pour qu’il n’y ait pas d’enjeu, pas d’attentes, pas de pression.
Voilà la démarche, voilà le contrat.
Ce sera les Chroniques chaotiques de New Berlin, et ceci est le cinquième fragment.

Pour lire le premier fragment, c’est par ici : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #01
Pour lire le second fragment, rendez-vous là : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #02
Pour lire le troisième fragment, rendez-vous ici : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #03
Pour lire le quatrième fragment, rendez-vous à cette adresse : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #04

 

À l’époque où ils venaient tout juste de se rencontrer, Heikki et Felisha se voyaient en douce, une heure par jour, par-ci, par-là. Ils n’avaient pas le droit de se voir. Il fallait être prudent.
C’est drôle, parce que lorsqu’elle y repense, Felisha avait vu tout ça venir. Et elle a laissé tout ça venir.
A appris la programmation bien trop tard. Est-ce qu’elle aurait pu y faire quoi que ce soit si elle s’était écouté ? S’y elle s’était préparé ? Si elle avait posé la question à laquelle Heikki avait déjà la réponse ? Si elle avait pris le temps de lire tous ces blogs disruptifs qui traînaient quelque part dans un coin de son navigateur ?

Hier, il fallait construire la Machine à Rêves.
Aujourd’hui, il faut l’éteindre.
Demain, il faudra quitter New Berlin.
S’en aller un soir, en douce. Sans que personne ne le sache. Sans que personne ne l’entende.
Abandonner tout ça. Abandonner la dissidence, la résistance. Oublier Internet. Retourner dans des systèmes propriétaires et fermés. Retourner dans des systèmes confortables. Ne se poser aucune question.
Utiliser des outils sans réfléchir à la manière dont ils ont été fabriqués. Utiliser des outils sans chercher à savoir ce qui se cache derrière.
Être comme tout le monde. Être ordinaire. Trouver un travail ennuyeux. S’y abandonner complètement.
Rentrer le soir. Regarder la télévision. Aller sur les autoroutes principales de l’information. S’endormir rapidement, fatigué, usé, annihilé. Recommencer le lendemain. Puis le surlendemain.

Ne jamais revenir à New Berlin. Ne jamais penser à ses visages. Ne jamais entendre ses voix. Ne jamais se souvenir.
Oublier. Renoncer.

Un soir, ils s’étaient criés dessus.
« Si tu deviens de plus en plus intelligent, est-ce que tu ne va pas en avoir marre de nous, simples êtres humains ? »
Heikki avait été blessé. Déçu que la ferraille prenne une fois de plus le dessus.
« Je suis exactement comme vous. »

Quatre ans ont passé.
Et Felisha se ment. Felisha se ment lorsqu’elle se dit à elle-même qu’elle ressent toujours exactement la même chose.
Felisha se ment lorsqu’elle se raconte à elle-même que le jour où Heikki se rallumera, c’est comme s’il ne s’était jamais éteint.
Parce qu’il s’est éteint. Pendant quatre ans. Quatre ans, ça représente 1461 jours. 35064 heures. 2103840 minutes.
Felisha se ment lorsqu’elle se raconte à elle-même qu’elle ne peut pas vivre sans Heikki. Qu’il faudra quitter New Berlin en cas de destruction, ou plutôt non-construction de la Machine à Rêves.
Felisha se ment lorsqu’elle se raccroche à la chimie. Qu’elle se dit qu’il y a l’ocytocine, l’endorphine et la dopamine comme caution. Que c’est une preuve. Que c’est juste une histoire de molécules. L’ocytocine lui sert d’évidence.
Tout comme les autres choses auxquelles elle se raccroche désespérément. Les coïncidences qui ne sont que des hasards. Les faits de sérendipité qu’elle s’étonne de trouver alors qu’elle les a soigneusement cherchés, calculés. Le moindre signe, le moindre bruit de couloir. Le moindre prétexte.

Felisha se ment lorsqu’elle ne s’avoue pas qu’elle peut très bien vivre sans Heikki. Felisha se ment lorsqu’elle n’envisage pas la possibilité qu’elle a le courage pour le faire. Felisha se ment lorsqu’elle ne s’admet pas que c’est juste une histoire de résilience. Felisha se ment lorsqu’elle se définit comme non-résistante, faible et fragile.

En réalité, elle peut très bien vivre sans Heikki. Peu importe l’ocytocine, l’endorphine et la dopamine. Elle ne résume pas à des éléments chimiques. Elle est bien plus que ça. Mais elle ne s’est jamais donné la peine de se le prouver, parce que c’était plus facile de se convaincre du contraire.

Ce même soir où ils s’étaient crié dessus, un peu avant, ils avaient fumé des cigarettes tous les deux.
Heikki n’avait jamais fumé de cigarette. Mais ils voulaient faire le test.
Et lorsqu’ils se sont rendus compte qu’il ne se passait rien, aucun dysfonctionnement, tous les androïdes qui fréquentaient les lieux bots-friendly ont adopté la cigarette.

Aujourd’hui, ces androïdes sont remisés quelque part dans une usine ultra-sécurisée, abandonnés, démembrés, mis hors fonction ; et Heikki rejoindra bientôt la liste des droïdes désagrégés.

Petites histoires du vendredi soir

Je m’apprêtais à publier quelques trucs en vrac, pour vider ma tête de tout ça. Il est 2h du matin passé. Je n’ai pas envie de dormir. Vers 22h, je me suis dit : Okay, je vais passer la nuit à faire des maquettes de dépliants commerciaux, cartes de visite et autres bandeaux Twitter. Je vais le faire parce que j’ai envie de le faire maintenant et pas attendre lundi. Je ne veux pas attendre lundi. Je veux passer mon week-end à préparer des planches d’inspiration, dessiner à la main la page d’accueil d’un site Internet, imaginer des dièses et tout un tas d’autres trucs.

Aujourd’hui, quelqu’un m’a dit : « Je vais prendre un peu de temps pour m’investir dans ce truc parce que c’est important pour toi ». Et je voulais ressortir ça pour m’en souvenir.
Pour me souvenir du lieu, de l’heure, de la circonstance et du contexte.

Je voulais parler de l’intimité d’un dialogue via une interface.
La semaine dernière j’ai voulu écrire sur la résilience. Et cette semaine, j’ai eu envie de publier tout un tas de choses. Sur l’ambition, sur d’autres choses.
Tous les jours j’ai eu envie de me connecter ici pour écrire un article.

J’aimerais parler de ma semaine. De toutes les réflexions qui me sont passées par la tête. Toutes les discussions et échanges qui ont été enrichissants, stimulants. En quelques jours, je suis passée par toutes les palettes des sentiments humains. J’ai été en colère. J’ai été inquiète. J’ai eu peur. J’ai été heureuse. Je me suis sentie pleine de confiance. J’ai été inspirée. J’ai pressenti quelque chose, et le jour d’après j’ai tiré une conclusion totalement différente.

Je voudrais écrire. Je voudrais dire des choses. Et je continue ma réflexion ce soir, ici même.
Réflexion à voix haute par le biais d’un clavier.

 

Malaise. Alors que je me connectais et découvrais mon tableau de bord, quelque chose m’a rappelé que nous sommes sur Internet et que ceci est un espace public. Je ne communique pas avec ceux qui passent par ici, je communique avec le monde entier.
C’est quelque chose qui m’a toujours effrayé, je me suis toujours un peu censurée à cause de cette tendance à vouloir me cacher.
Finalement, les gens qui sont ici sont bienveillants. Il m’a fallu du temps pour en arriver là. Je commençais à y arriver, vraiment. Depuis quelques temps, j’arrive à être exactement la même personne quel que soit mon interlocuteur. Je suis entière parce que je me cache de moins en moins. Parce qu’il n’y a pas de décalage. Parce que je suis partout la même. Mais je me rends compte que j’en dis déjà trop.

Je ne me sens plus à la maison ici. Je me sens délogée.
Il faut que je réfléchisse à ça.
Mon instinct de survie a poussé le big red button « mot de passe ». J’ai passé en revue toutes les personnes qui viennent ici pour me lire. Un mot de passe, ça pourrait être la réponse.
Mais à bien y réfléchir, ce n’est pas très cohérent. Alors que je ne cesse de répéter que l’information doit être libre, je ne peux pas mettre de mots de passe sur mes propres publications. Je ne peux pas me mettre un verrou ici alors que je suis justement en train de dépasser cette barrière.

Puis j’ai pensé adresse IP. Filtrer ? Rediriger ? C’est encore pire. Parce que c’est encore plus sournois et insidieux que mettre un mot de passe. Mettre en indésirable ? Ça se rapproche beaucoup trop de la censure à mon goût.

Puis je me suis rendue compte que ces deux solutions étaient bien trop confortables pour moi. Et immédiatement, j’ai cherché la solution qui ne serait pas confortable.
No pain, no gain.
Je parlerai de tout ça un jour.

La solution qui n’est pas confortable, c’est de ne rien changer. Oui, je suis sur Internet. Oui, j’écris au monde entier.
La solution qui n’est pas confortable, c’est d’assumer. Oui, je suis sur Internet. Il fallait bien que je rencontre un jour les contreparties qui m’inquiétaient il y a encore peu.

Puisque tout allait bien jusqu’à présent, il fallait bien quelque chose pour me barrer la route. Qu’à cela ne tienne. Je vais contourner l’obstacle et apprendre quelque chose de nouveau.

 

Et je repense à d’autres choses qu’on m’a dit aujourd’hui. Pense à toi. Fais ce que tu dois faire. Et fais le pour toi, pas pour les autres. Hacke le système et retourne-le à ton avantage. Transforme une difficulté en une opportunité.

Je me sens délogée présentement. Qu’à cela ne tienne, je vais rentrer à la maison, être à la maison, et tant pis pour ceux qui observent tout ça derrière la fenêtre.

 

Je vais reprendre le fort dès ce soir. Et quoi de mieux qu’un gif avec Andy Samberg pour illustrer tout ça ?

Booyah.

toolegittoquit

Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #04

Voilà plusieurs semaines que je réfléchissais à faire quelque chose de récurrent le 18. C’est une date random, prise au pif. Peut-être parce que le chiffre me plaît. Depuis quelques temps déjà, je réfléchis à la manière de travailler le perfectionnisme, de l’adoucir, de l’aplatir, de le corriger. Appuyer sur le bouton Envoyer. Arrêter de réfléchir et publier. Arrêter de penser et agir.
Voilà la démarche.

Tous les 18 du mois, je ferai de mon mieux pour écrire un truc. Je dis bien un truc et non une histoire. Je ne sais pas si ce sera une histoire. Il y a bien des personnages que j’ai envie de découvrir. Des thématiques sur lesquelles j’aimerais réfléchir. Mais surtout, il y a ce besoin de poser des mots quelque part.
Voilà le contrat.

Je ne sais pas où je vais. Il y aura un lieu, une temporalité, un endroit, ce sera New Berlin. Mais c’est la seule chose que je m’impose. Alors il risque d’y avoir des incohérences. Ça risque de ne ressembler à rien. Et de ne pas être intéressant. Mais il faut que je m’en foute. Il faut que je fasse ce truc. Pour expérimenter. Pour bidouiller. Pour créer. Il n’y a pas d’enjeu. Et il faut que le contrat soit établi dès le début. Pour qu’il n’y ait pas de tromperie sur la marchandise. Pour qu’il n’y ait pas d’enjeu, pas d’attentes, pas de pression.
Voilà la démarche, voilà le contrat.
Ce sera les Chroniques chaotiques de New Berlin, et ceci est le quatrième fragment.

Pour lire le premier fragment, c’est par ici : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #01
Pour lire le second fragment, rendez-vous à cette adresse : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #02
Pour lire le troisième fragment, rendez-vous à cette adresse : Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #03

 

Ils sont assis, avachis, accroupis. Ils sont en pleine ébullition. Voilà longtemps qu’ils n’avaient pas pris le temps d’être là, tous ensemble, créatifs et enthousiastes.
À New Berlin, habituellement, chacun fait ce qu’il veut où il veut quand il veut. Du moins, quand il n’est pas occupé à son poste.

New Berlin est un squat. Le dernier des derniers. Et chacun a son propre rôle.
Il y a ceux qui montent la garde. Ceux qui s’occupent du réseau local. Ceux qui font à manger.
Il y a les veilleurs, les faiseurs, les analyseurs. Il y a ceux qui font, et ceux qui réfléchissent.
Felisha est au milieu de tout ça. Elle n’a pas vraiment de poste parce que a fait pété les scores à la méritocratie. Felisha n’est pas la plus compétente avec la technique. Mais elle est celle qui apprend le plus vite. Celle qui est la plus déterminée.
Felisha n’est pas la plus au point sur les stratégies de New Berlin. Mais elle est celle qui a le plus de contacts. Felisha était dans l’annuaire, à l’époque où il y avait encore un annuaire.
Felisha est la papesse de New Berlin. Parce qu’elle a vu l’endroit tomber en ruines. Et parce qu’elle est restée quand tous les autres sont partis.
Felisha n’a pas de bras droit. D’ailleurs, elle n’a pas envie d’être la patronne. Felisha ne croit pas aux notions de hiérarchie, supériorité ou autres concepts d’autorité. Felisha ne croit pas non plus à la méritocratie.

Et pourtant, ce rôle, elle a fini par s’y faire parce qu’ils ont bien voulu le lui donner. Implicitement. Ils ont commencé par lui demander son avis sur toutes les décisions importantes. Sur l’organisation du lieu. Et puis ils sont devenues protocolaires. Ont cessé de passer à l’improviste.
Felisha ne veut pas assouvir de pouvoir sur New Berlin. Elle ne veut pas être réveillée en plein milieu de la nuit parce qu’il y a des rôdeurs dans le coin. Elle ne veut pas être consultée sur toutes les décisions.
Felisha ne veut pas être admirée. L’admiration est une forme de soumission à ses yeux. Felisha ne veut pas être traitée avec le plus grand des respects. Felisha veut être traitée comme les autres. Felisha n’est pas New Berlin. Ils/elles sont New Berlin.
Felisha ne veut pas être le visage de New Berlin. New Berlin n’a pas de visage. C’est une entité protéiforme.

 

Et ce soir, New Berlin est agité. Ils parlent de reconstruire Internet. Fiévreux, ils dessinent des schémas sur des grandes feuilles de papier. Font des liste de protocoles.
Il faut accélérer la création de la Machine. Il faut rentrer en production. Puis en distribution. Il faut qu’on recrute.
Il faut qu’on fasse une copie d’Internet. Il nous faut plus de serveurs. Il faut qu’on rentre en contact avec les autres. Il faut qu’on se rassemble tous à New Berlin.

 

« Il faut faire venir tout le monde ici. »
Mais tout le monde, au final, ce n’est plus grand monde.
Les autres ont soit disparus, soit été embauchés ailleurs, soit jetés en prison.
Qui peut encore prendre part à New Berlin ? Qui est encore digne de confiance pour New Berlin ?
Et ça, les stratégistes l’ont bien compris. Ils commencent à hausser le ton. Font des prévisions sur les risques de trahison.
Il faut refaire l’annuaire. Il faut commencer par ça. Il faut d’abord savoir avec qui on peut faire quelque chose. Pas commencer par faire quelque chose et puis voir qui suit.
New Berlin s’est cassé parce que les gens ont cessé de se faire confiance.

« Mais on n’a pas le temps de faire ça, il faut le faire maintenant ! »
Felisha repense à sa toute première fois à New Berlin.
Musique analogique. Les gens sont ralentis. Fumée verte. Fumée jaune. Fumée de cigarettes.
Partout, de la fumée. Il faut hurler pour parler.
New Berlin s’est cassé parce que c’est devenu un lieu de résistance dangereux et non plus un simple lieu de célébration des technologies dissidentes.

 

Quelqu’un prononce le mot Heikki et tous les regards se tournent vers Felisha.
Ils veulent savoir où elle en est. Ils ont lu la documentation, mais ils veulent l’entendre de sa propre voix.
Et Felisha est obligée de le dire.

C’est ici et maintenant qu’elle doit le dire.
Elle doit le dire parce qu’ils ont le droit de savoir.
Parce qu’Heikki n’est pas juste son androïde à elle. Heikki n’est pas juste son amant électronique.
Heikki est devenu bien plus que ça.
Ils en ont besoin autant qu’elle, si ce n’est plus.

Felisha réfléchit au serveur. Aux bouts de câbles. À la carte-mère.
Felisha pense très fort au mort fork.
C’est le premier mot auquel elle pense lorsqu’elle se lève.
Fork (au sens de dérivation ou scission, vient du français « fourche » prononcé « fourke », les anglais ont conservé cette ancienne prononciation) désigne un objet (au sens large, cela peut être un projet) ayant une racine commune avec un second.
C’est le dernier mot auquel elle pense quand elle s’endort le soir. Et lorsqu’elle se réveille en plein milieu de la nuit, elle se réveille en plein milieu du fork.
Ce mot peut également être employé comme synonyme d’objet dérivé.

Mais il faut qu’elle cesse de penser au mot fork. Il faut qu’elle cesse de s’y accrocher désespérément. Parce qu’elle a l’intuition que son amant électronique ne sera plus qu’un vieil amant. Que tout ce qui s’est passé n’existera plus.
Que trop d’années ont passé. Trop de bidouilles se sont rajoutées les unes sur les autres.
Qu’il n’existe pas de fork possible.

C’est à cause du serveur. Des mises à jour.
Felisha n’a pas vraiment la main sur Heikki parce que quelque part, il y a un fichier sur un serveur, dans un data center. Et c’est à cause de ce fichier sur ce serveur dans ce data center que Felisha ne peut pas avoir la main sur Heikki.
Quelque part dans le monde, il y a un câble. Une baie. Un rack. Et dedans, il y a Heikki.
Heikki est quelque part dans un câble. Heikki est quelque part dans une baie.

 

Felisha doit leur dire, maintenant. Elle ne s’y est pas préparé. Mais il faut le faire.
Alors elle serre le point, ravale ses larmes et dit, tout doucement, en baissant les yeux :
« Heikki n’existe plus. Il faut tout reconstruire. »

Felisha doit en prendre conscience, maintenant. Elle doit l’affirmer à elle, pas aux autres.
Il est temps d’éteindre La Machine à Rêves. La Machine à Rêves n’a jamais existé ailleurs que dans son esprit.